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in 2012 with funding from 

Algoma University, Trent University, Lakehead University, Laurentian University, Nipissing University, Ryerson University and University of Toronto Libraries 



http://archive.org/details/revuedestudesjui62soci 



REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59 RUE DUPLESS1S. 



REVUE 




DES 



ÉTUDES JUIVES 

PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME SOIXANTE-DEUXIÈME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE DURLACHER ^ 

142, RUE DU FAUBOURG-SAINT-DENIS Zl-3^ ZZ> "Z- 

1911 6*^* 



101 . 
t.C2 



ETUDE 



SUR 



LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 

DU V e AU XIV SIÈCLE 

(suite ') 

CHAPITRE X 

JUIFS ALLEUTIERS. 



1. Ancienneté de la propriété allodiale juive; tènements Villa Juzaiga et de Prat 
duraix. — II. Les alleux d'Astruc et de Blanche, fille de Vidal Bondavin, de 
Tauros, fils de Judas d'en Abomar; tènements du « Fief des Juifs » et de 
Moranegra, de 1' « Alleu judaïque »> et de Terrisse. — III. Juifs propriétaires 
de maisons : Dieulosal de Florensac, Bondia de Surgères, les « Rois Juifs ». 
— IV. Les Kalonyme : leur pays d'origine. — V. Formation de leur fortune ; 
persistance de leur droit de propriété sous le régime féodal ; ni vassaux, ni 
suzerains, ni souverains, mais alleutiers libres. — VI. Les successeurs de 
Makhir : Todros l* T (1064), Kalonymos l ïr , Todros II (vers 1134). — VII. Kalo- 
nymos II : concessions de tenures sous réserve du domaine direct; baux à 
tasque ; propriétés indivises entre Kalonymos et Bondia de Surgères; maisons 
allodiales de Kalonymos, sa mort entre 1216 et 1246. — VIII. Todros III; alié- 
nations de droits directs (1216-1261). — IX. Kalonymos III iniquement pro- 
priétaire de maisons (jusqu'en 1306) ; son sceau héraldique. — X. La dispa- 
rition de la propriété foncière juive, résultat de la politique capétienne. 

I. — C'est un fait très remarquable qu'à Narbonne les Juifs aient 
eu le droit, dès une époque fort reculée, de posséder des biens 
immeubles en toute propriété. Cette prérogative importante n'a 
pas manqué de frapper les esprits, et nous en trouvons un écho 
jusque dans les œuvres d'imagination D'après le Philomena 2 

1. Voy. Revue, t. LV, pp. 1 et 221 ; t. LVIII, pp. 75 et 200 ; t. LIX, p. 59 et t. LXI 
p. 228. 

2. Gesta Karoli Magni ad Carcassonam et Narbonam, éd. Schneegans, Halle 
1898, pet. in-8°, p. 176. 

T. LXII, n° 123. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les Juifs de Narbonne ne tenaient aucun bien du roi sarrazin. Us 
se bornaient à lui payer un tribut en retour de la protection qu'il 
leur accordait. Il est probable que, dès l'époque gallo-romaine 1 , 
les Juifs possédaient à Narbonne des biens dont ils avaient la 
libre et entière propriété. Cette situation se perpétua à l'époque 
carolingienne. Au vin 6 siècle, on voit les Juifs posséder héréditai- 
rement des biens allodiaux dans les faubourgs et à l'intérieur 
même de la ville 2 . Dans la seconde moitié du x e , quatre frères 
juifs demeurèrent quelque temps propriétaires de moulins situés 
sous le Pont- Vieux de Narbonne 3 . 

La communauté juive était, elle aussi, propriétaire d'immeubles. 
Dans le tènement de Villajuzaiga k se trouvait l'a alleu judaïque » 

1. Voy. ce que nous disons plus bas, en note, sur l'origine gallo-romaine de Villa- 
juzaiga. 

2. Voy. plus haut, chap. n, § ix, lettre du pape Etienne III de 768. 

3. Voy. plus haut, chap. ni, § xn, actes du 19 décembre 955-956 et du 26 janvier 
976-977. 

4. La Villa judaica existait sûrement à l'époque gallo-romaine. Le changement de 
c en g dans Villajuzaiga s'étant produit antérieurement au vn e siècle (A. Thomas, 
Essais de philologie française, Paris, 1897, pet. in-8°, p. 115), la Villa judaïque 
existait sûrement au vi e siècle et peut-être même au v e . Il est souvent question de 
cette villa dans les actes narbonnais. Un document du 23 avril 1048. (voy. plus haut, 
chap. vi, § i er ) en place le tènement près de celui du Fesc. Un autre, du 26 novembre 
1112, mentionne le chemin qui reliait la « villa judaïque » à la ville de Narbonne 
(Invent. ms. des arch. de l'archevêché de Narb., t. 1, f° 119 (analyse) ; Hist. de Lang., 
t. V Preuves, n° 445 (publication) et col. 1558 (analyse). Or, en 1215, le Fesc s'éten- 
dait jusqu'aux jardins de Moujan et de Villajuzaiga (Invent. ms. des arch. de l'archev. 
de Narb., t. I, f° 9 298 et 299). Un acte du 8 janvier 1224 indique nettement que le pre- 
mier tènement s'étendait à l'ouest des deux seconds \Ibid., f°" 273 v°-274). Le Fesc, 

"comme son nom l'indique, était une terre d'origine domaniale {Fiscus). Il est vraisem- 
blable que Villajuzaiga avait une origine semblable. De plus, comme la propriété rie la 
plaine orientale de Narbonne se partageait entre l'archevêque, le vicomte et les Juifs, 
il est fort possible que ce soit cette répartition qui ait donné naissance à la légende 
sur le partage de la cité entre l'archevêque, le comte et la communauté juive (Voy. 
plus haut, chap. n, § vin). 

Il est encore question du tènement de Villajuzaiga le 27 février 1301 (Mouynès, 
Inventaire des archives co>nmunales de Narbonne, série AA, pp. 90-92). En 1343, 
les consuls de Narbonne prétendaient avoir le droit de ban ou de garde sur Villaju- 
zaiga et Craboulcs (Invent. ms. des arch. de l'archev. de Narb., t. I, f° 352 v°). La 
forme provençale de Villajuzaiga nous est fournie par un acte de vente du 9 août 1345 
(Mouynès, Invent, des arch. de Narb., Annexes de la série AA, p. 195 : « . . .peciam 
terre nostram... scitam in terminio Civitatis Narboneloco vocatoad Villam Jusaygas...). 
On trouve la forme Viela Jusaygas dans un acte du 27 août de la même année 
{Ibid). 

De ces différentes mentions il résulte que le tènement de Villajuzaiga était situé 
entre les terroirs de Moujan, de Ricardelle, — il est question de Ricardelle à la date du 
31 décembre 1318 : Mouynès, Invent, de la série AA, p. 92, — et du Fesc ou Vesc. 
Les bâtiments d'exploitation rurale de la villa judaïque devaient s'élever sur le mame- 
lon, non loin de l'emplacement occupé aujourd'hui par les deux constructions de Petit 



ÉTUDE SUR LÀ CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 3 

et des salines dont le sel servait exclusivement aux besoins des 
familles israélites '. Les salines situées dans le terroir de Villaju- 
zaiga devaient être importantes, puisqu'elles étaient exploitées par 
plusieurs propriétaires. Avant de partir pour la croisade, le 2 juillet 
1129, Guillaume de Béziers légua, par testament, à son frère le sel 
qu'il possédait dans ce terroir 2 . 

Dans le territoire de la Cité, au lieu dit Al Pradel 3 , se trouvaient 
aussi d'autres salines, que le saunier Bonisaac possédait en franc 
alleu et dont il vendit la moitié, le 20 octobre 1155, au prix de 
200 sous melgoriens et de 200 sous narbonnais 4 . 

II. — La propriété allodiale des Juifs narbonnais ne comprenait 
pas seulement des moulins et des salines, mais aussi des terres 
à semence et des vignes. Le 22 janvier 1220, Blanche, fille du Juif 
Vidal Bondavin, vend à Gentiane, veuve de Guillaume Fabre, au 
prix de 250 sous melgoriens, la moitié d'une pièce allodiale qu'elle 
possède par indivis avec son oncle Astruc dans le terroir de la Cité, 
au bout du Vivier de l'Aiguë, confrontant à l'est la rue, au midi 
la vigne des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, à l'ouest les 
vignes de Pons Talabos, au nord le mailleul dudit Bondavin 5 . 



Ricardelle. La famille de l'auteur de la présente étude possède une partie de ce tène- 
meut, dont la terre sablonneuse produit un -vin très estimé. L'eau de source y est légère 
et abondante, ce qui a permis de tout temps aux grangers d'y pratiquer avec succès 
la culture maraîchère. 11 n'y aurait rien d'étonnant que les défonçages à la vapeur mis- 
sent à découvert des restes de l'ancienne exploitation juive, aliénée de bonne heure au 
profit de propriétaires chrétiens. 

1. Voy. plus haut, chap. vi, § i. 

2. Hist. de Lang., t. V Preuves, ce. 953-934 : « Et laxo ei et dono totum illum 
meum salem quem habeo in terminio Narbone et in terminio de Villa Judaica, prêter 
Csaumatas, quod donet, si ego morior, sorori nostre Marie. » 

3. Il est probable que le lieu dit Al Pradel se trouvait dans le tènement connu sous 
l'appellation de Pralum judaicum Ce tènement doit être identitié d'après M. A. Blanc, 
(Les transformations du latin judaicus à Narbonne, dans Annales du Midi, année 
1896, p. 197) avec celui de Prat duraix, qui a fait partie de la commune de Narbonne 
jusqu'en 1846, date à laquelle il a été rattaché en presque totalité à la commune de 
Cuxac et en partie seulement à celle de Coursan. Prat judaic était donc situé sur les 
confins actuels des communes de Coursan, Cuxac et Narbonne. 

Il y avait aussi un tènement du nom de « Pré judaic » dans le terroir de Brugay- 
roles, près de La Vernède, au S.-E. de Saint-André et à l'orée du Bois-du-Vicomte 
(Arch. de l'Aude, H 211, Invent, des titres de l'abbaye de Fontfroide, « La Vernède, A » 
acte du 23 avril 1894). Ce Prat judaic était plus exactement situé dans le terroir de 
Montséret (Acte du 6 juillet 1135 : Ibid., « Montseré B » ; acte du 14 mai 1240 : Ibid., 
« Montseré 2 A »). 

i. Invent, de la mense capitulaire de Saint-Just, copie de M. A. Bories, « Des pos- 
sessions de la Cité, 2 e caisson, n° 20 ». 

5. Arch. de l'Aude, H211, « Fief de Narbonne coté 3 D ». 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

De bonne heure, quelques alleutiers juifs, renonçant à l'exploi- 
tation immédiate qu'ils trouvaient sans doute peu lucrative et trop 
absorbante, aliénèrent le domaine utile de leurs propriétés, tout 
en s'y réservant le domaine direct. C'est ainsi qu'un Juif de Béziers 
Tauros, fils de Judas d'en Abomar, jouissait du domaine direcl, 
en même temps que Pierre Sabatier, clerc de Saint-Just, et Pierre- 
Raimond de Montpellier, aumônier de la cathédrale, sur quelques 
vignes sises au terroir de Levrettes, dans le « vignier » de Lebras- 
sons '. 

Ce Juif bitterrois Tauros disposait de grandes propriétés foncières 
dans le territoire de Narbonne. Le 30 mai 1279, il vendit au 
chapitre de Saint-Just, pour la somme de 75 livres, le quart du 
domaine direct dont il jouissait sur deux pièces de terre, l'une, la 
tenure de Jean de la Voûte, située à La Maillole, au centre de 
1' « honneur » du monastère de Quarante, la seconde, tenure de 
Jean Inard, sise àMoranégra 2 , plus la huitième partie du domaine 
direct d'une pièce de terre tenue par l'Hôpital des Pauvres dans le 
même tellement, sous la réserve au profit de Bérenger Azalbert 
de la huitième partie, ladite parcelle confrontant à l'autan et au 
midi l'honneur des Lépreux, bref tous les droits et usages qu'il 
exerçait dans les terroirs de Morarena, Terrus 3 , Ramejan et Saint- 



1. Inventaire ms. de la mense capitulaire de Saint-Just, copie de M. A. Bories, 
« n° 19 au caisson H' des fondations, fêtes et anniversaires », acte du 2 novembre 
1274. 

2. L'ensemble des alleux possédés par Tauros et d'autres Juifs dans la région de 
Moranegra ou Moranera, ou bien encore Morarena par transposition de Yn et de 1'?*, 
était improprement désigné par les chrétiens sous le nom de « Fief des Juifs ». Le 
2 août 1214, le vicomte Aimeri IV reconnaît avoir reçu en fief de rarebevèque Arnaud 
tout le fief de la plaine de la Cité : la bastide dite de Gaschet avec toutes les conda- 
mines, prés, pâturages, etc., confrontant à l'autan le chemin de Béziers, au midi le 
fief de Géraud de Narbonne, au cers le Fief des Juifs, à l'aquilon les vignes de Mora- 
nera (Invent. ms. des arch. de l'arcbev. de Narb., t. I, f° 124 r° et v°). La bastide de 
Gaschet doit être identifiée avec la métairie de La Bastide, que Cassini (pi. 58) place 
sur l'ancienne route de Narbonne à Coursan, à peu près à l'emplacement où s'élève 
aujourd'hui la grange de Fidèle. A noter que c'est probablement de la présence de 
condamines dans le tènement de la Bastide que viennent les noms des domaines 
actuels du Grand-Condom et du Petit-Gondom, situés un peu au sud-ouest. 

11 faut certainement placer dans le tènement de Moranegra et dans le terroir du 
h Fief des Juifs » la Bastida Judaica mentionnée dans une sentence arbitrale de 
l'année 1232 entre l'archevêque et le chapitre métropolitain (Saige, Juifs du Lang., 
p. 69, d'après Bibl. nat.. collection Doat, t. 55, f° 362). La Bastide Judaïque devait 
s'opposer à la Bastide de Gaschet. 

3. Un peu au sud de Moranegra et du Fief des Juifs, se trouvait le tènement de 
Terrus, aujourd'hui Terrisse (à l'ouest de la route de Narbonne à Armissan). C'est à 
l'est de Terrisse que les Juifs narbonnais possédaient un certain nombre d'alleux. Le 
1 er mai 1159, Guillaume Raimond et sa femme Burette vendent à Brice de Saint-Georges 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 5 

Bauzély*. En qualité de propriétaire direct de ces biens fonds, 
Tanros y percevait chaque année une portion de la récolte. 

Le 8 juin 1279, le même Tauros, au nom de son neveu Vidal, 
fils d'Abraham, vendit à Martin Pascal, prêtre, la huitième partie 
des tasques et autres agriers qu'il prélevait par indivis avec son 
neveu et Pierre Raimond de Montpellier sur les champs, honneurs, 
vignes et possessions sises dans le vignier de Lebrassous, au tène- 
ment de Lapidet 2 , aujourd'hui Levrettes. 

III. — Outre des fonds de terre, les Juifs narbonnais possédaient 
aussi à titre allodial des maisons et des boutiques ; mais c'était 
seulement le cas de quelques rares privilégiés, la presque totalité 
des immeubles de la grande et de la petite juiverie faisant partie 
du domaine vicomtal ou du temporel archiépiscopal. Nous avons vu 
plus haut que le Juif le plus fortuné de la petite juiverie, Dieulosal 
de Florensac, possédait en toute propriété la maison qu'il habitait 
dans le quartier de Belvézé et qu'il percevait à titre de propriétaire 
direct deux livres de cens annuel sur la maison que le fustier 
Pierre de Guxac tenait de lui dans la juiverie vicomtale 3 . 

Dans cette dernière juiverie, au même titre que Dieulosal de 
Florensac, Bondia de Surgères possédait deux boutiques, sises 
dans la Parerie Vieille de la Cité, confrontant à l'autan et à 
l'aquilon Jean de Portai, murs mitoyens entre eux, au midi la 

deux pièces de terres allodiales, sises au terroir de Saint-Georges ; l'une située dans le 
tènement de « Las Faysses de Terruce », confrontait à l'autan V « Allodial des Juifs » 
(Arch, de l'Aude, H 211, « Fief de Narbonne, coté H »). Le domaine de Saint-Georges 
existe encore aujourd'hui : il s'étend en face de Terrisse, à l'ouest de la route de Nar- 
bonne à Coursan. Cet Allodial des Juifs est certainement le même que V « Alleu 
Judaïque » dont il est question dans un acte du 23 avril 1048, qui porte reconnais- 
sance en faveur de la communauté juive du droit d'y recueillir le sel nécessaire à sa 
consommation (Voy. plus haut, chap. vi, § i). 

Nous ne saurions dire si le tènement de 1' « Honneur des Juifs » mentionné dans un 
acte du 29 octobre 1229 (Invent. ms. de la mense capitulaire de Saint-Just, copie de 
M. A. Bories, « Possessions de la Cité, n° 24 ») doit être identifié soit avec le Fief des 
Juifs, soit avec l'Alleu Judaïque. L'honneur n'est autre quelquefois qu'un fief; c'est 
plus souvent un alleu, presque toujours un fonds de terre urbain ou suburbain; mais 
dans le cas où il est l'équivalent du fief, l'honneur, appelé alors « iief honoré », est 
dispensé des charges les plus onéreuses qui pèsent sur le fief ordinaire. Il comporte 
l'exemption de toute redevance et la limitation des services à un seul : l'hommage (Cf 
J.-A. Brutails, Étude sur la condition des populations rurales du Roussillon au 
moyen âge, Paris, 1891, in-8°, p. 120, note 9; E. Chénon, Étude sur l'histoire des 
alleux en France, Paris, 1888, in-8°, p. 89). 

1. Invent. ms. de la mense capit. de Saint-Just, copie de M. A. Bories, « Possessions 
de la Cité, n° 51 ». 

2. Ibid., « Possessions de la Cité, n° 52 ». 

3. Chap. v, § ix. 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

boutique de l'Aumône de Bonnet de Gapestang, au cers la rue. 
Ces deux boutiques furent vendues, le 3 décembre 4259, à Pierre 
Rougé, au prix de 3,800 sous melgoriens. A titre de propriétaire 
direct, Bondia y prélevait un usage allodial de 40 livres par an. Le 
fils de Pierre Rougé, Guillaume, revendit le tout pour semblable 
somme, 190 livres melgoriens \ On voit que le droit d'usage 
constituait un revenu un peu inférieur à 5 0/0. Mais le plus fort 
lot de maisons allodiales resta toujours la propriété de la famille 
des « Rois Juifs ». 

IV. — De tout temps, en effet, la majeure partie de la propriété 
allodiale juive demeura l'apanage d'une vieille famille, dont les 
chefs furent également ceux de la communauté. 

11 est difficile de faire la lumière complète sur l'origine familiale 
des « Rois Juifs » et sur la formation de leur singulière fortune. 
L'imagination populaire s'est donné libre cours à ce sujet aussi 
bien chez les Juifs que chez les chrétiens, au point qu'il est très 
malaisé de dégager la vérité du réseau emmêlé de fables et de 
légendes. Dans la famille des « Rois Juifs » une tradition s'était 
perpétuée sur leur double origine babylonienne et davidique 2 . Le 
fondateur de la dynastie, un savant réputé de Babylone, R. Makhir, 
aurait été mandé à Narbonne par Gharlemagne pour y fonder 
une école d'études talmudiques analogue aux académies babylo- 
niennes. On sait, d'autre part, que les « princes de la captivité » 
ou exilarques des Juifs babyloniens croyaient descendre du sang 
royal de David 3 . C'est donc à cette famille d'exilarques que les 
« Rois Juifs » de Narbonne prétendaient rattacher leur généa- 
logie. 

Chose curieuse, on retrouve comme un écho lointain de cette 
origine davidique des nacis narbonnais dans une autre tradition 
juive, suivant laquelle le roi David aurait envoyé deux nobles 
ambassadeurs à Narbonne avec mission de conclure un traité 
d'alliance avec cette ville 4 . 

1. Vente de Bondia de Surgèles à Pierre Rougé, le 3 décembre 1259 (Arch. de 
l'Aude, H 211, « ûef de Narbonne, coté 4 V »). — Vente de Guillaume Rougé, fils de 
Pierre et de dame Algaye, sa mère, à Arnaud de la Dent, le 7 juin 1292 (Ibid., « Fief 
de Narbonne, coté 6 J »). — Bail à nouvel acapt consenti par Arnaud de la Dent en 
laveur du tailleur Pierre de Séret de l'une des deux boutiques allodiales, le 28 sep- 
tembre 1297 [Ibid., « Fief de Narbonne, coté 6 Y »). 

2. Voy. plus haut, chap. n, § vi. 

3. th. Reinach, Histoire des Israélites, p. 44. 

4. Arch. mun. de Narb., 3' Thalamus, f° 130 v : « Aysso son las antiquetatz e las 
noblesas antiquas de la vila de Narbona. ...Item se troba que en lo temps del rey 



ÉTUDE SUR LÀ CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 1 

Cette assertion, difficile à vérifier, puisqu'elle s'applique à une 
époque singulièrement reculée de l'histoire narbonnaise, montre 
avec quelle force le souvenir du grand roi d'Israël s'était enraciné 
dans les esprits et perpétué dans la suite des siècles. Il ne faut voir, 
sans doute, dans cette tradition sur les rapports de Narbonne avec 
le roi David qu'une aimable légende éclose dans la communauté 
juive de Narbonne et destinée, tout autant qu'à fortifier les pré- 
tentions généalogiques des nacis, à flatter l'amour-propre local de 
la population narbonnaise. 

V. — Si nous essayons maintenant d'expliquer la formation du 
patrimoine considérable que se constituèrent les premiers « Rois 
Juifs » de Narbonne, nous arriverons à des résultats un peu plus 
précis, bien que vagues encore. 

D'après le Se fer Hakkabala, Charlemagne aurait récompensé le 
savant babylonien R. Makhir, de sa venue à Narbonne, en lui 
concédant un grand territoire qu'il venait de reconquérir sur les 
Maures. Makhir aurait même épousé la fille d'un grand de la ville. 
Justiciable immédiat du roi, Makhir aurait gouverné la communauté 
comme les exilarques de Babylone 4 . Rien ne prouve que les 
monarques carolingiens aient fait au chef de la juiverie narbon- 
naise une situation privilégiée. Il est probable, toutefois, que les 
« Rois Juifs » ont bénéficié de la part des souverains francs de 
véritables concessions territoriales faites en toute propriété, c'est- 
à dire, non à titre de bénéfice, mais à titre d'alleu. M. Ghénon fait 
remarquer, en effet, que, sous Charles le Chauve, le fisc était 
coutumier de ces sortes de concessions 2 . 

Il est également possible que les « Rois Juifs », disposant de forts 
capitaux, aient profité du droit reconnu par la royauté à leurs 
coreligionnaires de posséder des immeubles en toute propriété 
pour acheter de nombreux alleux à une époque où ce mode 
d'appropriation du sol était le régime dominant. 

C'est assurément le fait le plus remarquable de l'histoire des 
« Rois Juifs » que leur persistance comme propriétaires alleutiers 
jusqu'à la veille de leur expulsion. Alors que, par suite de la 

David la ciutat de Narbona era emmurada e que en aquel temps lo rey David trames ij 
cavalles a Narbona per far liansa ame la dita ciutat ; et aysso s'es trobat als archios 
dels Jusiens en Avinhon. » Cavalies a ici le sens de chevaliers, nobles qui dans le 
Narbonnais occupaient le plus haut rang de la société féodale. 

1. Sur Makhir, cf. Neubauer, Documents sur Narbonne, dans R. É. J., t. X (1885), 
pp. 403-104 ; Saige, Les Juifs du Languedoc, p. 7 ; Gross, Gallia judaica, p. 406. 

2. Chëhon, Étude sur Vhistoire des alleux en France, p. 24. 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

disparition de l'autorité royale, les petits alleutiers juifs, obligés de 
chercher un protecteur en la personne de l'un des deux grands 
fonctionnaires de Narbonne, l'archevêque ou le vicomte, se sont 
engagés à leur fournir en retour des redevances et des services, 
toutes choses entraînant à la fois un assujettissement de leur 
personne et une diminution de leur droit de propriété, seuls les 
grands alleutiers se sont maintenus en dehors du vasselage et de 
la féodalité. 

Mais au prix de combien d'efforts les « Rois Juifs » ont-ils dû de 
ne pas être entraînés par le courant général ! En qualité d'allo- 
diaires, n'étaient-ils pas abandonnés à leurs seules forces pour 
défendre leur famille et leurs terres contre une tentative d'usur- 
pation? Il a fallu que leur droit fût solidement établi et expres- 
sément reconnu pour que ni l'archevêque, ni le vicomte, ni tout 
autre seigneur, n'aient jamais tenté de le confisquer ou même 
simplement de l'amoindrir. La relation duSéfer Hakkabala déclare 
que le «Roi Juif» relevait immédiatement de la justice royale. 
Mais après l'anéantissement du pouvoir monarchique, quelle 
autorité pouvait-il bien invoquer ? 

Par le fait même que le « Roi Juif » vit en dehors de la hiérarchie 
des feudataires, ses biens fonciers échappent entièrement au 
régime des terres féodales, Saige a tort de le considérer comme un 
suzerain. Nous ne voyons nulle part que les tenanciers du « Roi 
Juif » lui prêtent l'hommage et lui fournissent des prestations d'une 
nature spéciale, telles que le service militaire. Nous avons vu plus 
haut qu'il n'avait pas droit aux qualifications honorifiques portées 
par les nobles narbonnais. 

D'autre part, s'il est vrai que le «Roi Juif» ne doit aucun hom- 
mage ou aucune redevance seigneuriale d'un caractère privé, sa 
situation ne peut en rien être assimilée à celle d'un prince 
souverain. Ce n'est pas un roi d'Yvetot. Nous ne le voyons pas 
investi de privilèges régaliens; il n'a pas le droit de rendre la 
justice, ni de lever des impôts. Son grand privilège consiste à ne 
relever que de l'autorité royale ; mais c'est aussi là un lien de 
dépendance à l'égard de cette autorité. 

Il est probable, toutefois, que, bénéficiant des exemptions 
reconnues à tous ses coreligionnaires, le « Roi Juif» ne fut jamais 
soumis, comme les autres alleutiers, au service militaire et à 
l'impôt royal, en un mot aux contributions et services d'un carac- 
tère public. Il dut être assimilé sur ce point aux Juifs du vicomte, 
tout en n'étant pas vassal de ce seigneur, de telle façon que sa 
situation foncière était bien supérieure à celle d'un propriétaire 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 9 

actuel, qui est tenu de payer à l'État des droits de mutation et 
autres impôts publics. 

En somme, le titre de roi juif ne correspond pas exactement à la 
condition politique et civile de celui qui le porte. Ce n'est pas non 
plus un sobriquet donné par les chrétiens, mais bien la traduction 
maladroite et approximative du mot hébreu naci, dont la signi- 
fication exacte est : prince de la communauté. Cette fonction étant 
devenue héréditaire dans la môme famille 1 , il n'y a rien de 
surprenant que des fidèles d'une autre confession aient considéré 
la personne de celui qui l'exerçait comme revêtue des attributs 
essentiels de la royauté. 

Ni vassal, ni suzerain, ni souverain, mais alleutier libre, voilà 
caractérisée en quelques mots la condition sociale du « Roi Juif » 
de Narbonne. 

VI. — Passons maintenant en revue les actes qui se rapportent 
aux successeurs de R. Makhir. 

C'est probablement de R. ïodros I or , le nassi ou le gaon, le plus 
ancien des descendants connus de R. Makhir, qu'il est question 
dans un acte du 17 février 1064. A cette date, Bérenger, vicomte 
de Narbonne, et Garsinde, « sa chère femme », donnent au 
monastère de Montlaurés leur condamine sise dans le terroir de 
Saint-Georges, au lieu dit « Aux Quatre-Colonnes », confrontant au 
levant le chemin de Béziers et les anciennes parcelles de Tauros, 
Hébreu ; plus une vigne tenue dans le terroir de Rapalpe par 
Raimond Estève, monnayeur, et confrontant à l'orient les vignes 
des Juifs, à l'occident le chemin de Ramian, à l'aquilon et au midi 
les vignes du vicomte ; plus une deuxième vigne sise dans le même 
terroir de Rapalpe, au lieu dit Cabanil, et tenue par Raimond 
Gaubert, confrontant à l'orient la terre d'Abraham, Hébreu, et sur 
ses trois autres faces l'alleu du vicomte 2 . 

Nous n'avons rien relevé dans les actes qui paraisse se rapporter 
au naci Kalonymos I er le Grand, lequel, selon le Se fer Hakkabala, 
mourut à l'âge de 90 ans 3 , après avoir vécu probablement à la 
fin du xi e et au commencement du xn e siècle. 

1. Il est curieux de remarquer que la dignité de naci ou de gaon se conférait à une 
famille ayant fourni un savant de grande réputation. C'est ainsi que la dignité de 
prince (nagid) des Juifs d'Egypte demeura héréditaire dans la famille de Maïmonide 
après sa mort (Th. Reinach, Histoire des Israélites, p. 80). 

2. Archives de l'Aude, H 211 (Inventaire ms. des titres de Fontfroide), cf Papiers de 
la mense abbatiale, coté A ». 

3. Neubauer, Documents sur Narbonne, dans R. É. J., t. X (1885), p. 104 ; Gross, 
Gallia judaica, p. 406. 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

A Kalonymos I er succéda son fils R. Todros II, « qui composa des 
pièces liturgiques ». Abraham ibn Daud insiste sur le rôle joué 
par R. Todros lors des troubles qui surgirent à Narbonne pendant 
la minorité de la vicomtesse Ërih en garde (11 34-4 143). Le régent 
Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, imposa de lourds impôts à 
la communauté juive ; mais Todros et sa famille les garantirent '. 
C'est probablement de R. Todros II qu'il s'agit dans le passage du 
traité de Pierre le Vénérable contre les Juifs, où cet auteur fait une 
allusion ironique au « Roi Juif» de Narbonne et au « Roi Juif » de 
Rouen 2 . 

• 

VIL — Les renseignements sont beaucoup plus abondants en ce 
qui concerne Kalonymos ben Todros IL Les textes latins l'appellent 
Glarimoscius. En provençal, ce « Roi Juif» devait être connu sous 
le nom de Glarimos, qui n'est qu'une déformation de l'appellation 
grecque Kalonymos. Riche propriétaire alleutier, Kalonymos ben 
Todros II ne s'est pas laissé assujettir par la recommandation. 
Toutefois, ce n'a pas été sans subir, dans une certaine mesure, 
l'influence du mouvement féodal. Si l'on admet que Tune des 
caractéristiques de ce régime réside dans le morcellement du droit 
de propriété, on sera contraint de reconnaître que les « Rois Juifs » 
n'ont pas échappé sur ce point à l'influence de la féodalité. 

Nous voyons dans un acte du 43 mai 1163 que Kalonymos était 
propriétaire direct de deux moujades de vignes sises dans le 
« vignier » de la Legta, confrontant à l'autan la vigne de Mosse, 
Hébreu, au midi celle des enfants de Guillaume Raimond, pareur, 
au cers celle de Guillaume Alquier et à l'aquilon, celle d'Arnaud 
Ermengau. Faisait également partie de son domaine direct une 
autre moujade de vigne située dans le « vignier » de Ramian, entre 
les vignes de l'hôpital de Saint-Just, de Clément de Saint-Gosme et 
d'Ameil de Saint-Sébastien. Les tenanciers de ces trois moujades 
de vigne restèrent jusqu'au 13 mai 1163 Raimond Roanel et sa 
mère Marie. Mais pressée par des besoins d'argent, la famille 
Roanel 3 avait engagé les deux moujades de la Lega à Rernard 

1. Ibid. 

2. Is. Loeb, Polémistes chrétiens et Juifs en France et en Espagne, dans R. Ê. J., 
t. XVIU (1889), p. 45 : « Produc igittii" mihi de propagine îudae régent, aut si hoc non 
potes, saltem ostende ducem. Sedjûon ego, ut aliquid ridendum ponam, regem illuni 
suscipiam, quem quidam tuorum apud INarbonam, Gallice urbem, alii apud Rothoma- 
gum se habere f'atentur. » (D'après Migne, Pair, lut., t. 189, col. 560). 

3. C'est apparemment cette famille qui a donné son nom au tènement de Roanel. Il 
est donc probable que le « vignier » de Ramian se trouvait aussi dans ces parages, au 
nord et dans la commune de Narbonne, non loin de la Robine. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 41 

de Talabos en garantie d'un emprunt de 200 sous melgoriens. Pour 
se libérer de sa dette, Raimond Roanel fut obligé de vendre le tout 
à l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem de Narbonne au prix de 
250 sous, dont 200 payables à l'engagiste. 

Cette vente fut faite sur l'avis et avec le consentement de 
Clarimos, Hébreu, propriétaire direct des trois moujades de vigne. 
En cette qualité, ce dernier prélevait le tiers de la vendange sur la 
moujade de Ramian ; il ne recevait que le quart des raisins produits 
par les deux moujades de la Lega ; mais son tenancier était tenu 
de le lui faire transporter à son treuil 1 . La teneur de cet acte 
n'indique pas que le « Roi Juif » se soit fait payer son consentement ; 
mais il est plus que probable qu'à la faveur de cette vente, des 
droits de mutation lui ont été versés. 

Quand Benjamin de Tudèle passa par Narbonne, vers 1173, il y 
rencontra, entre autres grands personnages renommés pour leur 
sagesse et leur honorabilité, « en premier lieu ben Zaconimos (sic), 
fils de grand et vénérable personne Théodore de bonne mémoire, 
de la race de David par droite généalogie, lequel a des terres et 
champs des princes de cette région, n'étant sujets à personne, 
c'est-à-dire ne rendant aucun tribut ni taille 2 ». Le passage de 
Benjamin de Tudèle renferme une contradiction : si Kalonymos 
avait tenu des immeubles des seigneurs du pays, vicomte ou 
archevêque, ces immeubles n'auraient pas été exempts de toute 
taille ou tribut. C'est précisément parce qu'il ne tenait ses proprié- 
tés de personne que Kalonymos n'était assujetti à aucune rede- 
vance seigneuriale. 

Probablement absorbé par des recherches intellectuelles, Kalo- 
nymos renonçait de plus en plus à l'exploitation directe de ses pro- 
priétés. C'est ainsi qu'en avril 4195 il concède par acapt — c'est-à- 
dire à titre de bail à tasque 3 — en faveur de Pierre Mir, maître de 
l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, à Gérald Fabre, prêtre, à 
Bernard de Tourouzelle, à Pons Bouvier et à tous les autres frères 
de l'hôpital, avec le droit de possession perpétuelle et la faculté 
d'en disposer de toute façon, par donation, cession, vente, enga- 
gement, à la réserve, toutefois, du consentement et des droits du 
bailleur et de ses successeurs, la moitié d'une pièce de terre qu'il 
possède par indivis avec Bondia, dans le terroir de Saint-Jour, au 

1. Saige, Juifs du Lang., pp. 70 et 132433. 

2. Cf. Célestin Port, Essai sur le commerce maritime de Narbonne, p. 170; Hisl. 
de Lang., éd. Privât, t. III, p. 864; Israël Lévi, Le roi juif de Narbonne et le Philo- 
mène, dans R. É. J. t t. XLV1II (1904), p. 203, 

3. Saige se sert à tort de l'expression bail à fief {Juifs de Lang , p. 65). 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Clos Juif, confrontant à l'autan la terre propre de Bondia, au midi 
la terre de Lombarde et de ses enfants, au cers la voie publique, à 
l'aquilon la terre de Bondia et la parcelle que Raimond de Saint- 
Jour tient dudit Kalonymos ; plus une pièce de terre lui apparte- 
nant en toute propriété dans le terroir de Narbonne, au bout du 
tènement de Moranera, au lieudit « AU ïerruz », confrontant à l'au- 
tan la terre que Bernard de Rivière y tient du « Roi Juif », au midi 
la vigne dont Guillaume Montenier est le tenancier, au cers le mail- 
leul de Guillaume Figueire et la terre de Pierre Hue, à l'aquilon la 
voie publique. 

Ce bail à tasque est consenti à charge d'une redevance s'élevant 
pour la pièce du Clos Juif au quart, pour celle de Terruz au quint, 
moyennant le prix d'entrée en possession de d40 sous melgoriens 
payés comptant. Le tenancier aura la faculté, si les terres qui lui 
viennent d'être concédées se révèlent impropres à la culture des 
céréales, de les transformer en prés ou en vignes. Kalonymos se 
réserve les agriers et le droit direct *. 

Dans le document que nous venons d'examiner, il est question 
d'un Juif Bondia, copropriétaire alleutier avec Kalonymos. Ce Bon- 
dia n'est autre que Bondia de Surgères, dont le nom hébreu est 
Lévi ben R. Moïse 2 . Il est probable que Bondia -touchait de près à 
la famille des « Rois Juifs » de Narbonne, puisqu'il possédait des 
terres par indivis avec Kalonymos. Bondia est môme qualifié de 
naci, en même temps que Kalonymos, par un Juif de Saragosse, 
Scheschet ben Isaac ben Josepb Benveniste. Ce dernier adressa plu- 
sieurs lettres aux nacis de Narbonne, R. Calonymos ben Toderos 
et R. Lévi, fils du naci R. Moïse 3 . 

Nous rencontrons encore le nom de Bondia à côté de celui 
de Clarimos dans un acte du 15 novembre 4199. A cette daté, 
Pons de Coursan, Esclarmonde, sa femme, et Bérenger, leur fils, 
engagent à Bernard de Saragosse, à Ermengarde, sa femme, et à 
leurs enfants, en garantie d'un emprunt de 40 sous melgoriens, 
une pièce de terre sise dans le terroir du « Pré judaïque », sous le 
domaine direct de Clarimos et de Bondia. Le créancier engagiste 

1. Saige, Juifs du Lang., pp. 65, 70-71 et 137-139. 

2. Voy. ibid;, p. 74, la souscription hébraïque de Bondia de Surgères. Bondia a 
souscrit également de son nom hébreu un acte du 15 novembre 1199 (Pièces justifica- 
tives, n° V). 

3. Is. Loeb, Joseph Haccohen et les chroniqueurs juifs, dans R. É. J., t. XVlv 
(1888), pp. 33-34; David Kaufmann (R. É. J., t. XXXIX (1899), pp. 62-75) place ces 
documents en 1194-1195. Les lettres de Scheschet ben Isaac n'ont pas d'intérêt pour 
l'histoire politique ou sociale des Juifs narbonnais; elles ont un caractère exclusivement 
familial et privé. 



ËTtJDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 13 

pourra sous-engager la pièce de terre pour la valeur de sa créance, 
mais avec l'autorisation des propriétaires directs, auxquels il sera 
tenu de fournir le quart de la récolte. L'acte d'engagement est 
dressé de l'assentiment de Bondia, de Bérenger de Moussan, son 
créancier engagiste, et de Guillaume de Rieu qui détient en gage 
la part de Clarimos f . A la faveur de l'acte d'engagement, les pro- 
priétaires directs perçoivent les droits de foriscap, à l'exclusion de 
l'emprunteur et de sa femme qui n'ont rien à en distraire 2 . 

On voit par les actes que nous venons d'examiner que Kalony- 
mos avait une prédilection pour les baux à portion de fruit. Il 
devait donc avoir des celliers pour y faire cuver sa part de ven- 
dange et des greniers pour y emmagasiner sa part de grain et de 
fourrage. Mais nous voyons aussi qu'il engageait son droit de pro- 
priétaire direct pour se procurer de l'argent. Dans ce cas, il cessait 
de récolter jusqu'au remboursement complet de la dette. 

Il semble, au reste, que les Rois Juifs se soient désintéressés de 
bonne heure de l'exploitation agricole, directe ou indirecte. Ils 
étaient, d'ailleurs, grands propriétaires alleutiers de maisons et de 
boutiques dans l'enceinte de la grande juiverie. La charte de fran- 
chises vicomtale du 8 mars 1217 réserve expressément le droit 
de propriété du «Roi Juif» sur l'honneur qu'il possède dans la 
juiverie du vicomte par succession héréditaire et sans obligation 
d'aucune redevance 3 . 

Le « Roi Juif » dont il est question dans la charte d'Aimeri IV 
n'est autre sans doute que Kalonymos ben Todros II. En tout cas, 
Kalonymos vivait encore à la fin de 1216. Le 5 octobre de cette 
année, un habitant de Narbonne, Bernard de Cortone, lègue à Bon- 
macip, fils du Roi des Juifs, 22 deniers et sa cape de « caparesce* ». 

VIII. — Mais Kalonymos ben Todros II ne dut pas vivre bien 
longtemps postérieurement à l'année 1216. Il mourut certainement 
avant le 11 octobre 1246. A cette date, nous voyons Bonnracip, fils 
de feu Clarimos, vendre à la maison des lépreux de la Cité de Nar- 
bonne, à Ajalbert, commandeur, et aux autres frères et sœurs de 
cet hospice, les trois quarts de ses droits de propriétaire direct, 

i. Clarimos ayant engagé sa part de propriété, l'acte du 15 novembre 1199 ne porte 
pas sa souscription hébraïque. On n'y voit que celle de Bondia (Lévi fils de Moïse). 

2. Pièces justificatives, n» V. 

3. Saige, Juifs du Lang., p. 156 : « ...excepto solumrnodo honore Régis Judei 
quem habet et tenet ex successione patrimonii sui... » 

4. Arch. mun. deNarb., 5° Thalamus, f° 13 : « . . .et Bonomancipio, filio régis Judeo- 
rum, xxij denarios et capam de caparescio.. . » Cf. Mouynès, Invent, des arch. mun. 
de Narb., série AA, p. 95, l re col. 



U REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

quart et foriscap, dont il jouit sur trois sétérées de terre qui font 
partie des six sétérées que la léproserie possède à deux endroits 
dans le terroir de la Cité, au tellement de Ramian ; les deux tiers 
de ses droits de quart, loo^s et foriscaps sur une pièce de terre 
tenue par la léproserie dans le terroir de Saint-Georges et confron- 
tant les « honneurs » de plusieurs chrétiens. La cession des droits 
directs est faite au prix de 140 sous melgoriens \ 

Ce Bonmacip fils de feu Glarimos n'est autre que Todros ben 
Kalonymos III. Non content d'aliéner le domaine utile ou d'engager 
pour un certain laps de temps le domaine direct de ses propriétés, 
Bonmacip aliène purement et simplement tous ses droits fonciers, 
ne conservant en fait d'immeubles que ses maisons allodiales de la 
grande juiverie. Après le démembrement ou décomposition de son 
droit de propriété, nous assistons à l'aliénation totale de son plein 
droit dalleutier. 

Il conserve encore, il est vrai, son droit direct sur la moitié d'une 
vigne sise à Lebrassous, confrontant à l'autan la terre de dame 
Bernarde Drudone, à l'aquilon le chemin ; partie de vigne que, 
d'accord avec le Juif Judas, il donne à nouvel acapt, le 3 juin 1252, 
à Raimond de Quillan, à charge d'un usage annuel de 6 sous 
payable à la N.-D. de septembre et moyennant le prix d'entrée en 
possession de 100 sous melgoriens 2 . 

Dans ce bail, le nom de Bonmacip est accompagné de la quali- 
fication de «Roi Juif». Il s'agit donc bien de Todros ben Kalo- 
nymos III. D'autre part, dans un acte du 16 juin 1257, il est 
question de Tauros fils de Glarimos, surnommé Astruc fils de 
Bonmacip, « Roi Juif». Cette multiplicité de noms appliquée à une 
seule personne n'a rien pour nous étonner. Elle résulte de 
l'habitude, chère aux Juifs, comme aux Arabes, d'énumérer à la 
suite de leur nom principal la série des noms de leurs ancêtres, au 
point que l'appellation d'un personnage unique constitue à elle 
seule une véritable généalogie. Si l'on ajoute encore que les noms 
sous lesquels les Juifs étaient connus dans leur communauté 
variaient de ceux que leur donnaient les chrétiens, on ne s'éton- 
nera pas de la polynomie de Tauros ben Kalonymos III. 

Ce dernier, poursuivant la liquidation de ses propriétés, vend à 
l'Aumône, le 16 juin 1257, les trois huitièmes de ses droits de 
tasque, usage, directe, pur et franc alleu dont il jouit sur des vignes 

1. Pièces justificatives, n° VII. Cf. Saige, Juifs du Lang., p. 74; Mouynès, Invent, 
de la série AA, p. 90, 2» col. 

2. Invent. ms. des titres de la mense capitulaire de Saint-Just, copie de M. A. Bories, 
« Possessions de la Cité, n° 59 ». 



ÉTUDE SUR LÀ CONDITION DES JUIFS DE NÀRBONNE 15 

et terres sises dans le terroir de Lapidet (Levrettes) et de Legrassols 
(Lebrassous), possédées en commun, les trois huitièmes par le 
Roi Juif et Guillaume-Raimond de Montpellier, un huitième par 
Reine, femme de Judas, Juif de Béziers \ moyennant le prix de 
1,800 sous meigoriens à prélever sur le legs constitué par Élie, 
archidiacre de Razès, pour la fondation de son anniversaire et 
la célébration de la fête quia lieu dans l'octave de la Madeleine 2 . 
Le 9 juin 1259, le même Tauros vend à la dite Aumône son droit 
direct sur la cinquième partie de la vigne de Guillaume d'Aux et 
Bérenger de Lastours, sise dans le terroir de la Cité, à la « Leyne », 
et sur le mailleul de Bondavin, « décimaire» de Cuxac, confrontant 
à l'autan la rue, au midi la vigne de l'hôpital de Saint-Jean- 
de-Coiran. moyennant la somme de 19 livres meigoriens 3 . Enfin, 
le 12 avril 1261, Tauros vend encore à l'Aumône, au prix de 
68 sous meigoriens, un droit de six deniers dont il jouit sur le 
champ des héritiers de Jean Inard '•. 

IX. — En somme, les «Rois Juifs » aliénèrent toutes leurs terres 
dans les deuxième et troisième quarts du xnr 3 siècle. Voilà pourquoi 
les actes de vente qui suivirent la grande confiscation de 1306 ne 
s'appliquent exclusivement qu'aux maisons du «Roi Juif». 11 n'y 
est fait mention d'aucune terre lui appartenant ou lui ayant appar- 
tenu. A la veille de l'expulsion de 1306, le « Roi Juif » possédait une 
trentaine de maisons ou parties de maisons, dont une douzaine à 
titre allodial 5 . Ce « Roi Juif», connu vulgairement sous les noms 
de Momet Tauros, doit être identifié avecKalonymosben Todros III, 
fils de Todros ben Kalonymos III. Il intervint activement dans les 
controverses religieuses soulevées en 1303-1306 à propos des 
théories de Maïmonide. Il se déclara l'adversaire, toutefois, en 
termes modérés et courtois, de la philosophie et de l'hétérodoxie 6 . 

Momet Tauros avait un sceau du type armoriai ou héraldique 7 . 

1. 11 s'agit «le Judas d'en Abomar, père de Tauros, Juif de Béziers dont il a été 
question plus haus haut (§ n). 

2. Invent, de la mense capit. de Saint- Just, copie de M. Bories, « Des possessions de 
la Cité, caisson 62, n° 36 ». 

3. Ibid., « u" 37 ». 

4. Ibid., « n" 39 ». 

5. Voy. plus haut, chap. iv. § xn ; cliap. vu, $ vu. 

6. Histoire littéraire de la France, t. XXVII, pp. 679, 682, 683, 685 et 692; Saige, 
Juifs du Lang., pp. 114, 115, 119 et suiv. ; Gross, Gallia judaica, pp. 408 et 427. 

7. J. Garvallo, Inscription hébraïque à Narbonne, dans L'Univers israélite, t. VIII, 
p. 509; Ad. de Longpérier, Les nasi de Narbonne au moyen âge, dans Revue israé- 
lite, t. III (1872), pp. 538-540 (Extrait des Comptes rendus de V Académie des Inscrip- 
tions, année 1872, p. 233) ; Hist. litt. de la France, t. XXVII, p. 753 ; Saige, Juifs du 
Lang., p. 60; Gross, Gallia judaica, p. 408. 



16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La matrice qui nous en a été conservée 1 porte sur une face un écu 
chargé d'un lion rampant et en exergue la transcription provençale 
du nom de Momet : MOVMET IVDEV D'NERBO. L'autre face de la 
matrice porte aussi Técu et le lion avec la légende hébraïque de 
Galonymos fils de R. Todros. Le lion, type traditionnel de la maison 
de Juda, rappelle les prétentions généalogiques des « Rois Juifs », 
qui se disaient descendants directs de David. D'après Joseph 
Derenbourg 2 , le style de l'écu et la forme des lettres indiquent la 
fin du xm e ou le commencement du xiv e siècle. 

Le savant hébraïsant, se fondant sur la coutume pratiquée chez 
les Juifs de donner au petit fils le nom de l'aïeul 3 , déclare que 
Momet était le petit-fils du naci dont parle Benjamin de Tudèle. 
Nous ajouterons que cet usage était aussi en honneur dans les 
familles chrétiennes. La série généalogique des vicomtes de 
Narbonne nous montre les Amauri alternant régulièrement avec 
les Aimeri : ainsi Amauri II est le fils d'Aimeri V et le petit-fils 
d' Amauri I er . Comme les «Rois Juifs » de Narbonne se succédaient 
héréditairement, le fils aîné, héritier présomptif du titre de nasi, 
devait prendre invariablement le nom de son grand-père. Cette 
particularité nous a été d'un grand secours pour établir la généa- 
logie des « Rois Juifs » de Narbonne. 

Il serait téméraire d'avancer que la face provençale de la matrice 
servait à sceller les actes conclus avec des chrétiens et rédigés en 
latin ou en langue vulgaire, la face hébraïque les actes conclus 
avec des coreligionnaires et dressés en hébreu. Il n'y a pas 
d'exemple d'acte latin ou provençal muni du sceau de Kalonymos 
ben Todros III. Il est probable que ce dernier se servait exclu- 
sivement de son sceau dans ses rapports avec ses coreligionnaires, 
la face à la légende hébraïque constituant le sceau proprement dit, 
la face à la légende provençale, le contre-sceau. 

Saige considère le sceau de Kalonymos comme un emblème 
eigneurial réservé aux seuls nobles et dignitaires. Or, les sceaux 
ndividuels ne restèrent pas longtemps un privilège de la noblesse 
et des dignitaires laïques ou ecclésiastiques. A partir des dernières 
années du xm e siècle, mais surtout à partir du commencement du 
xiv e , l'usage du sceau tomba dans le domaine public 4 . Cette 
diffusion est surtout frappante à Narbonne. Bourgeois, marchands, 

1. Musée de Narbonne, vitrine 15, n° 520. 

2. Revue Israélite, t. III (1872), p. 540. 

3. Le nouveau-né recevait le nom du plus proche parent récemment décédé, c'est-à- 
dire, dans la plupart des cas, du grand-père. 

4. Giry, Manuel de diplomatique, pp. 645, 648. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 17 

artisans, tout le monde voulut y avoir son sceau. V Armoriai des 
consuls de Narbonne (1549-1673) 1 nous offre une belle collection 
de blasons et d'armes parlantes. Dans beaucoup de ces blasons le 
champ est occupé par un lion rampant. 

Au surplus, nous ferons observer que dans le Midi et spécia- 
lement à Narbonne, les sceaux n'avaient pas de valeur authentique 
dans les contrats. L'apposition du sceau y équivalait à une 
signature. L'acte était authentiqué par l'apposition du seing- 
manuel du notaire. Il y a, en somme, beaucoup de chances pour 
que le sceau du «Roi Juif» n'ait servi qu'à clore des lettres 
missives, tout comme les cachets ou les signets 2 . 

Cela dit pour ne rien laisser subsister de l'argumentation 
développée par Saige à l'appui de sa théorie sur l'assimilation des 
alleutiers juifs aux seigneurs chrétiens. 

Dans la liste des Juifs narbonnais, dressée par les consuls à la fin 
de l'année 1305 3 , nous relevons les noms de Bonmacip, Momet, 
Nassem Tauros. Il s'agit là sûrement de membres de la famille 
des nasis. Nassem Tauros doit s'identifier peut-être avec Momet 
Tauros et, par suite, avec Kalonymos ben Todros III 4 . Il est question 
d'un Momet de Narbonne dans les registres de notaires de la ville 
de Montpellier correspondant aux années 1293-1294. Une procura- 
tion donnée en 1293 parBonetde Borrian, habitant d'Arles, à Bona- 
fos de Melgueil, mentionne la sentence arbitrale rendue par Momet 
de Narbonne et Tauros de Beaucaire entre Bonet et Salamias 5 . 

On relève aussi les noms de Bonmacip de Narbonne et de Blanche, 
sa femme, dans ces mêmes registres 6 . Gomme ses homonymes 
de Narbonne, Bonmacip était à Montpellier propriétaire direct 
d'immeubles. Le 10 mars 1293/4, Astrugue, Juive, fille et héritière 
universelle de feu Salamias de Lunel et de feu Blanche, femme du 
Juif Bonmacip de Narbonne, concède pour six ans l'usage et l'habi- 

1. E. Roschach, Histoire graphique de l'ancienne province, t. XVI de L'Hisloire 
générale de Languedoc, texte et dessins, éd. Privât, Toulouse, 1905, in-4°, pp. 693-704. 

2. Les sceaux plaqués employés à clore les lettres se rencontrent depuis le xm e siècle 
(Giry, Manuel de diplomatique, p. 630). 

3. Voy. plus haut, chap. vu, § v, en note. 

4. A moins que Nassem Tauros ne soit le propre fils de Momet Tauros, ainsi que le 
laisse supposer un mandement d'Alfonse III, roi d'Aragon, portant injonction au 
viguier de Barcelone, le 13 décembre 1287, d'abandonner les poursuites engagées 
contre Toros fils de Mamet, Juif de Narbonne, qui était venu à Barcelone, en compa- 
gnie de son maître Jucef, pour s'y marier avec la fille d'Astrugue, veuve de Joseph 
Ravaya (Pièces justif., n" IX). 

5. S. Kahn, Juifs de Montpellier, dans R. É. ./., t. XXII (1891), p. 267, et XXIII, 
(1891), pp. 270-271. Voy. aussi t. XXII, pp. 265 et 272. 

6. Ibid., t. XXII, pp. 265 et 273. 

T. LXU, n° 123. 2 



1S REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

talion d'une maison et d'un ouvroh* sis à Montpellier, près de la rue 
Française '. 

Nous nous bornons à mentionner les noms de Momet et de 
Bonmacip de Narbonne sans tenter de les identifier avec des nacis 
de Narbonne, les éléments d'identification fournis par les actes ne 
nous paraissant pas suffisants. 

X. — L'histoire des Juifs alleutiers et, en particulier, celle des 
« Rois Juifs » nous fait donc assister à une réalisation continue de 
leurs propriétés terriennes. La période de liquidation la plus active 
coïncide à peu près exactement avec le règne de saint Louis. D'où 
il résulte que, si le démembrement de la propriété allodiale juive 
en domaine direct et en domaine utile a été le résultat du mou- 
vement féodal, la disparition totale de la classe des Juifs 
propriétaires terriens a été la conséquence de l'hostilité marquée 
à leur égard par le plus intègre des rois capétiens. La liquidation 
royale de 1306 ne comporte presque exclusivement que la vente de 
maisons. A cette date, en effet, la propriété foncière juive n'existait 
pour ainsi dire plus. Sous la menace des représailles royales, 
l'alleutier juif s'était résigné à disparaître, et devant que d'avoir 
ses terres confisquées, il s'était empressé de les convertir en 
bonnes espèces sonnantes. 



LIVKE II 

CONDITION ÉCONOMIQUE 
CHAPITRE XI 

VIE RURALE ET PROFESSIONS URHAINES. 

I. Juifs cultivateurs, sauniers, vignerons, jardiniers. — II. Les Juifs et les 
fonctions publiques ; prise à ferme d'impôts. — III. Professions libérales et 
métiers: Juifs médecins, notaires, boulangers, meuniers, orfèvres. — IV. Juifs 
corn nerçants : la boutique et le petit commerce, le courtage, l'importation. 

I. — Nous venons de voir que jusqu'au milieu du xm e siècle 
environ, les Juifs de Narbonne ont marqué certaine prédilection 
pour la propriété foncière. On a pu remarquer que les chefs de la 



Ibid., t. XXII, p. 266, et t. XXUI, pp. 265-266. 



ETUDE SUK LA. CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 19 

communauté avaient eux-mêmes donné l'exemple jusqu'au jour 
où des circonstances impérieuses les avaient obligés à y renoncer. 

Il est curieux de rechercher quel était le genre de vie que 
menaient les Juifs à la campagne et à quelles occupations ils s'y 
livraient de préférence. Les actes ne sont pas toujours très expli- 
cites sur ce point. La terre, lorsqu'elle fait l'objet du contrat, n'est 
pas toujours définie d'une façon précise, quant à la nature du sol 
et surtout quant au genre de culture qu'on y pratiquait. Les actes 
se bornent le plus souvent à la désignation vague de pièce de 
terre. On rencontre quelquefois l'appellation de manse, qui, tout 
en évoquant à l'esprit une maisonnette avec son enclos, ne nous 
éclaire pas davantage sur le genre de travaux qui y étaient prati- 
qués. Nous sommes un peu mieux fixés quand il s'agit de champs, 
c'est-à-dire de terres labourables. Mais quelles céréales récoltait- 
on dans ces champs, voilà ce que les actes ne nous précisent que 
trop rarement. Il est probable, néanmoins, que la plupart des 
terres labourables étaient aménagées en emblavures. 

Le Juif Isaac ben Lévi devait récolter du blé, puisque, pour un 
patu tenu à cens du vicomte, il devait en fournir chaque année 
une coupe '. 

Les basses-plaines de Narbonne étaient loin d'avoir au moyen 
âge la fertilité qu'elles présentent aujourd'hui et qui est le résultat 
de l'œuvre de dessèchement méthodique accomplie seulement au 
siècle dernier. Par suite des atterrissements de la rivière d'Aude, 
l'ancien lac Rubresus ou étang salin s'était morcelé en une infi- 
mité de petits étangs ou « estagnols ». Le sel contenu en solution 
dans l'eau saumâtre de ces étangs ou déposé en couche fine à la 
surface des terres, récemment abandonnées par les eaux, était 
recueilli par les habitants de Narbonne et, en particulier, par les 
Juifs. Ces derniers exploitaient des salines dès l'époque carolin- 
gienne 2 . Leur communauté avait le droit de recueillir le sel néces- 
saire à sa consommation dans le tellement de l'Alleu judaïque 3 . 

Un acte du 27 octobre 1154 ' nous montre que le saunier juif 
Bonisaac exploitait deux salines, dont l'une s'étendait sur une 
superficie de 150 aires, dans le tellement du Pradel, à l'ouest de 
l'étang (salin), probablement sur les confins actuels des communes 
de Narbonne, Cuxac et Coursan. Au midi de la saline de Bonisaac, 
se trouvait celle du Juif Jacob. Bonisaac était muni de tous les 

1. Voy. plus haut, chap. iv, g vi. 

2. Ib ici., chap. ni, § n. 

3. Ibid., chap. vi, § i, acte du 25 avril 1048. 

4. Pièces justificatives, n" IV. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

appareils nécessaires au traitement par évaporalion de l'eau salée 
contenue dans les étangs ou de la couche de sel formée à la surface 
des terres desséchées. 

Dans le premier cas, l'évaporation s'obtenait par le moyen de 
marais salants, munis de vannes pour l'écoulement des eaux (oslre- 
miis et marejatoribus). Dans le second cas, l'évaporation se fai- 
sait artificiellement dans de grands chaudrons chauffés à une 
haute température (coctoriis). Bonisaac était un grand propriétaire 
de salines, puisque, jusqu'au 20 octobre J 155, il posséda en alleu 
la moitié de tous les salins du Pradel *. 

Mais la grande culture pratiquée de préférence par les Juifs agri- 
culteurs était celle de la vigne. Ils possédaient déjà des vignobles 
à l'époque carolingienne 2 . Il y avait môme un tellement, du côté 
de la route de Narbonne à Coursan, qui était connu sous l'appella- 
tion caractéristique de « Vignes des Juifs 3 ». C'est dans ces parages, 
au lieu dit la Lega, que le Juif Moïse possédait une pièce de vigne 4 . 

Il faut placer probablement dans cette région viticole le lieu dit 
« Vivier de l'Aiguë », où se trouvait le mailleul de Vrdal Bondavin 5 . 
Un peu plus à l'ouest, dans les tènements de Levrettes et Lebras- 
sous, la famille des « Rois Juifs » possédait des vignes allodiales 6 . 

Tous ces vignobles étaient situés non loin de Narbonne. Mais les 
vignerons juifs qui ne possédaient pas des vignes en toute propriété 
dans la banlieue de la ville ne craignaient pas d'en prendre à cens 
aux alentours des villages voisins. 

C'est ainsi que, l'un après l'autre, Vidal Secal et Abraham Secal 
furent tenanciers censitaires de l'abbaye de Fontfroide, pour une 
vigne située dans le terroir de Fontcalvi, au sud-est d'Ouveillan 7 . 

Quand se produisit la grande expulsion de 1306, il y avait encore 
à Narbonne quelques Juifs viticulteurs, mais c'étaient tous des 
habitants du quartier archiépiscopal de Belvézé. Joseph Sasala 
avait une quarterée de vigne aux « Clauzels » de Lamourguier, 
dans le terroir du Bourg 8 . Moïse Sagrassa possédait une vigne à 



1. Voy. plus haut, cliap. x, § i. • 

2. Ibid., chap. n, § ix; chap. m, §§ n, m, vi. 

3. Ibid., chap. x, § vi, acte du 17 février 1064. 

4. Saige, Juifs du Lan<j., pp. 132-133, acte du 13 mai 1163. 

5. Voy. plus haut, cliap. x, § u, actes du 22 janvier 1220 et du 9 juin 12o9. 

6. Ibid., § vin, acte du 16 juin 1257. 

7. Chap. ix, § m, actes du 20 septembre 1241 et du 18 août 1260. Il y avait une 
petite colonie juive à Ouveillan ; eu 1256 un Juif y fut mis en possession d'une terre 
(Archives de l'Hérault, B9, f° 43). 

8. A. Blanc, Livre de comptes de .lac me Olivier, pp. 551-565, vente du 22 sep- 
tembre 1307. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 21 

Gasanhapas \ tènement situé à Test et non loin de la route de 
Narbonne à Coursan. Enfin, Astruc Bonafos du Caylar en avait 
aussi une au midi du cimetière de Saint-Félix 2 , c'est-à-dire dans 
le quartier de l'avenue de l'Hérault actuelle. 

Mais les quelques vignes cultivées parles Juifs à la fin du xm e 
siècle et au commencement du xiv° étaient bien peu de chose eu 
égard aux grands vignobles des xi e , \n° siècles et de la première 
moitié du xiir 3 . Peu à peu, les Juifs narbonnais s'étaient débarrassés 
de leurs vignes excentriques, ne conservant, sans doute pour leur 
consommation, que les parcelles suburbaines. 

Sous les murs de la ville, aux barrières, et même à l'intérieur de 
l'enceinte, quelques Juifs s'adonnaient aux cultures maraîchères. 
La famille Secal possédait un jardin dans le quartier du Broil 3 . 
Le plus riche des Juifs de Belzévé, Dieulosal de Florensac, avait 
aussi un jardin au « Bar des Sœurs Minorettes ; ». Ces deux jardins 
devaient se trouver comme nos « hortes » actuelles, non loin de 
la rivière d'Aude, qui leur offrait toutes facilités pour les prises 
d'eau et l'arrosage. 

On voit, par ce qui précède, qu'après avoir été semi-rurale et 
semi-urbaine, l'existence des Juifs narbonnais avait fini par n'être 
plus que citadine. 

II. — Il serait exagéré de prétendre qu'à Narbonne les Juifs ont 
exercé des fonctions publiques en dehors de celles qui pouvaient 
leur être confiées par leurs coreligionnaires, dans la limite des 
juiveries. Remplir une fonction publique au moyen âge, c'était 
détenir un pouvoir de juridiction. Or, nous ne voyons pas de Juif 
investi de fonctions judiciaires. 

Nous avons bien rencontré un Juif arbitre dans un différend 
entre chrétiens et juifs; mais il ne s'agissait là que de pouvoirs 
temporaires, que d'une concession faite à la procédure juive; qui 
proscrivait l'assujettissement d'un Juif à l'arbitrage d'un chré- 
tien, et non pas d'attributions permanentes. En un mot, il s'agis- 
sait là d'une commission et non pas d'une fonction :i . 

Si, en apparence, les Juifs narbonnais ont réussi à se faire 
admettre à une fonction publique, les investissant de quelque autorité 
sur les chrétiens, cela n'a pu se produire qu'à la faveur de leurs 

1. Saige, Juifs du Lang., pp. 281-286, acte du 3 janvier 1308. 

2. Ibid., pp. 289-290, acte du 3 janvier 1308. 

3. Voy. plus haut, chap. ix, § iv, acte du 2 avril 1246. 

4 Saige, Juifs du Lang., pp. 287-288, acte du 3 janvier 1307/8. 
5. Voy. plus haut, chap. iv, § vu, et chap. vin, § vi. 



22 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

opérations financières et généralement sous forme de prise en 
gage. Deux Juifs, Momet et Matofias, restèrent pendant douze ans 
leudiers de l'archevêque. Mais il ne faut voir là que la conséquence 
d'un emprunt sur nantissement f . 

C'étaient également des Juifs qui percevaient les petites leudes 
de la Cité et du Bourg sous l'archiépiscopat d'Arnaud II Amalric 
(4212-1225 2 ). Le Juif Bondavin était, en 1259, collecteur de la dîme 
à Cuxac :5 . A Narbonne, les Juifs Astruc de Boujan et Bonfil de 
Montpellier s'étaient fait bailler à ferme par les consuls le treuil 
de l'huile et les revenus du mesurage y afférent. Mais, la vente 
du treuil faite peu de temps auparavant par le vicomte aux consuls 
avait été considérée par le roi, suzerain du vicomte, comme un 
abrègement de fief; le baile de Narbonne, en exécution des lettres 
de Simon Brisetête, sénéchal de Carcassonne, du 6 juin 1292, fit 
saisir le treuil et les mesures, avec injonction aux Juifs fermiers de 
rendre compte, à dater du jour de la saisie, des revenus de leurs 
fermes, non plus aux consuls, mais à lui-même, baile du roi 4 . 

III. — L'accès des Juifs aux fonctions publiques, en plaçant les 
chrétiens sous leur autorité, aurait paru une humiliation à ces der- 
niers. Mais il était des professions qui, tout en présentant un carac- 
tère privé, mettaient en relation étroite les Juifs qui les exerçaient 
avec leur clientèle chrétienne. Au moyen âge, à Narbonne, l'exer- 
cice de la médecine était presque l'apanage exclusif de praticiens 
juifs, formés sans doute pour la plupart aux écoles de Montpellier 
ou de Lunel 5 . Cet art était encore un peu confondu avec la sorcel- 
lerie et la magie, pratiques déjà attribuées aux Juifs par Juvénal 6 . 
L'opinion que le satirique latin se faisait des Juifs se perpétua au 
moyen âge et nous en trouvons un écho dans les œuvres d'ima- 
gination du xin e siècle relatives à la maison vicomtale de Narbonne. 
C'est ainsi que le Philomena rapporte que la prise de Narbonne 

1. Chap. v, § m. 

2. Chap. v, § v. 

3. Invent, des titres de la mense capitulaire de Saint-Just, ms. Bories, « Possessions 
de la Cité, n°'37 ». 

4. Arch. mun. de Narb., pièce non inventoriée : « ...Mandans dictas bajulus auc- 
toritate dictarum litterarum Astruc de Bojano et Bonifilio de Montepessulano, Judeis 
Narbone, emptoribus, ut dicitur, obventionum dicti trolii et mensuragii pertinencium 
ad dictos consules, ut ab isto die in antea dictis consulibus non babeant de obventio- 
nibus respondere. . . [sedjbajulo soli nomine domini régis... » 

5. Cf. sur l'école juive de Lunel, A. Bonet, Étude sur l'école juive de Lunel, 
Montpellier et Paris, 1878 {Notice su?' la ville de Lunel). 

6. Juvénal, satire VI. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 23 

par Charlemagne fut présagée aux Juifs de la ville dans leurs sor- 
tilèges 1 . Une chanson de gestes, La Mort Aymeri de Narbonne, 
nous représente un médecin juif devin et sorcier 2 . Les textes histo- 
riques ne nous ont conservé que peu de chose sur les Juifs ayant 
pratiqué la médecine à Narbonne. Le médecin juif M e Davin 
Bonsenior vivait dans cette ville à la fin du xm° et au commence- 
ment du xiv e siècle 3 . C'est également à Narbonne que M e Bonse- 
nior Salomon (Yekoutiel de Salomon) traduisit en 1387 du latin en 
hébreu le Lilium medicinac de M e Bernard de Gordon *'. 

A la différence de la profession de médecin, celle de notaire 
juif n'avait pas l'inconvénient de mettre trop souvent en présence 
des contractants juifs et chrétiens. Le notaire juif ne rédigeait 
presque exclusivement que des actes hébraïques intéressant seu- 
lement des coreligionnaires. Comme notaire juif, nous relevons 
dans les actes le nom de M e Salomon 5 et comme clerc de notaire, 
celui du scribe David 6 . 

Il est certains métiers que l'Eglise voyait avec déplaisir exercés 
par des Juifs. Ne pouvant en interdire l'exercice aux Juifs, elle se 
bornait à défendre aux fidèles d'en consommer les produits. Il est 
clair, en effet, étant donné les procédés spéciaux de panification 
observés parles boulangers juifs, que les chrétiens ne pouvaient 
s'approvisionner chez ces derniers et réciproquement que les Juifs 
ne pouvaient acheter du pain confectionné suivant un système 
contraire à leur goût et à leur rite. Il semble, toutefois, que les 
Juifs narbonnais aient eu recours aux fours chrétiens pour la 

1. Gesta Karoli Magni ad Carcassonam et Narbonam, éd. Schneegans, Halle, 
1898, pet. in-8°, p. 176. 

2. La mort Aymeri de Narbonne, éd. Couraye du Parc, Paris, 1884, in-8°, vers 
380-460 et 521-522 : 

En la cort ot un juï Saolin : 

Sajes nom fu et de grant sens porpris, 

Il ot un livre paré de toz latins ■» 

Ou li art sont et li sonje descrit ; 

Lo livre prent, s'entra en un jardin 

Et se cocha desoz Toiibrc d'un pin ; 

Totes les arz reversa et enquist, 

Iluec voit toz les sonjes Aymeri 

Et lo grant mal qui li doit avenir ; 



Car il (Aymeris) se muert, en li a deviné 
Uns siens juïs qui est des arz parez. 

3. A. Blanc, Livre de comptes de Jacme Olivier, t. II, l re partie, p. 545. 

4. Gross, Gallia judaica, p. 429. 

5. Saige, Juifs du Lang., p. 198. 

6. Ibid., p. 200. 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cuisson de leurs plais de viande. Los statuts des boulangers dressés 
le l 6r juin 1306 interdisent à tous les membres de la corporation de 
l'aire cuire les viandes des Juifs en temps de carême ou de jeûne '. 
C'est donc qu'ils avaient l'habitude de le faire aux autres époques 
de l'année. 

Par extension, il semble que la meunerie juive ait été atteinte 
par la môme prohibition que la boulangerie. Nous voyons des 
meuniers juifs à Narbonne dans la première moitié du x e siècle 2 ; 
mais nous n'en rencontrons plus un seul dans la suite. 

Il ne paraît pas que les Juifs narbonnais aient eu beaucoup de 
prédilection pour le métier d'artisan. Il devait y avoir des orfèvres 
juifs à Narbonne vers 1057, puisqu'à cette date, l'archevêque était 
accusé par le vicomte Bérenger de leur avoir livré des patènes 
d'or et d'argent destinées, une fois fondues, à être vendues en 
Espagne 3 . 

IV. — Mais il est souvent question dans les actes, d'une catégorie 
de petits commerçants juifs dont les scribes ne prennent pas la 
peine de nous indiquer la profession. Sur la place de la Cité, 
— aujourd'hui place de l'Hôtel-de-Ville — se tenait le marché quo- 
tidien ; une section était consacrée à la vente des légumes (place 
de la Caulerie), une autre à la vente de la viande (Macel ou Bouche- 
rie), une troisième était occupée par la Poissonnerie. Tout autour 
de la place de la Cité, en bordure, s'élevaient de nombreuses 
boutiques ; établis dans quelques-unes, les Juifs s'y livraient à la 
vente au détail, ou mieux encore au commerce du change. 

C'est sur la place de la Cité, du côté d'autan, qu'Abraham, fils de 
feu David de Montpellier, possédait une boutique à un étage. Un 
de ses ancêtres s'était fait concéder le droit par la vicomtesse 
Ermengarde (1143-1193], et un autre se l'était fait confirmer par le 
vicomte AimerilV (1194-1239), d'aménager des tables, constructions, 
courette, entrée ou sortie sur un patu situé près de sa boutique, 
côté du midi. Le 20 décembre 1244, Abraham fit abandon de son 
droit à la communauté et aux consuls de la Cité. Il se réserva, 
pourtant, la faculté d'élever avec l'assentiment des consuls sur 
l'emplacement dudit patu un mur de trois palmes et demie de 

1. A. Blanc, Livre de comptes de Jacme Olivier, t. II, l re partie, p. 551 : « .. .Item 
volimus, ordinamus et statuimus ac etiam promitimus, nominibus quibus supra, quod 
nullus nostrum audeat quoquere carnes Judeorum in furno vel alieno de catiagesi- 
mali vel jejunii. .. » 

2. Voy. plus baut, ebap. m, §§ ix à xn. 

3. Voy. plus baut, chap. vi, § I e *. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 25 

canne, de percer du côté de l'ouvroir de Jean Laurent une ouver- 
ture de quatre palmes de large destinée à donner accès par l'inter- 
médiaire d'un escalier à l'étage supérieur de la boutique, moyennant 
quoi Abraham s'interdisait le droit de pratiquer à l'avenir tout 
œuvre de maçonnerie, table, banc, ouverture, du côté du Macel 
(Boucherie) et de la Poissonnerie. Il se réservait pourtant le droit, en 
prévision d'un surcroît d'élévation à donnera son ouvroir, de prati- 
quer dans le mur neuf un auvent (Abanimm) convenable, des portes 
et fenêtres, de surélever l'escalier de trois marches. Les mesures 
du mur furent fixées par des experts de cers à autan à deux cannes 
et sept palmes, deux cannes d'un angle à l'autre et cinq palmes de 
l'angle supérieur à la cloison de l'ouvroir de Jean Laurent '. 

Le rapprochement de la précédente transaction avec les actes de 
ventes des immeubles confisqués en 1307 et 1308 nous permet de 
concevoir ce qu'était une boutique juive à Narbonne au moyen âge. 
En général, la boutique n'avait qu'un seul étage; on y accédait par 
un escalier extérieur, situé le plus souvent à l'autan, sans doute 
pour éviter la violence du vent de cers. Le boutiquier qui prospérait 
dans son commerce ajoutait un nouvel étage à son ouvroir et, pour y 
accéder, surélevait de quelques marches l'escalier extérieur. C'est 
peut-être aux appartements du premier étage que s'applique la 
dénomination de soleriiim ou solarium. Cet étage pourvu d'une 
entrée absolument indépendante de la porte du rez-de-chaussée 
était loué fréquemment par le boutiquier. L'ouvroir proprement 
dit se trouvait généralement au rez-de-chaussée, « entre seuil et 
plafond 2 ». L'entrée de la boutique était un portail (portalium, 
portalia, portalaria), rarement en tiers-point, presque toujours en 
plein-cintre, comme on peut en voir encore dans la rue de l'An- 
cien-Courrier, en pleine juiverie vicomtale. Le portail étant la carac- 
téristique de la boutique et la boutique se trouvant de préférence 
au rez-de-chaussée, il n'est pas étonnant que les trois dénomina- 
tions de portail, de boutique et de rez-de-chaussée se présentent 
dans les textes comme synonymes [dormis, portalia, portaleria, 
stagia inter sotulos et solerios). Les étages, ne communiquant pas 
avec le rez-de-chaussée par un escalier intérieur, pouvaient 
appartenir à des propriétaires différents. Ainsi Samuel Vidal et 
Samuel Bonmacip de Lescaleta possédaient une dizaine de rez- 
de-chaussée 3 . Le « Roi Juif » en avait seize 4 , Moïse Bonafous 

1. Pièces justificatives, n° VI. 

2. « Inter sotulos et solerios. » 

3. Saige, Juifs du Lang., pp. 282 et 285. 
3. Ibid., pp. 278 et 284. 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

neuf. Un certain nombre de maisons juives s'agrémentaient de 
cours intérieures, de basses-cours ou de simples courettes. C'était 
le cas de la cortada du « Roi Juif », dont les dimensions devaient 
être assez considérables 2 . Il en était de même, avec toutefois des 
proportions plus modestes, des maisons de la Juive Françoise 3 , 
de Moïse Bonafous \ de David Cohen 5 , et de Samuel Bonmacip de 
Lescaleta 6 . 

Le Juif Bondia de Surgères possédait deux boutiques dans le 
quartier de la Parerie de Cité, confrontant au midi l'ouvroir de 
Bonnet de Capestang et au cers la rue ; mais il les vendit, le 
3 décembre 1259, à Pierre Rougé 7 . Ces deux boutiques étaient l'en- 
tière propriété de Bondia, puisque, le 7 juin 1292, Guillaume Rougé, 
fils de Pierre et de dame Algaye, en vendit à Armand Deladent 
l'usage allodial de dix livres « en toute directe ». Les deux boutiques, 
tenues alors par Jourdain de Corrigol, étaient situées exactement 
sur le côté oriental de la rue Parerie-Vieille-de-Cité, au nord de la 
boutique de l'aumône de Bonnet de Capestang. Le prix de vente 
en resta le même à trente-trois ans d'intervalle, soit 190 livres 8 . 

Après l'acquisition par Arnaud Deladent du domaine direct des 
deux boutiques allodiales, le tenancier de l'une céda la place à un 
nouveau possesseur. Le 28 septembre 1297, la boutique qui con- 
frontait au midi celle du Juif Davin de Capestang fut l'objet d'un 
bail « à nouvel acapt », c'est-à-dire à nouveau cens, au profit de 
Pierre de Séret, tailleur 9 . 

Ville de commerce maritime et de trafic cosmopolite, Narbonne 
voyait fleurir sur sa place toutes les catégories de commission- 
naires. 

Le courtier, en langue du pays « encantayre », vendait à l'encan 
les articles dont un marchand lui confiait la liquidation ,0 . Il devait 
fournir caution, procéder à la vente sur la voie publique, adjuger la 
marchandise au plus offrant, faire lui-même le pesage ou mesurage 

1. Saige, Juifs du Lang., p. 285. 

2. Ibid., p. 278. 

3. Ibid., p. 281. 

4. Ibid., p. 283. 

5. Ibid., p. 285. 

6. Ibid., p. 284. 

7. Archives de l'Aude, H 211, Inventaire des titres de l'abbaye de Fontfroide, «« Fief 
de Narbonne, coté 4V ». 

8. Ibib., « coté 6J ». 

9. Ibid., « coté 6 Y ». 

10. A. Blanc, Livre de comptes de Jacme Olivier, t. II, p. 651, acte du 31 juillet 
1310. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 27 

et remettre au propriétaire le produit intégral de la vente '. L'ad- 
mission à l'exercice du courtage exigeait de nombreuses garanties. 
On a lu plus haut 2 la longue litanie d'imprécations dont s'agré- 
mentait la formule de serment imposée aux candidats juifs. 

Le courtier était l'intermédiaire obligé entre le marchand et le 
consommateur. A Narbonne, l'appellation de marchand était syno- 
nyme de commerçant en gros. Dans la hiérarchie municipale le 
titre de marchand était l'équivalent de celui de bourgeois et peut- 
être même quelque chose de plus 3 . Parmi les Juifs narbonnais qui 
pratiquaient la « marchandise », nous rencontrons un marchand 
d'alun, Salomon de Montpellier. Les consuls du Bourg lui en ache- 
tèrent trois charges dans le courant de l'année 1303 '». Astruc 
Bonafos du Caylar, Sabron Vivas et Bondia Mossé étaient de gros 
importateurs d'épices. Quelque temps avant le 16 juillet 1303, nous 
voyons les consuls du Bourg s'approvisionner chez eux de trois 
charges et demie de poivre 5 . 

A la fin du xiv 6 siècle, le marchand narbonnais Jacme Olivier se 
faisait fournir du blé parle Juif Grescas de Lunel G . 

Si l'on examine d'un peu près les actes relatifs à ces transactions 
commerciales, on s'apercevra très vite qu'ils recouvrent bien autre 
chose qu'une simple opération mercantile. Il s'agit là, sans aucun 
doute, de ventes à terme comportant une échéance fixe et un peu 
éloignée du jour de la livraison. 

Ces ventes à terme devaient se faire naturellement à un prix plus 
élevé que les marchés au comptant et donner lieu par conséquent 
au paiement d'un escompte dont le taux n'était autre que la diffé- 
rence de prix entre la vente au comptant et la vente à terme. Or, 
la vente à terme constituant avec le prêt à intérêt les deux formes 
essentielles du crédit, cela nous amène tout naturellement à nous 
occuper du principal rôle joué par les Juifs narbonnais au moyen 
âge, le rôle de banquiers, c'est-à-dire de commerçants opérant, non 
plus sur des marchandises, mais sur de l'argent. 

(A suivre.) 

Jean Régné. 



1. Voy. le statut arrêté par les consuls Je la Cité en avril 1278 (Mouynès, Invent, 
des arc h. inun. de iVarô., série A A, p. 150). 

2. Chap. vin, § iv. 

3. Voy. notre étude sur Amauri 77, vicomte de Narbonne, p. 352. 

4. Pièces justificatives, n° XII. 

5. Ibid. y n° XI. 

6. A. Blanc, Livre de comptes de Jacme Olivier, p. 100, opération du 10 avril 1386. 



FRAGMENTS ARAMÉENS DU TOLDOT YÉSCHOU 



M. E.-N. Adler a eu l'amabilité de me prêter l'original du texte 
qu'il a tout récemment publié*. En môme temps il a mis à ma 
disposition les originaux des autres fragments de la Gueniza que 
j'avais déjà édités dans mon Leben Jesu 2 . J'ai pu ainsi procéder à 
un nouvel examen, qui n'a pas été entièrement stérile. Les lectures 
de M. Adler sont en général exactes ; néanmoins ces lambeaux de 
feuillets jaunis ont encore livré quelques uns de leurs secrets, des 
lacunes ont pu être comblées et des erreurs rectifiées. 

Comme ces deux fragments sont apparentés l'un à l'autre et se 
complètent mutuellement, je vais les reproduire ici 3 . J'appelle A 
le texte antérieurement connu, B le second; les variantes des 
premiers déchiffrements sont désignées pour le fragment A par K 
(Krauss, Leben Jesu) et pour le fragment B par R (Revue)''. 

Fragment A. 

Est divise par les 4 petits feuillets du manuscrit 
en 4 morceaux : a, b, c, d. 

5 ^D3 [133 • • • *313] * « 

6 -n7ûï?2 -rn ton -pV mb -ion !-mn 2 
ton T 1 '?* naiiD mb 'on rmnb 3 

1. Revue, LXI, 126-130. 

2. Krauss, Das Leben Jesu nach jûd. Quellen, Berlin, 1902, p. 37 et 144. 

3. Le fragment A a été traduit en hébreu par moi, op. cit., 145-146; le fragment B 
l'a été en français par M. Adler, Revue, l. c. 

4. Les lettres incertaines, effacées ou à demi-conservées sont indiquées par des 
points. 

5. Ce mot est à moitié conservé et comme le passage est analogue à b. Sanh., 43 a 
(v. Strack, Jésus, die Hàretiker und die Christen nach den àltesten jûd. Angaben, 
Leipzig, 1910, part, hébr., p. 19), on peut restituer presque toute la ligne. 

6. K : ...73*3. 



FRAGMENTS ARAMÉENS DU TOLDOT YÉSGHOU 29 

îfb* T»psn ' ^nn^ rrnn rraiT tyi 4 

^ficraan 2 D'iCPbas n^n?: "irnbûpl 5 

3 niD73n [rm]-iD p snrcirpb -i?3fcn g 

irai "jinâ^rimN w^i ■nTrobn 7 

N7ûy n'nb' 4 [^]u&n isnvn êu^û-i 8 

•pntt&o 5 V 3ln ' 3 r 3>,n ^bap ^?3 9 

opalin Nin [aTi] io 6 

no^p n^n?3 ■;:« »mo«*i «rra h 

■pna m» npidk "««73 pï-îb fan 12 

»3173 " , 3>m smo» 23 !"nb tiw» 13 

r-nb" «bi Nmp:n npdn q«i 14 

anaa sba -rb*i nb ïmTab 'pba^ 15 

■prpb* ^wro mn ncp Jttiïrran 16 

«nbina "»b rp« 7 «rna yiîib '»« n . 

mau Mba "psa na ïmwb prrw *8 

8 [vb]flri ■narN'â n7a[^] 19 c 

Nbi "ffiab ihn "pria aa ["jlinm 20 

mp^bo BTttpbi l0 fiann v« "naè 9 "pri[rD]iaK 21 

ïrrn wa N2N R38nn ?as un «ncn 22 

rrrv p^dn b*»î« mb '»« mao ,2 n" ll ■Hrron 23 

1 T 

mm -ih](73)3i mm p^san rsND3 mim b«n 24 

t^:rr p"i ^ao rnaan mata "91183 25 

xan N-bwSa "nm "rmiau (p) p w 26 

1. Sic; K : ^33135^; Ps., l, 23, a ">naa , \ 

2. L. OimbsN « Pilatus ». Le copiste a peut-être pensé à aim23N, qui se trouve 
dans le Talmud et le Midrascb, voir Lehnworler, II, 10. 

3. K, inexactement : ÎTZ373b. 

4. Cf. 1. 19, puis fragment B, 1. 16, ainsi que fc«3*U73 p pTTP dans la Pierre de 
touche de Schemtob ibn Schaprout (Leben Jesu, p. 147; Revue, XVIII, 222). Cf. 
Jean, vu, 12 : repava tô ôyXov [Leben Jesu, p. 193). 

5. K:«p2yn73. 

6. Lire peut-être IpUîl. Faut-il restituer : mb "p3">N "paVlE ptlblB] ipaUîT 
N;r3 lK3"in? — A la ligne 12, lire paa pour pria. 

7. K restitue à tort [DN QH3] ; mais Kn*13 est presque sûr. Cf. aussi Schemtob 
ibn Schaprout dans Leben Jesu, p. 147. 

8. Cf. ligne 8 et la note. 

9. Cf. Fragment B, ligne 1. 

10. Les mots "psnn "PN sont difficiles à lire à cause d'une déchirure. K : *1EPPJ<, 
ce qui ne donne aucun sens. 

11. K : 1TH3T Cf. Fragment B, 1. 19 : iTmfin. 

12. J'ai remarqué dans Leben Jesu, p. 144, que cette particule est fort surprenante, 
parce que nous ne la connaissons que dans le Targoum (Dalman, Gramm. des jild.- 
palcist. Aramàisch, Leipzig, 1894, p. 79) ; je renvoie maintenant encore à Levias, 
Aramaic Idiom, Cincinnati, 1900, p. 58. 

13. K : ïm^73S; mais le manuscrit a mVT3a» forme certainement originale. 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1 Nipi »ab« oipb n^baisi N^:ï)n 27 

■ ar? «af ... i jr»i êH^t "iaa .... 28 rf 

3 . ... ai p-oa '-nzjy r-iyan» ÛV -\w na[p] 20 

rmi -pap mm ^nd-'D "pa nnipaN la 30 

im i^ttsy ûv Pmao ^pnaa rrm 31 

6 nai 5 Kjnizn itpa wn na^i p^:a 32 

■JN)3 53 1?2 NmîJllDl Nn TaS 1 " Kltt "nT 1 » b 33 

i«î"»b 7 TW hddi «1731a inbs 34 
■"îofcrm p^bo N">»ï3b -wan i» bai a^un 35 

Fragment B. 

Un pet il feuillet écrit des deux côtés (a, b). 

i6 «a^bs: b* *i7«e nbi w "prrna^û «b 9 «b^a i « 

mari w 10 iimnaiaT: «bi fcPTavn «anp-ib ndn mpbo 2 

tombât br rrçai K^aatKa ïttp iTayn ^n "ra fpm 3 

joirp S "pnb '73N aaibx p ï-rm Nnn&tb " pax ]nn «bi 4 

Nn^nW N73w^p "ECa N2TON 12 [*pn n">rnc p] 5 

'h "i73N 'îii ftwbs bV ^[nTib^aa n^an «b a^nai] 6 

l *«t3ma irmapi Ksrtyt p n5rn ântriNb y»irp] 7 

*pn ,8 *n&n "jvai aaaa rrn^ 'm Nna3 [i:a ^721] s 

Na^bas by rnm -ina^N «bi "pnm vom*i iw[r«i 9 

t^a\aip "pria t^n 16 [aaam] p [n]iosm mns 10 

1. K ■. : N-)p\ dépourvu de sens. La restitution peut se faire grâce au ms. de Stras- 
bourg (Leben Jesu, p. 46): Ï121L3 ÏTIV^a Dïlb VI73NT ; de même ms. Adler (ib., 

121) : son mi©a dv» in^n. 

2. La restitution est tout à fait incertaine; dans le ms. on ne distingue bien, après 
iaa, que T, puis &P avec les voyelles comme dessus. Pour l'explication, voir plus loin. 

3. Quelque chose d'illisible dans la marge. 

4. Lapsus du copiste, pour Na^a. 

5. Ponctué dans le manuscrit. 

6. A lire avec la ligne suivante. 

7. K : n^D, superficiellement. 

s. k : nonmi. 

9. En un mut. A : fctb "W- 

10. A : l^rTO» par erreur. 

11. Le mot se lit très distinctement ; A, inexactement : "J a afin. 

12. Restitué d'après le sens. 

13. D'après Onkelos sur Deutér., xxi, 23. Cf. Sanh., vi, 4. 

14. Nan"l ne signifie pas « en hâte », mais « canal, conduit » (Levy, Targ. Wb., 
II, 410; Neuhebr. Wb., IV, 431). 

15. A : Nnfcn, inexact. 

16. Cf. ms. Strasbourg dans Leben Jesu, 46 : b^attîa in» VI333 "ON "O 
imnp^ Nbia Û"iat^"lDn (je remarque à ce propos que les lacunes de ce manuscrit 
peuvent être comblées à l'aide d'un manuscrit identique, qui m'a été confié par 



FRAGMENTS ARAMÉENS DU TOLDOT YÉSCHOU 3i 

on "pp^o* Kip^a nram «3-173 toîh nab '73« H 

[rp]b bï« p"«nb ïthss mm ' fjxwbafc «a^bs b* 12 

j^ïoi73^rî oiabs nwipi p^bo firaob Mxb ■"«] 13 

mnan Kratwin cnas mb 'nan «333 ïmmb 14 

awHun iïï 1 "nw rmm 'i a">n73 mb mw rro la 

■wwb pnm iJWMri ♦'îwnb'îo'rp'i 3 m [na]3>[in] 16 

w linna^N «bi ïimnK DM firib '73«i "pb^u n 

•«aas dn Nnim § np*bo ÊT73u:b «a^bas b* 18 

["p] m-ias m -nm^n mm tpk «3« «3-173 19 

bTNi «"in awnizn -iut^i jwn 6 ftpWW] iinbi 20 A 

«ban «73m mnap p ^ n po«i «223 rrnm 'n 21 

imsan ?naa *pw baa mm -un msnaa 22 

7 É n»i , i Nrïïi «njD -n nzr fin "«mb* 23 

•rnV[mfin] ■Fmmttfrn i^«i «^3\m «an «nb«a 24 

visa»! imTnbn bab ■jïripn «3i»3n DTsabo mb 25 

10 ^at vpwn «bi mm ^xpïn 11m prim 26 

11 [lien &9lpir\ ewaa rmmb '73«i «3i723n Disabs 27 

Tirna «ruam "kwi Br«pw ma mm «nnapi 28 

mnm b.w «^m?3 m[a] fnapn «-in«a rrff nspn 29 

a^baaran N7a"i" , i «^73*1 «"maa mm napi «33a 30 

j**rmb N73V no^a"i« «yun ">*ia»tt irai ma 31 

[fiontip V 3 FW? "ip-'BjNi T»nn nan p^ 32 

•p-roi? Q-p rmata'n 'proa mm rt i[n]nAi 33 

[?fr] Wa] «3*h najn p ; 5S «n-pa im 34 

[?] iyam mmai-nsi «3^ "pay «in auntzn 35 

Vb^« pbio p^aian 1» ban itbj ^«ao D3> 36 

t^y^-l ITimi mttffib T301 nbsT ,5 b"[T«-i] 37 

M. D. Kahana, d'Odessa). De même ms. Vienne, dans Leben Jesu, 80 : tdï3 2133b 
fffii 570 ; ms. Adler, £6£<f., p. 121 : ^333 WDpl Vna33 *»3». 

1. A : la-'bat, fautivement. 

2. Cf. ligne 1. 

3. A : "v*y, ce qui n'a pas de sens; de plus, "3b manque. 

4. Dans le ms. ces mots, comme toutes les abréviations, sont surmontés de points; 

lire : yyn by inbaa ^bn «b «m*>-n«a a-ron. 

5. Vocalisé dans le ms. 

6. A, inexactement "p^m. Cf. fûTl à la ligne 26. 

7. Scriptio plena (A: "T1731). 

8. Le b se voit distinctement. 

9. Cf. Fragment A, I. 27. 

10. On pourrait lire aussi p73. 

11. Cf. Fragment A, 1. 25. 

12. Manque dans A. 

13. Mauvaise lecture dans A. 

14. L'auteur a écrit fautivement TH3T ; cf. Fragment A, 1. 24. 

15. Cf. Fragment A, I. 23. 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il n'a fallu ni violences ni conjectures pour combler la plupart 
des lacunes, corriger les mauvaises lectures et tirer d'utiles ren- 
seignements de ces textes en si mauvais état. Nous avons sûre- 
ment dans ces textes deux recensions étroitement apparentées 
du Toldot Yéschou. Mais je ne puis admettre, avec M. Adler, que 
« notre texte est évidemment le reste de l'opuscule que l'apostat 
Abner Alfonso désignait par ces mots "nab^ir "prabn vnniu -iso 
nth:d nn "iuî'H ^awa « livre qui a été composé en langue palesti- 
nienne sur l'histoire de Jésus fils de Pandéra' ». En effet, les his- 
toires ne se recouvrent pas. Dans le fragment A, ce sont les 
disciples de Jésus qui prétendent qu'ils peuvent faire des miracles, 
entre autres celui par lequel une femme peut enfanter sans être 
touchée par le mari; dans le texte d'Abner Alfonso, c'est Jésus 
seul qui affiche cette prétention. De plus, il est question dans ce 
dernier texte du miracle de la résurrection, sur lequel le fragment 
A est muet, bien que l'occasion s'offrît d'en parler. Dans les frag- 
ments — aussi bien dans A que dans B — le suprême inquisiteur 
romain est Pilate seul, tandis que dans le texte d'Abner Alfonso le 
procès est porté devant l'empereur Tabrinus (c'est-à-dire Tibère). 
Il est vrai qu'un empereur figure aussi dans le fragment A 2 , et on 
ne peut savoir si cet empereur n'était pas nominativement désigné 
dans la partie perdue ; mais l'état actuel des textes suffit à mon- 
trer que, dans le fragment A comme dans B, le personnage princi- 
pal est Pilate, tandis que dans le texte d'Abner Alfonso, l'affaire est 
portée immédiatement, et par Pilate lui-même, devant l'empereur. 
Ce qui est important aussi, c'est que le texte d'Abner Alfonso, 
outre R. Josué b. Perahya, qui ne manque dans aucun Toldot 
Yéschou, mentionne d'autres chefs juifs 3 , dont nos fragments 
n'offrent aucune trace ; on ne peut se contenter d'expliquer cette 
différence par l'état incomplet de nos textes, mais il faut admettre 
que ceux-ci sont différents de par le plan et la tendance. Nous 
devons donc conclure que le Toldot araméen cité par l'apostat 
Abner ne nous est pas rendu par les nouveaux fragments de la 
Gueniza. Je ne puis accorder non plus à M. Adler que le frag- 
ment B « représente une forme de la légende qui semble la 
première en date », car le texte d'Abner présente quelques traits 
d'une originalité bien marquée \ qui attestent donc une ancienneté 

1. Publié d'après le ms. du \nn "pN dans Leben Jesu, p. 146-7. 

2. Ligne 11 : -lO^p 3TI73. 

3. tfimrm ann «ao raimïï et jwjatt p jarm 

4. Ainsi Jésus vole sur le mont Carmel et pénètre dans la caverne d'Élie, ce qui ne 
se trouve dans aucun autre Toldot. 



FRAGMENTS ARAMÉENS DU TOLDOT YESCHOU 33 

respectable. Par contre, les deux textes de la Gaeniza, dont je prise 
d'ailleurs grandement la valeur, n'offre guère de traits qui ne 
se retrouvent dans d'autres recensions du Toldot. 

M. Adler trouve dans le nouveau fragment B un détail qui lui 
paraît intéressant à cause des prescriptions rabbiniques surFen- 
terrement des criminels'. Il s'agit des lignes 21 et 22, où il est 
raconté que le jardinier Juda retira du tombeau Jésus exécuté, lui 
attacha des cordes aux pieds pour le traîner (tù) dans les rues de 
Tibériade. Mais ce traitement doit être considéré comme une mani- 
festation particulière, comme un outrage spécial et ne peut se 
comparer à l'usage de traîner un criminel au tombeau avec des 
cordes. On conte, en effet, qu'un pécheur fut tiré par des cordes 
au tombeau 2 et une tradition talmudique veut que le roi Ezéchias 
ait traîné (tû) les ossements de son père jusqu'au tombeau sur 
une claie de cordes (trban bu: natt) 3 . Dans les deux cas il s'agit 
d'une mise au tombeau outrageante : au lieu d'emporter le corps, 
comme de coutume, sur une civière (natt) portée sur les épaules 4 , 
on le tire par des cordes, traînant sur le sol, au milieu de la pous- 
sière et de l'ordure des rues. C'est « l'enterrement d'un âne », dont 
fut menacé Yoyakim : être traîné (ans) et jeté loin des portes de 
Jérusalem (Jér., xxn, 19). Il est évident que c'est de cette manière 
qu'on éloignait de la ville les charognes des animaux. Dans le cas 
du pécheur, cet outrage lui fut infligé lors de la première inhuma- 
tion, tandis que le roi Achaz, le père d'Ezéchias, subit ce trai- 
tement au moment de la seconde inhumation, car les ossements 
étaient enterrés une seconde fois au bout de douze mois environ, 
quand la chair avait pourri. Or, pour Jésus, au moins d'après la 
tradition évangélique (v. Jean, xix, 41), on n'a pu agir de même, ne 
fût-ce que parce qu'il fut enterré par ses disciples dans le jardin 
de Joseph d'Arimathie ^. Le Toldot, il est vrai, le fait enterrer par 
Juda le jardinier, mais il ne dit pas que ce fut en traînant son 
corps au moyen de cordes; d'après lui, ce traitement fut un acte 
particulier, qui voulait être une démonstration : il s'agissait d'éta- 

1. Voir A. Biichler, L'enterrement des criminels d'après le Talmud et le 
Midrasch, Revue, XLV1, 74 et s. 

2. Kohélet r. sur i, 15 : iapb *pT")a Û^b^mi (dans Ruth r. sur m, 4, altéré 

en ûibarm nVi). 

3. Baraïta dans b. Pesahim, 56 a ; b. Sanh., 47 a ; j. Nedar., vi, 40 a, 1. 7. 

4. Û">DrO, ïlE3W!l "^11513, voir ma Talmudische Archâologie, II, 64. 

5. M. Bùchler, l. (?., p. 87, croit que la mention du jardin n'est pas faite « pour 
indiquer un tombeau taillé dans le roc ». Je ne comprends pas l'objection, car chacun 
sait qu'un jardin, un jardin d'oliviers par exemple, peut fort bien se trouver sur un 
terrain rocheux et qu'il n'y en a même pas d'autres près de Jérusalem. 

T. LX1I, n" 123. 3 



34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

blir aux yeux de tout le monde que Jésus n'était pas monté vivant 
au ciel. Mais en cela le détail n'est nullement nouveau; il figure 
plus ou moins dans toutes les recensions du Toldot. Ainsi, d'après 
le manuscrit de Strasbourg, le corps de Jésus n'avait été retrouvé 
nulle part et les Juifs en étaient très affligés lorsque le propriétaire 
du jardin 1 se présenta et raconta qu'il avait volé (aria) le cadavre, 
afin que les chrétiens ne le prissent pas pour soutenir que Jésus 
avait fait un miracle pour tous les temps (en montant au ciel). Le 
peuple suivit alors le propriétaire du jardin, attacha des cordes à 
ses pieds 2 , et, le traînant (ans) ainsi à travers les rues de Jérusa- 
lem, l'amenèrent devant la reine (Hélène) en disant : voilà comme 
il est monté au ciel 3 . Le même épisode se retrouve dans le manus- 
crit de Vienne'' et dans le manuscrit yéménite de M. Adler \ 
comme dans toutes les versions en général, avec cette seule diffé- 
rence que les versions connues auparavant le placent à Jérusalem, 
tandis que les nouveaux fragments de la Gueniza le transportent à 
Tibériade 6 . 

Comme il est établi que toutes les versions du Toldot racontent 
que le corps de Jésus fut ainsi traîné et que, d'autre part, ce détail 
ne peut être expliqué par la procédure criminelle des Juifs, j'ai été 
amené, dans mon ouvrage, à en chercher la source, étant convaincu 
que les auteurs du Toldot, à la satire près, qui leur est propre, 
racontent seulement des faits qu'ils ont trouvés dans une source 
quelconque, en les dénaturant et en les parodiant à leur manière. 
Or, le trait du cadavre traîné ne se trouve ni dans le Talmud, ni 
dans les Evangiles, ni même dans les Apocryphes ; par contre, je 
l'ai rencontré dans des ouvrages islamiques ; aussi ai-je été tenté 
de l'attribuer à une influence musulmane 7 et je n'aperçois pas que, 
comme l'affirme M. Adler, cette hypothèse soit réfutée par le frag- 
ment B. Du reste, j'avais déjà remarqué précédemment que cet 
épisode complète si bien le récit qu'il a pu facilement y être ajouté 
sans l'aide d'une source déterminée. 

Ce qui, à mon avis, mérite d'être retenu, dans les nouveaux frag- 
ments, c'est la détermination du lieu où Jésus fut provisoirement 

1. Ici il n'est pas nommé Juda; il est simplement désigné commue pn b^a. 

2. "pbrna D"Ôan "ITUpI correspond exactement à ce qui est dit en araméen dans 
e fragment B, ligne 21 : rwoa tfban Vfàïïl. 

3. Leben Jesu, 46. 

4. ib., 82: rrnoitt baa "im-hai û^bana Tbm "niapi. a noter que Le ternie 

employé ici (1*15) s'accorde lui-même avec les fragments de la Gueniza. 

5. ib., 121 : ïT'bipvv'a irviN i^r.io "pït) ibma ban iTapi. 

6. Voir à ce sujet ib., p. 159 et 2*. 

7. Ib., 196. 



FRAGMENTS ARAMÉENS DU TOLDOT YÉSCHOU 35 

enterré. D'après le fragment A, ligne 28 (cette ligne est malheureu- 
sement en mauvais état), Jésus, après avoir été inhumé d'abord 
en un endroit qui n'est pas nommé, le fut en dernier lieu à êptit-o 
trai', ce qui ne peut guère être autre chose que ïapax snna nna 2 
dans le Targoum du Pseudo-Jonathan sur Nombres, xxv,8, « endroit 
de la percée ». C'est ce mot si rare que nous rend notre texte ara- 
méen. Et firtnaor-ia dans le fragment B, ligne 30 3 , doit certainement 
vouloir dire la même chose, ce qui nous donne le droit de corriger 
ce mot inintelligible '' en amn. Ici encore, l'expression employée 
est seule nouvelle, non l'idée exprimée. Car toutes les recensions 
du Toldot racontent que Jésus fut enterré provisoirement, non 
définitivement, dans une conduite d'eau : ms. de Strasbourg \ ms. 
Adler 6 et ms. de Leyde ?. On reconnaît facilement dans ce tombeau 
provisoire les fosses (rrmttïi») qui formaient, d'après la loi rabbi- 
nique, la tombe momentanée des condamnés exécutés 8 , et nos textes 
du Toldot se prêtent du même coup à l'élucidation du terme obscur 
rvmttï-jto : ce sont des fosses fraîchement creusées qui, sises à 
proximité de conduites d'eau, contenaient aussi un peu d'eau. Voilà 
donc un cas où le fait raconté dans le Toldot paraît être une rémi- 
niscence talmudique, ce qui est d'ailleurs naturel vu le caractère 
de cet ouvrage 9 . Mais je ne puis, comme je l'ai expliqué, recon- 
naître cette inspiration dans le motif du traînement du cadavre. 
Un terme intéressant du fragment B (l. 28) est imsi ampra ma 

1. "133 et £4*"nT doivent évidemment être lus en un seul mot, ce que l'état du 
manuscrit autorise, d'ailleurs, parfaitement. 

2. Les éditions ont NT1113, que Levy, Targ. 1V7>., I, 114, corrige en N1TH3 ; 
l'éd. Ginsburger a NTITa. On pourrait en rapprocher fiWîun TH3 dans le Targoum 
sur I Sam., xiv, 26, pour UJ31 ""PT! (v. Jastrow, Dictionary, p. 193), mais Kohut, 11, 
189, a des scrupules contre ce rapprochement parce que D. Kimhi et Elia Levita ren- 
dent ce mot T*"I3 par nmiy « parterre ». En tout cas, Kohut parait avoir raison en 
expliquant PH3 par canal, ce qu'on pourrait appuyer par ST'lTD ainsi que par des 
formes syriaques et arabes. 

3. La lecture est sûre ici, le manuscrit étant bien conservé en cet endroit. Néan- 
moins nous avons été obligé de corriger aussi fiO^D <» la 1. 30 en tfn^a ; cf. NZ3ÏT1 
dans le fragment B, 1. 7. 

4. M. Adler laisse passer le mut &OTH3 sans remarque aucune et le traduit par 
« citerne ». 

5. Leben Jesu, p. 46 : napi bnna nsm ttjb fobin vr-HU D^n •fnm 

■nap by pnb UVirt -PTnm im«. Le verbe ^nn ("înn ?) correspond exacte- 
ment à la racine *H3. 

6. ib., p. 120 : mb^rs *»*> anp. 

7. ib., p. 129 : n^nn nnn ï-rrar nias irrpsna. 

8. Buchler, Revue, XLVI, 75 et 87; ma Talmud. Archàologie, II, 73. 

9. Dans mon Leben Jesu, p. 283, j'ai cité comme parallèles d'autres textes hala- 
chiques, mais je crois aujourd'hui que les Ï1TTWJÏ f)â fournissent le meilleur terme de 
comparaison. 



36 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

« champ d'irrigation des gens », par quoi il faut évidemment 
entendre que Jésus fut d'abord enterré dans un champ en usage 
ou dans un champ ensemencé et qu'il ne fut définitivement enterré 
dans la fosse humide dont il vient d'être question que sur l'ordre 
de Pilate, qui désira le voir enterré dans le cimetière ordinaire, ce 
qui était contraire à la loi juive (Sanh., vi, 5). 

M. Adler a été surpris avec raison de ce que, d'après le fragment 
B, 1. 3, Jésus aurait d'abord été crucifié, puis lapidé, alors que, 
d'après le principe « tous les lapidés sont pendus », on aurait dû 
suivre l'ordre inverse. Je crois cependant que les mots en question 
peuvent être expliqués différemment : les mots ti id mm rabin 
disent d'abord sommairement que Jésus a été crucifié étant vivant, 
puis vient le détail : N^MKa rrm wn « et ils le lapidèrent à coups 
de pierres », varbv. by rn»i « et il mourut sur la croix ». Au surplus 
le détail de la lapidation, précédant môme la crucifixion, n'est pas 
nouveau : il figure dans la version judéo-allemande et dans le 
manuscrit deLeyde du Toldot Yéschou *'. 

Les rapports mutuels entre les deux fragments araméens ont 
déjà été marqués avec justesse par M. Adler : Le fragment A, 1. 19- 
27, est une variante de fragment B, 1. 18-24; A, 1. 28-31 =B,1. 27-32 
etA,l. 32-35 = B, 1. 32-36. En particulier, les derniers mots des 
deux fragments w»a »3*7 *D3H etc. sont presque littéralement iden- 
tiques ; ils font partie de l'élément stéréotypé des versions du 
Toldot 2 et quoique, à en juger par le fond, ils auraient parfaite- 
ment pu former la fin d'un livre, il n'en est néanmoins douteux 
dans le cas présent si ces lignes terminent le Toldot araméen, par- 
ce que les autres Toldot contiennent les mêmes mots alors que le 
récit se poursuit encore assez longuement. 

11 est donc difficile de se prononcer sur l'étendue et le contenu 
de notre Toldot araméen. Voici l'analyse des deux fragments : 

A, 1. 1-5, condamnation des cinq disciples de Jésus 3 ; 

5-10, jugement de Pilate, qui veut connaître la cause de la 
mise à mort de Jésus et de Jean (Baptiste) * ; 

11-18, jugement de l'empereur, miracle de la naissance vir- 
ginale 5 ; 

1. Leben Jesu, p. 283. Voir aussi Toldot, éd. Wagenseil, p. 195. 

2. Voir ms. de Vienne {ib., p. 83) : oma» niD" 1 -|3N3 IttîND TOIT ; plus sem- 
blablement encore dans le ms. yéménite de M. Adler (t'6., p. 121) : nN n"Dpn 3»:n 

Dïp?2 bsn irn. 

3. D'après Sanh., 43 a. 

4. La mentiou de Jean est bien singulière. 

5. On se rappelle que cette épreuve ne se retrouve que dans le fragment B et dans 
le texte d'Abner Alfonso. 



FRAGMENTS ARAMÉENS DU TOLDOT YÉSCHOU 37 

19-31, mise au tombeau, traînement à travers les rues de 

Tibériade ; 
29 et 31, date de la mise au tombeau et du traînement ; 
32-35, invocation de la vengeance divine. 
B, 1. 1-6, crucifixion de Jésus ; 

7-12, mise au tombeau provisoire ; 

13-30, jugement de Pilate ; traînement à travers les rues ; 

mise au tombeau définitive par Juda le jardinier ; 
32, date du traînement ; 
33-36, invocation de la vengeance divine r . 

Nos fragments ne contiennent rien qui se rapporte à l'histoire 
des apôtres ou même de celle des sectes (nestoriens, etc,), comme 
dans les autres Toldot, ce qui permettrait de les dater. Mais le seul 
fait qu'ils sont écrits en araméen les situe à l'époque des Gueonim, 
c'est-à-dire à une époque relativement ancienne, ce qui suffit à 
déterminer leur valeur. 

Vieune. 

S. Krauss. 



1. Se termine dans le fragment A par ^OftrPI, qu'il faut compléter par quelque 
chose comme D3ï"pm N^lb. 



CATALOGUE DES ACTES 

DE 

JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 

ROIS D'ARAGON 

CONCERNANT LES JUIFS 

(1213-1291) 

ACTES DE JAIME I er (1213-1276) [suite et fin*). 

472. — D. Pedro ajoute à la rémission précédente que, si une action 
est introduite contre les Juifs de Girone et de Besalû au sujet des contrats 
de prêt, elle devra être rejetée par les bailes et autres officiers. — 
Girone, 13 août 1271. 

Reg. 37, f° 22 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 719. 

473. — D. Pedro accorde sa rémission aux Juifs de Girone et de 
Besalû qui se sont servis pour payement dans leurs contrats de monnaie 
melgorienne au lieu de monnaie barcelonaise. — Même date. 

Reg. 37, f os 22 v°-23. 

474. — D. Pedro, considérant les grands dommages subis par les 
Juifs de Girone et Besalû de la part des chrétiens qu'ils sont obligés de 
loger, et surtout de la part des gens de sa suite, auxquels les Juifs doi- 
vent prêter leurs ustensiles (suppellictilia) et leurs draps de lit, dispense 
les dits Juifs de l'obligation de loger les gens de sa maison et leurs mon- 
tures, et de leur fournir des draps. — Même date. 

Reg. 37, fo 23. 

1. Voyez Revue des Études juives, t. LX, p. 161 et t. LXI, p. 1. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 39 * 

475. — D. Pedro autorise les Juifs de l'aljama de Girone et Besalû 
à recouvrer ou à solder en monnaie barcelonaise, au cours du change, 
les sommes qu'ils ont prêtées en monnaie melgorienne ou autre monnaie 
d'or et d'argent, et les dettes qu'ils ont souscrites eux-mêmes en mon- 
naie de Melgueil. — Même date. 

Reg. 37, f° 23. 

476. — Jaime I er approuve l'ouverture faite par l'aljama juive d'Egea 
d'une poterne {postigum f ) dans le quartier nouvellement peuplé du 
château d'Egea, en face de 1' « arba » et des aires de Santa Maria. — 
Saragosse, 13 août 1271. 

Reg. 21,f°6 v°. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 627. 

477. — D. Pedro donne à ferme pour une durée de dix ans, à partir 
de la Saint-Jean, à deux habitants de Girone et à Astrug Salves, Juif de 
cette ville, tous les droits qu'il a sur les moulins de « Mercadal» , à 
charge d'une redevance annuelle de 1.150 sous barcelonais de tern. — 
Girone, 18 août 1271. 

Reg. 37, f 08 23 v-24 v°. 

478. — D. Pedro notifie au baile de Besaliï la décision qu'il vient de 
prendre dans l'affaire suivante : Jucef fils d'Abraham, de Barcelone, ayant 
acheté à Besalû une maison exempte du droit de « fornage » ou de 
« puja 2 » (pugia) et du paiement du loyer, a prié linfant de lui con- 
server ces privilèges; à l'appui de sa demande, l'intéressé a produit des 
témoins, mais aucun acte écrit ; l'infant concède audit Jucef, pendant sa 
vie seulement, la faculté de faire cuire le pain nécessaire à sa famille et 
à ses hôtes au four de Besalû, sans être tenu de payer quelque droit au 
seigneur du lieu. — Même date. 

Reg. 37, f° 24 v°. — Indiq. : Jacobs, n°721. 

479. — Jaime I er accorde sa rémission au Juif Jucef Ferrer, inculpé 
d'avoir réalisé certaine quantité de morabotins d'or en vendant une 
« eau (aga) de vie a de Remolus de Monzén. — Saragosse, 23 août 127Î. 

Reg. 21, f° il. 

480. . — D. Pedro procède à un règlement de comptes arec les Juifs 
de Girone et Besalû. — Girone, 26 août 1271. 

Reg. 28, f° 39 v°. 

481. — D. Pedro, ayant appris que, sous prétexte de la défense faite 
par le roi de saisir pour dettes les récoltes {expleta), le pain, le vin et 

1. En latin classique, posticum désigne une porte de derrière, une porte dérobée. 
• 2. En catalan, puja : droit qui se paie en pain au four commun. 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

autres produits qui se trouvent dans les champs, vignes et autres posses- 
sions tenues d'un seigneur, certains débiteurs des Juifs rassemblent leurs 
biens dans des tenures seigneuriales et les mettent ainsi à l'abri de toute 
contrainte, mande aux viguiers et baile de Besalû de procéder, sur plainte 
des Juifs, à la saisie de tous les biens de leurs débiteurs en quelque 
endroit qu'ils se trouvent. -»- Même date. 
Reg. 37, f° 26. 

482. — Jaime I er mande à l'aljama des Juifs de Calatayud d'envoyer 
à Saragosse, dans le délai de quinze jours, quatre délégués, pour y tran- 
siger au sujet de la demande que le roi fait présentement aux Juifs du 
royaume d'Aragon. — La Almolda, 1 er septembre 1271. 

Nombre de délégués que devront envoyer les juiveries des villes 
suivantes : Daroca 4, Téruel 3, Tarazona 4, Borja 3, Alagôn 3, Egea 4, 
Uncastillo 3, Luna 2, Tauste 2, Jaca 4, Barbastro 4, Montclus2, Huesca 2, 
Monzôn 4, Tortose 4, Valence 4, Jâtiva 2, Murviedro 2. 

Reg. 18, f° 63 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Publ. : Jacobs, p. 131. 
— Indiq. : Jacobs, n° 500. 

483. — Taille du subside de 52.100 sous octroyé à Jaime I er pour son 
voyage de Lyon par les Juifs de la couronne, savoir 25.000 par les Juifs 
du royaume d'Aragon (Saragosse, Huesca, Calatayud, Daroca, Téruel, 
Barbastro, Jaca, Luna, Egea. Tauste, Borja, Tarazona, Alagén, Montclus, 
Uncastillo), 25.000 également par les Juifs catalans, majorquins, perpi- 
gnanais et montpelliérains (Barcelone, Girone et Besalû, Perpignan, 
Lérida, Majorque, Montpellier), enfin, 2.100 seulement par les Juifs du 
royaume de Valence (Valence, Jâtiva, Murviedro, Alcira, Gandia). — 
[1271]. 

Reg. 18, f° 64 r° et v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Publ. : Jacobs, 
pp. 132 133. 

484. — Compte des impositions payées par les aljamas des Juifs de 
Valence, Murviedro, Alcira, Gandia, Jâtiva, Luna, Uncastillo, Tauste, 
Majorque, Téruel, Borja, Saragosse, Alagôn, Calatayud, Tarazona, Daroca, 
Tortose, Monzôn, Ruesta, Jaca, Lérida, Barbastro, Montclus, Huesca, 
Perpignan, Girone et Besalû, Barcelone. — [1271]. 

Reg. 18, f os 81 v°-82. — Publ. : Jacobs, pp. 133-134. — Indiq. : Jacobs, 
n° 501. 

485. — Compte des taxes imposées aux Juifs de Valence (6.500 sous), 
d'Aragon et de Catalogne (100.000). — [1271]. 

Reg. 18, f° 96. — Publ. : Jacobs, p. 134. — Indiq. : Jacobs, n° 502. 

486. — L'infant don Pedro mande aux officiers de Girone et Besalû 
que les clercs qui s'offrent à faire complément de justice à leurs créan- 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 41 

tiers juifs devant la cour ecclésiastique doivent s'adresser à la cour 
royale, sauf pour les immeubles relevant de celle-là. — Girone, 4 sep- 
tembre 1271. 

Reg. 37, f« 26. 

487. — D. Pedro autorise les Juifs de Girone et Besalû à faire dresser 
pour leurs contrats de mariage des actes « christianiques » ou hébraïques 
en ce qui concerne les morabotins de la dot, le douaire, la donatio propter 
nupcias, la part qui revient au père et à la mère de la femme qui meurt 
sans enfants; pour les immeubles achetés ou vendus à des chrétiens, les 
Juifs pourront faire spécifier que le paiement sera effectué en morabotins; 
l'infant mande à ce sujet aux notaires de Girone et Besalû qu'il leur 
permet de dresser des actes de ce genre et qu'il absout les cautions et 
témoins y mentionnés. — Même date. 

Reg. 37, f° 26 v°. 

488. — D. Pedro, en récompense des services rendus et des prêts con- 
sentis par Astruch Ravaya et Jucef, son fils, baile de Girone, leur assigne, 
jusqu'à complet remboursement, les revenus de la bailie et de la cour 
de Girone, les tributs des Juifs de Girone et Besalû.— Girone, 7 septembre 
1271. 

Reg. 37, f° 30. — Indiq. : Jacobs, n° 723. 

489. — D. Pedro accorde son guidage à Gauxô, Juif de Barcelone, sous 
peine pour tout contrevenant de 200 morabotins d'amende. — Barcelone, 
19 septembre 1271. 

Reg. 37, f» 29. 

490. — Jaime I er accorde sa rémission à l'aljama des Juifs de Monzôn 
pour les usures et barates indues, les autorise à barater le drap, le 
bétail, le froment, l'orge, etc., leur promet de ne pas accorder de proro- 
gation d'échéance à leurs débiteurs, et prescrit que dans les procès pour 
dettes la preuve doit être faite par le témoignage concordant d'un chré- 
tien et d'un Juif. — Saragosse, 1 er octobre 1271. 

* Mêmes concessions aux Juifs de Calatayud, Daroca, Téruel, Tarazona, 
Barbastro et autres lieux d'Aragon. 

Reg. 16, f° 252. — Indiq. : Jacobs, n° 478. 

491. — Jaime I er concède aux Juifs de Monzôn, à la prière du maître 
de la milice du Temple, que les Juifs de Barbastro soient tenus de peiter 
avec eux pour les biens qu'ils possèdent à Monzôn et réciproquement. — 
Même date. 

Reg. 16, f° 252 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 479. 

492. — L'infant don Pedro, confirmant la vente ou obligation consentie 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

par noble R. de Cabrera pour sept ans, à l'expiration des deux ans pour 
la durée desquels l'infant a fait la même concession à Issach Jaffies, Juif 
de Girone, assigne à ce dernier, sa vie durant, 1.000 sous barcelonais 
sur les revenus de Girone et le tribut des Juifs de cette ville; D. Pedro 
mande à Jucef Ravaya, baile de Girone, de faire observer la présente 
assignation. — Barcelone, 7 octobre 1271. 

Reg. 37, f° 30 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 724. 

493. — Jaime I er concède aux Juifs de Monzôn, sur les instances du 
maître de la milice du Temple, que dans les causes civiles ou criminelles 
quelque chrétien ne puisse faire la preuve contre un Juif qu'avec le témoi- 
gnage d'un chrétien et d'un Juif. — Saragosse, 11 octobre 1271. 

Reg. 16, f° 252 v°. 

494. — Jaime I ur fait aux Juifs de Murviedro les mêmes concessions 
qu'aux Juifs de Monzôn (voy. n° 490). — [Saragosse], 20 octobre 1271. 

Reg. 16, f° 239 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 473. 

495. — L'infant don Pedro confirme le guidage accordé par le roi, son 
père, aux frères Junis, Jahuda et Jucef Avinceit, sous peine pour tout 
contrevenant de 100 morabotins; il défend à l'aljama [de Lérida], aux 
adénantades et à tout Juif de les excommunier, de suspendre à leur 
approche l'oraison à l'intérieur ou hors de la synagogue. — Lérida, 
6 novembre 1271. 

Reg. 37, f° 31 v«>. — Indiq. : Jacobs, n° 725. 

496. — Jaime I 61 * notifie aux Juifs de Barcelone, Villafranca, Tarra- 
gone, Montblanch et Cervera que les créanciers juifs ne pourront faire 
exécuter les cautions de leurs débiteurs si les dits répondants ont béné- 
ficié d'une grâce royale; les créanciers devront auparavant exiger le 
remboursement du débiteur principal; à l'égard de ce dernier, ils ne 
pourront faire appel à la contrainte des officiers royaux qu'après une 
année révolue; il leur sera loisible, ensuite, de faire exécuter les répon- 
dants. — Saragosse, 7 décembre 1271. 

Reg. 14, f° 127 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 395. 

497. — Jaime I er mande à ses officiers de faire observer les privilèges 
concédés aux Juifs de Girone et de Besalû et de contraindre les débiteurs 
des dits Juifs à rembourser leurs dettes incontinent, à l'exception des 
bénéficiaires de sursis. — Même date. 

Reg. 14, f° 127 v°. — Indiq. : Jacobs, n<» 396. 

498. — Jaime I er prend les mêmes dispositions à l'égard des Juifs de 
Barcelone, Villafranca et Tarragone. — Même date. 

Reg. 14, f° 127 t°. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 43 

499. — Jaime I er concède aux Juifs de Girone et Besalû le droit de 
jouir des mêmes privilèges que les Juifs de Barcelone. — Même date. 

Reg. 14, fM28. 

500. — Jaime I er confirme la donation faite par le baile de Barcelone 
à Perfeit, fils de Bonastrug Saltel, du terrain compris entre le mur du 
jardin que le dit Perfeit possède à titre allodial près de la maison de 
S a Eulalia de Barcelone, appelée la Treille judaïque, et le mur du ruis- 
seau qui arrose le jardin de Mari, avec la permission d'ouvrir à nouveau 
des portes ou portails sous les arches du moulin de Pedro de Medayla, 
si la concession faite par le baile est antérieure à la construction des dites 
arches. — Même date. 

Reg. 14, f° 127 v». - Cop. : Collection Bofarull. 

501. — Jaime I Lr accorde sa 'rémission aux Juifs de Barcelone, Villa- 
franca, Tarragone et Montblanch, coupables d'infraction au taux légal 
de l'intérêt; il confirme leurs créances, les autorise à barater aux chré- 
tiens le drap, le froment, le blé, l'huile, le chanvre, le lin, le safran et 
autres denrées, à acheter les récoltes à terme ; il leur promet de ne 
pas accorder plus d'un sursis à leurs débiteurs; il décide, enfin, que dans 
les procès entre chrétiens et Juifs la preuve doit être faite par un chrétien 
et un Juif, sauf en ce qui concerne les contrats de prêt, pour lesquels le 
témoignage de deux chrétiens suffit. — Même date. 

Reg. 14, f° 128. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 397. 

502. — Jaime I er fait les mêmes concessions aux Juifs de Girone et 

Besalû. 

Reg. 14, f° 128. — Cop. : Collection Bofarull. 

503. — Jaime I 6r , voulant récompenser Salamon, fils de Samuel Anju- 
lopiel, Juif d'Alagôn, d'être bon clerc dans la Loi des Juifs, lui assigne 
une pension viagère de 30 sous de Jaca sur le tribut des Juifs d'Alagôn. — 
Saragosse, 7 janvier 1271/2. 

Reg. 14, f« 146 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 403. 

504. — L'infant don Pedro confirme la concession faite par son père 
aux Juifs de Huesca et portant que pour les rixes et coups échangés 
entre eux, ils ne soient pas tenus de donner quelque chalonge au baile 
ou au çalmédine, mais de comparaître devant le tribunal des adénantades. 
— Lérida, 12 janvier 1271/2. 

Reg. 37, f» 34 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 726. 

505. — Jaime I er assigne à son médecin Jucef Abencredi, Juif de Sara- 
gosse, une rente viagère de 500 sous de Jaca sur F « almudin 1 » royal, 

1 . En castillan, almudin : halle au blé. 



44 REVUE DES ETUDES JUIVES 

T « Obarit » de Saragosse, et le dispense de contribuer pour cette pension 
avec l'aljama de Saragosse aux tribut, peite et autres exactions royales; 
le roi mande à Jahuda de Cavalleria, baile de Saragosse, de faire solder 
la dite rente en trois versements. — 13 janvier 1271/2. 

Reg. 14, f° 143. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Tourtoulon, t. II, 
1>. 377 ; Jacobs, n° 400. 

506. — Jaime I er concède à Abayhuc Avenrodrich que sa personne ne 
puisse être appréhendée pour non paiement du tribut, tant que la répar- 
tition n'en aura pas été faite; il le dispense, en outre, de l'obligation de 
répondre, une fois sa quote-part versée, pour les contribuables récalci- 
trants, le mettant ainsi à l'abri cle la contrainte par corps, de la fermeture 
de son ouvroir et de la saisie des biens. — Daroca, 21 janvier 1271/2. 

Reg. 14, f° 144 \°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 401. 

507. — Jaime I er dispense Jucef Avenxaprut, Juif de Murviedro, sa vie 
durant, de l'obligation de peiter pour la pension de 120 sous qu'il lui a 
assignée. — Daroca, 29 janvier 1271/2. 

Reg. 14, f° 145 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 402. 

508. — L'infant don Pedro assigne au Juif David Mascaram 1.000 sous 
réaux qu'il lui a prêtés sur les revenus de la bailie de Garcer, de Suma- 
carcel, et le raal de Beniamira, avec le pouvoir d'en recueillir la totalité. — 
Valence, 3 février 1271/2. 

Reg. 37, f° 66 v°. 

509. — D. Pedro affranchit Samuel Zareyal, Juif de Borriana, pour 
trois ans, à partir du jour où il y a fixé son domicile, de toute quête, peite 
et autre exaction royale. — Lérida, 6 février 1271/2. 

Reg. 37, f° 3") v. 

510. — D. Pedro accorde sa rémission, au nom du roi, son père, 
moyennant 3.000 sous barcelonais, à Belshom, fils de Momet, Juif de 
Besalû, inculpé « d'avoir tenté ou perpétré la chose » avec une chrétienne, 
l'enquête n'ayant relevé aucune preuve formelle de sa culpabilité. — 
Girone, k mars 1271/2. 

Reg. 37, f" 38 v°. 

511. — D. Pedro confirme la sous-assignation faite à Astruch Ravayle 
par Geraldo, vicomte de Cabrera, de 12,400 sous barcelonais, payables en 
quatre annuités, sur les revenus de Girone et le tribut des Juifs de Girone 
et Besalû, la sous-assignation faite au même par Raimundo de Cabrera 
et Izach Jaffia, Juif de Girone, de 4,000 sous sur les mêmes revenus ; 
Finfant mande à Juceff Ravayle, fils d'Astruch et baile royal, de faire 
observer les présentes assignations. — Girone, 29 mars 1271. 

Reg. 37, f os 39 v«-40. — Indiq. : Jacobs. n° 727. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO 111 ET ALFONSO III 4b 

512. — D. Pedro donne procuration à Astrug Ravaya, Juif de Girone, 
et à son fils Jucef, baile, de recueillir tous les droits qui lui reviennent 
sur le château et la villa de Torroella |de Fluviâ] et d'y bailler à cens les 
maisons et autres possessions. — Girone, 1 er avril 1272. 

Reg. 31, f° 45 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 728. 

513. — Jaime I er fait à l'aljama des Juifs de [Palma dej Majorque les 
mêmes concessions qu'aux Juifs de Barcelone (voy. n° 501). — Lérida, 
12 avril 1272. 

Reg. 21, f° 19 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 631. 

514. — L'infant don Pedro reconnaît devoir à Salanion de Prats, Juif 
de Tarazona, 828 sous barcelonais. — Tarazona, 30 avril 1272 

Reg. 28, f» 60. — Indiq. : Jacobs, n° 697. 

515. — Jaime I er accorde sa rémission, moyennant 500 sous barcelo- 
nais de tern, au fils de Salamon de Adret, Abraham, inculpé d'avoir 
connu charnellement une chrétienne, le viguier de Barcelone n'ayant 
relevé dans son enquête aucune charge contre l'accusé. — Barcelone, 
7 mai 1272. 

Reg. 21, f° 31 r° et v°. — Lndiq. : Jacobs, n° 632. 

516. — Jaime I er donne quittance aux secrétaires et à l'aljama des Juifs 
de Barcelone et de Villafranca de 100 morabotins par eux versés à sa 
décharge et à son ordre à Vidal, fils d'Astruc de Porta, de Villafranca, à 
qui le roi a fait remise de sa quote-part d'impôt. — Barcelone, 8 mai 1272. 

Reg. 21, f° 32. — Indiq. : Jacobs, n° 633. 

517. — Jaime I er ayant appris qu'une plainte a été portée au baile de 
Barcelone contre plusieurs Juifs irréfléchis {stulli), qui de jour et de nuit 
injurient et outragent, dans le call judaïque, les prud'hommes juifs, 
autorise la communauté à choisir dans son sein deux ou plusieurs 
prud'hommes chargés de mettre un terme aux insanités (sutzures 1 ) des 
mauvais garnements, en leur infligeant des amendes et, au besoin, en 
les chassant du call et même de la cité par le moyen de l'excommu- 
nication (alatma) et autre empêchement {mancuz). —Barcelone, 9 mai 1272. 

Reg. 21, f« 32 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 634. 

518. — Jaime I er concède à tous les Juifs de Barcelone que jamais a 
l'avenir quelque Juif ne puisse être soumis à la question ou torture par 
le baile de la ville avant que le juge ne Fait déclaré absolument indis- 
pensable et avant qu'il n'ait assigné à l'accusé un avoué pour sa défense. 
— Même date. 

Reg. 21, f« 33 v° ; Cartas reaies, n° 38, petit registre de papier, f° 1. — 
Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 635. 

1. Eq catalan, sutzura : saleté, obscénité. 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

519. — Jaime l or donne quittance, aux secrétaires et à l'aljama des 
Juifs de Girone et Besalû de 2.000 sous barcelonais de tern pour le tribut 
de la Saint-Jean suivante qu'ils devaient d'abord payer à l'infant don 
Pedro. — Girone, 15 mai 1272. 

Reg. 21. f° 37. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n" 636. 

520. — Jaimc I er concède à l'aljama des Juifs de Girone et Besalû que, 
dans les procès relatifs à des biens meubles ou immeubles qui s'élèvent 
entre eux, le défendeur ne puisse être cité que devant un tribunal juif 
jugeant conformément au droit juif et infligeant aux contrevenants soit 
une amende, soit l'excommunication ou alatma, en hébreu « herem » et 
« nitduy ». — Même date. 

Reg. 21, f° 37. — Cop. : CoMlection Bofarull. — Inoiq. : Jacobs, n» 637. 

521. — Jaime I er , ayant appris que le prieur du monastère de Corneilla 
a consenti un premier bail des revenus du prieuré pour trois ans en 
faveur d un habitant de Villefranche et de Mayro Massolam, Juif dudit 
lieu, à charge de 9.600 sous melgoriens par an, sans le consentement du 
chapitre, puis un second bail pour sept ans en faveur de Mayro Masso- 
lam, Salomon de Soals, de Perpignan, et autres, moyennant la redevance 
annuelle de 10.200 sous, avec l'assentiment du chapitre, confirme cette 
dernière adjudication dans l'intérêt du monastère. — Perpignan, 12 mai 

1272. 

Reg. 21, f° 37 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 638. 

522. — Jaime I er accorde son guidage à Jacob Salamon, inculpé de la 
mort d'un tisserand de Narbonne, pourvu qu'il prenne l'engagement de 
faire aux plaignants complément de justice. — Montpellier, 24 juin 1272. 

Reg. 21, f° 43. — Indiq. : Jacobs, n° 639. 

523. — Jaime I er dispense sa juiverie de Montpellier et les Juifs de 
Tévêque de Maguelonne de l'obligation de contribuer à la taille imposée 
par les consuls et les prud'hommes aux habitants de Montpellier, ces der- 
niers ne lui ayant rien fourni pour son passage aux parties d'outre-mer, 
au lieu que ses Juifs lui ont octroyé 30.000 sous. — Montpellier, 1 er juillet 

1272. 

Reg. 21, f° 45 t°. — Indiq. : Jacobs. n° 640. 

524. — Jaime I er concède à un chrétien sa vie durant le jardin ayant 
appartenu à feu Mayr, Juif de Lérida, sis dans 1' « aljafaria » de Jâtiva, 
près du grand château et de la juiverie. — Montpellier, 6 juillet 1272. 

Reg. 21, f° 46 v°. 

525. — Jaime I er comprend les Juifs dans la défense qu'il fait d'exercer 
la médecine dans sa ville de Montpellier sans avoir subi un examen 
préalable. - Montpellier, 20 juillet 1272. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 47 

Publ. : Jean Astruc, Mémoires pour servir à l'histoire de la Faculté de 
médecine de Montpellier, édition Lorry, Paris, 1767, in-4°, p. 35; Cartu- 
laire de l'Université de Montpellier, t. I (1181-1400), Montpellier, 1890, 
in-4°, pp. 202-203 (d'après Arch. de la Fac. de méd. de Montp., Inventaire 
général, sac 5, lettre E, et Arch.de l'Hérault, Privilégia Universitatis medicae 
Monspeliehsis, f os 25 et 26 : acte confirmé plusieurs fois dans la suite). — 
Indiq. : Germain, Histoire de la commune de Montpellier, t. I, p. lxviii ; 
t. III, p. 107 (d'après Astruc et Privilégia, f° 25). 

526. — Jaime I er confirme le testament de feu Salomon Samuel, Juif, 
alias Bonisac Samiel de Carcassonne. — Montpellier, 8 août 1272. 

Reg. 21, f° 54. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 641. 

527. — Jaime I er donne quittance à Botina, veuve du Juif Salomon 
Samiel, alias Bonisach Samiel de Carcassonne, à Astrug de Beaucaire, à 
Vives Vidal, tuteurs testamentaires de Mose, fils impubère dudit Salomon, 
à Bonafos Mose et à Samiel, fils de feu Gresques de Béziers, tuteurs nommés 
par le roi, de la somme de 6.000 sous melgoriens pour la rémission qu'il 
a accordée au jeune pupille, et les autorise à déduire la dite somme des 
biens de ce dernier. — Montpellier, 13 août 1272. 

Reg. 21, f° 54. - Cop. : Collection Bofarull. — Indiq.: Jacobs, n° 642. 

528. — Jaime I er concède à Mosse, fils et héritier de feu Salomon 
Samiel, alias Bonisac Samiel de Carcassonne, Juif, que toute personne 
qui l'accusera par devant le roi ou ses officiers soit tenu de l'indemniser 
des frais de procédure et autres. — Montpellier, 16 août 1272. 

Reg. 21, f° 55. — Cop. : Collection Bofarull. 

529 — Jaime I er accorde sa rémission à Botina, Juive, à Vives Vidal 
et à Astrug de Beaucaire, Juifs, tuteurs testamentaires de Mosse, fils de 
feu Salomon Samiel et de Botina, à Samiel de Béziers et à Bonafos Mosse 
de Narbonne, tuteurs d'ordre royal, de toute peine qu'ils pourront 
encourir pour mauvaise gestion de tutelle. — Même date. 
Reg. 21, f° 55 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 644. 

530. — Jaime I er accorde sa rémission au jeune Mosse pour toute 
peine qu'il pourrait encourir en raison des délits publics ou privés com- 
mis par feu son père. — Même date. 

Reg. 21, f° 55 v°. - Indiq. : Jacobs, n° 643. 

531. — Jaime I er , considérant l'importance delà succession laissée par 
feu Salomon Samiel, Juif de Perpignan, adjoint aux tuteurs institués par 
le défunt deux tuteurs supplémentaires : Samiel, fils de feu Creschas de 
Béziers, et Bonafos Mosse de Narbonne, Juif de Perpignan, chargés de 
vérifier les comptes des tuteurs testamentaires une fois Pan et d'en exiger 
le serment de bien administrer les biens du pupille jusqu'à ce que ce 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dernier ait atteint dix-huit ans, selon la volonté du testateur. — Même 

date. 

Reg. 21, f° 56. — Publ. : Pièces justit'., n° VI. — Indiq. : Jacobs, n° 646. 

532. — Jaime I er concède à un habitant de Montpellier et au Juif Sala- 
mon Cohen, fils de feu Mosse Cohen : 1° à charge d'un cens annuel de 
10 sous melgoriens, une voûte de pierre située sous le Macel vieux ; 2<> à 
charge d'un cens de 50 sous, payable à la Saint-Michel, les tables du 
macel dressées sur ladite voûte, ainsi que l'étage construit sur cette 
voûte ; le roi confirme ces deux concessions nonobstant la sentence 
rendue par le baile et le juge de la cour royale de Montpellier contre le 
cotenancier de Salamon au sujet de la voûte, et donne quittance aux 
concessionnaires de 20 livres melgoriens pourl' « acapte 1 » de la voûte et 
de 52 livres et demie pour l'acapte des tables. — Montpellier, 19 août 1272. 

Reg. 21, f° 60 r° et v°. 

533. — Jaime I er concède à Castellâ, portier royal, la bailie des Juifs 
de la ville de Barbastro. — Montpellier, 9 septembre 1272. 

Reg. 21, f° 61. 

534. — Jaime 1 er accorde sa rémission à Izach Suyllam et à son frère, 
Juifs de Villafranca del Panades, pour certains crimes par eux commis, à 
l'exception du crime de lèse-majesté. — Agde, 29 septembre 1272. 

Reg 21, f° 63 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 647. 

535. — Jaime I er accorde semblable rémission à Vidal de Suau, à sa 
femme Bonfat et à son père Habraam de Suau, leur confirmant la charte 
de rémission à eux octroyée par le baile de Perpignan. — Même date. 

Reg. 21, f° 63 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 648. 

536. — Jaime I er concède à tous les Juifs de Villafranca del Panades 
qu'ils ne puissent être appréhendés par corps et détenus que sous l'incul- 
pation de crime, de mort ou de sang versé, pourvu qu'ils fournissent des 
répondants solvables et fassent aux plaignants complément de justice. — 
Même date. 

Reg. 21, f° 63 v<\ — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n» 649. 

537. — Jaime 1 er confirme la vente faite par un habitant de Montpel- 
lier au Juif Astrug, fils de feu Vidal de Carcassonne, et à son procureur 
Vives Bedoz de plusieurs maisons sises sur le plan de Valmagne au prix 
de 230 livres melgoriens par charte publique de Guillaume Arnald, 
notaire à Montpellier; le roi donne quittance à Astrug de 18 livres pour 
droit de lods. — Montpellier, 12 octobre 1272. 

Reg. 21, f° 66. — Indiq. : Jacobs, n° 650. 

1. Droit d'entrée en possession. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 49 

538. — Jaime I er concède à Mosse El Neyto, Juif de Jaca, sa vie durant, 
la scribanie de la halle au blé (almudiri) et l'office de la mesure rase 
(rasore) de ladite halle, avec le droit d'égaliser (raclas) les mesures à blé 
ou autres et de prélever, chaque jour, pour sa peine sur le produit du 
mesurage 4 deniers de Jaca. — Montpellier, 5 novembre 1272. 

Reg. 21, f° 71 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 651. 

539. —Jaime I er autorise les tuteurs testamentaires de Mosse, fils de 
feu Salomon Samiel, à acheter à Perpignan ou en Roussillon dans l'in- 
térêt de leur pupille pour 10.000 sous melgoriens d'immeubles avec 
l'assentiment des tuteurs royaux Samuel Gresches et Bonafos Mosse de 
Narbonne ; mais il leur défend, sous peine de 1.000 sous d'amende, de 
procéder à des achats en dehors du Roussillon et sans l'accord unanime 
de tous les tuteurs. — Montpellier, 15 novembre 1272. 

Reg. 21, f° 74. — Indiq. : Jacobs, n° 652. 

540. — Jaime I er , en vertu de l'article de loi qui impose à la veuve 
l'alimentation de son fils impubère, décide que Botina, mère et cotutricc 
de Mosse, nourrira ce dernier jusqu'à l'âge de dix-huit ans, à moins 
quelle ne se marie dans l'intervalle. — Même date. 

Reg. 21, f° 74 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 653. 

541. — Jaime I e! ' interdit le transfert hors du Roussillon, sans le con- 
sentement des tuteurs, des biens du jeune Mosse jusqu'à ce que ce der- 
nier ait atteint dix-huit ans, sous peine de 1.000 sous, melgoriens 
d'amende. — Même date. 

Reg. 21, f° 74 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 654. 

542. — Jaime I C1 * défend qu'on marie le jeune Mosse avant dix-huit 
ans, sous peine de 1.000 sous melgoriens. — Même date. 

Reg. 21, f c 74 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 655. 

543. —Jaime l 01 ' défend, sous la même peine et jusqu'au même terme, 
de faire sortir le jeune Mosse du Roussillon sans l'assentiment des 
tuteurs. — Même date. 

Reg. 21, f°74 v°. 

544. — Jaime I er confirme le testament dressé par feu Vidal Astruc, 
Juif de Perpignan, « au pouvoir » de l'infant don Jaime et la reddition 
de comptes faite au dit infant par Bondia de Lunel, tuteur et procureur 
testamentaire des enfants de Vidal Astruc, à l'issue d'un procès entre les 
pupilles et le tuteur, — Montpellier, 10 janvier 1272/3. 

Reg. 21, f° 81 v°. - Indiq. : Jacobs, n° 657. 

545. — Jaime I er accorde sa rémission aux Juifs royaux et épiscopaux 
de Montpellier. — Montpellier, 26 janvier 1272/3. 

Reg. 21, f- 88 v°. — Indiq, : Jacobs, n° 660. 
T. LXU, no 123. 4 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

546. — Jaime I er concède à M ,J Benjua de Melgueil, Juif de Montpellier, 
une pension viagère de 100 sous melgoriens, à percevoir sur le tribut de 
20 sous que les Juifs royaux de la ville sont tenus de payer chaque 
année. — Montpellier, 27 janvier 1272/3. 

Reg. 21, f° 88. — Indiq. : Jacobs, n° 659. 

547. — Jaime I er considérant qu'il a reçu de l'aljama des Juifs royaux 
et épiscopaux de Montpellier 10.000 sous melgoriens, la dispense de la 
contribution de 130.000 sous que les consuls et la communauté de Mont- 
pellier ont octroyée au roi pour la taille ou collecte. — Montpellier, 
28 janvier 1272/3. 

Reg. 21, f° 88 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 661. 

548. — Jaime I er reconnaît devoir au Juif Muea de la Portella, baile 
royal de Tarazona, 2.000 sous de Jaca, qu'il lui assigne sur les revenus de 
la morerie de Tarazona. — Lérida, 1 er avril 1273. 

Reg. 21, f° 118. 

549. — Jaime 1 er mande aux Juifs de Monzôn de contribuer à toutes 
les peites. — Lérida, 5 avril 1273. 

Reg. 21, f° 120 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 663. 

550. — Jaime I er concède aux prud'hommes et à toute la communauté 
d'Agramunt qu'à l'avenir, les Juifs habitant ou devant habiter cette ville 
soient tenus de contribuer aux exactions et services communaux, excepté 
au tribut ou peite, pour lesquels les dits Juifs contribuent avec leurs 
coreligionnaires de Lérida. — Lérida, 6 avril 1273. 

Reg. 21, f° 122. 

551. — Jaime I er accorde sa rémission à Caym Amocacil, Juif de Lérida, 
inculpé de quelques délits. — Lérida, 12 avril 1273. 

Reg. 21, f° 122 v°. 

552. — Jaime I er concède à l'aljama des Juifs de Barbastro que les 
Juifs qui seront nommés à l'avenir aux fonctions d'adénantade puissent 
s'adjoindre des assesseurs juifs jusqu'à concurrence de dix; ces derniers 
pourront citer devant le baile local tout Juif de mauvaise vie ou fréquen- 
tation, flétri en hébreu de l'appellation de « malsin », et passible même 
de la peine de mort; les assesseurs ayant exposé l'accusation sous la foi 
du serment prêté sur la Loi de Moïse, le baile royal sera tenu de juger 
les accusés et, au besoin, de les condamner à mort, à charge pour 
l'aljama d'une taxe de o00 sous de Jaca par Juif condamné. — Lérida, 
19 avril 1273. 

Re«. 21, t" 120 v. Coi-. : Collection Bofarull. -- Inuiq. : Jacobs. ir m;:.. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 51 

553. — L'infant don Pedro, accorde son guidage à Jucef, fils de don 
Torroz Levi, et à tous ceux qui viendront s'établir à sa suite dans le 
royaume, sous peine pour tout contrevenant de 500 morabotins d'amende. 
— [Valence], limai 1273. 

Reg. 37,f°64. 

554. — D. Pedro exempte pour cinq ans de tout impôt Jucef, fils de 
don Torroz Levi, et tous les autres Juifs qui viendront de l'étranger fixer 
leurs domiciles dans les domaines de l'infant. — Même date. 

Reg. 37, f° 64 r° et v°. — Indiq. : Jacobs, n° 736. 

555. — D. Pedro reconnaît devoir à Mosse, Juif d'Alcira, 380 sous 
réaux. — Valence, 18 mai 1273. 

Reg. 28, f 44 v°. 

556. — Jaime I er concède à Jucef Avinxaprut, Juif de Murviedro, les 
bains royaux de la villa de Murviedro avec la chaufferie [caldaria) et ses 
dépendances, à charge d'un cens annuel, payable à la Saint-Jean, de 
200 sous. — Alcira, 16 juin 1273. 

Reg. 19, f° 19. — Publ. : Pièces justii'., n° VIL — Indiq. : Jacobs, n° 511. 

557. — Mention dans un compte d'agent fiscal de 10.000 sous payés 
par les Juifs de Saragosse et de 500 payés par ceux de Daroca. — Valence, 
29 juillet 1273. 

Reg. 22, t'o 2. 

558. — Jaime I er remet aux habitants de Perpignan, tant Juifs que 
chrétiens, toute peine encourue au sujet du cours de la monnaie de Mel- 
gueil. — 3 août 1273. 

Ixdiq. : Vidal, Juifs de Roussillon, p. 12 (d'après Arcli. mun. de Peri>., 
Livre vert mineur, f° 24). 

559. — Jaime I er , à la prière de son fils Sancho, archevêque de Tolède, 
affranchit Açach El Calvo, Juif de Galalayud, sa vie durant, de tout tribut, 
peite, quête, cène, etc. — Valence, 11 août 1273. 

Reg. 19, f° 40. 

560. — Jaime I er ordonne que les chrétiens et les Juifs de Majorque 
condamnés à la prison ne soient pas détenus ensemble, mais dans deux 
maisons séparées. — Valence, 18 août 1273. 

Publ. : Villauueva, t. XXII, p. 312; Fidel Fita et LIabrés, Judios mallor- 
guines, dans Boletin de Madrid, t. XXXVI (1900), p. 26 (d'après Villa- 
uueva).— Indiq. : Morel-Fatio, Juifs des Baléares, dans R.E. J., t. IV (1882), 
p. 34, n" 7 (d'après Villauueva). 

561. — Jaime I er autorise les Juifs de .Majorque à égorger (decollare) 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les animaux de boucherie et à préparer les viandes selon leurs usages 
sur l'étal (macello) des chrétiens. — Valence, 25 août 1273. 

Pi'bl. : Fidel Fita et Llabrés, ut supra., pp. 26-27, n° 10 (d'après ms. 
Pueyo, f° 35). 

562. — Jaime I 01 confirme les privilèges octroyés à l'aljama des Juifs 
de Majorque et, notamment, la possession des maisons qu'ils ont acquises 
dans la cité de Majorque; il les autorise, en outre, à acheter de nouvelles 
maisons aux chré tiens, mais leur interdit d'habiter avec ces derniers au 
même portail ou à la même porte; il leur renouvelle le privilège relatif 
à regorgement des animaux; il décide, enfin, que leurs esclaves sarra- 
sins qui recevront le baptême resteront la propriété du roi. — Même date. 

Reg. 19, f° 47 v°. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Amadur de los 
Rios, t. I, pp. 398-399, n. 2; Jacobs, n" 516. 

563. — Jaime 1er accorde sa rémission, faute de preuves formelles, à 
Jacob Avenrodrich, Juif de Téruel, à ses enfants et à son frère Abrayhm, 
inculpés du meurtre du fils de Jucef de Faro. — Valence, 27 août 1273. 

Reg. 19, f'° 47. — Iisdfq. : Jacobs, n° 515. 

564. — Jaime I er concède à tous les Juifs de Barcelone, Villafranca, 
Tarragone et Montblanch le droit d'en appeler à lui dans un procès civil 
ou criminel, si le viguier, le baile ou un autre officier s'avisent de pro- 
céder contre lesdits Juifs avant ou après la sentence et d'aggraver leurs 
peines; l'appel interjeté, les officiers royaux devront suspendre la procé- 
dure et le roi les citera à comparaître par devant lui en compagnie des 
appelants, àla réserve, toutefois, que l'accusé poursuivi au criminel devra 
être retenu en prison jusqu'au prononcé de la sentence et l'accusé pour- 
suivi au civil mis en liberté provisoire moyennant une caution. — Valence, 
31 août 1273. 

Reg. 19, f° 50; Cartas reaies, n° 38, petit registre de papier, 1° 1 v°. — 
Cop. : Collection Bofarull. 

565. — L'infant don Pedro concède à son cher Juif Maalux Alcoqui, 
sa vie durant, une livre de viande de bélier à prélever chaque jour sur 
l'étal des Juifs de Huesca. — Huesca, 11 septembre 1273. 

Reg. 37, f" 67. 

566. — Jaime I ar confirme en faveur des Juifs de Valence la possession 
du call et des maisons judaïques, depuis la porte d' « Exatea » jusqu'aux 
maisons de Raimundo Castellâ, leur promettant de ne jamais changer le 
call de place; 2° il les autorise à acheter les maisons des chrétiens com- 
prises dans les limites susdites, avec défense aux chrétiens de vendre 
leurs maisons à d'autres qu'aux Juifs; 3° il leur permet de fermer les 
portes du call et de les tenir closes, de manière que personne n'y entre 
contre leur volonté; 4° il défend à ses bailes, justices, portiers et autres 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 53 

officiers de fermer la synagogue et d'y enfermer les Juifs pour non paie- 
ment de peite, quête, etc.; 5° aucun Juif ne sera tenu d'aller prêter ser- 
ment à la cour, mais dans sa propre maison ; 0° aucun chrétien ne devra 
être logé chez les Juifs, ni en exiger des draps ou autre chose si ce n'est 
de leur pleine volonté ; 7° le roi autorise les Juifs de Valence à vendre 
des marchandises à terme ou à barate (ad sjieram vel ad haratam), ainsi 
que le pratiquent leurs coreligionnaires d'Aragon; 8° il leur confirme, 
enfin, tout le droit qu'ils ont sur le four royal du call, et leur donne 
quittance de 3.000 sous réaux de Valence, versés pour prix des précédentes 
concessions. — Alcira, 19 septembre 1273. 

Reg. 19, f 09 56 v°-57 : confirmation du privilège du 29 janvier 1256/7 (voy. 
n° 31). — Cop. : Collection Bofarull. — Publ. : Danvila, Clausura y délimi- 
tation de la Juderia de Valencia en 1390 a 91, dans Boletin de Madrid , 
t. XVIII (1891), p. 143, n. 2. — Indiq. : Amador de los Rios, t. 1, p. 404, n. 1; 
Jacobs, n° 518. 

567. — Jairne I or dispense Çecrino Halleu, Juif de Saragosse, fils de 
Jucef, de l'obligation de payer les tributs de ses coreligionnaires insol- 
vables, sous peine de saisie et de fermeture de boutique ou maison, 
pourvu qu'il s'acquitte lui-même de sa quote-part. — Valence, 21 octobre 
1273. 

Reg. 19, f° 71 v'\ — Cop.: Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 527. 

568. — Jaime I er concède à Jucef Avinxaprut, Juif de Murviedro, en 
toute propriété, trois jovades de terre confrontant le chemin de Buriana 
et le remblai (rambla) du Riu, avec le droit de les aliéner sauf en faveur 
d'ecclésiastiques, de nobles et de communautés. — Valence, 4 novembre 
1273. 

Reg. 19, f° 65 r° et v°. — Indiq. : Jacobs, n° 521. 

569. — Jaime I er proroge de deux ans l'échéance des dettes souscrites 
par l'aljama des Juifs de Lérida, à la réserve qu'elle paiera régulièrement 
les intérêts. — Même date. 

Reg. 19, f° 65 v*. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 522. 

570. — Jaime I er dispense les Juifs de Lérida de l'obligation de prêter 
serment, dans les procès avec les chrétiens, sur le Livre des malédictions, 
les astreignant seulement à jurer sur les Dix préceptes de la Loi, à l'inté- 
rieur de la synagogue, en présence du baile de Lérida ou de son délégué. 
— Même date. 

Reg. 19, f° 65 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Amador de los 
Rios, t. I, p. 419, n. 1 ; Jacobs, n° 523. 

571. Jaime I er mande à ses fidèles zalmédine, justice et jurés de 
Hucsca d'empêcher les drapiers juifs de la ville de vendre des draps dans 
leurs maisons ou quelque autre lieu, en secret, mais dans des boutiques 
de draperie en public, et de veiller à ce qu'aucun drapier ne commette 



S4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de fraude soit en trompant l'acheteur sur l'origine et le lieu de fabrication 
des draps mis en vente dans sa boutique, soit en payant quelque courtage 
(corecturam) pour les draps vendus « à la taille ». — Alcira, 13 novembre 
1273. 

Reg. 19, f° 68. - Cop. : Collection Bofarull. 

572. — Jaime l° l concède à Jacob Albala, Juif d'Alagôn, le privilège de 
ne contribuer au tribut pendant dix ans que pour la quinzième partie. — 
Alcira, 20 novembre 1273. 

Reg. 19, f° 70. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 524. 

573. — Jaime I er accorde aux Juifs de l'aljama de Saragosse le droit 
de lui interjeter appel dans le délai fixé par le for d'Aragon de toute 
sentence capitale rendue contre un Juif par le zalmédine de Saragosse ou 
quelque autre officier royal. — Alcira, 1 er décembre 1273. 

Reg. 19, f° 77 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 529. 

574. — Jaime I er concède à un de ses scribes, pour son fils, les deux 
jovades de terre qu'il a déjà données à Abraham Mascharan, Juif, et à 
David, son fils, près de la cuisine neuve d'Alcira, mais qu'il leur a 
enlevées en raison de leur départ à l'étranger. — Valence, 13 décembre 1273. 

Reg. 19, f» 85. 

575. — Jaime I er concède aux frères David et Jacob, Juifs de Camp- 
rodôn, de faire partie à l'avenir de la collecte des Juifs de Besalii. — 
Jâtiva, 21 décembre 1273. 

Reg. 19, f° 89. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 530. 

576. — Jaime I er ratifie le règlement de comptes arrêté entre Vives, 
fils de Jucef Abenvives, Juif de Valence, et l'infant don Pedro, au sujet 
des dettes souscrites par celui-ci à l'égard de celui-là ; Vives demeure 
créancier de l'infant au l or janvier pour 64.700 sous réaux de Valence, 
en garantie desquels il tient en gage les revenus du val de Pego, du val 
d'Alfandeche et de Marines. — Dénia, 8 janvier 1273/4. 

Reg. 19, f° 90. — Indiq. : Jacobs, n° 531. 

577. _ Jaime I er reçoit la plainte du conseil de Carthagène et du 
mérine de Murcie au sujet de la capture dans le port de Carthagène par 
un navire et une galée de Tortose de Juifs d'Alicante et de Murcie qui se 
trouvaient à bord du bateau de Pedro Salino, ainsi que de deux autres 
Juifs embarqués sur un autre bateau ; l'enquête révèle que les bateaux 
après avoir pris la fuite ont touché terre et que la galée a capturé les 
Juifs qui s'y trouvaient, au moment précis où une barcasse ' (barchaia) 
se détachait desdits bateaux ; le roi décide que les armateurs ne sont 

1. En castillan, barcctza : bateau servant à charger et à décharger les gros navires. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 55 

tenus de restituer que les Juifs de Murcie ou d'Alicante par déférence 
pour le roi de Gastille ; les armateurs, après la promulgation de la 
sentence royale, rendent la liberté à trois Juifs et à un Sarrasin. — Murcie, 
24 janvier 1273/4. 

Reg. 19, I os 95 v-96. 

578. — Jaime I er concède à Salomon Vidal, Juif de Burriana, quatre 
jovades de terres clans le «regadiu 1 », un patu pour le besoin de sa 
maison, une jovade et demie de terre en bordure du grand canal (cequiam 
majorem) pour le besoin de sa vigne et une autre parcelle pour le besoin 
de son jardin. — Alcira, 16 février 1273/4. 

Reg. 19, f° 102. — Indiq. : Jacobs, n° 534. 

579. — Jaime I er accorde son guidage, sous peine pour tout contre- 
venant de 200 morabotins, à Azach Alfaza et à ses fils, Juifs deCalatayud. 
— Alcira, 17 février 1273/4. 

Pieg. 19, f° 102. — Indiq. : Jacobs, n» 535. 

580. — Jaime I er concède une charte de peuplement à l'aljama des 
Juifs de Jâtiva : il promet d'affranchir d'impôt pendant cinq ans tout Juif 
qui viendra habiter Jâtiva; si après huit ans de résidence, le Juif quitte 
la ville, il sera tenu de s'acquitter envers l'aljama de sa quote-part de 
peite ; les nouveaux venus devront jurer dans les trois mois de leur 
établissement, sous peine de 100 morabotins, de contribuer aux dépenses 
de la communauté — Alcira, 23 février 1273/4. 

Reg. 19, f° 101 v». — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 533. 

581. — Jaime I er mande à toutes les aljamas de Juifs de déléguer par 
devers lui à Barcelone, le dimanche avant la fête des Bameaux, deux 
mandataires par communauté ; envoi de ce mandement aux aljamas de 
Jâtiva, Valence, Murviedro, Tortose, Téruel, Daroca, Galatayud, Tarazona, 
Egea, Buesta, Saragosse, Alagôn, Huesca, Jaca, Barbastro, Montclus, 
Lérida, Barcelone, Girone et Besaliî, Perpignan. —Valence, 25 février 1273/4. 

Reg. 18, f° 105. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 505. 

582. — Jaime I er Affranchit de tout impôt pendant cinq ans les Juifs 
qui viendront peupler Jâtiva et, notamment, Açach Abenjanah, Juif de 
Tolède, établi depuis peu à Jâtiva. — Même date. 

Reg. 19, f° 108. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 536. 

583. — Jaime I er accorde sa rémission, après enquête du baile de 
Montpellier, à Tauros de Beaucaire et à Bondia de Beaucaire, gendres et 
héritiers du Juif Astrug, fils de feu Vidal de Carcassonne, lequel Astrug 

1. En catalan, regadiu : terrain arrosable. 



56 REVUR DES ÉTUDES JUIVES 

s'est suicide après avoir proféré de son vivant des paroles injurieuses 
pour la majesté royale. — Barcelone, 19 mars 1273/4. 

Reg. 19, f° 115 v° — Cop. : Collection Bôfarull. — Indiq. : Jacobs, n" 537. 

584. — Jaime I er renouvelle la remission précédente en y ajoutant 
Salamas de Lunel, troisième gendre d'Astrug. — Barcelone, 20 mars 1273 4. 

Reg. 19, f° 115 v«. — Cop. : Collection Bôfarull. 

585. — Jaime I er accorde sa rémission au fils d'Astrug de Barcelone, 
Izach Astruch, inculpé du meurtre de son beau-père Caravida, Juif de 
Manresa. — Barcelone, 23 mars 1273/4. 

Reg. 19, f° 117 v°. - Cop. : Collection Bôfarull. 

586. — Jaime I er accorde sa rémission, moyennant le versement au 
bail de Perpignan de 3.000 sous melgoriens, à Vivones de Castellnou, 
Juif de Perpignan, inculpé de s'être enfui du royaume en emportant avec 
lui un trésor reçu en dépôt de feu Bonanasq, Juif de Besalû. — Perpignan, 
9 avril 1274. 

Reg. 19, f ûs 121 v°-122. — Indiq. : Jacobs, n° 539. N 

587. — Jaime 1 er dispense les Juifs Astrug deBeaucaire et Vives Vidal, 
tuteurs testamentaires de Mosse, fils et héritier universel de Salamon 
Samiel, alias Bonisach Samiel de Carcassonne, de l'obligation qui leur 
incombe par suite du décès de Botina, mère et tutrice du jeune Mosse, 
de s'adjoindre un troisième tuteur, à moins, toutefois, qu'ils ne soient 
convaincus de mauvaise gestion. — Même date. 

Reg. 19, fo 122. — Indiq. : Jacobs, n° 540. 

588. — Jaime I er autorise les Juifs de Villafranca del Panades, sous 
peine pour tout contrevenant de 10 morabotins, à acheter deux quarterées 
de terre pour y édifier un cimetière juif, et comme ils ont déjà fait choix 
d'une tenure assujettie au cens royal, il leur conseille de choisir un autre 
emplacement, non plus censitaire, mais allodial. — Même date. 

Reg. 19, f° 123. — Cop. : Collection Bôfarull. — Indiq. : Jacobs, n° 541. 

589. — Jaime I er prend l'engagement à l'égard des Juifs de l'aljama 
de Perpignan, de Uoussillon, Gerdagne et Confient de ne pas accorder de 
sursis pendant trois ans à leurs débiteurs. — Montpellier, 15 avril 1274. 

Reg. 19, f° 127. — Cop. : Collection Bôfarull. — Indiq. : Jacobs, n< 544. 

590. — Jaime I er autorise les Juifs de Perpignan à faire contraindre 
leurs débiteurs, à l'exception, toutefois, des bénéficiaires de sursis royaux, 
par la saisie des meubles, sauf bêtes de somme, instruments aratoires, 
vases vinaires et étoffes. — Même date. 

Reg. 19, f° 127 v. — Cop. : Collection Bôfarull. — Indiq. : Jacobs, n° 545. 



CATALOGUE DES ACTES OE JAIME l r, \ PEDRO III ET ALFONSO III 57 

591. — Jaime I er concède à Faljama des Juifs de Perpignan, Roussillon, 
Gerdagne et Gonflent que toutes les fois qu'un Juif portera plainte contre 
son débiteur devant le viguier, le baile ou autre officier royal, ces agents 
devront s'enquérir des ressources du débiteur et de son répondant, qui ne 
pourront rien en aliéner jusqu'au prononcé de la sentence. — Montpellier, 
17 avril 1274. 

Reg. 19, f° 127 v°. - Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 546. 

592. — Jaime l or concède à la uième aljama qu'un procès pendant 
entre un Juif et tout autre personne pour fait de dettes, ne puisse être 
différé par sentence interlocutoire. — Même date. 

Reg. 19, f° 127 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 547. 

593. — Jaime I er concède à la même aljama que les débiteurs bénéfi- 
ciant d'un sursis royal pour la seconde fois, ne puissent en exciper à 
l'égard de leurs créanciers juifs. — Même date. 

Reg. 19, f° 127 v°. — Cop. : Collection Bofarull. - Indiq. : Jacobs, n° 548. 

594. — Jaime I er décide que tout Juif qui aura passé en fraude par 
Lérida ou par tout autre lieu dans lequel se perçoit la leude, ne subira 
d'autre peine que l'obligation de payer double taxe, à la réserve que, s'il 
transporte des marchandises, il s'en verra confisquer la totalité selon la 
coutume. — Même date. 

Reg. 19, f° 128. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n« 550. 

595. — Jaime I er concède à l'aljama de Juifs de Perpignan, ttoussillon, 
Cerdagne et Gonflent que, pour les dettes qu'elle a souscrites en vue du 
paiement du tribut royal, elle ne soit pas tenue, sur la plainte de ses 
créanciers, de payer quelque amende, pourvu que ses secrétaires déclarent 
sous serment que ces dettes ont bien été contractées pour acquitter le 
tribut. — Même date. 

Reg. 19, f° 128. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 551. 

596. — Jaime I er , ayant appris que certains clercs ou laïques citaient 
des Juifs de Montpellier, en vertu de lettres de committimus, devant une 
autre juridiction que celle de la cour royale de ladite ville, et cela non 
pour se faire rendre justice, mais pour leur imposer de plus fortes 
dépenses, mande au baile de la cour de Montpellier d'user à l'égard des 
plaignants qui auront bénéficié de semblables lettres de la contrainte 
par corps et de la saisie des biens s'il s'agit de laïques, ou de la saisie 
seulement s'il s'agit d'ecclésiastiques, jusqu'à ce qu'ils aient renoncé à 
leurs lettres de committimus et indemnisé les défendeurs des frais de 
justice. — Montpellier, 20 avril 1274. 

Reg. 19, f° 126 v°. — Cop. : Collection Bofarull. 

597. — Jaime 1er accorde sa rémission au Juif Abraham de Lunel. 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

coupable d'avoir transféré son domicile à Montpellier, dans la juiverie 
royale. — Même date. 

Reg. 19, fo 126 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 543. 

598. — Jaime I er autorise les Juifs de Perpignan, Roussillon, Cerdagne 
et Contient à faire dresser dans n'importe quel lieu du Roussillon les 
contrats de dettes conclus entre Roussillonais, pourvu, toutefois, qu'ils 
s'adressent à un notaire royal établissant ses actes conformément au tarif 
royal. — Même date. 

Reg. 19, f° 128. — Indiq. : Jacobs, n° 549. 

599. — L'infant don Pedro donne décharge à Relsbom, Foncn Cabrit, 
Bonet Avinax et Yzach Jafia, secrétaires de l'aljama des Juifs de Girone 
et Besah'i, à Levi et à Cresquas Perfeit, secrétaires de Besalu, des paie- 
ments qu'ils ont eifectués à son ordre. — Torroella, 26 mai 1274. 

Reg. 37, f° 61 v\ 

600. — Jaime I er autorise lés consuls de ses Juifs de Montpellier à 
saisir, au profit des aumônes juives, toutes les tailles qui seront faites 
dans la communauté pour la répartition des tributs, quêtes et autres 
exactions royales. — Perpignan, 17 juin 1274. 

Reg. 19, f° 133 v°. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 552. 

601. — Jaime I er confirme la concession faite le 1 er février 1266/7 (voy. 
n° 356) aux Juifs royaux de Montpellier relativement à la procédure qui 
doit être observée à leur égard. — Même date. 

Reg. 19, f- 134. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 553. 

602. — Jaime I er reconnaît devoir à Isaacb, fils de feu Bonet d'en 
Abraham, Juif de Montpellier, pour rémunération de l'office de la collecte 
des revenus royaux de la ville, 300 sous melgoriens, à valoir sur les 

20 sous de redevance annuelle que le dit Isaacb fournit pour sa maison. 
— Même date. 

Reg. 19, f° 134. — Indiq. : Jacobs, n 8 554. 

603. — Jaime I er confirme la rémission accordée par le baile de Per- 
pignan à Abrac Mosse de Montpellier, alias Abram de Sala, — Perpignan, 

21 juin 1274. 

Reg. 19, f° 138 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 555. 

604. — Jaime 1er ratifie l'accord conclu sous l'arbitrage de Salamon 
Sulla de Porta, Vidal Provensal, Salamon Cohta, Astrug Salamon, arbitres 
juifs nommés par le juge de Perpignan et Roussillon, entre Astrug Vidal» 
fils de feu Vidal Astrug, Juif de Perpignan, et Abraham, son frère, d'une 
part, Calasana, veuve dudit Vidal Astrug, Perfeyt Garcia, Toroz Garcia et 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO 111 ET ALFONSO III 59 

Vidal, frères de Calasana, au nom de Nina et. Petita, filles de Vidal Astrug, 
d'autre part, au sujet de la part d'héritage revenant à ces dernières. — 
Perpignan, fin juin 1274. 

Reg. 19, f°l41 r° et v°. — Indiq. : Jacobs, n° 556. 

605. — Jaime I er voulant éviter aux Juifs de Perpignan les désagré- 
ments qu'ils subissent de la part de ses officiers, concède à l'aljama des 
Juifs de Perpignan, Puigccrdâ et Villefranche de Confient les garanties de 
procédure suivantes : 1° avant que le Juif accusé d'un crime public ou 
privé soit tenu de répondre à l'enquête, on doit lui présenter les chapitres 
de l'accusation ; 2° le dénonciateur est tenu avant l'ouverture de l'enquête 
de prendre l'engagement de se soumettre à la peine du talion, de payer à 
l'accusé des dommages-intérêts et de fournir des répondants solvables ; 
3° l'accusé doit être assisté d'un avoué, pourvu qu'il jure auparavant 
qu'il ne peut le faire sans la permission de la cour ; 4° l'accusé ne pourra 
être arrêté et ses biens saisis si le dénonciateur ne s'assujettit à la peine 
du talion ; 5° l'accusé ne devra être soumis à la torture. . . etc. (voy. plus 
haut n° 356). — Perpignan, 28 juin 1274. 

Reg. 19, f° 145. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 557. 

606. — L'infant don Pedro confirme la concession viagère faite par le 
roi, son père, à Mahalux Alcoqui, son Juif, de l'office du poids de Lérida. 
— Barcelone, 6 juillet 1274. 

Reg. 37, f° 72 v°. 

607. — Jaime I er reconnaît devoir à Vidalon Çaporla, fils de feu 
Benvenist de Porta, 4.000 sous barcelonais, qu'il a empruntés au père et 
qu'il assigne au fils, 3.000 sur les tributs de l'aljama des Juifs de Villa- 
franca et f.000 sur les biens d' Astrug de Porta, son oncle, notamment 
sur les sommes que ledit Astrug peut réclamer en justice de son neveu 
à l'issue du procès qu'il lui a intenté. — Barcelone, 23 juillet 1274. 

Reg. 19, f° 149. 

608. — Jaime I er donne quittance aux secrétaires et à l'aljama des 
Juifs de Barcelone, Villafranca del Panades et Tarragone de la somme 
qu'ils lui ont versée à Barcelone pour leur part de tribut. — Barcelone, 
5 août 1274. 

Reg. 19, f° 155. — Indiq. : Amador de los Rios, t. I, p. 424, n. 2 ; Jacobs, 
n° 559. 

609. — Jaime I er mande à ses officiers de Barcelone, Villafranca et 
Tarragone de faire observer la concession qu'il a faite aux Juifs de 
Barcelone, Villafranca, Tarragone et Montblanch relativement aux prêts 
sur cautionnement (voy. plus haut n° 496). — Barcelone, 6 août 1274. 

Reg. 19, f° 155 r° et v». 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

610. — Jaime I er accorde sa rémission au Juif Vives, baile d'Alfandeche 
et de Marines, fils de Jucef Abenvives, accusé par Azach Barbut, Zalema 
Barbu t, Abrahim Samarian, Abrahim de Girone, Juifs, et par un Sarrasin 
d'Alfandeche, d'avoir perçu chaque année sur les Sarrasins de la 
ville une redevance de 4 à 6 sous, de leur avoir consenti des prêts 
usuraires et d'avoir commis des actes de sodomie. —Barcelone, 9 août 1274. 

Reg. 19, f° 156. — Indiq. : Jacobs, n° 558. 

611. — Jaime I er mande à l'aljama des Juifs de Galatayud de répondre 
pour les 8.000 sous de Jaca du tribut au justice royal de Galatayud et lui 
promet de ne pas augmenter ce chiffre dans la répartition des 50.000 sous 
que doivent payer chaque année les aljamas juives d'Aragon. — Barcelone, 
31 août 1274. 

Reg. 19, f° 168 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 560. 

612. — Jaime I er arrête à 600 sous réaux de Valence la part de contri- 
bution que doit verser l'aljama des Juifs de Jâtiva pour le tribut annuel. 
— Barcelone, 5 septembre 1274. 

Reg. 19, f° 169 v°. — Cop. : Collection Bofarull. —Indiq. : Jacobs, n° 561. 

613. — Jaime I er accorde son guidage à Azach Barbut, Çalema Barbut, 
Abraham Samarian, Abraham de Girone, Juifs de Valence ; Vives, fils de 
Jucef Abenvives, Juif de Valence, ou quelque autre Juif ne pourront les 
poursuivre au criminel, à moins qu'ils ne se soumettent à la peine du 
talion ; il leur sera loisible, toutefois, de les poursuivre au civil. — 
Barcelone, 6 septembre 1274. 

Reg. 19, f° 172. 

614. — Jaime I er limite à 8.000 sous de Jaca la contribution imposée 
à l'aljama juive de Saragosse pour sa part de tribut. — [Barcelone], 
26 novembre 1274. 

Reg. 19, f« 190. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 563. 

615. — Répartition du tribut entre les juiveries de la couronne 
d'Aragon : 

JUIFS DU ROYAUME D'ARAGON. 

Juifs francs de Saragosse. 2.000 sous Juifs d'Alagôn 2.000 sous 

— deTarazona .... 3.000 — — de Barbastro . . . 3.000 — 

— d'Egea 2.500 — — de Montclus. ... 500 — 

— de Borja 1.000 — 

JUIFS DU ROYAUME DE VALENCE, EN DEÇA DU JUCHAR. 

Juifs de Valence 5.000 sous 

— Murviedro, Onda, Borriana et Segorbe . . 2.000 — 

— Alcira 400 — 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 61 

JUIFS DU ROYAUME DE VALENCE, AU DELA DU JUCHAR. 

Juifs de Jâtiva. . . . 10. 000 sous Juifs de Cocentaina . . 2.000 sous 

— Corbera. . . 3.000 — — Alcoy .... 3.000 — 

— Gandia . . . 4.000 — — Albaida . . . 1.000 — 

— Mayrineu . . 3.000 — — Luchente. . . 1.000 — 

— Bocairente . 500— — Orembloy (?) . ' 100 — 

JUIFS DE CATALOGNE. 

Juifs de la ville et collecte de Barcelone : paiement déjà effectué à 
Barcelone. 

— la ville et collecte de Perpignan : 5.000 sous melgoriens. 

— Lérida : 3.000 sous. (1274.) 
Reg. 23, f 0s 3 v°, 4 v°, 7 v u , 8 v°, 9. 

616. — Jaime I er confirme, sous peine pour tout contrevenant de 
10 morabotins, au profit de Richa, mariée en premières noces au Juif 
Abrabim de Avincoyll, puis en secondes à Açach ïimoch, la possession 
d'une vigne que Richa et Abrahim avaient achetée au justice d'Aragon 
dans le terroir de Barbastro, au lieu dit « Ramiella», et qui, dans le 
partage entre Richa et son premier mari, avait été dévolue à celle-là. — 
Lérida, 6 mars 1274/5. 

Reg. 20, f" 218. 

617. — Jaime I er concède aux prud'hommes et à la communauté de 
Majorque que les Juifs de la cité et de l'île de Majorque ne puissent prêter 
sur gage à des esclaves sous peine de perdre le capital et d'avoir à resti- 
tuer les gages aux captifs. — Lérida, 12 mars 1274/5. 

Reg. 20, f° 221 et 26, f° 144. — Cop. : Collection Bofarull. — Plbl. : Villa- 
nueva, t. XXII, p. 314 ; Lecoy de la Marche, Relations du roijaume de 
Majorque avec la France, t. I, p. 439. — Indiq. : Morel-Fatio, Juifs des 
Baléares, dans R. E. /., t. IV (1882), p. 34, n° 8. 

618. — Jaime I er accorde son guidage à Comparât de Creces, Juif de 
Marseille, et à tous les autres Juifs de la même ville qui viendront 
s'établir dans la juiverie royale de Montpellier avec leurs familles et^ 
leurs biens, leur promettant de ne pas les poursuivre en raison de la 
conversion au christianisme et de la disparition mystérieuse de Caïn 
Caufeta, frère dudit Comparât, à la réserve qu'ils paieront au fisc pour 
chaque maison une redevance annuelle d'un morabotin, et contribueront 
régulièrement aux quêtes royales. — Lérida, 20 mars 1274/5. 

Reg. 20, f° 225. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 566. 

619. — Jaime I er confirme la rémission accordée par le baile de Mont- 
blanch au Juif Vidal, fils de feu Jucef de Besalû, inculpé d'avoir eu des 
relations coupables avec une chrétienne. — Lérida, 21 mars 1274/5. 

Reg. 20, f° 226. 



62 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

620. — Jaime I er concède à l'aljama des Juifs de Valence en matière de 
procédure les garanties suivantes : 1° Les Juifs de Valence ne seront pas 
justiciables du justice de Valence, mais du baile ; 2° les Juifs qui vien- 
dront s'établir à Valence seront à l'abri de toute poursuite ; 3° ceux qui 
se sont enfuis du royaume avant le prononcé du jugement et sans que 
les preuves relevées contre eux soient suffisantes peuvent venir en sûreté, 
pourvu qu'ils fassent aux plaignants complément de justice et fournissent 
des répondants solvables ; 4° les Sarrasins esclaves de Juifs ne devront 
pas être appréhendés pour dettes, peite, etc., à moins que leurs maîtres 
ne manquent de biens saisissables. — Lérida, 17 avril 1275. 

Reg. 20, f° 242. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 573. 

621. — Jaime I er continue la nomination à vie du Juif Mahaluxio 
Alcoquini à l'office de peseur royal de Lérida, qui d'abord conféré à Mosse 
Abinvag, Juif de la même ville, lui a été retiré après enquête. — Lérida, 
23 avril 1275. 

Reg. 20, f° 243. — Indiq. : Jacobs, n° 575. 

622. — Jaime I er procède à un règlement de comptes avec Astrug 
Jacob Xixô, Juif, dont il reste le débiteur pour 81.534 sous réaux de 
Valence. — Lérida, 2 mai 1275. 

Reg. 20, i'° 247 r° et v°. — Indiq. : Jacobs, n° 579. 

623. — Jaime I or confirme la vente faite par Mateo de Montréal, 
chevalier, Dolsa, sa femme, et Guarin de Montréal, son frère, au Juif 
Astrug Jacob Xixô, d'un four, d'une maison de bains, d'un cellier et de 
plusieurs moulins, sis dans la cité de Valence, au prix de 30.000 sous 
réaux de Valence. — Lérida, 6 mai 1275. 

Reg. 20, f" 252 r° et v°. — Indiq. : Jacobs, n° 582. 

624. — Jaime I er concède à Bonjuses, fils d'Aliezar Mahir, Juif de Per- 
pignan, à litre de franc-alleu, au prix de 200 sous melgoriens, un terrain 
à bâtir, situé dans le call de Perpignan, près des maisons dudit Aliezar 
et de celles de Léon d'en Vides. — Perpignan, 23 juin 1275. 

Reg. 20, f° 266. - Cop.: Collection Bofarull. 

625. — Jaime I er mande à ses officiers de contraindre par la saisie des 
biens au paiement d'une amende de 100 morabotins tout ceux qui citent 
les Juifs de Perpignan, Gerdagne et Confient devant une juridiction 
ecclésiastique, pourvu que les dits Juifs se préparent à comparaître devant 
la cour royale ; si un clerc cite un Juif, les fonctionnaires devront 
s'opposer à ce qu'un laïque participe à la citation, achète, vende ou loue 
au demandeur, en reçoive un logement, cultive ses terres, lui fournisse 
quelque service ou aide, jusqu'à ce que la cour ecclésiastique abandonne 
les poursuites, et cela sous peine de 20 morabotins ; les officiers feront 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 63 

porter le présent règlement à la connaissance des intéressés par voie de 
criée publique. — Même date. 

Reg. 20, f° 266 v°. —Cor. : Collection Bofarull. 

626. — Jaime I er accorde sa rémission à tous les Juifs de Perpignan, 
Cerdagne et Gonflent. — Même date. 

Reg. 20, f° 266 v°. — Cor. : Collection Bofarull. — Ixdiq. : Jacobs, n° 584. 

627. — Jaime I er déclare francs et libres de tous droits de censives et 
de lods les terrains acquis par les Juifs de Perpignan pour y construire des 
maisons, sauf le cas où l'aliénation en a été faite au profit de chrétiens. 
— Même date. 

Reg. 20, 1° 267. — Cop. : Collection Bofarull. — Publ. : Alart, Privilèges 
et titres du Roussit Ion, p. 337 (d'après Arch. des Pyr. — Orient., Procuracio 
real, reg. X, f° 1, reg. XIII, (» 92). — I.ndiq. : Vidal, Juifs de Roussi! Ion, 
p. 12 ; Brutails, Populations rurales du Roussillon, p. 75, n. 4 (d'après 
Alart) ; Jacobs, n° 587. 

628. — Jaime I er mande aux officiers du Roussillon, Cerdagne et 
Confient de faire observer les privilèges octroyés aux Juifs concernant la 
peine du talion et autres prérogatives. — Même date. 

Reg. 20, f° 267. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 585. 

629. — Jaime I er promet de ne pas réclamer de quête à l'aljama des 
Juifs de Perpignan, Cerdagne et Confient jusqu'à complet remboursement 
des 30.000 sous barcelonais qu'elle lui a prêtés à Perpignan. — Même date. 

Reg. 20, f° 267. - Cop. : Collection Bofarull. 

630. — Jaime I er ayant appris que ses fidèles Juifs de Perpignan, 
Cerdagne et Confient sont exposes à être chassés de leur résidence par 
excommunication ou interdit de l'Église, leur concède qu'à l'avenir ils ne 
soient pas tenus de s'exiler en raison de quelque interdit, à moins que le 
baile ou un autre officier royal ne les y contraigne et pourvu qu'ils 
s'engagent à faire justice au plaignant devant la cour royale. —Perpignan, 
24 juin 1275. 

Reg. 20, f° 267. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n» 586. 

631. — Jaime I er , ayant appris que ses fidèles Juifs de Perpignan, 
Cerdagne et Confient souffrent beaucoup de ne pouvoir recouvrer leurs 
créances de leurs débiteurs non encore émancipés, les autorise à les y 
faire contraindre par la saisie des biens. — Même date. 

Reg. 20, f° 267 v°. — Cop. : Collection Bofarull. 

632. — Jaime I er , considérant les dommages qui pourraient résulter 
pour ses fidèles Juifs de Perpignan, etc. du bris des sceaux, de la détério- 
ration ou perte de leurs privilèges royaux, déclare que toutes les copies 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qui en seront faites par un notaire de Perpignan 011 de la cour royale 
sous le sceau de cette cour auront même valeur que les originaux. — 
Même date. 

Reg. 20, f° 267 v°. - Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 589. 

633. — Jaime I er mande à tous ses officiers de contraindre tous ceux 
qui sont obligés pour dettes à l'égard de l'aljama des Juifs de Perpignan, 
etc., et qui ont déjà bénéficié d'un sursis royal, à s'acquitter de leurs 
obligations par la saisie des meubles, excepté bêtes, instruments ara- 
toires, vases vinaires, vêtements, draps de lit, ustensiles de ménage. — 
Même date. 

Reg. 20, f° 267 v». — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n» 590. 

634. — Jaime I er concède à l'aljama des Juifs de Perpignan, etc. que 

tout Juif surpris en train de jouer ne soit pas contraint à payer aux 

fonctionnaires royaux l'amende édictée par l'infant don Jaime. — Même 

date. 

Reg. 20, f° 268. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs : n° 591. 

635. — Jaime I er fait dresser un statut relatif .aux dommages qui 
peuvent résulter pour les Juifs du Roussillon, Cerdagne et Gonflent, de 
la levée par les chevaliers sur leurs sujets des droits de mutation [falica). 
— Perpignan, 25 juin 1275. 

Reg. 20, f° 267 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 587. 

636. — Jaime I or reconnaît devoir à l'aljama des Juifs de Perpignan, 
Cerdagne et Gonflent 30.000 sous barcelonais qu'il lui a assignés à partir 
de la St-Jean passée sur les revenus de Collioure. — Même date. 

Reg. 20, i°268. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n°592. 

637. — Jaime I er vend à Jafias Maymô, Juif de Mora, au prix de 
30.000 sous barcelonais, tout le droit qui lui revient sur les créances 
confisquées à Çalema Echen, Bonet Avincaries, Mosse Avinecarc et autres 
Juifs de Tortose, pour infraction au statut royal, les contrats y relatifs 
ne mentionnant pas les serments que doivent prêter Juifs et chrétiens ; 
en outre, le roi emprunte au dit Jafias 20.000 sous barcelonais et lui 
donne pour caution Hugo de Mataplana, archidiacre d'Urgel. — Au siège 
de Rosas, 18 juillet 1275. 

Reg. 20, f° s 272 v°-273. 

638. — Jaime l or notifie à tous ses officiers qu'il a envoyé un portier 
à Tortose recouvrer les prêts u suraires consentis par les Juifs de cette 
ville. — Au siège de Rosas, 21 juillet 1275. 

Reg. 20, P 273. 

639. — Jaime I er accorde sa rémission à l'aljama des Juifs de Tortose, 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 65 

inculpée d'avoir consenti des prêts et des barates au-dessus du taux légal 
et d'avoir négligé de prêter le serment exigé par le statut royal y relatif. 
— Barcelone, 24 août 1275. 

Reg. 20, f° 281. — Cop. : Collection Bofarull. - Indiq. : Jacobs, n° 593. 

640. — Jairne I or confirme au profit de Bondion, Juif de Montpellier, et 
de ses associés la cession que leur a consentie pour un an, a partir de la 
St-Miehel, Jaime évêquede Huesca, au nom du roi et en raison du service 
que doit lui fournir le feudataire royal B. P. de Montolieu, de tous les 
droits que prélève celui ci à Montpellier sur les mesures {cuppis) de blé 
et de farine et sur le pesage du fer. — Barcelone, 4 septembre 1275. 

Reg. 20, f» 284 v°. — Indiq. : Jacobs, n» 594. 

641. — Jaime I er ratifie la reddition de comptes que lui ont fait à 
Barcelone les secrétaires et les aljamas des Juifs de Barcelone, Villafranca 
del Panades et Tarragone pour la quête du tribut de sept ans et demi, à 
raison des 21.250 sous melgoriens par an ; le roi reste débiteur auxdites 
aljamas de 890 sous moins 2 deniers barcelonais, qu'il leur assigne sur le 
tribut de la St-Jean. — Barcelone, 4 octobre 1275. 

Reg. 20, f° 294 r° etv°. — Indiq. : Jacobs, n 6 595. 

642. — Jaime I er donne quittance aux mêmes de 21.250 sous melgoriens 
pour le tribut de Tannée 1276. — Même date. 

Reg. 20, f° 294 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 596. 

643. — Jaime I er reconnaît devoir aux mêmes 3.900 sous barcelonais, 
par suite du versement du tribut en monnaie melgorienne, dont la livre 
vaut 5 sous de plus que la livre barcelonaise ; il avoue qu'il ne leur a pas 
encore donné satisfaction au sujet des draps qu'ils ont prêtés sur son 
ordre aux ambassadeurs des Tarlares et qui ne leur ont pas été rendus, 
ni au sujet de ceux qui ont été perdus dans le palais royal. — Barcelone, 
5 octobre 1275. 

Reg. 20, f° 294 v°. — Publ. : Pièces justificatives, n° VIII. 

644. — Jaime I er accorde sa rémission, moyennant 200 sous de Jaca, 
à Açach Alcahen, Juif de Saragosse, inculpé du meurtre d'Açach Albala, 
Juif du même lieu. — Lérida, 9 novembre 1275. 

Reg. 20, f° 297 v°. — Cop. : Collection Bofarull. 

645. — Jaime I er concède à tous les scribes d'Egea que les Juifs de 
cette ville puissent faire dresser leurs contrats de dettes par l'un quel- 
conque des scribes locaux et non par un scribe déterminé, à charge pour 
les dits scribes d'une redevance annuelle de 30 sous de Jaca, payable à la 
St-Michel. — Lérida, 14 novembre 1275. 

Reg. 20, f° 298. - Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 599. 
T. LXH, n° 123. 5 



66 REVUE DES ETUDES JUIVES 

646. — Jaime I er accorde sa rémission a David, fils de feu Çalema 
Avençadach, inculpé, entre autres choses, d'avoir entretenu des relations 
coupables avec des chrétiennes. — Lérida, 21 novembre 1275. 

Reg. 20, f» 302. — Indiq. : Jacobs, n° 603. 

647. — Jaime I er autorise le Juif Vidal Xicatella à couvrir la rue qui 
sépare ses maisons de celles qu'il vient d'acheter et à construire sur 
ladite couverture. — Même date. 

Reg. 20, f° 303, acte en double. — Indiq. : Jacobs, n° 604. 

648. — Jaime I er concède au Juif Muça de Porlella, à titre d'héritage 
propre, un champ situé dans la partie royale de Torrellas, près du cime- 
tière sarrasin, avec le droit d'y construire des maisons e* la liberté d'en 
disposer, sauf au profit de chevaliers, clercs et communautés. — Valence, 
30 décembre 1275. 

Reg. 20, f° 308 v°. — Indiq. : Jacobs, n» 607. 

649. — Jaime I er accorde sa rémission à Taljama des Juifs de Cala- 
tayud, inculpée de prêts ou barates usuraires, et lui concède que la preuve 
ne sera acquise dans un procès entre Juif et chrétien qu'à la suite d'un 
témoignage fourni par un chrétien et un Juif. —Valence, 30 janvier 1275/6. 

Reg. 20, f<> 314. - Indiq. : Jacobs, d° 609. 

650. — Jaime I er confirme les tacanes et « vetos » que Taljama des 
Juifs de Lérida ou ses adénantades ont lancés ou lanceront contre les 
contribuables récalcitrants et mande qu'ils soient observés sous peine de 
200 morabotins d'or. — Valence, 31 janvier 1275/6. 

Reg. 20, f°312 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 608. 

651. — Jaime I er promet à l'aljama des Juifs de Calatayud de ne pas 
accorder de prorogation d'échéance a leurs débiteurs pendant trois ans, 
à partir de la St-Jean. — Gandia, 21 février 1275/6. 

Reg. 20, f° 321. - Indiq. : Jacobs, n° 612. 

652. — Jaime I er autorise Haraon Allatefti, Juif de Valence, à faire 
jeter par-dessus la voie qui passe entre ses maisons un pont large de cinq 
palmes pouvant laisser passage à un homme, mais ne devant pas entraver 
la circulation dans la rue. — Alcira, 2 mars 1275/6. 

Reg. 20, f° 325 v<\ 

653. — Jaime I er accorde sa rémission à Jucef Franch, Juif de Girone, 
et à Vidal, fils d'en Fares, alias Aymel, poursuivis en raison des bles- 
sures portées par Jucef Franch a Curador, fils de Maymô de Juyhan, 
blessures ayant entraîné la mort. — Valence, 22 mars 1275/6. 

Reg. 20, f° 333 v°. — Publ. : Pièces justificatives, n° IX. — Indiq. : Jacobs, 
n° 616. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO 111 67 

654. — Jaime I er , à la prière de l'envoyé du roi de Tunis, concède à 
Abrahim Avingabell, Juif de Valence, à charge d'un cens annuel de 
40 sous réaux de Valence payable à la N.-D. de février, un ouvroir situé à 
l'entrée de la juiverie, au lieu dit « Lasoé », avec le droit d'en disposer, 
sauf au profit de chevaliers, clercs et religieux. — Jàtiva, 20 avril 1276. 

Reg. 19, f° 13. — Cop. : Collection Bofarull. 

655. — Jaime I er arrête avec Jacob Avenrodrig, Juif de Téruel, le 
compte de la somme dont ce dernier lui reste débiteur. — 25 avril 1276. 

Reg. 19, f° 15 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 509. 

656. - Jaime 1er ratifie la reddition de comptes présentée par le Juif 
Vives, fils deJucef Abenvives, pour les revenus du château et val de Pego, 
du château et val d'Alfandeche, et de la villa de Sullana. — Jàtiva, 
17 mai 1276. 

Reg. 20, f 09 344 v°-345. — Indiq. : Jacobs, n° 621. 

657. — Jaime I er règle avec le même semblable compte, qu'il soumet 
à l'examen de son Juif Jucef. — Même date. 

Reï. 20, f° 345. — Indiq. : Jacobs, n° 622. 



APPENDICE 

AU CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er (1213-1276) 



Ce catalogue était entièrement imprimé, quand nous avons reçu com- 
munication de deux études de M. F. de Bofarull, archiviste de la couronne 
d'Aragon, l'une sur les Juifs établis dans le territoire de Barcelone du 
x e au xui e siècle et particulièrement a l'époque du règne de Jaime I* 1 ' 
(1213-1276) ' ; la seconde sur les Juifs de Montpellier sous ce même règne 2 . 
Dans ces deux publications, M. de B. a mis en œuvre une collection de 
500 copies de documents concernant les Juifs d'Aragon formée par son 
père et prédécesseur Manuel de Bofarull, mort le 25 novembre 1892. M. F. 
de B. avait eu l'obligeance, lors de notre séjour a Barcelone, de nous 

1. Los Judios en el territorio de Barcelona (siglos X al XIII). Reinado de 
Jaime /, 1213-1276, Barcelona, 1911, in-8° (Extrait des Memorias de historia de la 
corona de Aragon). 

2. Jaime le Conquistador y la comunidad judia de Montpeller, dans Boletin de 
la R. Academia de Buenas lelras de Barcelona. n° 40, octubre-diciembre 1910, 
pp. 484-492. 



68 REVUE DES ETUDES JUIVES 

communiquer les copies de pièces relatives au règne de Jaime I er . Ce 
sont ces copies qui, dans notre catalogue des actes de Jaime I er , sont 
citées sous cette formule abrégée. Cop. : « Collection Bofarull ». 

M. F. de B ayant publié ou utilisé un très grand nombre de documents 
dont nous avons nous- même donné l'analyse, il nous a paru néces- 
saire de dresser en appendice, le tableau de concordance des numéros de 
notre catalogue avec les passages et les documents qui y correspondent 
dans les deux publications de M. de B. 

Mais on voudra bien nous permettre, avan de procéder à ce rapproche- 
ment ', de présenter à propos des deux études de M de B., quelques 
observations préliminaires. La brochure de M. de B. sur les Juifs du ter- 
ritoire de Barcelone est déparée par d'innombrables fautes d'impres- 
sion qu'on relève surtout, soit dans les dates, soit dans les références ; 
et à ce sujet, il est regrettable que M. de B. n'ait pas dressé l'erratum de 
ces défaillances typographiques. 

Malgré ces légères imperfections, le travail de M. de B. sur les Juifs 
catalans, grâce surtout à la publication de 168 pièces justificatives, sera 
d'un grand secours pour l'étude de la condition des Juifs de la couronne 
d'Aragon sous le règne de Jaime I er . M. de B. a eu l'excellente idée de 
présenter, en tète de son étude, les principaux renseignements que l'on 
peut recueillir sur les Juifs catalans antérieurement au xni H siècle. Nous 
avons, de notre côté, rassemblé pour la même période semblables ren- 
seignements, et, nous serons heureux, quand l'occasion se présentera de 
les mettre en œuvre, de rendre justice a l'excellente contribution appor- 
tée sur ce point par le très obligeant directeur des Archives de la cou- 
ronne d'Aragon. 

"Enfin, les brèves notices consacrées par M. de B. à quelques auxiliaires 
juifs de Jaime 1 er , nous obligent à quelques explications. Le lecteur ne 
trouvera pas dans notre catalogue tous les actes des rois d'Aragon con- 
cernant leurs auxiliaires juifs. Ces actes sont innombrables; ils auraient 
donc par trop grossi notre publication. Il faut noter, de plus, que les 
actes concernant des agents juifs ne diffèrent en rien des actes concer-. 
nant des fonctionnaires chrétiens, et par suite, ne nous apprennent rien 
de nouveau sur la condition générale des communautés juives. Toute- 
fois, nous avons pris soin de noter les principaux de ces actes qui se 
réfèrent à des « fidèles » juifs*. Les notes recueillies à ce sujet nous 
permettront d'écrire la biographie sommaire des nombreux notables juifs 

1. La collection de pièces justificatives publiée par M. de B. aurait gagné à être 
présentée dans un ordre chronologique absolument rigoureux. Cet ordre n'est pas 
observé pp. 60, 101, 105, 119-120. 

2. Bartolomé de Porta, scribe royal, bien que portant le même nom que les Juifs 
Benvenist et Astruch de Porta, n'était pas leur coreligionnaire. C'est donc à tort que 
M. de B. l'a rangé parmi les auxiliaires juifs de Jaime I er (Jad. Barc, pp. 20 et 118, 
n* CXLIX 1 . L'acte publie par \L de B. relativement à Bartolomé de Porta est daté du 
8 des calendes d'avril 1274 (25 mars 1274). L'Annonciation (25 mars) étant le point de 
départ de l'année aragonaise. c'est par erreur que M. de B. a converti 1274 en 1275. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO 111 ET ALFONSO III 69 

qui ont collaboré à l'administration royale sous les règnes de Jaime I er , 
Pedro III et Alfonso III. 

Dans notre tableau de concordance, nous désignons la première publi- 
cation de M. de B. parle titre abrégé de Jud. Barc , la seconde par celui 
de Jud. Montp. Le chiffre placé entre parenthèses, après l'indication de 
la page, reproduit l'appel de note des Jud. Barc Nous le mentionnons 
pour faciliter les recherches et les rapprochements. 



Numéros 


Jud. 


Barc 


Jud. Montp. 


de notre 


m 


~ 


Catalogue. 


Publ. : 


Indiq. : 


Pubk. : Indiq. 


4.... 




P. 36 (2) 




5. . . . 




p. 36 (2) 




28.... 




P. 36 (3) 




48.... 






P. 484 


49.... 






PP. 484- 


57.... 


P. 42, n° VI 






69... 


P. 42, n° Vil 






71 ... . 


P. 41, n» V» 


P. 24(2) 




72.... 






P. 485 


73.... 


P. 42, n° VIII 






74.... 


P. 43, ir IX 


PP. 24 et 25 (1) 




75.... 


PP. 43-44, n° X 


P. 24 (6) 




76.... 


P. 44, u° XI 2 






80.... 


PP. 44-45, n» XII 






91.... 


P. 45, n" XIV ' 


P. 25 (2) 




92.... 


P. 45, n° XIII 






94.... 


P. 46, n" XV 






108.... 


P. 46, n° XVI 3 






112.... 


P. 47, n" XVII 


P. 36 (3) 




113.... 


PP. 47-48, n" XVIII 


P. 23 (1) 




114.... 


PP. 48-49, u° XIX* 




P. 485 


115.... 






P. 485 


130.... 


P. 49, n 11 XX 3 


P. 25 (3) 




136.... 


P. 50, n° XXII 


P. 21 (7) 




144.... 


P. 51, n°XXUI 6 







1. L'acte publié par M. de B. porte la date du 17 des calendes de septembre. C'est 
certainement décembre qu'il faut lire. A la date du 16 août 1257, Jaime I er n'était pas 
à Barcelone, mais à Lérida, où il séjourna au moins du 6 août au 31 octobre 1257 
(Voy. dans notre Catalogue les n os 54 à 67). La date du 15 novembre est donc préférable 
à celle du 16 août. D'ailleurs, il suffit de remarquer la place qu'occupe le document 
dans le reg. 9 pour n'avoir aucun doute au sujet de sa date. 

2. M. de B. a converti par erreur le 14 des calendes de janvier en 17 décembre, au 
lieu du 19. 

3. La publication de cet acte est faite d'après le reg. 2, f° 130 v°. 

4. La date du 26 janvier donnée pour cet acte est le résultat d'une faute d'impres- 
sion. La vraie date, celle du 21 janvier (12 des calendes de février), a été rétablie par 
M. de B. dans son étude sur la juiverie de Montpellier [Boletin de Barcelona, p. 485, 
n. 1). 

5. Au lieu de 17 juin, lire 27 juin (5 des calendes de juillet). 

6. Lire 28 juillet (5 des calendes d'août) au lieu de 18. 



70 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



Numéros 

de notre 

Catalogue. 

151.... 

152.... 

159.... 

162.... 

186.... 

193.... 

196.... 

197.... 

198.. . 

206.... 

208.. .. 

217.... 

232.... 

237.... 

243 ... 

262... 

277 .. . 

278.... 

279.. 

280.. . 

281.... 

282.... 

284.... 

287 ... . 

289.... 

293.... 

294. .. 

295.... 

296.... 

315.... 

316.... 

317.... 

318.... 

321.... 

323.... 

326.... 

330.... 

345.... 

346 ... 

354.... 

356.... 



Jud. Bave. 



Jud. Montp. 



PUBI. 



Indiq. 



P. 52, n° XXV 
PP. 52-53, n° XXVI 
P. 53, n» XXVII 
P. 58, n" XXXV 
P. 60, n° XL » 
P. 56, n° XXX 
PP. 56-57, u° XXXI 
P. 57, n° XXX11 
P. 57, n° XXXIII 
P. 58, n° XXXIV 
P. 59, n° XXXVI 
P. 59, n° XXXVII 
PP. 59-60, n° XXXVIII 
P. 60, n° XXXIX 
P. 61, q° XL1 
P. 62, ii° XLIU 
PP. 61-62, n° XL11 



P. 62, n" XLIV 3 
P. 63, ii» XLV 
PP. 63-64, n° XLVI 
P. 64, n» XLVII » 

P. 64, n° XLV11I s 
PP. 64-65, n» XLV1I1 
P. 65, n°XLIX 
P. 65, n» XLIX 
P. 66, n» LI 
P. 66, n» L 
PP. 66-67, n° LU 
PP. 67-68, n° LUI 
P. 68, n° LIV 
P. 68, n» LV 
P. 69, n» LVI11 
P. 70, n» LIX 
P. 70, n° LX 



Publ. : 
PP. 485-486 
P. 486 



Indiq. : 



P. 21 (2) 

P. 25 (6) 
P. 21 (3) 
P. 21 (4) 
P. 23 (2) 
P. 24 (3) 
P. 25 (4) 
P. 20 (3) 
P. 18 (5) 
P. 25 (5) 
P. 20 (5) 
P. 28 (5) 
P. 25 (7) 
P. 25 (8) 



P. 28 (4) 
P. 27 (8) 

P. 25 (9) 

PP. 25 et 26 (i; 



PP. 486-487 
P. 487 
P. 487 



P. 20 (4) 
P. 20 (4) 
P. 26 (2) 
P. 26 (3) 
P. 26 (4) 
P. 20 (6) 

P. 30 (2) 



P. 18 (8) 



PP. 487-488 



1. Lire 1263, au lie» de 1262. 

2. Cet acte est daté du 14 des calendes de mars 1263 (ancien style). M. de B., 
oubliant sans doute que l'année 1264 (nouveau style) est bissextile, a converti, à tort, 
le 14 des calendes de mars 1263/4 en 16 février, au lieu de 17. 

3. Lire 11 septembre (3 des ides de septembre) au lieu de 30. 

4. Lire 15 octobre (18 des calendes de novembre) au lieu de 16. 

5. Ibid. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I r , PEDUO III ET ALFONSO III 71 

Jud. Montp. 
Publ. : I.ndiq. : 

PP. 488-489 
P. 489 



Numéros 


Jud. Ba 


rc. 


de notre 


— — — --— 





Catalogue. 


Publ. : 


Indiq. 


357.. . 


P. 71, n° LXI 


P. 24 (4) 


359.... 


P. 71, ii» LX1I 


P. 23 (3) 


364.... 






365.... 


P. 72, n" LXI1I 




366.... 






378.... 


P. 73, n» LXV ' 


P. 31 (1) 


379.... 


P. 73, n» LXVI 




380.... 


PP. 73-74, n " LXVII 


P. 33 (3) 


381.. . 


PP. 74-75, n LXV1II 




382.. . 




P. 21 (8) 


383.... 




P. 31 (2) 


386.... 


PP. 76-77, d« LXX1H 


P. 26 (6) 


387.... 


P. 78, n" LXXV 


P. 26 (5) 


388 ... 


P. 75, n» LXIX 


P. 23 (4) 


389.... 


P. 75, n" LXX 


P. 24 (5) 


390.... 


P. 76, n° LXXI 


P. 34 (4) 


393.... 


P. 77, n" LXXIV 


P. 22 (1) 


397.... 






398.... 






399.... 


PP. 78-80, n° LXXVT* 


P. 26 (7) 


405 .... 


P. 80, n" LXXV1I 




406 .... 


P. 81, n 1 LXXVUL 


P. 26 (S) 


409.... 






410 


P. 81, n 1 LXXIX 




413.... 


P. 82, d° LXXX 


P. 28 (2) 


414.... 


P. 82. n° LXXX 




415. .. 


PP. 82-83, n" LXXXl 


P. 28 (6) 


416.... 


P. 83, n" LXXX1I 


P. 29 (1) 


417.... 


PP. 83-84, n° LXXX111 


P. 29 (2) 


419. .. 


P. 72, n" LATV 3 


P. 29 (8) 


420.... 


P. 84, n" LXXXl V 


P. 29 (3) 


421.... 


PP. 84-85, n" LXXXV 


P. 29 (4) 


422... . 


P. 85, ri" LXXXV1 


P. 29 (5) 


423.... 


PP. 85-86, n" LXXXVI1 




424... 


P. 87, n" XC 




425... 


P. 87, n" LXXXIX 


P. 29 (7) 


426.... 


P. 88, n° XCI 


P. 28 (3) 


427.. . 


P. 88, n" XCU 




430.... 


P. 89, n" XC11I 


P. 22 (6) 


138.. . 






445.... 


PP. 89-90, u" XCIV 


P. 31 (4) 


446.... 


P. 90, n° XCV 


P. 31 (3) 


447.... 


PP. 90-91, n° XCVI 


PP. 26(9) 


457.... 


PP. 92-93, n° CI 


P. 31 (5) 



P. 489 
P. 489 



PP. 489-490 



P. 490 



1. Lire 1 er mai (calendes de mai) au lieu de 2. 

2. M. de B. a lu 7 des calendes de novembre (26 octobre) au lieu de 8 (25). Peut- 
être a-t-il raison. 

3. Lire 1269 au lieu de 1268. 



72 



HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Numéros Jud. Ba 


rc. 


de notre 


— — — _ 


— ■ 


Catalogue 


Publ. : 


Indiq. : 


458... 


P. 93, n° Cil 


P. 18 (10) 


461 . . . 


PP. 93-94, n° CIU 


P. 19 (1) 


467. . 


P. 95, n° C1V 


PP. 26 et 27 (1) 


470... 


PP. 95-96, n° CVI 


P. 32 (2) 


483... 


PP. 118-119, q° CL* 




496... 


P. 96, n° GVII 


PP. 27 (2) et 36 5) 


500... 


PP. 96-97, n° CVIII 


P. 23 (5) 


501... 


PP. 97-98, n° C1X 


P. 36 (4) 


505... 


P. 98, n° CXI 


PP. 16 (2) et 22 (7) 


517... 


PP. 98-99, u" CXII 


P. 27 (3) 


518... 


PP. 99-100, n° CXIII 


P. 27 (4) 


519... 


. PP. 101-102, n° CXVI 


P. 28 (4) 


520... 


P. 100, n" CX1V 




521... 


P. 101, n° CXV 


P. 33 (4) 


526... 


P. 102, n° CXVII 




527... 


P. 102, n° CXVII1 


P. 23 (7) 


528... 


P. 103, n° CXIX 


P. 23 (6) 


536 .. 


P. 103, n° CXX 


P. 27 (5) 


562.... 


P. 104, n" CXXII 


PP. 32 et 33 (1) 


564... 


PP. 104-105, n° CXXIII 


P. 27 (6) 


567... 


P. 106, n° CXXVI 


P. 23 (8) 


569... 


P. 105, n° CXXIV 


P. 31 (6) 


570... 


P. 105, n° CXXIV 


P. 31 (6) 


575... 


P. 107, n° CXXIX 


P. 28 (4) 


581... 


PP. 108-109, n ° CXXXI» 


P. 27 (7) 


583... 


. P. 109, n» CXXX1I 




584... 


PP. 109-110, n° CXXXIII 




585... 


PP. 110-111, n° CXXXV 




588... 


P. 111, n° CXXXVI 




589... 


P. 111, n" CXXXVII 




590... 


PP. 111-112, n° CXXXVII 




591... 


P. 112. n° CXXXVIII 




592... 


P. 112, n" CXXXIX 




593... 


PP. 112-113, n° CXL 




594... 


. P. 113, n° CXLII 




595... 


. P. 113, n° CXLI 




596. . 






597... 






598 .. . 


P. 113, n° CXL11I 




600... 






601... 







Jud. Montp. 



Plbl. 



Indiq. 



PI 
p. 


.49C 
491 


-491 


p. 

PI 


491 

. 491-492 



1. Cet acte porte répartition entre les juiveries de la couronne d'Aragon du subside 
octroyé à Jaime I" pour lui permettre de se rendre au concile de Lyon. Ce concile 
ayant eu lieu en 1274, il paraît plus naturel d'assigner à la répartition la date de 
1274, bien que dans le registre 18, elle vienne immédiatement après un acte de 1271. 

2. M. de B. a lu à la date de cet acte X des calendes de mars. Nous avons lu V des 
calendes. 11 est assez difficile de distinguer dans l'écriture, à la fin du xm« siècle et 
au xiv", un v d'un x, 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO 111 ET ALFONSO 111 73 



Numéros Jud. Barc. 


Jud. Montp. 


de noire 


^ — 


— —— 




Catalogu 


Publ. : 


Indiq. : 


Publ. : Ind 


605... 


. PP. 114-115. n° CXLIV 






617 .. 


PP. 116-117, u" CXLV11 1 


P. 33 (2) 




618... 


. P. 117, n° CXLVIII 






624... 


. P. 120, n° CLII 


P. 29 (9) 




625... 


PP. 120-121, n° CL1II 


P. 30 (1) 




626... 


P. 121, n° CLIV 






627... 


PP. 121-122, u°CLV 


P. 30 (1) 




628... 


P. 122, u» CLVI 


P. 30 (1) 




629... 


P. 122, n° CLV1I 






630... 


PP. 122-123, n° CLVlll 






631... 


PP. 123-124, n° CLX 






632... 


P. 124, n° CLXI 






633... 


P. 124, q° CLXII 






634... 


PP. 124-125, n° CLX11I 


P. 30 (1) 




635... 


P. 123, n" CL1X 






636 .. 


P. 125, n° CLX1V 


P. 30 (l) 




639... 


PP. 119-120, n° CLI 






649... 




P. 120, ir CLI 2 




650... 


P. 126, n° CLXV 


P. 31 (7) 


Jean Régné. 



1. Lire 12 mars 1274/5 (4 des ides de mars 1274, ancien style) au lieu de 19 mars 
1274. 

2. Lire 30 janvier (3 des calendes de février) au lieu de 29. 



UN 

NOUVKAU RECUEIL POETIQUE DE BAGDAD 



Les collections de poèmes hébreux que j'ai éludiées tout 
récemment dans mon article sur les poésies inédites d'Israël 
Nadjara { et qui attestent chez les Israélites d'Orient le besoin de 
faire une place à la poésie religieuse en dehors du cadre fourni 
par la poésie liturgique et synagogale 2 , se sont enrichies il y a 
quelques années d'un recueil fort copieux qui a paru à Bagdad et 
répond évidemment à un vif besoin des membres de la communauté 
juive de cette ville. Le titre de ce volume bien imprimé — un petit 
in-8° de 2 feuillets non paginés et de 182 feuillets paginés — est 
û^-Pton -iso, Livre des chants. L'année de la publication est désignée 
par le mot "oïioid, soit 5666 (1906) L'imprimeur se nomme Ezra 
Dangour. 

C'est lui qui signe un court «Avis au lecteur » en hébreu, où il 
indique le but et la disposition du recueil. Parmi les poètes qui y 
sont représentés il cite Juda Halévi, Salomon Ibn Gabirol et Israël 
Nadjara (o^a^Dmzîïn) : il mentionne, sans les nommer, les « rabbins 
antérieurs de Bagdad » et nomme « parmi les rabbins de notre temps » 
Réah Tob 3 et Sasson Israël. Il prie les lecteurs que chacun ait 
le livre chez lui, afin que lui et ses enfants y lisent les sabbats jours 
de fêtes et à d'autres occasions analogues, célèbrent le Créateur et 
se réjouissent 5 . Suit une table des matières (II, a-b) et, ouvrant la 

1. Voir Revue des Études Juives, LVIII, 241-269; L1X, 96-105, 231-238; LX, 221- 
234. 

2. Ce besoin a trouvé surtout son expression chez les Juifs du Yémen. Voir mon 
ouvrage Die hebràische und arabische Poésie der Juden Jemens (Strasbourg, 1910). 

3. Y'na ma rt' s "l 'Un- — n""n est formé des initiales du nom a^Tl Cp"P D^3TTI. 
Voir plus loin. 

4. vaai «in in rrnpb w»a b« mis fir»:r 'ni 'n Sa rrapaa sa pb 

mttiabi ©-nabi ia"n^ aman tn naia? ha] Nirrai a"^ mnaaa. 



UN NOUVEAU RECUEIL POÉTIQUE DE BAGDAD 75 

collection, une table alphabétique des commencements des poèmes 
(i.o-4b). 

Ceux-ci sont groupés d'après leur fond et leur destination, dans 
l'ordre des époques auxquelles ils sont destinés ; de plus, ils sont 
numérotés d'un bout à l'autre: au total 415 numéros. 

D'abord viennent les poésies pour le lever du jour (mnniD 
^-ipmrj r-mttmb), notamment pour chacun des six jours de la 
semaine (n os 1-123) ; puis pour le sabbat (rarab d^totd, n os 124-147), 
pour la fin du sabbat (n os 148-162, dont trois en arabe), pour la 
néoménie (n os 163 166), Hanoucca (n cs 167-173), Sabbat Schekalim 
(,n wS 174-176), Pourim (n os 177-196) *, Sabbat Para n os 197-198), 
Sabbat ha-Hodesch et Nissan (ir" 199-205), Pâque (n° s 206-215), la 
schira péricope du septième jour de Pâque (n oS 216 223), le 33 e jour 
de rOmer(n os 224-227) 2 . Les groupes qui suivent ont pour les Juifs 
de Bagdad un intérêt local : éloge du prophète Ezéchiel (n os 228- 
229), d'Ezrale scribe (n os 230-234), du grand-prêtre Josué (n° 235). 
Le tombeau d'Rzéchiel est visité par les Juifs de Bagdad au mois 
d'Ab (voir Jewish Encyclopedia, II, 437 b) ; celui d'Ezra est égale- 
ment un but de pèlerinage pour les Juifs de Babylonie; mais 
j'ignore à quoi se rattacbe le poème en l'honneur du grand-prêtre 
Josué b. Yehoçadak. — Puis viennent des chants à la gloire de 
Jérusalem et de la Terre sainte (n os 236-241, les deux derniers en 
arabe). — Suivent les chants pour la Pentecôte (n oS 242-250) 3 , pour 
le Nouvel An et les jours de pénitence (n os 251-258) de la fête de 
Souccot (n os 259-286), la nuit de Hoscbana rabba 4 (n< 13 287-295), 
Simhat Tora (296-351) \ Le cycle des fêtes ainsi achevé, nous avons 
ensuite des chants pour la cérémonie de la circoncision (n oS 352- 
366) et en l'honneur du fiancé (n° 8 367-382), deux désignés comme 
•pbsnb D^nttTD (n 08 383-384) et un groupe intitulé ttn Tna (n°= 385- 
400), puis, sous le litre de rtfttKp?o quinze petites poésies avec un 
mode pour chaque (400 bis-4\4). Le volume se termine par un 



1. Ce groupe contient aussi de gaies chansons à boire. 

2. Le premier numéro de ce groupe est consacré à l'éloge de R. Méir Baal-Hanes, 
les autres à celui de Simon b. Yohaï. On sait que la mémoire de ce dernier est solen- 
nellement fêtée en Palestine le 33 e jour de lOmer. 

3. Tûyb"! m.vnUJn anb D^TOTB. Le dernier mot désigne le Décalogue ; c'est 
peut être l'arabe [nNttbD] -)'£''• 

4. m-D TmD 'îb "Y'tfJin d^lDTS- Ceux qui « uouent l'alliance » sont nommés 
en tète de chaque poème : Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Aaron, Joseph, Pinhas [bis), 
David, soit huit au lieu de sept. 

5. Il y en a plusieurs groupes : n"u: D"Pn n"ob D^biyb D^31?3TD (Kohen, Lévi 
[bis], Joseph, Zabulon, Ascher, 7131^73 "jnn, min ]nn, rv^flia inn, TtfD?: 
[bis]; puis, à partir du n° 305) mspm mwSlUJn nn731Zîb D^jI^TD. 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

appendice qui contient le poème parénétique de Joseph Ezobi, le 
Kaarat Késefip. 1 ,; 8 6-172 b). 

Parmi les poètes, dont les œuvres sont réunies dans ce recueil — 
il y en a près de cent — Israël Nadjara est au premier rang pour le 
nombre des poèmes. C'est une nouvelle preuve du profond attrait 
exercé sur les Juifs d'Orient par les poésies du grand épigone des 
poètes classiques du moyen âge juif. Des poèmes de Nadjara qui 
figurent dans notre recueil, beaucoup se trouvent dans son premier 
receuil imprimé, le Zemirot Israël (Z. 7.), d'aulres dans le recueil 
moins considérable des Pizmonim, édité par Friedlander (P.), 
d'autres enfin dans le manuscrit Kaufmann du Scheérit Israël que 
j'ai décrit dans cette Revue [S. L). Voici, pour ces trois groupes, la 
liste des morceaux de Nadjara qui font partie du recueil de Bagdad 
(les numéros qu'ils portent dans ces groupes sont indiqués entre 
parenthèses) : 

/. Z. 7. : 9 (25), 10 (4), 11 (168), 13 (85), 21 (135), 23 (125), 24 (97), 
25 (50), 28 (62), 31 (75). 33 (49), 41 (51), 42 26 , 43 (35), 47 (19), 62 
(124), 68 (88), 79 (215), 81 (23), 82 (112), 84 (109), % 89 (122), 90 (186), 
97 <152), 101 (141), 119(64), 122 (52), 130 (27), 131 (131), 134 (104), 
257 (180), 258 (123), 275 (194), 312 (72 , 331 (55), 345 (197). Total : 
36 numéros. 

//. P.: 4 (35), 6 (61), 52 (46), 72(25), 86(44), 95 (12), 102 (11), 167 
(53), 249 (34), 271 (102), 402 (29). Total : 11 numéros. 

III. S. I. : 26 (VI, 6), 29 (VIII, 23), 37 (XIII, 6), 49 (VIII, 37), 51 
(VIII, 6), 94 (VII, 28), 98 (IX, 15), 106 (XI, 10), 110 (VIII, 22), 120 
(X, 33], 171 (X, 42), 255 (X, 30), 261 (XIII, 5), 270 V XI, 29), 332 (VIII, 
21), 340 (III, 13), 346 (VIII, 4), 376 (IX, 6), 405 (VI, 1), 406 (VIII, 19). 
Total : 20 numéros. 

IV. Quelques numéros ont été pris aux deuxième et troisième 
parties des Z. 7. [Olat Schabbat et Olat Hodesch) : O. S , 21 (175); 
0.7/., 1(164), 14 (216), 21 (175j,39 ,121), 67 (111). Total : 5 numéros'. 

V. Les numéros suivants du Recueil de Bagdad se retrouvent 
dans celui de Calcutta : 64 (Calcutta, 209), 85 (222), 183 (63). Total ; 
3 numéros. 

VI. Les autres poèmes de Nadjara, imprimés pour la première 
fois dans notre recueil sont, dans l'ordre alphabétique des premiers 

1. Dont 2 (O. H., 1 et 39 se retrouvent dans le recueil de Calcutta (n° 8 55 et 7). Dans 
R. É. J., LX, 223, j'ai indiqué par erreur ces deux numéros comme inédits ; à tort 
également j'ai signalé comme inédits les n° s 5 et 18 du recueil de Calcutta, alors qu'ils 
viennent de Z. /., 25 et 27. Ibid., p. 222, rectifier comme suit : Calcutta, 200 = O. H., 
07 et Calcutta, 57 = S. /., 29. 



UN NOUVEAU RECUEIL POÉTIQUE DE BAGDAD 77 

vers, les suivants (à moins d'autre indication, la paternité du 
morceau est indiquée par l'acrostiche bfimz^) : 

(243) ninib "w ba> a^pipn aœ mai mnaiana 8in bbirro b8 bbrw 

Acrosticlie : pTFI P"H073 p '"SKI»'* ">3N 

"p" 1 bsavpba ^72 m 38 rnaa ^3373 8:8 ^mn» *p8 838 

io) rrB8 b^a 

(204) m«bp3i ans'aa mm8 oasb mamm naia i:n b8 ^bisa 

Acrostiche : pTn iTÛ» "12 L T8"ia*' ^38 

(48) v^n nan "pbra nia r«r nia ma 

(in) nba "jnisbn ~naai mn, vt nba nba 

(402) nbnn maa d^s ^a i3"»nb8 m?2T nia ^3 rrnbbn 

(313) -mna »bi nî338 ^n^i©" 1 ba nsn 

Acrostiche : pTn P"T©73 *)3 U 38T>3^ ^58 

(•203) na: im nbaa niaa 'n * i bi8a naar 

Acrostiche : n©?2 "13 n^fit^îTC* 1 

(&ty) ' anb nasnTan 8">n na m> n ba jviti "p 
(54) pbm anp traeb *ab ^aira ma"» nm it 10 

(98) "il 13-ip ^P *|8 *372 Dba»3 ^3183 TT 

(4M) yen a a» baE anai nnaa b»b an->T 

(410) nra wb Burwm "pTronb an733n am 

(107) -naan ^b» b8 Tnra:a "paaa mas -pwr tdio 3^3 ^bbn^ 

(185) W38 m>W« 013 ^38 8U» 173a» pp b» 31"» 15 

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©nn tes a aain bipa a»T7au:b -117337373 V 3D3 hid mbusa ai Tvn 

(141) H173T731 

^3 nam nnn )V2^ aaia Timao mia ba ba» nn^ "^ai dit 
(65) -«n^TaacTa 1731:^ 

Acrostiche : Ï"TEÎ73 p ^8153*' 

(205) naa» b"W»i 1873 ma ataai ûit 
(83) au; -psa na ilDCi erwa ba lias pa^p 20 

Acrostiche : Ï-RD73 p u a8"lE3"' 

8b 7wS73 aa»b 3^1731 p73 pas *]b73 aniainb ai rwic 1 rpjaxw 

(63) 17328 

pan "imnatfi *p n "w patab 83 *nna vnnbn pan nn bip 
(44) nsup man 

Total : 22 numéros 3 . 

1. Lire a~~l. 

2. Lire 1T>X3. 

3. Sur ces 22 numéros, deux (2 et 13) ont déjà été imprimés dans le recueil poétique 
judéo-persan d'Israël Yezdi ^bN~l , ^Z3" , n72\3"\ Jérusalem, 1901), que j'ai décrit en détail 
dans J. Q. R., XIV, 116 et s. ; voir p. 118. 



78 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Tandis que le recueil de Bagdad contient en tout 97 poèmes 
d'Israël Nadjara, les deux poètes classiques nommés dans la préface 
ne sont représentés que par an petit nombre de pièces, Juda Halévi 
par quatre numéros ' : 269 (Z., 207), 285 (Z., 205), 286, 350(lesdeux 
derniers se retrouvent dans les recueils poétiques du Yémen 2 ), 
Salomon Ibn Gabirol par huit numéros: 1 (Z., 188, n°21), 3, 12 (Z., 
n°16), 17 (Z., n° 26), 195 (le célèbre poème sur le vin ^ mbas , 
270 (Z., n° 9), 292 (Z., n fl 4), 293 (Z., n° 8), dont cinq (12, 17, 270, 
292, 293 ; figurent aussi dans les recueils yéménites. 

Un autre grand poète espagnol se joint aux deux déjà nommés, 
c'est Abraham lbn Ezra, qui est représenté par quatre numéros, 18 
(Z.. 210; III, 1), 124. 156, 290, sur lesquels trois se trouvent égale- 
ment dans les recueils yéménites 3 . 

Dans la foule des autres poètes qui figurent dans notre recueil, 
beaucoup appartiennent déjà, grâce à Zunz, à l'histoire littéraire 
de la poésie synagogale : 

Abraham : 150 (Z., 540 ; poème pour habdala). 

Abraham Hayoun b. Salomon : 180 (Z., 544). 

Dounasch:125(Z., 484). 

Eléazar: 154 (Z., 546, n J 1), 287 (Z., 547, n° 15) », 289 (Z., 547, 

no 17), 356. 
Eliakim:46(Z.,549) 5 . 
Hayyim : 253 (Z., 546), 264 (ibid), 
Isaac : 146 (Z., 557) 6 , 149 (Z., 554). 
Jacob: 165 (Z., 562), 248 (Z., 559). . 
Jacob n»: 152 (Z., 485). 
Joab [b. Yehiell : 155 (Z., 709). 
Joseph Ezobi : 415 (voir plus haut). 
Juda: 163 (Z., 567). 
Mansoûr:143(Z.,579) 7 . 
Moïse: 254 (Z., 371 ) 8 . 

1. Ici et dans ce qui suit j'ajoute, entre parenthèses, au numéro du poème dans le 
recueil, la page de Zunz, Literaturgeschichte der Synagogalen Poésie (Z.) où ce 
poème est mentionné. 

2. Die hebràiscke und arabische Poésie der Juden Jemens, part, hébr., p. 48, 
n° s 16 et 20. 

3. Op. cit., p. 46, n° s 2, 16 et 25. 

4. Ainsi que dans les Pizmonim, éd. Calcutta, n° 233. 

5. Ainsi que dans Calcutta, n° 15. 

6. Dans Calcutta, n° 157. 

7. Dans Calcutta, n° 47. C'est un poème pour le sabbat qu'on lit aussi dans des 
recueils yéménites. 

8. Zunz mentionne ici seulement le commencement du poème (« imité du ""irttZÎ 
*ïb miinb), mais non l'auteur. 



UN NOUVEAU RECUEIL POÉTIQUE DE BAGDAD 79 

Salomon [b. Mazaltob] : 291 (Z., 533), 294 (ibid). 
Simon Labi : 225 (Z., 535). 

Le recueil de GalcuLla, souvenl mentionné déjà, a des poésies 
des poètes suivants en commun avec celui de Bagdad (le chiffre 
entre parenthèses indique le numéro de l'édition de Calcutta) : 

Abraham : 128 (45), 12J (44), 262 (185), 306 (136). 

Abraham Salâma: 239 (16). 

Benjamin: 252 (24). 

David b. Aaron h. Housseïn : 151, 236 (138) ». 

Ebiatar : 369 et 370 (216, 217) K 

Eléazar Hacohen : 364 (30) 3 . 

Eliyahou Hayyim : 118 (229). 

Isaac: 242 1 195). 

Isaacnan: 93 (218) ''. 

Isaïe: 173 142. 

Jacob: m (81). 

Joseph : 353 (96), 367 (132). 

Joseph b. Saûl : 73 (80) \ 

Menahem:305(185). 

Menahem nai: 19(219). 

Moïse: 268 (178), 278 (141). 

Moïse Halévi: 69(79). 

Moïse Housseïn : 266 (177). 

Mordechaï : 36 (225) 6 , 144(134). 

Nissim: 284(78), 378 (192). 

Sâlih (nbitt) : 5 (77). 278 (66), 279 (66) 7 , 280 (67), 281 (131), 362 (76), 

363 (82), 368(161). 
Salomon : 57 (152), 177 (71). 
Samuel : 217 (72). 
Schemaya:45 (22) 8 . 

1. Ainsi que dans bâCH}" 1 rpriT, n° 25 (J. Q. R., XIV, 120). 

2 Le premier de ces deux poèmes, qui sont des épithalames, se retrouve dans des 
recueils yéménites (op. cit., p. 15). 

3. Le même dans b^nC 1 mû^", n° 27. 

4 Le même poète est représenté par un autre poème dans m73T "PS3 (Alger, 1892), 
p. 89. 

5. Le même dans bN~ttiT nttw?"'. 

6. Ibidem, n" 39. 

7. Ibidem, n° 21. 

8. Dans le recueil de Bagdad l'acrostiche est *p0lp rFTEflO ; dans celui de Calcutta 
les strophes qui commencent par OTp manquent. pOTp est peut-être un nom de 
famille. 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Souleïman : 273 (190). 
Zerahya: 374 (215). 

La lisle qui suit contient les noms des poètes qui paraissent pour 
la première fois dans le recueil de Bagdad, mais dont quelques-uns 
sont peut-être identiques à ceux delà liste précédente: 

Aaron: 35, 109,210. 

Aaron Azriel : 272. 

Abdallah : 174 ^accrostiche: prn ba iay), 180 (acrost. : iibb-n?), 213 
(acrost. ba wi \ 339 (acrost. : w), 372 (acrost. ; rrbfim* 
pm). — Ce poète est peut-être identique à celui qui 
était rabbin à Bagdad en 1847 [Jew. EncycL, H, 436). 

Abraham : 7, 13, 75, 138, 233, 234, 283, 355, 358, 379, 400 bis. 

Abraham Miyyamin : 2 2 . 

Abraham Salomon Ezra Obadia : 231 (poème sur Ezra). 

Addir: 375 (acrostiche: pm -ma). C'est une prière pour le sultan 
Abd-ul-Hamid (vjsn ba in* n^bw). 

David : 237 (poème sur Jérusalem). 

David b. Jacob Fardous : 56 (en araméen ; acrostiche : np*"» na TH 

Dmfi©). 

Eléazar : 356. 

Eliyahou : 365. 

Eliyahou Haï : 328 (acrostiche : pm ^n mba). 

Elischa b. Gabriel : 347. 

Ezéchiel Ezra : 333. 

Ezra: 104,239,351,360. 

Ezra Eliya : 80 (acrostiche : pTn arba ariT^ 3 . 

Ezra Sasson : 20, 132, 198; 179 (acrost. : pTn Imsv p finî* . 

Ezra Sasson Ruben : 187, 209. 

Ezra Sofer : 32 (sans acrostiche, mais le titre porte : anï* 'nb 

Vi "«no). 
Faradji '' : 226 (poème en araméen sur Bar Yohaï; acrostiche : ^i* 

pm "W®). 
Hayyim : 166. 
Hizkia : 115 s . 

1. La dernière strophe commence par v®\ ce qui pourrait désigner le père d'Ab- 
dallah. 

2. Acrostiche : pTn "pTS"^ DrTI3N. Le deuxième nom (= 1 p73 , *333) est tiré d'Ezra 
x, 25. 

3. Le même dans "rN""]^" 1 tT3UT, n° 16. 

4. Sur ce nom voir J. Q. JR., XI, 595. 

5. Le même dans bantE 1 » nftlD" 1 , n° 23. 



UN NOUVEAU RECUEIL POÉTIQUE DE BAGDAD 81 

Isaac : 8, 40, 91, 212, 304, 307, 375. 

Jacob : 142, 172, 349, 366. 

Jacob b. Jona : 326. 

Joab : 373 (acrostiche : s"ia Mm) '. 

Jona b. Sasson : 403 (acrost. : "piau) n"naa ïot) 2 . 

Joseph : 39, 76, 109, 232. 

Joseph b. Or Nissan 3 : 210 (acrost. : na p lo^ Tia ja tpv). 

Joseph Bourla : 267 (acrostiche : tpv; titre : V't ab-na cpv annb . 

Joseph Schalom : 112. 

Josué Siriro : 207 (acrost. : yraa rm">o wwr). 

Juda : 170. 

Juda b. Haï : 184. 

Juda b. Jacob : 233. 

Kohen : 300. 

Lévi : 297 (acrostiche : "nbb). 

Masoùd Arwâh b. Joseph : 229 (acrostiche : na navriK wott ^a 

1»n ^nai pm cpv*). 
Méir : 308, 399. 

Méirrwa : 140 (acrostiche : prn rua TKE). 
Menahem Jacob : 278. 
Moïse : 259, 274, 336. 

Moïse Djidji : 139 (acrostiche : prn rp3 ntma). 
Moïse Halévi : 60, 74, 87, 105, 127, 133, 186, 220. 
Moïse Hayyim : 15. 
Moïse Housseïn : 190 (acrostiche : pm 'pinn niatt *3«), 191 (matt 

prn pin), 206 (...yinn...), 218 (...ysin. .), 377 (...}mn...). 
Moïse Samuel Halévi : 88. 
Mordechaï : 71, 301, 361. 
Nissim : 147, 200, 244. 
Obadia* : 77,247,354. 
Perahya : 299. 
Rahamim Joseph Hayyim : 161 (l'auteur est nommé dans le titre 

•£**! aia n"-n 'nrrb ; le poème, se rapportant à la Hab- 

dala, a en acrostiche "imba), 162 (Fauteur est indiqué par 

1. L'éditeur, qui indique partout l'acrostiche ("JT^C) en tète de chaque poème, l'a 
omis ici. 

2. Même observation que dans la note précédente. 

o. Le nom *J0"*D "nx est un développement de Nissan (Nissan est le mois de la 
lumière, de la délivrance). Sur les noms de mois employés comme noms de per- 
sonnes voir Die Agada de r pal. Amoràer, II, 694, n. 7, où je mentionne Nissan, nom 
d'un juif persan qui s'appelait en persan Navrouz (nom du nouvel an persan, qui tombe 
au printemps). 

4. Peut-être identique avec le Abdallah précité. 

T. LXII, n° 12a. 6 



82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le titre; le poème a eu acrostiche ûït-qk, ce qui est 

expliqué dans le titre : iznn tzpa rt'y i^a» ûît-qk aïs b? 

P"od 'n Dva ûbm% 327 (titre : "fis aia n"n 'in») '. 
Saadia : 296. 
Saadia b. Sedaka : 260. 
Sâlita : 78 (répété dans 282), 382. 
Samuel : 390,391, 392, 398. 
Samuel Simon : 393. Acrostiche : ïvjata bannis ; les trois derniers 

vers commencent par bxb d ,, 33 , "»73 "in* 1 , d'où l'on pourrait 

inférer que le poème se présente comme une composition 

commune à Samuel et à Simon. 
Sasson : 22, 136, 201, 251, 253. 
Sasson b. Eliyahou h. Moïse Halévi : 384. 
Sasson Hazzan : 176, 192. 
Sasson Israël : 137, 222. C'est l'un des deux rabbins contemporains 

de Bagdad nommés dans la préface. 
Saiil, 341. 

Saul Halévi, 194 (poème hébreu-arabe pour Pourjm). 
Simon : 387, 396, 397. 
Simon b. Nissim : 389. 
Tobia : 359. 
Ze rah y a : 67. 

Parmi les morceaux anonymes du recueil de Bagdad, qui sont 
au nombre de soixante-dix environ, les suivants méritent d'être 
signalés. N° 61 : apostrophe à lame ; poème alphabétique dans 
lequel chaque strophe commence par nv (précédant la lettre de 
l'alphabet) et se termine par un texte biblique finissant par le 
tétragramme. — Dans le n° 114 un hémistiche est ainsi conçu: 
rp-naoy ûDtt "inpb; le mot arabe signifie quelque chose comme 
« soldats ». — Le n° 123 est le uhiy jvin de nos rituels, mais avec 
des variantes 2 et des additions 3 . — Le n° 81, poésie sur Aman, a 

1. Ce rabbin de Bagdad nommé aussi dans la préface, est représenté par une petite 
poésie (acrostiche: rp"l) dans m73T "H V »Z3 (Alger, 1892), p. 116, où l'abréviation, 
devenue nom et complétée par 31Ï3, est expliquée dans le titre par ODV 0^2111 
Q"^n- be même poème se trouve plus complet (acrosticbe : pTJl 3113 rp"l) dans le 
petit recueil m33"l "1DD (Constantinople, 1908), p. 17. 

2. A la ligne 5, nb^lBttîrb pour «|b ynDOTb, ligne 7, mat nJD pour mx D"P2. 

3. Après la ligne 5, entre parenthèses, n73in bsb "pnnj* Nim IT^ÎO ROTI 
rmit 535 3»; après la ligne 6, les deux lignes qui se lisent dans les rituels sefardis 
cités par Baer, [bSTD^ misy, p. 35); une ligne après ligne 8 (dans Baer : avant 
cette ligne). A la fin deux lignes, au mètre défectueux ; 

mn?3 nbtsi -i3rpiD73 ■ , ujd3 ban "H2np733i 

NTlSn 173D 172N V 2 ** "Wp n^32 "V1Z53 TNT- 



UN NOUVEAU HECUEIL POETIQUE DE BAGDAD 83 

eu acrostiche : usa" 1 aôi Donm. — N° 246, sur les dix commande- 
ments, acrostiche : pin rm ban yn$. — Le n° 196, poésie contre 
le jeu de dés, termine le groupe de Pourim. — Le n° 300, litanie 
pour Simhat Tora, figure au-ssi dans les recueils yéménites (Ano- 
nyme, n° 106, dans ïevi ■'"nia, p. 35). — Le n° 311 est le poème 
pour Simhat Tora étudié par moi dans les Mitteilungen der 
Gesellschaft fur jùdische Votkskunde (VII, 1901, p. 68-75; VIII, 
111-113). — D'autres litanies alphabétiques pour la même fête dans 
les n 08 310, 315, 316, 320-323, 330, 334, 335. — Le n° 337, poème 
pour la délivrance où on invoque le mérite de Rachel (Jérémie, 
xxxi, 14), acrostiche : nbii« istûn bm. — Le n° 371, épithalame, se 
retrouve dans les recueils yéménites (Anonyme 92, l^n "nvo, p. 35). 

C'est seulement pour quelques poèmes de notre recueil que le 
titre indique la mélodie d'après laquelle ils doivent être chantés. 
Pour trois poèmes (n 08 185, 214, 229), dont les deux premiers sont 
d'Israël Nadjara, le titre porte : "pttD viT» *jnb ; le poème qui com- 
mence ainsi a également Israël Nadjara pour auteur, il figure dans 
notre recueil (no 6) ainsi que dans S. /., IV, 32 (R. É. J., LVIII, 
251). Le n° 198 a cette indication : "p* "b* *jnb ; n° 208 : roairc *jnb 
ïTWJtt, ce qui désigne un poème de Salomon Ibn Gabirol (n° 270 de 
notre recueil); n° 209 : tznn "pid "jnb (Nadjara, Z, /., 134) ; n° 351 : 
■»b» riT inb (un poème commençant ainsi, d'Eléazar, occupe le 
n°287 du recueil); n° 363 : ûibra "HT 'jnb (poème de Josué, n° 352 de 
notre recueil) ; enfin, n° 388 : Kp^Ttt *jnb ; ce mot qui ne désigne pas 
le début d'un poème, mais sans doute une sorte d'accompagne- 
ment musical, doit être lu, en tout état de cause, «pmtt. Dans le 
recueil algérois îtwt ^-pia, que j'ai déjà souvent mentionné et qui 
indique pour chaque poème une mélodie arabe, celte indication 
est remplacée une fois (p. 87) exceptionnellement par le mot ap"ntt 
(sans inb). « Musique » se dit en arabe ^OTO, mais Dozy (Supplé- 
ment, II, 624'/) note la prononciation vulgaire N^ntt. 

Il me reste à parler du groupe 400 6/V414, déjà mentionné au 
début de celte étude, et dont le titre est rwnNptt ; ce mot (pluriel de 
ûapft) signifie « mode musical » et est usité dans le recueil jérusa- 
lémite barrer rraiO"» (voir R. É. «/., LX, 225). Les noms des modes 
sont ici les suivants : 1° wym, 2° n*r«a, 3° m&tt, 4° asan, 5° tattin, 
6° «as, 7° qbao» -ma*, 8° tràaw, 9° aw"»o, 10° fitnaw, 11° ">3ntodn, 
12° a»a»3T, 13° jar^ai», 14° irisa N33. 15° matr*. Sept de ces modes 
sont identiques avec les modes suivants du S. I. (R. É. J., LVIII, 
24a et s.) : I (4), VI (6), VII (9), IX (7) \ X (3), XI (8) 2 . Le n° 2 de 

1. tpiOTa (en arabe « opposé »), le deuxième nom de ce mode, ne revient pas 
ailleurs dans ce sens. 

2. T"|-m: = nw, voir R. É. ./., LVIII, 264, n. 3. 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

notre liste est le n° 7 du recueil manuscrit d'Alep (R. É. J., LX, 
226), le n° 3 du b«-mp mw (ibid., p. 225) ; le n° 5 est le n° 19 
d'Alep, le n° 12 du barn^ '»' ; le n° 10 est le n° 15 d'Alep ; le n° 13 
est le n° 13 du ben^ '©■> ; le n° 15 figure comme mode -prwo dans le 
ms. d'Alep (ibid., p. 227, 1. 7 d'en bas). Quant aux trois autres 
modes du recueil de Bagdad, je ne les ai pas rencontrés ailleurs. 
En ce qui concerne le n° 12, Vullers (II, 151 b) donne mKaïu 
« nomen modorum canendi » ; pour le n° 13, il donne (II, 521 b) 
rtiarDis (à la manière des çoufis) dans le sens de « modi quidam 
musici »). Le dernier numéro, qu'il faut peut-être lire ïra«h*, 
pourrait avoir une signification locale : Attâbiya est le nom d'un 
quartier de Bagdad (voir Dozy, Supplément, II, 93a), qui a donné 
son nom à un taffetas grossier qu'on y fabrique ; il est donc pos- 
sible qu'un mode usité à Bagdad lui doive son nom. 

La foule des noms de poètes que contient le recueil poétique de 
Bagdad et dont la plupart semblent être originaires de Bagdad, 
montre que l'amour de la poésie hébraïque et l'art de la versifica- 
tion n'ont rien perdu de leur force chez les Juifs d'Orient. Le trait 
le plus remarquable de cette liste de noms est la place prépondé- 
rante qu'y occupe Israël Nadjara. Le recueil de Bagdad, comme les 
autres, contient de lui une longue série de poèmes jusqu'à pré- 
sent inconnus. L'œuvre posthume de Nadjara paraît inépuisable. 
M. Davidson, de New-York, qui s'occupe de réunir toutes ses 
poésies, aura bien mérité de l'histoire de la poésie hébraïque, en 
réalisant son projet. 

Budapest. 

W. Bâcher. 



NOTES SUR L'ARTICLE DE M. BACHER 

« LES POÉSIES INÉDITES D'ISRAËL NADJARA » 



L'étude si fouillée de M. Bâcher sur les poèmes inédits de 
Nadjara, qui a paru dans cette Revue (t. LVIII-LX), n'a certaine- 
ment intéressé personne plus que l'auteur des présentes lignes, 
qui s'occupe depuis deux ans d'une édition de ces poèmes. Mais 
précisément parce que la question m'intéresse vivement, je désire 
compléter et rectifier certains passages de l'important travail de 
M. Bâcher. Grâce à l'obligeance de M. A. Marx et à la générosité de 
M. le conseiller Sulzberger, la bibliothèque du Jewish Theological 
Seminary of America a mis à ma disposition six manuscrits consi- 
dérables de poèmes de Nadjara, et les remarques qui suivent 
sont basées sur une étude attentive de ces textes. 

Et d'abord, je me permets de contester une assertion de 
M. Bâcher, sur laquelle il insiste à plusieurs reprises, à savoir que 
le manuscrit 438 du fonds Kaufmann est un autographe de Nadjara. 
Il se base sur ce que ce manuscrit contient une courte préface 
commençant par amDrt -\m (R.É.J., LVIII, p. 243-244 ; cf. LIX, 96 
et 238). Mais outre que ce manuscrit contient un certain nombre de 
poèmes défectueux, comme l'indique M. Bâcher lui-même (LVÏII, 
247, n. 3-6 ; p. 250, n. 4 ; p. 251, n. 3), la même préface se retrouve 
dans l'un des manuscrits de la bibliothèque du Jewish Theological 
Seminary. Jacob Moïse Toledano, de Tibériade, dans une lettre 
adressée à M. Marx et accompagnant l'envoi de quatre de ces 
manuscrits de Nadjara, suggère l'idée « que Nadjara lui-même ou 
son copiste a fait plusieurs copies de ses poèmes pour les distribuer 
entre les poètes de Damas ». Cette hypothèse peut être acceptée 
avec quelques modifications. Il est très probable que Nadjara a 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

employé un secrétaire à la copie de ses poèmes, non pour les 
poètes de Damas, mais pour les membres de la société Midrasch 
ka-Sckir, fondée à Salonique par Guedalia ibn Yahya 4 . Je me 
propose de faire connaître dans un avenir prochain le caractère de 
cette société, ses membres et ses productions littéraires. Il suffira 
de rappeler ici que chaque membre devait envoyer ses poésies aux 
réunions de la société, et Nadjara était certainement le plus fécond 
d'entre eux. Il est remarquable que c'est à Salonique que parut 
une édition indépendante de ses Zemirot Israël. 

La supposition d'un secrétaire de Nadjara suffit à expliquer les 
nombreuses fautes de texte qu'on trouve "dans les manuscrits. Mais 
une question subsiste : d'où vient qu'il n'y ait pas deux manuscrits 
qui s'accordent pour l'ordre des rman et que, dans chaque ï-nm, 
il n'y ait pas deux manuscrits qui s'accordent pour l'ordre des 
poèmes, bien que presque tous les manuscrits soient d'accord sur le 
\rh de chaque poème? Si Nadjara lui-même avait copié ou surveillé 
la copie de ces manuscrits, il n'y aurait aucune raison à une aussi 
grande variété. Il me semble que la solution* la plus plausible 
de ce problème est la supposition suivante. De temps en temps, 
lorsque Nadjara composait ses poèmes, il les faisait copier pour les 
envoyer à la société des poètes de Salonique pour qu'ils y fussent 
lus et admirés. Peut-être envoyait-il tous les poèmes d'une rrarr en 
même temps. Quelques membres, désireux de posséder ces poèmes, 
les copiaient vraisemblablement pour leur propre usage. Dans la 
copie que Nadjara envoyait à Salonique, la mari était, selon toutes 
les probabilités, indiquée seulement dans le poème introductif 
(nrpns), tandis que le inb était inscrit en tête de chaque poème. 
Dans ces circonstances, il est facile de voir comment, en passant 
de main en main, la confusion a pu naître dans l'ordre des rinart 
comme dans celui des poèmes, tandis qu'il fallait une grande 
négligence chez le copiste pour commettre une erreur sur le }nb. 
Cette transmission de main en main explique aussi le caractère 
incomplet de tel poème dans les manuscrits. Même dans l'édition 
de Salonique des Zemirot Israël il y a un certain nombre de 
poèmes incomplets, parce que, comme le dit l'éditeur lui-même, il 
n'avait pas alors assez de copies (voir plus bas). 

M. Bâcher trouve une confirmation de son opinion sur le carac- 
tère d'autographe du manuscrit de Budapest dans le fait qu'il 
contient tous les poèmes introductifs de toutes les nmaïl (ibid, LIX, 
238), mais on peut en dire autant de tel manuscrit de la bibliothèque 

1. Voir Carmoly, &rnm «*333 DWn ^31, p. 39. 






NOTES SUR L'ARTICLE DE M. BACHER 87 

du Jewish Tlieological Seminary. D'autre part, les nombreuses 
fautes du manuscrit, on en jugera par les corrections qui vont être 
présentées, indiquent plutôt un copiste négligent. 

Les rectifications qui suivent sont faites d'après un ou plusieurs 
des six manuscrits examinés par moi. Je suis l'ordre de M. Bâcher 
pour la liste des poèmes, indiquant les rman par des chiffres 
romains et le numéro des poèmes par des lettres hébraïques. Les 
corrections sont les mots espacés : 

in^ioa maTa îarib» orc td-'sid (vers 4] ,a .1 

(Juges, ix, 29) «in fÊtaS Sri 3 1 (v. 5) 

■wp tin n -i t ri *>b mp ^av nuî« nb -m rw Jib 

"• b b i n 73 "»b 13TN ï"i a ■» .73 

j-ib"»} o-rpaa myn Mb ma n*a nav .3 .11 

"ittbi^ a*nnn m» id'w aa> b» rann nm« dv .i .111 

"ib t n ?3 t "■ ma"»aai birraa b» ibbm ,r 

nnn n n a miap nitna bu:n3 ab E|ba>m .ira .iv 

ab ^n73^73 ta ■* n o 1 . .îrb 

taimaîn tas y Sa -3 y irm» th ûip- 1 .rsTa 

(Gen., xxxvi, 5) i 3 3123 ûby .33 

• — T T 

rry m ■> n 73 th Tina ■< 3 •» © yama d-ijp ,rra 
■■•ira "»b« rsmo 3b tt na 
nTaasn mna vn*wi .... (v. 2) ,n .v 

fPs., cxxxix, 2) iy-ib 1 3 T2J» W1 (v. 4) 

nbm ri a n -o ■«rosa ksi yoram ms nro-» ,t 

(Juges, vu, 3) tj •-a 1 a m ï-s b inyï -iDar .o* 1 

1 (Deut., xxxii, 4) onrt '-i.is m '1 .VI 

80 1U5 Uîna*« Ï133 013"» ,r 

■■ n n a p biwaa map ït ,tr 
3«b t n a ■»? *m rrrp .la 

in 73 tini -nD^W (v. 3) ,n .vu 

■«m m ta npab d^teiiû (v. 4) 

1. Cette correction, qui n'est basée sur aucun manuscrit, demande une brève 
explication. La plupart des manuscrits lisent Dnfî "liC m et dans l'un d'eux le dernier 
mut est même ponctué DF17T. L'origine de cette erreur peut être expliquée de la 
manière suivante. Certains copistes, lorsqu'ils écrivent le nom de Dieu, en modifient 
l'orthographe, de sorte que le mot ï"P est très souvent écrit *p, de même qu'on écrit 
*)"l3 pour 15, D^pbfc* pour LTribN. Dans la copie originale ce poème doit donc avoir 
débuté ainsi : Dnn mit "P. Les copistes postérieurs, prenant par erreur le premier 
mot dans le sens de « main », ont été choqués par ce grossier anthropomorphisme et 
ont changé mai en "las et Dnn en DFIH. Le contexte du poème est aussi favorable à 
ma correction. 



KS REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mtap* inïï'î ^n (y. 6) 

■na n * .m 

mn ten ^-N rin npsb ,33 

3^3 bn 4n B 1 ^ Nb D^y-irt D"»nir73 in» .Ta 

n s -n« ain» 3u>3 b£73 tzmn basa nb 

natan bN ,n .vin 

mb m s i a as *mann b* innaaty na-n t *r» 

nsstt&t iji-it ït» .ffi 

^ 3 1 ?3 "in Nnba mb .335 

13^m^ *B1 '•DSU3 "133^1 THÛ 13^31 ,ûb 

ïma tn 1 3 ^aab rrw .1 .ix 

is^o» n a ia mi npiwb ^ab aanam ,as 

13"nD3 hartD'' ^33.3-1 (▼• 4) .n .x 

ta * b n b n Ta * a ©an i3>^p ïibids tïw* n 

in 3 y 73 3 i .... p-inw *pi -p .a 

n> "• n ^psn "»pttîn nba^ ,&p 

••vn ta a ,1p\an7a r-i 73 /mrw *r/^* ,ïw ,r 

mbs» rr»tt ■* 3 b a î-i * .lt 

T!3 S 3 H 73 !33>73"< ,Î3 

■pas p pisn^ rom Tia nr rab in^ ,«b 

n3^73 rnr .... ^ a^a -ins-» y-i-p .nb 

1* b^3 ^73"> 1tn3"n ^33 ^3"> TOn** IT .Tb 

nii3 n*a© nim '•bx ,wi -173 "nni /rm N-ip-» ,N?a 

3 -«3t ^i^na ... v^n» np" 1 b« mnnb (v. i) .&* .xi 

1 n" 1 13 2 73 3 DT BV .... (v. 2) 

iriaîJH Nb ^n nspT iy asi .... (v. 3) 
nnnîoim mat .... (v. 4) 

ynD TN73 iibn .... nnban - , 73- | 3 .... (v. 5) 

np* ^ban b-wb ani ant ^ ,na 

n33"> ana -13 S n iain n ■> .na 

"•man t i n anp Bia-n .3b 

-> a p*bn ' — 1 t a ■» a ibntaboi ^n-iba 3-1 173 (v. i) ,n xii. 
p*bo "< 3 1 mna 

■>3"»y 1173n^ (v. 2) 
V 3 ^ P \12 P"»33 ^Btt b*"* ^Dlï) (v. 4) 

1. Cette correction résulte d'une combinaison des lectures de deux de mes manus- 
crits ; l'un lit in D3 Û* , p^n?3 P73 et l'autre TP B3 TP 53 ip\3ri73 n73. Le sens 
du verset, d'après ma lecture rectifiée, est que les yeux de sa bien-aimée sont si 
beaux que celui qui meurt d'amour pourrait ressusciter grâce à leur éclat. 



notes sur l'article de m. bâcher 89 

1 ^psis "ib»y «lia "1"i7ûn , « w\b iu: 133N moi .m 
bv yni i^ n ^ ,133» hn-i "wr (t. i) ,n .xiv 

"hlBBI *n T "ID73 .... (v. 2) 

bTN T»b5» onbn os .... (v. 3) 

mi i3">by rnr .3 

ib»3» ï-i uî 3 ipœnw ib rwn* 1U5D3 mo d* .m 

■nfitaïi tmp n m 73 nana 'pipn oi-n 3tS"n .m 

Remarquons aussi que les poèmes awa Nia"» "O (VI, 41) etnm a-»©-» 
(VI, 46), qui sont sans acrostiche dans le manuscrit de Budapest, 
présentent dans ceux du Seminary, les acrostiches respectifs pror» et 
tt-ite pror». Le poème sr ^nsn^b (XIV, 2) a en acrostiche b«w p «nb, 
et le dernier poème de cette section, commençant par Vît» rm, a 
en acrostiche b&nia\ 

En plus des 80 poèmes que M. Bâcher signale comme publiés 
dans les Pizmonïm, il y a encore les suivants : I, 7, 18, 20, 29, se 
retrouvent dans les Pizmonim (P) sous les numéros respectifs o, 
24, 110, 23; IV, 5, 9, 14, 24 = P., 40, 4o, 64, 50;V,7 = P., 101; 
VI, 2 = P., 76; VII, 34 == P., 91 ; VIII, 11 = P., 22 ; XI, 11 à 20 
= P., 107 à 113 et 115, 114, 116, dans cet ordre. 

Le poème nTaro rno\ cité par M. Bâcher (LIX, p. 98), se trouve 
dans les Zemirot kraël, première partie, n° 36. L'autre poème, 
mentionné au môme endroit, doit peut-être être lu d*na3 ip^bm ; 
il se trouve dans deux des manuscrits du Seminary. 

D'autre part, la liste des mélodies dressée par M. Bâcher dans 
l'Appendice A (LIX, p. 102) est à compléter par la suivante. Gomme 
lui, j'indique les parties du Zemirot Israël par des chiffres romains 
et les numéros des poèmes par des chiffres arabes. 

1. \vby ->3auî73 ma in, 27; 2. moîN nbN in, 25; 

3. nna r$t* D^nbx ni, îs, 22, 42 ; 4. Miy ib» ni, 33, 35 ; 

5. yi*2 Î-T-I73N m, 29 ; 6. *-ia"l* bl30 ÏÎÏ3N HT, 52 ; 

7. ipTFI 'n "pTaVlN III, 44 ; 8. r-)73N l^T III, 32; 

9. "fmajan m, 35 ; 10. S^du:n y-i&o m, 48 ; 

il. •»mT3*b s-nzîin m, 54 ; 12. ^ynw »imnn m, 36, 50 ; 

13. E3T« ÏT III, 51 ; 14. ISTIEHB 3^3 bbïT H, 26 ; 

15. ÛWltta -in HT D"P m, 43 ; 16. 133b ttlS^ II, 15 ; 

17. ^NH 13^ III, 33, 35; 18. -pnn ^13^3 U2 35 III, 21 ; 

1. Le mot -|tt5 ne vient ni de &MU3, ni de m\ZJ « digne », mais est l'impératif de 
mttî « placer » et le sens est : « place les fondations de mes pierres afin qu'elles ne 
puissent pas dire que les constructeurs ont travaillé en vain ». 



00 revu h: des études juives 

19. ^y\y -av D^b©T1"»b M, 23; 20. S"I D2 Inmsb 11), 32; 

2i. rmaan ■vœ mana m, 2, 4 ; 22. -w ^-np73 n, 33; 

23. *bpVl Sy III, 24, 34; 24. y^373 ©13 ntt by m, 49; 

ï-ïw by n« ?y 
25. psi "ny© n? m, 46; 26. —ia\a by *-iaia m, 28. 

La mélodie tk» itî "^îci ^bap, citée par M. Bâcher sous le n° 32, 
me paraît être, non hébraïque, mais turque. Les mélodies pour le 
deuxième et le troisième jours (ibid., p. 103; doivent se lire tos Vim 
i^na y y et ''^P 2 ^ ab n 12 123 \ 

M. Bâcher a omis d'indiquer au début de son étude que le Zemi- 
rot Israël a été publié également à Salonique en 1599. Zedner, 
dans son catalogue (p. 390), indique l'exemplaire du British Muséum 
comme un unicum, mais M. J. Last, qui a copié pour moi les 
premières lignes des éditions de Safed et de Salonique, m'a appris 
que celle-ci se trouve également à la Bibliothèque de Francfort. 
Sur la foi de ce renseignement, mon ami M. Marx a obtenu pour 
moi de M. A, Freimann communication de cet exemplaire et j'ai 
pu l'étudier à loisir. 

Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur le contenu de ces deux 
éditions, qui, soit dit en passant, n'ont pas encore élé examinées 
avec soin, mais il faut dire que toutes deux contiennent un certain 
nombre de poèmes qui n'ont pas été retrouvés jusqu'à présent dans 
aucune autre source, imprimée ou manuscrite; tels sont les sui- 
vants : nvuiî" 1 mTTC -rozn mio th:\ acrostiche : btmvn (éd. Salonique, 
1 b), vison m-ra» 'panb ytf, acrostiche : bînuî* 1 (ibid.), 17*® ^a» tpy 
bas br on acrostiche : ïTwaa twn -q btxw (ibid., 2 a) et aaioai ttt 
STTiaaa, acrostiche : pîn btnw* [ibid., Sa), ■•Dosn ^pbttb dk ïrrrp ïW, 
acrostiche : rraîtt na bfimzp (ibid., 66, n° 11), -irra a^nr-o atav 
ansin, acrostiche : b&nu)"> (ibid., 33 b, n° 97) Cela prouve que les 
auteurs des éditions de Safed et de Salonique avaient sous les 
yeux des manuscrits dont l'existence nous est encore inconnue. 
De plus, comme l'édition de Salonique, faite parMenahem b. Moïse 
Lévy, a été imprimée la même année que celle de Venise, faite par 
l'auteur lui-même, nous pouvons inférer de l'étendue limitée de la 
première qu'elle a paru sans l'autorisation de l'auteur. Du reste, 
l'apparition de deux éditions dans la même année atteste la grande 
popularité des poésies de Nadjara, et la courte préface de l'éditeur 
de Salonique confirme l'hypothèse émise plus haut, à savoir que les 
poètes de l'école de Salonique prenaient de temps en temps pour 
eux-mêmes des copies des poèmes de Nadjara. Cette préface dit : 

na©» -swn *a -m "t mi n"nbT 11? j-hoe n"aa oro?: *n»« 



NOTES SUR L'ARTICLE DE M. RACHER 91 

ffipab aias: nnba o*i nsoaa a*n ba "ifnm ">a w^l* -îa-im ^nbï« 
TntBjan aann r-n-nna m-i»«ai rmiàiwia i3"»nbK 'r-i ^t n« 
.tmiian a^Tan a^ta* 1 Tnan -mœ« bip abipa Tina ,Tbri narron 
bsn ,*p33>n roia n:an ->ba HBtt>a a^-pUB?3n nayftian ->dtn"i wk-i ^an 
.arrst iNWrç?. !*nâ ■pattb pi» -ibo ai" 1 a «STarr Tibab 3»ujb nan ba 
Tiyi .tzra-in na nnaib pip^n rva btt isranb 13b ^3^:n p Sy 
aanirp ynn ba fcaaniP «b a^nns d^iatsi a^a-ns arrby ^nsain 
• ^-r msp nsp gai ,ann« o^a^Btt tanspi lasy — larron i?3 
N'a ^a ^-pioh fr^o ba cpo iy r-na^broa asranb cna i-irsa 
tspn'aTm uyrt ^aa Nir7a2 j'irai nvnbi .^nrrn "»-ra r?a iN£?23 
rr72 "»n»an p by naa -ixns rrn naa i73i« ht a^ap? ertaaiŒ» 
,tar»n»b wo ->a ,#sno "OTorr »éti n "r na^ma 

Comme tous les poèmes de l'édition de Safed sont contenus, et 
la plupart dans le môme ordre, dans celle de Salonique, on peut 
affirmer que l'éditeur de la seconde avait la première sous les 
yeux. D'autre part, il n'est pas douteux qu'il employait aussi des 
textes manuscrits, d'après lesquels il a publié de nouvelles poésies 
(traittïBi ffUSTO DTpb* Taain *nan). Car les 58 poèmes que l'édition 
de Salonique a en plus de celle de Safed ne sont pas tous d'autres 
poètes, comme le croyait Zedner (Catalogue, p. 390), mais appar- 
tiennent en partie à Nadjara, en partie à d'autres poètes, comme le 
dit l'éditeur lui-même (a"nna nnaa^BE anspi ieis* narran yn drûtp). En 
réalité, le nombre de 58 est inexact, car le poème n° 16 est en fait 
la suite du n° 15 Cet appendice contient donc réellement 45 poèmes 
d'autres poètes et 12 de Nadjara. Ces derniers, qui se trouvent 
tous dans l'édition de Venise, sont les suivants : 

(Zemirot Israël, 
partie I, n» 59) i«H "pTHab 33 by 31»m "«ba» TH Wl TlTaS'' .2 

{ibid., n° 190) "pur>K *ma "p -»nBtt3 namna pa «"tr .14 

jiôw., n° 6) pbm anp a^sisb ^ab ^aira ma tt» tt> .15-16 

(tfcia., n° 49) i-it* «a*» "para -w n©k onrin Sn .19 

(ibid., n° 37) mûflb 13 DtB ^ab Tp3>* mUîp "Piin ^IIT» .21 

(tôttf., n» 6i) jw*nrp aa -wan ^b fieiYr ût fcar .22 

(iôid., n° 188) iisi rrnn jn ^ m*i* lia *ba^i b« ^tn î-TTaip .24 

(*6id., n- 12) J-TpplUÎ ^533 *jbl *3"P3n *p JlDNtlP -28 

(iétrf., n° 16) ^mn p ba p73 n-ma "p n?a tût .29 

(/6ù/., n° 30) ^33pn nuN ^n rrab û^iTia rnsv .38 

(»Atd., n u 147) mis t» n^y "raan nb-«bi taar .î>6 

(îfcid., n° 113) o?3ai 13b Dm wp "ma œ» ^a»' 1 .58 



92 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Je remarque, eniin, que le colophon de l'édition de Safed induit 
quelque peu en erreur touchant le nombre de poésies qu'elle 
contient. Il est ainsi conçu: ern^TD obi* «-m bab mta ûbuisn tan 
xm n« 'n or û-nn yrbyn b*b« a"avi noss ns bK-Hzrb p"n vded 
p"sb t"72». Se basant sur le signe mnémonique ba-rc^b p"n, Stein- 
schneider (Catal. BodL, col. 1170) et M. Bâcher (tf.É../. , LVIII, p. 241) 
disent que cette édition contient 108 poèmes, alors qu'elle en con- 
tient en réalité 114: 109 avant le colophon eto après. Le total indiqué 
est de 108, parce que le n° 107 est répété deux fois et que les 
5 poèmes qui suivent le colophon ne sont pas comptés. L'éditeur 
s'est peut-être arrêté à ce chiffre à cause du signe mnémonique. 

New- York. 

Israël Davidson. 



LE BUREAU DU COMMERCE 

ET LES RÉCLAMATIONS 

CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 

(1726-1746) 

(fin ') 

PIÈCES JUSTIFICATIVES 



A M, Le Guerchois, du 30 décembre 17 16 2 . 

Voicy M. un mémoire présenté au Conseil de Commerce par les mar- 
chands de Dôle, qui se plaignent du tort que les Juifs font à leur com- 
merce. Vous êtes prié d'examiner si ces plaintes sont bien fondées, et de 
m'en faire savoir ensuite votre avis pour en rendre compte au Conseil 
de Commerce. 

II 

A M. Le Guerchois, du 4 février Mil 1 . 

Sur le compte M r que j'ay rendu au Conseil de Commerce de votre 
réponse, au sujet des Juifs qui vendent des marchandises à Dole, j'ay 
esté chargé d'avoir l'honneur de vous écrire que l'intention du Conseil 
n'est nullement de permettre plus longtemps la continuation de ce com- 
merce dont les marchands se plaignent avec raison, et qu'il convient que 

1. Voyez Revue des Études juives, t. LX, p. 73 et t. LXI, p. 88 et 255. 

2. F12/116. 

3. F12/117. 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vous le fassiés savoir incessamment aux magistrats de la mesme ville 
afin qu'ils ayent soin de s'y conformer. 



III 

A M. Le Guerchois du mesme jour {43 février) l . 

J'ay l'honneur M. de vous envoyer une lettre qui m'a eslé écrite par 
les marchands de Salines contre les Juifs qui y font commerce. Il y a peu 
de jours que les marchands de Dole ont porté de semblables plaintes, et 
que sur votre avis le Conseil de Commerce a jugé à propos d'empêcher 
la continuation de cet abus. Comme les règles doivent être les mesmes 
dans toutes les villes de Franchecomté, le Conseil estime qu'il en faut 
user pour Salins comme pour Dole, et se remet à vous des mesures qu il 
convient de prendre pour cela. 

Je suis, etc. 

IV 

Sur une lettre de M. l'intendant de bourgogne et une autre lettre de 
l'inspecteur des manufactures qui demandent ce que le Conseil veut 
ordonner au sujet des Juifs qui viennent vendre et acheter des mar- 
chandises en Bourgogne dans les temps des foires 1 . 

Les marchands de Bourgogne ayant porté des plaintes au Conseil il y 
a quelques mois contre la quantité des Juifs qui se répandirent dans 
cette province et en faisaient tout le commerce Le Conseil ordonna à 
M. lin tendant de reprimer cet abus et de faire exécuter seuerement les 
Edits qui les ont chassez du Royaume. 

M. L'intendant de Bourgogne donna des ordres en conséquence de ceux 
du Conseil à toutes les villes de la province de ne plus souffrire que les 
Juifs y fissent aucun commerce, cependant les maires et escheuins de 
Chaalons sur Saune leur ont permis pendant la tenue dune de leurs 
foires d'y vendre et achepter soubs prétexte que leurs foires sont franches, 
et que par conséquent il est permis à touttes sortes des marchands d'y 
venir negotier. 

L'Inspecteur remarque dans sa lettre que la prétention des maires et 
echeuins de Chalons est très mal fondée, que leurs foires ne sont point 
franches, et qu'il n'y eut aucune de cette espèce en Bourgogne. Il ajouste 
que sy on tolère le commerce des Juifs en cette ville ou dans la pro- 
uince dans les temps de foire qu'ils s'en empareront entièrement y avant 
quatre foires par an à Chaalons lesquelles durent chacune un mois et 
plusieurs autres dans les différentes villes de son département. Il s'estend 

1. F12/117. 

2. 2(i may 1717, M. de Machault, F12/69 . 






LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 95 

aussy sur le mal que les Juifs font au Royaume et en fait un portrait 
très propre à faire renouveller les anciennes ordonnances rendues 
contre eux. 

Les députes au Conseil de Commerce après avoir examiné attentive- 
ment la lettre de M. l'intendant et celle de l'inspecteur des manufac- 
tures estiment que la permission donnée par les maires et escheuins 
de Chaalons sur Saône aux marchands juifs qui y sont venus negotier 
en temps de foire est dans les règles pourvu que leurs foires soyent 
franches, mais comme l'inspecteur nye ce fait le Conseil pourra donner 
s'il le juge à propos les ordres nécessaires à M. l'Intendant pour s'en 
informer, et en cas que les foires se trouvent franches de tenir la main 
à ce qu'il ne soit fait aucunes empêchements aux Juifs qui y viendront 
negotier lesquels on ne doibt pas regarder dans ce temps la comme 
Juifs mais comme Allemands, Hollandais, etc. Sy au contraire les foires 
de Chaalons n'ont aucunes franchises, les députez pensent qu'on doibt 
observer exactement les ordonnances Royaux rendues contre les Juifs 
et faire une seuere réprimande aux maires et echeuins de Chaalons sur 
Saône de leur permis de negotier dans leur ville contre les ordres qu'ils 
avoient eu de M. l'intendant de les y recevoir. 



3 juin 1717 l . 
Monsieur, 
J'ai rendu compte au Conseil de commerce de ce que vous m'aué fait 
l'honneur de me mander par vostrc lettre du 20 février, sur la question 
de scauoir, si les maire et Echeuins de la ville de Chaalons pouuoient 
sous prétexte de la franchise de leurs foires souffrir que les marchands 
Juifs y vinssent trafiquer. Le Conseil de Commerce n'a pas esté touché de 
cette raison, il est certain que dans toutes les prouinces qui dépendent 
des fermes générales jl ne se tient aucune foire franche, et quand jl y en 
auroit cette franchise ne concerneroit que la marchandise qui est affran- 
chie de droits et non point les personnes, la liberté naturelle accordée à 
toutes les nations de venir achetter et vendre dans les foires ne peut 
faire cesser l'effet de la prohibition portée par les loix du Royaume aux 
Juifs d'y entrer et d'y faire aucun commerce. Vous en connoissez les 
motifs et vous n'ignorez point que les marchands regnicols en souffrent 
du préjudice, que ce sont ces Juifs qui achettent toutes les hardes 
volées et qu'jls emportent hors du Royaume beaucoup d argent, c'est pour- 
quoi jl est très avantageux à l'Estat et aux particuliers qu'jls ne soient 
pas tolérez dans aucun tems et sous quelque prétexte que ce puisse 
estre, je suis avec respect, 

1. F12/662-670. Cette lettre porte sur le dos l'inscription suivante : M. de Machault 
à M. de la Brisse, Intendant en Bourgogne sur le commerce des Juifs. 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

VI 
Manufacture de Bourgogne. Foire franche de Chalon sur SoneK 

A l'Egard du détail il s'est presque entièrement fait par les marchands 
juifs, qui ont tenu cette foire, au nombre de huit, vendant dans deux 
magasins différents quoi quen même logis, sous prétexte d'une permis- 
sion qu'ils disent avoir obtenue du Roy. Cette permission a été examinée 
par M. le Maire de Chalon, lieutenant gênerai de police. 

Sur la contestation que les m s gardes des marchands de Chalon, ont 
eu avec ces Juifs, plus d'un mois auant la foire, j'ai inuité ces premiers 
d'envoyer leurs mémoires à votre Grandeur, pour être examinés au Con- 
seil de commerce, plutost que de s'engager a un procès qui pouuoit les 
déranger ; ces marchands auoient d'abord porté leurs plaintes à M. le 
Procureur gênerai du Parlement de Dijon, qui leur a donne le même 
conseil de se pouruoir a Votre Grandeur. 

Il est certain, Monseigneur, sans vouloir aprofondir, que les différentes 
troupes des Juifs qui restent un mois entier de chaque saison, dans 
toutes ces villes de la province de Bourgogne que bon leur semble, se 
succédant de mois en mois, de troupes, en troupes, en ruinent tout le 
commerce particulièrement pour le détail : ces gens la ne font jamais 
d'emplettes dans ces manufactures, ou les pièces sont entières et toutes 
années, mais au contraire ils achètent tous les rébus et pièces tarrées 
desquelles on leur fait bonne composition, ce qui leur facilite la vente à 
un prix bien plus modique que celuy que les marchands peuuent faire 
de bonnes etofes qu'ils tirent des manufactures de la province et autres 
du Royaume, ce qui non seulement abuse le public, mais luy fait un tort 
considérable, car croyant acheter de bonnes marchandises, il se trouve 
qu'il n'en a que de mauvaises et défectueuses. 

Ils achettent souvent des parties considérables des banqueroutiers, 
receleurs, domestiques et enfans de famille, et ont l'adresse de cacher 
les deffauts des étofes, en reprenant finement les rompures, étant presque 
tous fripiers, et fripons en même tems. 

L'argent que ces gens la portent dans les provinces étrangères, prove- 
nant de leur gain sordide, ne contribue pas peu au dérangement du 
commerce du Royaume, car pendant qu'ils enlèvent tout le comtant, les 
marchands des villes et bourgs, ont tous les crédits, dont ils ne peuuent 
être payés de la noblesse, ny de bourgeois qui flattés de voir qu'ils ont 
quelques sols par aune de meilleur marché, achettent des étofes défec- 
tueuses, qui leur font toujours un mauuais usage. 

11 n'y a que vous, Monseigneur, qui puissiés comme chef du Conseil 
de Commerce, mettre ordre à ces abus, en jmposant la loy à ces pertur- 
bateurs. 

1. F12/1231. Ces « observations » sont du 20 juillet 1720. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 97 



VII 

Sur les Observations de l'Inspecteur des Manufactures de Bourgogne 
par rapport à la foire de Chalon sur Saône tenue au mois de juin 1 . 

Les Députés du commerce qui ont vu. ces observations pensent que le 
privilège de cette foire ainsi que des autres, veut que les Juifs comme 
les Chrétiens puissent y venir librement faire commerce; comme il ne 
leur est accordé qu'un mois pour faire leurs affaires dans chaque ville, 
s'ils y restent plus longtemps, les marchands peuvent en porter leurs 
plaintes aux officiers municipaux qui doivent employer leur autorité 
pour les faire sortir. 

Si les Juifs exposent en vente des marchandises défectueuses, c'est aux 
(lardes Jurés et à l'Inspecteur à les saisir quand ils les surprennent ayant 
ces sortes de marchandises et à en poursuivre la confiscation avec 
condamnation en l'amende portée par les reglemens. C'est le moyen de 
contenir les Juifs sur l'abus dont il s'agit. 

Quant aux usures, et autres delicts que peuvent commettre les Juifs. Il 
y a bonne justice pour ceux qui leur porteraient des plaintes à cet égard. 

VIII 

Sur la resquête des nommés Joseph, et Jacob Dalpuget père et fils, Nalan 
Aslruc, Salon Dalpuget, Daniel et Léon Petit, frères, Juifs de 
Bordeaux*. 

Les députes n'on point de connaissance que personne trouble l'Etablis- 
sement de ces Juifs à Bordeaux. L'on veut croire qu'ils y contribuent aux 
charges du Royaume ; 

En qualité de sujet du Hoy que personne ne leur dispute ils peuvent 
aller eux mêmes toutes les années dans les différentes villes du Royaume 
pour y acheter des marchandises et venir les revendre à Bordeaux, lieu 
de leur domicile ; 

11 n'y a nul jnconveniant de leur permettre, comme à tous les autres 
sujets du Roy, de vendre des marchandises dans des différentes villes, 
bourgs et villages ou ils sont obligés de passer, pourvu que dans ces mêmes 
villes et lieux il n'y ait nul Etablissement de Maitrise ou Jurande, 
autrement cette permission serait très préjudiciable à ceux qui y ont 
fixé leur commerce après y avoir fait apprentissage et avoir fait les frais 
de leur réception à la maitrise; 

En accordant à ces Juifs la permission qu'ils demandent l'on oteroit 
jnfailliblement aux marchands établis les moyens de payer les charges de 
l'Etat et l'on pense que les habitans n'y trouveroient d'autre avantage que 

1. 29 juillet 1726, M. de Lévigneu, 145, v e , F12/696. 

2. 15 novembre 1728, M. Fogon, 245, v°, F12/697. 

T. LXI1, n° 123. 7 



98 REVUE DES ETUDES JUIVES 

eeluy d'avoir dos mains de ces Juifs des marchandises défectueuses dont 
la pluspart font une recherche 1res exacte pour en avoir meilleur marché. 
Ils trouveroient encor souvent des marchandises prohibées dont ces 
mêmes Juifs et colporteurs sont soubronnés défaire un grand commerce. 

Les d. Juifs ont joint à leur requeste deux passeports, l'un du 
28 sept. 1719, l'autre du 27 mars 1720 par lesquels jl paroist que le Roy 
a permis aux nommés Natan, Salon, Astruc, Juifs orriginaires d'Avignon 
daller en longuedoc d'y séjourner, par le premier passeport pendant 
six mois, par le second pendant un an, pour y faire le recouvrement 
des sommes qui leurs étoient dues et y continuer leur commerce, 
Nonobstant les Deffenses cy devant faites. 

Cette dernière clause prouve a n'en pouvoir douter qu'il a cy devant 
été fait deftenses aux Juifs de faire leur commerce ailleurs que dans le 
lieu de leur residance, deux particuliers de cette Nation sur un exposé 
dont on n'a point connaissance ont obtenu une exception de la Règle 
precedamant faite. Ils demandent aujourd'huy ; 

Qu'il leur soit permis de vendre dans l'etandue du ressort du parlement 
de Paris et des autres parlements du Royaume les marchandises qu'ils 
achètent dans les foires et qu'il leur soit permis de séjourner par toute 
la France pendant un mois de chaque saison. 

Les Députes ne prevoyent aucun motif d'accorder à celte Nation un 
privilège d'aussy grande Etandue, et jls estiment que leur requeste doit 
èstre rejettée. 

IX 

Avis des Députez du Commerce sur la lettre de M'V Intendant d' Auvergne, 
par laquelle il informe M. le Controlleur gênerai qu'on se plaint que 
les Juifs et colporteurs tiennent dans son Déparlement pendant toute 
Vannée des boutiques et magasins ouverts sous prétexte des privilèges 
qu'Us disent avoir : comme jls luy sont inconnus, jl demande des ordres 
précis à cet égard 1 . 

Les Députez ne connaissent aucuns privilèges qui autorisent les Juifs et 
Colporteurs à vendre des Marchandises, tenir Boutiques et Magasins ouverts 
dans les villes du royaume à l'exception des temps et jours de foires. 

Il y a déjà longtemps que dift'erens inspecteurs font les mêmes plaintes 
que celles qui sont portées par le s r Foufrede contre les Juifs et colpor- 
teurs qui dans la province d'Auvergne s'jmmiscent, sous prétexte des 
privilèges qu'ils ont, de tenir des boutiques et Magasins tout le temps de 
l'année. On a aussy remarqué que ces sortes de gens ne font presque 
commerce que de marchandises défectueuses et prohibées, ce qui déter- 
mine les Députez à penser qti'jl seroit très convenable de faire un Rcgle- 
menl par lequel jl seroit dit, (pie dans toutes les villes du Royaume les 

1. 1« juillet 1729, M. de Lévignen, 272. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 99 

Marchands Juifs et Colporteurs ne pourront à l'avenir vendre et tenir 
boutiques et Magasins ouverts que pendant le temps des foires, passé 
lequel, jl ne leur sera pas permis de rien exposer en vente, estant juste 
que les Marchands qui sont en jurande et qui par de différentes taxes 
qu'on leur demande, fournissent aux besoins de l'État, soient préférez à 
des Marchands forains qui font leur unique soin de vendre des marchan- 
dises de contrebande et défectueuses. 



X 

Sur les arrests du Parlement de Dijon du 22 juin 1724 et 29 juillet il 30 
et sur la lettre de M v le p r Président de ce Parlement, contenant les 
motifs de ces arrests l . 

AVIS DES DÉPUTÉS. 

Les Députés avoient compris par le mémoire des marchands, que l'arrest 
du 22 juin 1724 avoit été rendu par le Parlement de Bordeaux ; mais par 
la copie qu'en a envoyée M. le premier Président du Parlement de Dijon, 
ils reconnaissent que c'est ce dernier Parlement qui a rendu cet arrest. 

On voit par la lettre du 30 décembre que les motifs des deux arrests 
accordés aux Juifs, sont les lettres patentes du mois de juin 1723, et deux 
arrests des Parlemens de Bordeau et de Thoulouze. Les Députés ne sçau- 
roient parler de ces deux derniers arrests, parce qu'ils ne sont point 
joints; mais, ainsi qu'ils l'ont déjà observé dans leur mémoire de 
27 novembre, les lettres patentes accordées en 1723 aux Juifs portugais 
établis dans les Généralités de Bordeaux et d'Auch n'autorisoient point 
le Parlement de Dijon à permettre à ces Juifs de négocier dans l'étendue 
de son ressort pendant un mois de chaque saison : ces lettres patentes 
ne portent rien de semblable. C'est donc gratuitement que ce Parlement 
leur a accordé cette permission; et comme on ne peut la regarder que 
comme une extension de leurs privilèges, très préjudiciable au commerce 
des sujets du Boy, les députés estiment que les arrests du Parlement de 
Dijon des 22 juin 1724 et 29 juillet 1730 doivent être cassés, et qu'il doit 
être sévèrement défendu aux Juifs de négocier que dans les lieux où ils 
sont domiciliés. 

XI 

Arrêt du Conseil d'Étal du 20 février 1781 2 . 

Le Boy s'estant fait représenter en son Conseil les lettres patentes 
données au mois de juin 1723 par lesquelles, pour les causes y conte- 
nues, il a entre autres choses esté permis aux Juifs portugais residens, 
établis, et domiciliés dans retendue des Généralités de Bordeaux, et 

1. 19 janv. 1731, M. de Hauteioclie, 329, v°. 

2. F12/78, p. 149-150. 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'Auch, d'y demeurer, vivre, trafiquer et négocier ainsi que font les 
sujets naturels du Roy : Et S. M. estant informée que sous prétextes 
desd. lettres patentes, il a esté rendu au Parlement de Dijon, le 22 juin 
J724 et 29 juillet 1730 deux arrests, par le premier desquels il a esté per- 
mis aux nommés Joseph Raphaël de Lazia, père et fils, Saine Roger, 
David Ranez et Joseph de St. Paul, marchands Juifs résidents à Bordeaux, 
de trafiquer, vendre et négocier pendant un mois de chaque Saison de 
l'année dans toutes les villes, bourgs et lieux du ressort dud. Parle- 
ment ; et par le second, pareille permission a esté accordée aux nommés 
Lange Mosse, David Petit et Jacob Dalpugé, aussi marchands juifs établis 
à Bordeaux. Et attendu que les dispositions portées par ces deux arrests 
sont contraires auxd. lettres patentes, en accordant aux Juifs domiciliés 
dans l'etenduë des Généralités de Bordeaux et d'Auch des privilèges plus 
étendues que ceux qui y sont contenues ; et que si ces dispositions sub- 
sistoient, elles causeroient un préjudice au commerce, non seulement 
des marchands des différentes villes et lieux de la province de Bour- 
gogne, mais encore de ceux établis dans les autres villes et lieux du 
royaume, où lesd. Juifs pourroient prétendre de jouir des mesmes privi- 
lèges ; à quoy s. M. désirant pourvoir et expliquer plus précisément ses 
intentions, Vu les mémoires présentés par les marchands de lad e ville de 
Dijon, lesd. lettres patentes du mois de juin 1723 et lesd. arrests du 
Parlement de Dijon, du 22 juin 1724 et 29 juillet 1730, ensemble l'avis 
des Députés du Commerce, Oui le raport du s r Orry, Con cr d'Etat, et au 
Con 1 Royal controlleur gênerai des finances, Le Roy estant en son Gon 1 a 
ordonné et ordonne que lesd. lettres du mois de juin 1723 seront 
exécutées selon leur forme et teneur, en conséquence a cassé et annullé, 
casse et annulle lesd. deux arrests du Parlement de Dijon du 22juin 1724 
et 29 juillet 1730. Fait s. M. delfenses aud. Parlement d'en rendre de 
semblables à l'avenir, et aux Juifs de trafiquer, vendre et débiter des 
marchandises dans aucunes villes et lieux du Royaume autres que celles 
on ils sont domiciliés, conformément auxd. lettres patentes. Enjoint s. M. 
aux s ,s Intendans et Commissaires départis pour l'exécution de ses 
ordres dans les Provinces et Généralités du Royaume, de tenir la main à 
l'exécution du présent, qui sera lu, publié et affiché partout ou besoin 
sera, et sur lequel seront toutes lettres nécessaires expédiées. Fait au 
Goni d'État du Roy, s. M. y estant, tenu à Versailles, le 20 jour de 
février 1731. Signé : Phelypeaux. 

XII 

Avis des Députés au Conseil de Commerce sur une Requesle du nommé 
Vidal, Juif d'Avignon*. 

La demande de ce Juif est contraire à l'arrest du Conseil du 20 février 
1. Arch. nat., F12/701, 13 juillet 1736. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 101 

1731, qui fait deffenses aux Juifs de trafiquer, vendre et débiter des mar- 
chandises dans aucunes villes et lieux du Royaume autres que celles où 
ils sont domiciliés. Vidal peut aller aux foires de la Province de Bour- 
gogne pour y recevoir ce qui lui est dcu mais il est exclu d'y vendre des 
marchandises. 



XIII 



Sur la Requête présentée au Roy en son Conseil par Antoine Martinien, 
Jean Bonnardet, Joseph et Augustin Mefre, marchands de la ville de 
Gien, tendante à ce que pour les causes y contenues il plut à S. M te 
ordonner que l'arrêt du Conseil d'Etat rendu au sujet des Juifs de Bor- 
deaux, le 20 février 1731 sera exécuté selon sa forme et teneur, ce faisant 
en expliquant et tant que de besoin led. arrêt faire très expresses inhibi- 
tions et deffenses aux sieurs David et Raphaël, marchands Juifs de Avi- 
gnon, et à tous autres Juifs de trafiquer, vendre et débiter aucune sorte 
de marchandises dans la ville de Gien, ni dans aucune autre ville et lieux 
de la généralité d'Orléans dans les tems et aux jours des foires et mar- 
chez, ni en aucun autre tems, à peine de saisie et confiscation des mar- 
chandises, et pour l'avoir fait à la foire du cours de Gien, commencée le 
23 février 1739, les condamner à trois mil Livres des dommages et inté- 
rêts envers les supliants et aux dépens. Veu lad. requête et les pièces y 
jointes, ouy le raport du S. Orry, Conseiller d'Etat et ordinaire au Conseil 
Royal, Contrôleur General des finances. Le Roy en son Conseil ayant 
aucunement égard à lad. requête a ordonné et ordonne que l'arrêt du 
Conseil du 20 février 1731 sera exécuté suivant sa forme et teneur, et en 
interprétant en tant que de besoin led. arrêt, a fait et fait très expresses 
inhibitions et deffenses auxd. David et Raphaël, marchands Juifs d'Avi- 
gnon et à tous autres Juifs de vendre, trafiquer et débiter aucunes sortes 
de marchandises dans la ville de Gien ni dans aucunes autres villes e 
lieux de la Généralité d'Orléans en aucun tems, même aux jours de 
foires et marchez, à peine de saisie et confiscation de telle amende qu'il 
apartiendroit, et de tous dépens, domages intérêts. Enjoint au S. Inten- 
dant et commissaire départi en lad. Généralité d'Orléans de tenir la 
main à l'exécution du présent arrêt, qui sera lu, publié et affiché par tout 
ou besoin sera, et exécuté, nonobstant opositions et autres empechemens 
quelconques, pour lesquels ne sera différé. 

1. Inséré dans le procès-verbal de la séance du Bureau du Commerce du 17 décembre 
1739. Arch. nat., F 12/86, p. 619-621. 



102 REVUE DES ETUDES JUIVES 

XIV 

Du 22 janvier 1742. 

.4 .1/. de S. C ont est, Intendant à Dijon. 

Monsieur l , 
La liberté que les Juifs ont eu de fréquenter les foires du Royaume 
comme les autres Etrangers et Regnicols n'étant qu'une tolérance, le 
Conseil s'est contenté de la laisser subsister et c'est par cette raison qu'il 
n'a jugé nécessaire de les y authoriser par un arrêt. Par cette même 
raison il ne juge pas qu'il convienne que vous rendiez d'ordonnance 
comme vous le proposez par la lettre que vous avez pris la peine de 
m'écrire le 9 8 br d er . Il suffit que vous fassiez informer les marchands et 
les inspecteurs de votre département des intentions du Conseil à cet 
égard et que relativement à sa décision vous leur ordonniez de visitter 
exactement à leur arrivé les marchandises que les Juifs apporteront aux 
foires. Mais si sous prétexte de l'arrêt du Pari, de Dijon' du 20 février 
1731 qui ne contient qu'une exclusion tacite des fthres, les marchands 
apportaient quelque trouble à ces Juifs, on verra par lors le parti qu'il 
y aura à prendre. Vous aurés agréable d'en informer le Conseil et d'or- 
donner à l'inspecteur de m'informer aussi de la conduitte que tiendront 
les Juifs dans les foires. Je suis, etc. 

XV 

A Berey, le in juillet 1744. 

A M. de Sauvigny, Intendant à Grenoble 3 . 

Monsieur, 
M. Jomaron 4 m'a envoyé, le 28 may dernier, un Procès-verbal de saisie 
faite à Valence en Dauphiné d'une quantité assés considérable de pièces ou 
coupons d'étoffes de soye sur le nommé Joseph St. Paul, Juif de la ville 
d'Avignon, il m'a observé que cette saisie était fondée sur deux contra- 
ventions, la première sur ce que ces marchandises avoient été mises en 
vente 2 jours avant l'ouverture de la foire, et la seconde sur ce qu'elles 
n'ont pas été portées au Bureau de visite avant d'être exposées en vente, 

1. Arch. nat., F12/32, f 0s 57-58. 

2. C'est par erreur qu'il attribue cet arrêt au Parlement de Dijon. Il fut rendu, 
comme on le sait, par le Conseil sur requête des marchands de Dijon et contre ce Par- 
lement. 

3. F12/145. 

4. Subdélégué général à Grenoble. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 103 

et il m'a demandé des ordres sur ce qu'il devait faire sur cette saisie. 
Cette affaire a été examinée au Bureau du Commerce, et sur le compte 
qui m'en a été rendu, il paroit qu'il y a plus cVanlmosité de la part du 
garde juré des marchands drapiers de Valence et de ceux qui ont signé 
avec hiy le procès verbal que d'objets réels de contravention; Le procès 
verbal ne fait aucune mention que ces marchandises ayent été exposées 
en vente deux jours avant l'ouverture de la foire, et il paroit par des cer- 
tificats des commandant et des officiers municipaux de Valence que ce 
Juif y est arrivé le 1o may, jour de l'ouverture de la foire, et qu'il n'n 
mis ses marchandises en vente qu'après en avoir obtenu leur permission; 
à l'égard de la contravention résultante de ce qu'elles n'ont pas été 
portées au Bureau, il est de fait que dans toutes les foires tant soit peu 
considérables les gardes jurés, ou les inspecteurs vont faire leurs visites 
dans les magasins, boutiques et etaux des marchands forains pour éviter 
l'affluence des marchandises qui se trouveroient en môme tems au 
Bureau, et n'en pas retarder l'expédition, et ce n'est pas ici la contraven- 
tion au Règlement du 11 mars 1732. Outre qu'il paroit par les certificats 
en question que les étoffes saisies sont revêtues des plombes de fabrique 
et delà douane de Lyon, ce qui n'est point contredit par le procés-verbal, 
Le commerce des Juifs étant d'ailleurs permis ou toléré dans les foires 
franches qui se tiennent dans l'intérieur du Royaume, je crois qu'il y a 
lieu d'accorder au nommé St. Paul la mainlevée des étoffes saisies sur 
luy, et je vous prie de vouloir bien donner les ordres nécessaires en 
conformité. Il seroit même fondé à demander des dommages et interests 
contre ceux qui ont mal a propos troublé son commerce dans cette occa- 
sion. Je suis, etc. 

XVI 

A M. Le Nain, Intendant à Montpellier 1 . 

29 janvier 1745. 

J'ai cru devoir communiquer au Bureau du Commerce la lettre que 
vous avez pris la peine de m'ecrire, le 2 novembre dernier, sur la con- 
testation qui s'est élevée devant vous entre les fripiers de la ville de 
Montpellier et quelques Juifs qui y achètent et revendent de vieilles 
hardes, sur le compte qui m'en a été rendu. Je pense comme M rs les 
commissaires, qu'on ne peut sans inconvénient et sans s'écarter de l'usage 
suivi dans le Royaume et de la Jurisprudence des arrests de Règlement 
concernant les Juifs, autoriser même pour un temps limité, ceux dont il 
s'agit à faire ouvertement à Montpellier le commerce des vieux habits. 
1° Les fripiers ont des statuts en bonne forme qui leur donnent le droit 
de faire ce commerce exclusivement aux autres marchands de la ville, à 
plus forte raison aux Juifs. 2° La ville de Montpellier n'est pas du nombre 

1. Arch. nat., F12/U3. 



104 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de celles ou il esl permis aux Juifs de s'établir, et de demeurer, et 
l'arrest du Conseil du 20 février 1731 est positif sur cela, il fait deffenses 
aux Juifs de trafiquer, vendre et débiter des marchandises dans aucunes 
villes et lieux du Royaume autres que celles ou ils sont domiciliés. Le 
commerce des vieilles bardes n'est pas moins intéressant pour les fri- 
piers que celuy des marchandises neuves pour les marchands, et si les 
Juifs dont il s'agit qui viennent de tems en tems ou ils n'ont et ne peu- 
vent avoir de domicile sont depuis longtems en possession d'y acheter de 
vieilles hardes, et de les y revendre, c'est un abus dont les fripiers sont 
d'autant plus en droit de se plaindre qu'il est directement contraire à 
leurs statuts, outre que ces Juifs ne participent en aucune manière aux 
charges de la communauté des fripiers. Je ne pense donc point qu'il 
convienne d'accorder aux Juifs en question des permissions particulières 
comme on en a donné depuis quelques années à ceux qui viennent 
vendre en Languedoc des chevaux, mules, mulets et autres bêtes de trait 
qui sont dans un cas tout différent, et favorable par l'objet de leur com- 
merce, et par l'utilité dont il est pour les habitants de la campagne ; 
mais pour que les fripiers n'abusent pas de la faculté exclusive qui leur 
est acquise par leurs statuts vous pouvez envoyer chercher les Jurés de 
leur communauté pour les avertir que s'ils donnenHieu à des plaintes 
de la part du public, on révoquera les lettres-patentes qui établissent 
leur Jurande; à l'égard du commerce des foires, les Juifs ayant la liberté 
d'y venir, ils peuvent y vendre et débiter, comme les autres marchands 
forains, toutes les denrées et marchandises, permises et non prohibées, 
et leur commerce ne doit point y être borné aux seules marchandises et 
étoffes du cru et fabrique du Royaume. Je suis, etc. 



XVII 

24 mars 1732 ». 

Avis des Députés du Commerce sur la lettre de M. Fontanieu, au sujet 
des Juifs qui font leur demeure et résidence dans la ville et 'principauté 
d'Orange. 

Il paroit aux Députez du Commerce que les plaintes portées contre les 
Juifs qui sont établis dans la ville et principauté d'Orange, méritent toute 
l'attention du Conseil, puisque dans tous les differens Endroits des Pais 
Etrangers où l'on souffre que les Juifs s'établissent et qu'jls y fassent 
leur résidence, jls n'y ont aucun privilège, estant réduits à la seule qua- 
lité des courtiers à la faveur de laquelle jls font le commerce de la 
Banque, de la jouaillerie, et des marchandises en gros, jls y ont aussy le 
pouvoir de faire des Entreprises pour la fourniture des chevaux et des 
Bestiaux pour les différentes Puissances qui ont recours à eux. 

4. Arch. nat., F12/699. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 105 

Si les Juifs établis dans la ville et Principauté d'Orange n'a voient point 
d'autres prérogatives, d'abord que le Gouvernement a permis qu'jl y en 
eût à Bordeaux, à Bayonne et a Metz, on ne voit aucune raison qui puisse 
déterminer à les traiter différemment, surtout lorsqu'ils se troiuient auto- 
risez à l'aire leur llesidence dans la ville et principauté d'Orange par les 
Brevets qui leur ont esté accordez parles Souverains de cette principauté. 
Dans cet esprit les Députez du Commerce sont d'auis qu'jl faut déclarer à 
tous les Juifs qui font leur résidence dans la ville et principauté d'Orange 
qu'on leur donne six mois pour ramasser leurs effets et pour liquider les 
commerces particuliers qu'jls y ont faits, pour ensuite sortir de la ville et 
principauté, à moins qu'jls ne se soumettent de renoncera tous les privi- 
lèges et prérogatives qui leur ont esté accordez par les Breuets dont jls 
sont porteurs pour s'en tenir comme font les Juifs établis à Bordeaux, 
Bayonne et Metz à faire le commerce de la banque, de la jouaillerie, de 
la friperie et des marchandises en gros, comme aussy des entreprises 
pour l'achapt des chevaux et des Bestiaux, en renonçant expressément a 
la faculté de faire fabriquer des étoffes et des toilles, à auoir des Estocs 
et des boutiques, et à faire en détail quelque commerce que ce soit. 

XVIII 1 

J'ai reçeu avec votre lettre du 4 mars dernier l'exemplaire de l'Ord Cfl que 
vous avez rendu le 28 févr. dernier pour parvenir à l'entière exécution de 
l'arrêt du Conseil du 21 janvier 1734 rendu contre les Juifs avignonnais 
qui étaient établis à Bordeaux. Il y a lieu de croire que les marchands de 
boutique de cette ville tranquils à cet égard n'inlportuneront plus le 
Conseil de leurs plaintes. C'est à présent à eux à faire en sorte que le 
public ne regrette plus ces gens la en ne vendant que des marchandises 
de bonne qualité et conforme aux règlements et en ne tirant point avan- 
tage de ces événements pour les augmenter. S'il en était autrement, le 
Conseil trouverait les moyens de leur faire sentir qu'il n'a eu d'autre 
objet que le véritable intérêt du public et celui des manufactures du 
Royaume en les soutenant dans la pureté et la perfection qu'il s'efforce 
de leur donner. C'est ce que vous aurez agréable de faire entendre à ces 
marchands. Je vous prie aussi de me faire mander l'effet que votre der- 
nier ord. eut produit et de quelle manière ces marchands se comportent 
à l'avenir. 

XIX 2 

Le roy étant informé que plusieurs Juifs Avignonais du nombre de 
ceux que S. M. a jugé à propos par arrêt de son Conseil d'Etat du 21 jan- 
vier 1734 de faire sortir de la ville de Bordeaux, et de la province de 

1. Lettre à M. Boucher du 1 er avril 1740, Arch. nat., F12/32, f° 4. 

2. Arch. nat., F12/82, p. 364-366. 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Guyenne, se sont répandus dans les villes de Saintes, Hochefort, Cognac 
et autres lieux de la généralité de la Rochelle dans l'intention et de s'y 
etiblir et d'y faire commerce. Que même les nommés Joseph, et Jacob 
Dalpuget père et fils, Lange Mossé et ses enfants, Nathan Astruc père et 
fils, Emanuel et Jacob Dalpuget et leurs familles, ont obtenu le 9 déc. 
1734 une sentence du Juge de Police de la ville de Saintes qui contre les 
conclusions expresses du procureur de S. M. en ce siège, leur permet de 
s'y établir, et d'y tenir entr'eux une boutique ouverte ; et comme une 
pareille entreprise est directement contraire aux différentes ordonnances 
de S. M. et arrêts de son Conseil qui ont expressément deffendu à tous 
Juifs de s'établir dans le Royaume sans en avoir obtenu des lettres 
patentes, S. M. par les mêmes motifs qui ont donné lieu à ces differens 
reglemens, et ceux qui l'ont déterminé à rendre l'arrêt du 21 janvier 
1734, Voulant prévenir par l'expulsion de ces Juifs le préjudice et les 
desordres que leur établissement dans la généralité de la Rochelle et pais 
d'Aunix pourrait y causer, Oiïy le rapport du S r Orry, etc, Le Roy étant 
en son Conseil a ordonné, et ordonne que les différentes ordonnances et 
arrêts de son Conseil concernant les deffenses faites à tous Juifs de s'éta- 
blir, et faire commerce dans le Royaume sans la permission expresse de 
S. M. seront exécutés selon leur forme et teneur; et en conséquence sans 
avoir égard à la sentence du juge de Police de Saintes du 9 décembre 
1734 que S. M. a cassée et annullée, ordonne que les Juifs Avignonois et 
leurs familles actuellement établis dans lad e ville de Saintes, et dans 
celles de Rochefort, Cognac et autres villes et lieux de la généralité de 
la Rochelle, et pais d'Aunix seront tenus d'en sortir sans aucun delay, 
leur fait deffenses d'y séjourner ni d'y rentrer sous les peines portées 
par les ordonnances rendues contre les Juifs. Fait pareillement S. M. 
deffenses à tous les Juifs Avignonois, Tudesques ou Allemands, expulsés 
de la province de Guyenne, et à tous autres de venir s'établir dans 
lad e généralité de la Rochelle, et pais d'Aunix sous les mêmes peines, 
et à ses juges de police et à tous autres de les y admettre sans per- 
mission sous quelque prétexte et condition que ce soit à peine de déso- 
béissance. Enjoint S. M. au S. Bignon, commissaire départi, etc. Fait 
au Conseil d'Etat du Roy tenu à Versailles le 31 e jour de mai 1735. 
Signé Phelypeaux. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAELITE 

DE PARIS 
PROVENANT DE LA GUENIZA DU CAIRE 



I. Bible. A: Textes sur papier, 182 numéros; sur parchemin, 200; B: Massora 
et transcription en ©a nN, 24 ; C: Versions, 70. Total : 476 ; I) : Ecclé- 
siastique de Jésus beu Sira. 

H. Commentaires bibliques. A: Textes de plusieurs feuillets, 134; B: Feuillets 
simples, 311 = 445. 

III. Rabbinisme. A : Talmud, 100 ; B : Règles et usages, 302 ; C : Halakhot, 61 ; 

D : Consultations, 50 = 503. 

IV. Liturgie. A : Textes de Rituel, 302 ; B : Règles, 65 ; C : Pioutim et poésies 

diverses, 485 = 852. 
V. Théologie. A : Philosophie religieuse, 83 ; B : Morale, Saadia, Maïmonide, 83 

C : Sentences. 26 = 191. 
VI. Mystique. A : Zohar, 43 ; B : Kabbale, 184 ; C : Segoulot (amulettes), 23 = 250 
VII. Histoire. A : Récits, 44 ; B : Romans, 10 ; G : Légendes, 22 ; D : Contrats 

117 ; E : Lettres, 244 ; F : Comptes, 99 = 536. 
VIII. Sciences. A : Physique, Chimie, 3 ; B : Médecine, 77 ; C : Mathématiques, 7 

D: Astronomie, astrologie, 16; E: Calendrier, 79= 182. 
IX. Linguistique . A : Grammaire, alphabet, traité d'accentuation, dictionnaires, 55 

B: Textes judéo-espagnols, 28 = 83. 
Une centaine de pièces, en caractères arabes, ne sont pas classées. 

I. Bible. 

A. 1-382. Textes sur papier (182) et sur parchemin (200) de provenances 

diverses et de tous formats. 

B. 1-21. Textes avec Massora en marge et sur les bords supérieurs; 

papier et parchemin. Formats divers. 

22. Idem sur Zacharie, xi et suiv. 1 f. in-12 ; parchemin. 

23. Fragment de Bible écrit en abrégé: Jérémie, xliii, 3-xliv, 9, avec 

accents ordinaires. Le daguesch n'est pas marqué. 1 f. in-8° large. 

24. Bible écrite en iz:"3 n"N. Écriture carrée moderne, 29 ff. in-4°, en 3 

cahiers, dont le dernier est complété par 1 f. restauré. 



108 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Versions. 



C. 1. Genèse, xxv, 19-12, avec Onkelos et version arabe de Saadia. Texte 

en lettres carrées avec vocalisation ; versions en écriture demi- 

cursive. 1/2 f. in-4°. 
2. Onkelos, Genèse, xxxi, 10, 35; vocalisation intermittente. Parchemin. 

Écriture carrée. 1 f. in-4° endommagé. 
3-34. Morceaux divers de la même version (papier et parchemin), en tous 

formats, y compris un fort cahier in-4° très mutilé. 
35. Fragment de cette version : Ezéchiel, i, 10-19. Écriture rabbinique ; 

texte vocalisé. 1 f. in-8°. 
3G-9. Version arabe de Genèse, xvm (notables variantes avec l'édition de 

Saadia), xxiv, xxxv, xlix. Le 3 e morceau mutilé. 
40. Exode, xtv, et suiv. 4 col. à la page de 11 lignes. 1 f. in-4°, parchem. 
41-70. Morceaux divers de traductions en arabe (pas de Saadia). 

D. 1. Ecclésiastique de Jésus ben Sira, ch. xxxvi, 24(29) à xxxmii, 1. 

1 f. papier (0,16X0,12). Avec versets et mots isolés pourvus 
d'accents et de signes de ponctuation. Feuillet unique d'un 
exemplaire différent des deux autres retrouvés également dans 
la Gueniza. Édité et reproduit en fac-similé, entre autres, dans 
cette Revue, t. XL, p. 1 et s. Voir aussi Israël Lévi, L'Ecclé- 
siastique, t. II, p. vin et s. 
2. Extraits de l'Ecclésiastique de Jésus ben Sira. 1 f. petit format (0,143 
X 0,100). Contient les versets suivants : vi, 18-19, 28, 35; vu, 1, 
4, 6, 17, 20-21, 23-25. Voiri&id. 

II. Commentaires homilétiques, Midrasch. 

A. 1. Généralités midraschiques, en arabe ; longues citations en hébreu. 
Écriture rabbinique égyptienne. Rubriques en lettres carrées. 
Début: taNOpN N1DN ÛNOpN nD7JD T?N ^Op3D TTP3 "»D1 

...»tpe bn«b« aopbN )»v ttoaabN msmb». Fin : nn?3^3 dsdî 
nvy rra yn-i7:rî rcab. Papier. 2 ff. in-4°. 

2. Fdem, id. Écriture africaine. Chaque alinéa commence par ibsp 

rttabub». 2 ff. in -8°. 

3. Explications philologiques sur Genèse, Exode et Lévit. ; citations de 

Maïmonide, comparaisons de l'hébreu avec l'arabe et le grec. 
Écriture rabbinique orientale. 23 ff. in-8°. 

4. Fin de préface à un commentaire sur la Genèse. Écriture africaine, 

peu lisible. 1 f. in-4°. 

5. Autre préface d'un commentaire arabe sur la Genèse. Entête TVnvpn. 

ire ligne inbttD ->d o"? "îroi rnaw srin «jabs. Fin : &nn3N ^ 
5*<-i3 miB&nn b«pi rmn bio. 1 f . in- 4°. 

6. Préface et première p. d'un commentaire homilétique sur la Genèse. 

Écriture africaine. Début: tnïib DT*ri IM^^I tP3ï«n inncrv^ 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 109 

vtt a*b 0*73 b*aa wy na'wna navi» ">a aminbij Fin : taia?: 

(?) 
"m ïmsna airain ht rrev niyna n^a rwnn. 2 ff. in 4° 

Mouillures. 

7. Introduction à un comment, cabbalistique de la Genèse, avec rj^jpa 

Sur l'air ("jnb) sofiam nova, signée Abraham Az. Ruben Cohen. 
Elle cite Isaac de Lattes ; à la fin, un poème en tercets. Écriture 
africaine. 3 ff. fol., encadrés de textes en lettres carrées. 

8. Commentaire homilétique sur Genèse et Exode de rPUïfina à tnio. 

Écriture analogue. Début: rttt mbN t:p ^TOm nbaonn "WOia 
b*artDn tki iN-na. Fin : S? tmTO*n ma*na aa>n piain t**b\s 
'^n nai '73N nan. 6 ff. in-4°. 

9. Explication de la Genèse, m à vin, selon le système de Raschi. Écriture 

rabbinique. 5 ff. in-8°, mutilés en haut et en marge. 

10. Commentaire delaGenèse, sections na et ^b ^b. Écriture et formats 

analogues au précédent. 2 ff. in-4° dans le même état. 

11. Id. sur Genèse, vi à xv. Ecriture analogue. 8 ff. in-4°. 

12. Id. sur la Genèse, vm. Début: vm "n»fin a-ipttai i»Ta naa-ittn 

rmnari •»»■■ b« Tan naia camzjbttja. Fin : 'wann "pyri !-iann»i 
^ararî Rim ...n myst^NI "nnarr &om. Ecriture analogue. 2 ff. 
in-4°. 

13. Midrasch, en arabe, sur la Genèse, depuis les histoires d'Abraham et 

d'Eliézcr jusqu'à celles des femmes de Jacob. Écriture rabbinique 
égyptienne. 13 ff. in-8°. 

14. Commentaire homilétique sur Genèse, sections NSTH jusqu'à '«aa"n. 

Lacune. Puis a^asOT. Début: J-pKi» Ma ba '73N b"T 'nia rrpnb 
mnbab '^a '*aa aarrnN ■psjo n»w i3N q*< a^aab p^a r-na«b 
&nar». Fin : ib mn «b ...^ina nnraia s-nwa rrn ax a"cn 
lab rvaa. Ecrit, africaine serrée. Notes marginales serrées. 8 ff. 
in-4°. Comp. 34 (33) ci-après. 

15. Id., sur le Pentateuque, depuis &n*n jusqu'à anaa. Début: "»aTiw nan 

rrnnn ^a-nia 17a nai-DT mnrna -na-i mn rv»r mp^n i-inby. 
Fin: anaa nfcaH a^nai ^N73 iT^a» n"«. Écrit, orientale. 22 ff. 
in-4°, dont le 1 er mutilé. 
16-17. Midraschim en arabe relatifs à Jacob et à ses fils. Écrit, africaine. 
Citations 'nbw* lb«p. lo 9 ff. in-8°, 2° 8 ff. in-8°. 

18. Comment, homilétique, fin yp73 et commencement de tam. Début: 

nar: •pimo sropi 'in tarata 'a r6« Sjoima -amaTm ^annar 
naiN. Fin : ■piab a-iba hni-i rrN arcv ^aaïaa bas. Écriture 
orientale. 2 ff. in-8° (f. 54 et 57 d'un cahier). 

19. Midrasch en arabe, sur 3123*1. Début: imctbiN nypNi aaaa taûisb 

"ima-iai ysmbti 'yn pnba "fbrtÉn. Fin: ta«ab« ">pNa *p a^aai 
Er-iaa nay irnaa ba "pria arwa. Écrit, orientale. 2 ff. in-4°. 

20. Commentaire sur les sections a^i et ypft. Écrit, rabbinique. 6 ff . 

in-4°. Ecornés. Notes en marge. 

21. Id. en arabe, Genèse, xlviii et xlix. Écriture carrée. Début: lasvn 



110 REVUE DES ETUDES JUIVES 

man n?aa t<b« 173 pababà mari imnp^i. Fin : ^373^ 173 itotm 
p-ns irrsn». 3 ff. in-12. 

22. Commentaire midraschique sur Exode. Écriture judéo-allemande. 

Début : û*î73U"inn -n73wa ri 73 a nansn ^d nDiai m« ^niai 
nanab. Fin : ro-ia a-obrr aiprr»™ anp73 as ibrtb -mata am 
hribnWB, 6 tf. in -4°. 

23. Commentaire midraschique sur le Cantique de Moïse, Exode, xv. 

Ecrit, carrée égypt. 14 fragments in-4°. 

24. Commentaire midraschique sur Exode, xix, avec référence au Talmud, 

au Midrasch Rabba, au Zohar. Début : sort *n733^ia fïâ inim 
amby û^m rapasi i^a» ^ni rrbsna ùuî73. Fin : S? tpor ^a 
wb* p->D'£73 rrnN pBÙJ*» irra 3TO& inNan. Écriture rabbinique 
orientale. 6 ff. in-4°, endommagés. 

25. Paraphrase arabe du Décalogue. Incomplet au commencement et à 

la tin. Lacune au milieu. Début : 3*nnba N";rfb D">b Traîna ita73N. 
Fin : (dans le 8 u,e commandement) —mnfosn Ksbrtbaa Einbsi 
bri73 ^003 "nafin. Écrit, carrée. 6 ff iri-16. 

26. Midr. en arabe, 1° sur les 3 e , 4 e et 5 e commandements; 2° sur les 

sections nu;3 et ^mbyna. Écriture orientale. Début: ^inab» 
p^nsa aaia biab -p^v ^w ^r\x xby irïmpœ:. Fin du 2° : 
rTO73n Y 35371 w:3 Niab TWs ^ina3 thon rr-^nai. 3 ff. 
encadrés de rouge. 

27. Commentaire arabe sur Exode, xxu et Lévitique, xx. Versets en 

rouge. Écrit, carrée égypt. Début : p-iirnbN 173 T38 "jrap }y TEn 
"syxb« r?y. Fin : Dr73-i73naro73 «b arP3i73-iiO 'rb tanmaiyb. 

5 ff. in-4°, parfois abîmés. 

28. Midr. sur la fin de la section *nm, sur les sections û^UDiDTS et ïlEnn. 

P. 1 au bas, citation en petite écriture, d'une autre main. Écrit, 
africaine, encre rouge, peu lisible dans les premières pages. Fin : 
DWïsîHS — û^73^N73 .... UTt'ûTi ma îs^n D"Wtranb annaa. 
Cahier de 8 ff. in-4°. 

29. Midr. sur l'Exode, section Û^3D1D73 au complet. Feuillets 164-169 de 

l'ouvrage entier, écriture rabbinique pour les 5 premiers ff. et la 
tête du dernier. Le reste en écrit, africaine. Début : "n? l^a 
ïrnarj m ew»3ii ïib^b 'T3n 'sb nns cm. A la fin, en marge : 
&ra"î*n bttJ ttHp bnpa, puis cette signature ^-wa-pa cr;?3N. 

6 ff. in-4°. 

30. Explication d'Exode, xxi à xxx, et Lévitique, vr. Références aux 

autorités religieuses, p. ex. ï73£3> b"0»i ïWMTiri aann ^73^1, 
puis au verso du 1 er f. après la rubrique N\Z5n "O, ces mots : 
bvn&i by arn Nin obiyb a"maa tpa "o n73N l"i«am. Écriture 
carrée égypt. 2. ff. (1 er et dernier d'un cahier) in-4°. 

31. Midr. sur 3 sections de l'Exode, xxiv à xxvni. Chaque fin de section 

est signée, en ligature : *nra73 ï~mrp. Notes marginales, 
Allusions mystiques à la formation de l'homme. 2 ff. (43 et 46 
d'un cahier) in-4°. Écriture orientale. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 111 

3*2. kl. sur les sections naiin et ÏTWSn. Références au Talmud et à 
Raschi. Au dernier v° une date: Samedi 11 adar I 5451 (lOfévr. 
1691). Écriture africaine. Fin: fcarhbta *b3 aa iap T9i -IÏÏ3D1 
mata a aa^N qm" 1 fcsrnabpi. Écriture africaine. 2 ff. (1er c t 
dernier d'un cahier), in- 12. 

33. Commentaire en arabe sur les derniers chap. de l'Exode. Début : 

•ja "in-u-" aa^nba ^ ana a*aa n'^ab» 'H i nn« npin Sap 
•pan. Fin : capabs .... 1* .... n&naabîo 3Ni3N ba nNbnaav 
Écrit, orientale. Première et dernière page presque illisibles. 
16 ff. in-4° se suivant. 

34. Sur 'Snp-'T et fb Mb©. Écriture africaine. Début: fa .—mm la 

oia WMn a ta rmûrao anpa baœ '"«ara Ërairbn pi cnjraan 
rra». Fin : arrais abiab ainan ïmœrn nnaab oaiN ^a pb-rt «b. 
2 ff. détachés (in-4°) d'un Midr. complet. Petite écrit, africaine. 
Note marginale en lettres microscopiques. Cf. n° 14 ci-dessus. 

35. Commentaire midraschique sur les sections lit et yHT'n. Écriture 

rabbinique. Début : "lin Nina fvnaarîl jwb *B b"T "nna. 
Fin : nna dn i« Naaa .... -pviy rrena y<tn B"*an Naaa aara 
H£D «bi *aarr. 2 ff. fol. très abîmés. 

36. Id. sur Lévitique, vi tin, puis 12£ et ïWttp. Même écriture. Début: 

naiman -nsatri ana nbraann mon ^d b* nmbion -nsatn pi. 
aracrs ^-n ba» ann liants "iaa iann m y -noa t»b* wnai. 2 ff.in-4°. 

37. iitf. en arabe sur Lévitique, xxi. Écriture carrée égypt. Début: "JND 

a&nabs n^nath "»b aNiaa anb oaabN 173 arma. Fin : la *jn k?m 
■«an o^b ban mpbB btrna-» la &nn ba>sv 4 ff. in-4°. 

38. Id. sur la section TIEN. Même écriture. Début: ï— .anbttJ Nnnta *»b 

mb^nDH bs m mmonb "p-iaiia '*»s b"T aa-in rr*b»a nbn*. 
Fin: nnsn la nnv navisb naïaa hotvo nab». Nombreuses 
ratures. Corrections et additions. Indices d'autographie. 8ff. in-4°. 

39. Commentaire arabe sur Nombres, 1, et Deutér., xxn. Début (version 

chaldéenne) : Nb"»n psa ba «b^abi "paia i"ma* la «mai ba* 
Au verso du f. 2 : a^aiNabN yyn Ton tnatr Puis : *fi»bnb« ya 
œiTB ba. Écrit, carrée égypt. 4 ff. in-4°. 

40. Commentaire midraschique, fin de la section r^a et ^mb^na. 

Début : p">b*i an a^b-na an aa naib an aa yysnry lym ^ana 
nnp -«aaa tbib T"©. Fin : *pnb ^anb anbab aiara» bn t**bn 
taana anb n7aa »bi *ps ^pnac taon. Petite écriture orientale. 
2 ff. (f. 278 et 281 d'un cahier) in-4°. 

41. Commentaire sur Nombres, xi, 6 et suiv. Écrit, rabbinique. Début : 

^"■n awaa hidto ha n"^n inix nan «ba d"j>nid wïi tayn 
. ..r-naibn baionia yvn im nania. Fin : "na^p «nbai aaunp 
nain fcnpa ^a^sbl. In-4°, mouillures, 1" f. écorné du bas. 

42. Commentaire midr. sur Deutér., iv et v. Écriture analogue. Début : 

a-na^ nt *aiaNara mbapl mbbnn nanb nbaoïan naan *n(n) 
...^jS ht aao *r&îyy "iann. Fin (encre effacée). Notes mar- 
ginales d'une autre main. 4 ff. (paginés 64 à 67), in-4°, trous. 



112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

43. Id. en arabe sur les sections pba, mp, *p nbl», ^mb^m, indiquées 

en tète des pages. Début : tznpabN ^D fmai» ■p-nnaobK "iDtO tt?a 
aa^-i .... Ins. Fin : aanp 'yn pnba nb b«p km iu n"y rw 
t-nrD b» Y 5 - Écrit, rabbinique égypt., sauf 2 ff. d'écrit, orien- 
tale. 15 ff. in-4°, les uns numérotés (entre 262 et 284), en partie 
mutilés. 

44. Commentaire midrasch. sur les sections NŒD et fnwtia. Notes 

marginales. Petite écrit, orientale. Premier r° pâli, peu lisible. 
Premier v° : -nb mms mn&* r^yu -i»Kb i-nn EroKbïan "naa 
■...vnvn» "O irm. Fin: ^nna «bi D'nrata nrn abira rrnnb 
.aan ,*m53Kn n^ns Nan abiyb aana -jy «sa» 2 ff. in-4° (ff. 277 
et 282 d'un cahier). 

45. Id. sur les sections npin et pba, outre la fin de mp. Écrit, rabbinique. 

Début : fcaroTOma nna pâma mian« ^aan na rrnaiB mna 
aaby:;n nsiab Tan, Fin : "N-ibsn (?) *a bnm 'rn du: cponm "«ao nn 
..&£)?! "O. (trou). Notes marginales d'une autre écriture (alle- 
mande), quelques notes renfermant des noms propres. 8 ff. in-4°. 

46. id., sections npin, pba et onsc. Chaque homélie contient une partie 

intitulée fTnaat»» navo. Écrit, orientale. -Au f. 2, au milieu: 
btnia^b Epia îansa n^nu: pn ht tpra *jb rroy bw *pta rrt 
ûûay -f^im 1HN ama, ou explication par Gematria. Puis, en 
lettres carrées, le nom aa"nDN 'ri, précédant la section pba. A la 
fin, parallèle entre les sacrifices du Temple et les divisions de 
Tannée. 6 ff. in-4°, abîmés. 

47. Id., pour les sections *a>Oai niîaà. Petite écrit, orientale, devenue 

presque illisible. Trous et déchirures. 4 If. in-4° (ff. 306 9 d'un 
cahier) . 

48. Id. sur "pnn&n et apy. Extraits du Talmud, traité Maccot, Sanhédrin, 

et Berakhôt, relatifs à ces deux sections. Écrit, cursive judéo- 
allemande. Titres en lettres carrées. Marge intérieure endom- 
magée. 4 ff. in-4°. 

49. Id. sections i-ï&n et 63TOWti". Écrit, africaine. Début: VWD laTa 

aa^;a a-w-ip dpn pa a^av-ip ansan «b» a^a ansa a^ama anN 
tarsa ar^a nba p£tm. Fin : 'vfcra van pisr mbàa piaca 
.. .naia>a a; ....TB"aa. Intercalation d'un comment, sur Ps. ; cxv 
et du Yalkout sur Isaïe, xl, 1 . 2 ff. in-8°. 

50. Commentaire midrasch. sur les sections B^taBïlS et r^srn "D, puis sur 

les Ps., xv et xvi. Écrit, rabbin, égypt. Le haut des pages en 
mauvais état. Début: .... irhaai ,naiaa baw» bwaai ia-na 
nbnna by Nam y-isan nbaa. Dernière page, au milieu : aipaai 
r-iarca nan** nanta 1 *. 14 ff. in-4° fendillés. 

51. Id., sur taî^aata et la-Tfctti. Écrit, africaine. Début : rra rî"*ïTS3 D"na:» 

lanay ntea nN aan ansa "pata . . . tnaa «as"p Tay "pwa aa-'nay 
aa*nan anpa. Fin : va "»a nanab nu?*** *w» n&nn nny piaaa 
tanbtt"> îipm. 6 ff. in-4° en mauvais état. 



LES MANUSCK1TS DU CONSISTOIRE ISRAELITE DE PARIS 113 

52. Homélies, dont lune pour le Sabbat nniD. Même écrit. 4 11'. in-4° 

coupés en haut. 

53. ld., surlsaïe etJéréroie. Écrit, rabbinique. Début: ^NTw' 1 "^Cia 

-rittp "p* a* *j^ Dri 3 a^-isma rraraïa. Fin : firçnoeri mairta 
^i^d i3"»Nia nsnn nbarob d^wd-. 6 ff. in-4° fendillés. 

54. Commentaire arabe sur Isaïe, xl. Écrit, carrée égypt. Début : ï"i£pl 

irmn rrW7 biN Don ^br y»ai nh-dn ^ba rmnn ^s ne* nsn 
En»? 'n. Fin : rnawbK ^a «na» rwr 'jn aba"< pb nrrcJK rra 
pW "!N. 2 ff. in -4°. Le deuxième f. écorné en haut. 

55. Ici., sur Zacharie, iv, 10, et Proverbes, xv, 8. Ecrit, africaine. Début : 

■o-mzn in \a anpn aô û&tbaî ap"> rrv*a V: nban ^s fon ibv 
Fin : Sawaba jo ^ ba mai T&WTabK u&MmbN bn?aa rmnb«s 
2 ff. in-4° (dont un blanc). 

56. /rf., sur les Psaumes. Écrit, rabbinique peu lisible, versets en lettres 

carrées. 14 ff. in-4°, dont plusieurs endommagés. 

57. kl., Ps., li-lv et lx-lxiii. Écrit, africaine. Début (fin de Ps., l) : *ps 

■pai» ^bna lia» ^as* pngfbfli Nrs^ rrpéï». Fin: rnpw p" 1 
spïabNa mnmobK *ud pib&n «tobiobK vn»»*?»-. 4 ff - in - 4 ° 
(déchirures). 

58. Double comment, des Proverbes, nVaEn -nfira et a"nan- m&oa, par 

Lévi ben Gerson, îàvi. Ecrit. rabbinique. 12 ff. in-4°. 

59. Commentaire philologique et philosoph. sur Job, xn et xv, nommé : 

nynn rnbtt *-n&r>a par le même. 2 ff. in-4° d'un incunable 
(impression de Ferrare, 1477)). Trous. 

60. Commentaire sur Daniel en arabe. Écrit, orientale. Début : awiob&n 

na"*ia nbi-i ûNiabsb a-io nna na73>Na rnftrcn. Fin : i^a fan 
a^noban iN©73nbN mmo by ban "sanba lis* ■*©; 6 ff. in-4°. 
Trous. 

61. Comment, midrasch. divers. Petite cursive rabbinique. Début de la 

première col. ou longue note marginale : n"73 ^y 'ï mai Tiarn 
rnina amsi ^567372 rrrra bin: b^sso ban prtwo '»n. Fin : 
to pria nbo (?) 'a 'a Sirraa aN &w rrovtf Nïbfit. 4 ff. fol., 
délabrés à la marge extérieure. 

62. Homélies, dont une de Hasdaï Crescas. Écrit, orientale. Au f. 4 est 

cité Yehiel de Paris. 8 ff. in-4°, coupés et écornés. 
63 /cl., D"n72Ê«3, dont un laon?. Citations du Talmud. Écrit, analogue. 
12 ff. in-4° délabrés. 

64. Commentaire sur des Agadot du Talmud et du Midrasch. Début: 

barrais -îw&n laa Nip *srfa la» mn na "iTïbM 'n siwna «ma* 

•_ . ■ w , 

tdinu: dn. Fin : ->ra 'a ar>ana viaanm t"j>:> vzxy nai7ûa >oa*. 

Petite écriture africaine serrée. Au milieu du cahier, 8 ff*. d'une 

autre écriture, plus nette, soit 14 fi", ^complet). 

65. 3^03 'nb miETi « Sermons de R. Nissim » en titre au commencement. 

En marge de la p. l, rémunération suivante : ."nan y^rà} 

nao vzv rrt] wV «b 'iai nra w .*n;obnn Nia73i '21731 ainsi 

T. LXII, n° 123. s 



114 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Molle écrit, rabbinique. 1 f in-4°. 
00. Homélies. Écrit, orientale devenue illisible. 4 ff. in-4°. 

67. hl. Début : rrasJwi TTrarw ^wa rvrôm p *iairï "pwa nwfi* pb 

iTWDab mbDïi. Milieu du premier f., paginé 79 : FVfiJO firn it 
...y-rn I73n3 na bfirratcl 'i d:»n it firur.p ^x-nna profit 'n. 
Au f. 87 r/ : b-mn 'b. F. 87 6 : "W. F. 88a, un renvoi au f. 184. 
En tète, ces mots judéo-espagnols : t^d "W nnynttJ nain, «dû 
soixante-seize ». 3 ff. in-4°. 

68. Extrait de Midraschim (Sifre v, passage sur le schofar) Écrit, afric. 

Début: ...viDa strp* 'i mn T":"n ■rçnriîaa pioar; naaa finm. 
' Fin : ariTo 'fi* ûifi* vn 'a trnirNi npibrn ai ■pa*' nT sz:"" 1 ^"! 
Tiabra KX733. 6 ff. in-4°, dont plusieurs en mauvais état. 

69. Explications homilétiques en réponse à des questions. Au début: 

!-T2pT vby yiDpfi* STOintl mspm. Au bas du vingtième f., v°, 
on lit la signature Drtnnbaa ^bNDi na"<bfi*. Fin : "»nw rrab» ^D 
a"? maa ^»p« ïrîa'îi. 4ff. in-4°. 

70. Commentaire midrasch. sur divers versets, Ps., cxn, 5-7. et Prov., 

xxn, 2, précédés chacun des mots b""' iw. Le deuxième comprend 
des citations du Yalkout. Début: mu "H^b nfioa"» sbffl TnrtN 
npix bapb it. Fin : amafi* bc imrraœ b? n»nb aman fi*auj b* 
^72fi*.p*7a. Écrit, africaine. 2 ff. in-4°. 

71 . lit., UL Même écriture, mais plus ancienne et plus claire. Notes mar- 

ginales en lettres minuscules. 7 ff. in-4°. 

72. M., partie relative à Ruth. Notes marginales. Additions et correct. 

Indice d'autographie. 6 if. in-4°. 

73. Oraisons funèbres. Écrit, orientale. En tête de la première page : 

3"uu a^rtn nom bs fi*bfi*. Au fol. 2, v°, en 5 longues lignes 
arabes, un reçu pour règlement de compte, ni signé ni daté. Au 
dernier v°, règle pour le divorce d'une femme stérile. 3 ff. en 
col. 8°. 

74. M. Écrit, africaine. Épigraphe : ">n*aB33 1U3N n?3-ïfi*.n bfi*. naaraK ^a 

■vmaab. Fin : mb ^rfi*. ararra fioaio *aba fisaxin -jp3D ty "nri. 
Au v°, commencement de Hagada pascale en arabe. Lettres 
carrées. 2 ff. en longues col. 

75. Paraphrase du Midrasch Rabba sur la section *p *p. Même écrit. 

Début : ta*obiri vn n"by fiôrc iy amafi*. -ien .^b *p ma ^"a 

■«bxa a^a a^auji. Fin : ti ■'as Y»*n it nberob ia-»;an »b\ 4 col. 

pareilles. 
70. Notes midraschiques. Première épigraphe : '■ftirn O^Ettîn irTOtt^ 

y-ifi*rr. On trouve cité R. Hayim ben Acer., le Sa^an* "pHJb, etc. 

Même écrit. 65 ff. en col. formant 32 cahiers. Le deuxième et le 

troisième très endommagé et troué. 
77. Notes pour la section "H73N tirées du TO"fin. Écrit, orientale. Début: 

nrima la* 1 pnsa lama wnu y» ann m. 4 ff. in-4° (dont 

1 blanc . 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 115 

78. Extraits divers, intitulés l"y ^sa ©TTlb S"n "nai» û^nûNtt ï^£p 

«T1M i"DD. Écrit, africaine. 2 ff. petit in-4°, dont 1 blanc. 

79. rmnn poy, derniers feuillets. Même écrit. Début: i-ininn lao 

'idt ^pn« rrnari "pbrmna ia"»ai r»s>5a; Fin : bia iwo m b* bat* 
13T3 nrr^bfiNZ) n?a ^"n ims. 4 ff., dont l blanc. 

80. Leçons pédagogiques. Même écrit. Début : fiy epan ^bibnai» 173D 

1»t Kim mnbna -isaniribi rnnmôn npnnb inrs pn :nap 
a^a«n Fin : iiïmD mars «Ma èwto DnNiz: ..îri-OTM "wn 'n 
*-ian b* 'Dm... 4 ff. in-4°. 

81. Extraits d'un long commentaire midrasch., commençant au milieu 

du § 144. Au commencement du § 145 est cité 'Ta Va"ïNnO"i3 ,m \ 
sur Nombres, x, 26. L'auteur doit être un disciple d'Alcheik. 
Avant la tin, un renvoi à Obadia de Bertinoro. Ecrit, africaine. 
4 ff. in-4°. 

82. Pages d'un long commentaire midrasch. sur l'Ecclésiaste, zi, 2, et 

sur les derniers versets du même livre. Ecrit, carrée. 8 ff . in-4°. 
Troués. 

83. Fragments d'un commentaire midr. Ecrit, carrée égypt. 5 morceaux 

fendillés d'un feuillet. 
84". Pages éparses de Midrasch. Écrit, africaine. 8 ff. fol. tombant en 
poussière. 

85. Grand répertoire de dictons rabbiniques. Complet en 014 n os . Écrit. 

rabbinique. 10 ff. in-4° à 2 col. 

86. Extrait de la Pesikta de 11. Canna, correspondant à la p. 135a et 137 6 

de l'édition imprimée, commençant (3- ligne) aux mots t^np^OE 
otwd '~n itp 'n l p3-pD7û «a^TBoa "pno 1 !. Fin : *"a*ip na nnar 
...ibib 1 »» ÏTlWli 1 f. in-4° délabrés. 

87. Massora (ttb;a et "îon), alinéas, Lettres grandes ou renversées, pour 

Genèse, î à xxviii, sauf longues lacunes. Écrit, africaine. 5 ff. 
in-4°, dont 1 blanc, abîmé en haut à droite. 

88. Ici. , Exode, i-xxx, plus concise. Écrit, analogue. 2 ff. in-4°. 

89. Halachot guedolol de R. Perahia "jTnn Halfon. Écrit, carrée. Début : 

Dwn )mn rrms n^ p(a)iab mbna ïaHt. Fin : nanara inbà 
rwa-jfin D^aïai m«tt yliun]. 1 f. in-4°. 

90. Midraschim. Feuillets pulvérisés. Écrit, africaine. 

91. Midrasch. Textes relatifs au patriarche Jacob. Début: Ï131573 NT! 

...im&wjs rpjaœb niana n?:^ n; mannbi. Fin : Sdid àb -«si 
Ta nain ^a nb itoni na id« rnm may pia 137373 ann. Ecrit, 
rabbinique. Notes marginales en écrit, africaine. 2 ff. délabrés. 

92. Ici., devenu illisible. 2 ff. fol. 

93. Comment, cabbalistiques sur la Bible. Début: '-aôaa nbnSfi ûnrm 

^in 'na^ n»b ta"n bbaa bbaan dp ann nihu: itoni Dm». Fin : 
toaia ïitDMNn n» "pi '33 «b» r-n-ibin riba bn«a ïtokti rram 
...'am. Écrit, rabbinique. 9 ff. in-4° fendillés. 

94. Comment, sur les Haftarot de n-TOina et de m . Début : Hanaiû i&ô 

nanaœ p p fwnaia isô nabiai. Fin : ^-aia» ti* mm r^bi 



H6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

■pfcbl b"T "ISTia*! ions p yiNn nrnab. Cite Saadia gaon. Écrit. 

orientale. 4 ff. in-4°, mouillures. 
95. kl., sur Exode. Môme écrit. Début : "TW^il Nïia 'T'a rra->N1 nar 

..."•dd by -o "îasmïlb. a la dernière page : mina maya iio *3 

a"yaia min yoiaai anaatt. 6 ff. in-4°, délabrés. 
90. Courtes notes mrdraschiques sur la tin de la Genèse et sur l'Exode, 

depuis *Ti73t» jusqu'à ta^BDiO». Début: bs: mn triaip-i ïi^N 1T 

iTay br r<np m a-ina "pra. Fin: im&nb ... b^aioa mm©» 

. .."I73N. Même écrit. 2 ff". in-4°, abîmés. 

97. Comment, relatif à Moïse. Écriture carrée égypt. Premières lignes 

complètes : tarrpïib namba tke "îenaa -o mapnntttt nnuon 
Dsiaa ibN rmyoa "la^ym mnyb D^isb -ou; fn». Vers la fin : 
Sa^an naab TiN73 ny rraiat* nb«n D^b^Bîi nby»v 2 ff". in-4% 
délabrés et troués. 

98. 1(1., sur les sections mm et ta^DES». Petite écrit, rabbinique. 

Début : mn*n by natmo iy7aur TOto -173 «ta 'pn ^cb '7abiaatt ib. 
Fin : ">7a«5 maya y"N tanTaana -idw mn -o a"nan riTb nnN n6i 
SHnar». 6 ff. gr. in-8°, coupés. 

99. Id., sur Lévitique. Écrit, orientale, première ligne complète : TTYMH 

maT- y-vïa ptrrai axa iwa nna nyaa TioNmc amrt m Sy. 
Vers la tin : taraa-n7aa -)^r t *p mmo*» 'm &aan"i7aa nosnm 
D-ma-n ^aiaa ib«n. A la dernière page on lit : amas 'l ï»n 
■pm rtb723. 8 ff. in-4°, en mauvais état. 

190. Id., sur Isaïe, v. Écrit, rabbinique. Début: r-i&n 1©T1 Tiyi 1K"1 
*-na-iyi n^nnia ibbenn Nbia la^a-» ab 'ï-i bys. Fin : ax iba tn 
..«ïïWinn a:n:7aa a-ma citm vn ,, a baw. 2 ff*. in- 12. 

101. Midrasch sur Lamentations. Après les premières lignes, trouées et 
mouillées, la cinquième ligne dit : ■«a'uraj ""fl Tiaa IJTBSIS a"y"ao 
■«a p« w»c ny r-iNTb aa aab inia Nb ia"in72 mbyb ^w. Fin : 
tansn rm nym ban b-a m i;aya Dm nan ban nr aav Écrit, 
carrée égypt, 2 ff'. in-4°. 

102 ■J" ,D ' ,3D " "HKa. Mesures dos meubles sacrés du sanctuaire. Écriture 
rabbinique. Début : ^a an -narpa acpïl pwôn -ma "p rmn 
n»N D^n7:N *ia ama "jnbiarï. Fragments des 2 dernières lignes 
(coupées) : -a-n s"na ... naiabn Nba rranab K?a»i anb aa-ôn 
tanbb .ÏHTPÏTî. 14 ff". in-4°, déchiquetés. 

103. Midrasch, en arabe, sur la Genèse, fin. Écriture égypt. Début : ^bm 

S^b-i oacban dctdVr nmai -«-iNa Toabin io«b«a nyo ■;« 
"fbnbii* Fin : 1731 bayb» Nib»y in "6k rmatb» rtin ^by s^ipai 
nya. 2 ff. in-4°. 

104. Midrasch sur la création. Écriture carrée égypt. Première ligne en 

tète : û-nnn -nafcn ib^sài bba rvsstti m«nb bia- 1 la- 1 ». Fin : n"t 

r-r"a"pr! bç T»rma ib« nn->a nnaa r^n>aan. 2 ff. in-4°, coupes 

d'en haut. 

lor«. Du pardon des fautes. Écrit, africaine. Début : nn vmaT» p taas 

. (•' ' . 

■nabn n7aan ma»! ind n7axu: H7a. Fin : 'm nTa^'a nia: rj?aan 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAELITE DE PARIS HT 

rtttm nsDn trm Tîpisn K*Hï3 or^nb». 4 ff. in-4°, abîmés 
du bas. 

106. Commentaire midrasch. sur Deut., xxx, 3. Ce verset est suivi des 

, (•) 

mots : '3 tt)"m ^n taTflaa '-nnn nb*73b. Fin : ,niDT: ûy nasiD 

mi73b Nin qio &"inh b3 riT. Écrit, africaine. 2 ff. in-8°. 

107- Notes diverses. L'une d'elles porte à la fin du § 1 les mots : "p^" 1 

S"pi 1B"J 1T3 Tttn fiOarTO ^rabN r>W ^17313 ; du § 2 les mots : 

*~i"n"ra rwnn, puis un alinéa commence 1 ny ( sic ) aTiian "*i73N 

1T ni2J-)D3 D"n73K73 n?33 eratttD "ne* nwnna. Écriture africaine. 

Mouillures. 5 ff- in-8°. 

108. Fragment de Midrasch, genre *nrïT, devenu presque illisible par les 

mouillures. A la première p. on lit : "«373 'N "|Nb?3 DK "173N1 p^it 
E|bfc*. Écrit, rabbinique. 2 ff. en lambeaux. 

109. Fragment de Midrasch, en mauvais état. Écrit, analogue. 2 ff. gr. 

in-4° déchiquetés. 
110-1. Ici., l'un sur la section rnp, l'autre sur Exode, i, 17. Écrit, afric. 
1° : 6 ff. in-4°, coupés du bas ; 2° : 2 ff. semblables. 

112. Suite semblable. 13 ff. in-8°, collés. 

113. Midrasch en arabe, explique entre autres cette citation talmudique: 

D3-np3 ronD iy T3i« *-\*ixn *h nb^tt hfafe^s! (îosseffa sur Abôda 
zara, VI). Écrit, orientale. 2 ff. in-8°. 
114-5. Commentaires bibliques en arabe. Même écriture. L'un avec de 
longues lacunes sur les sections yp73 à ïrfin, un f. pour le Sabbat 
de Hanoucca ; l'autre sur la section 131733. A la dernière page, le 
nom nnNntB Poutas N- Obadia, 5 Iyar 5437 (7 mai 1677). 13 et 
22 ff. in-4°. 

116. Midrasch en arabe sur la section D^aSM. Même écrit. Début : VH73n 

-iiiibs ^d ypn "pfo naypNi 12:33 irwi bfinœ^b. Fin : aaotf ->33>n 
oarrb oapbaâ nbbs \rv f»a Faxnsn 4 ff - in - 4 °- 

117. Id. id., de mttfcm à Wl, sauf lacunes. Même écrit. Début: c^3b 

'm ^psn ©ena n*Di Nis ^in mtzttna "»b. Fin : D"nn3 û-in *b« 
arm Npiai id i|d *\tnn 'p3. 9 ff. in-4° 

118. Id. id., fragment sur miûfina, npn, m«aE. Début: "p 03 V* "I* 5 " 1 1^ 

Disian tô* -m i730N. Fin: 33331 .tassairb minai ^bn n^3i 
3l3ri)3 "JND DnbS73 IN. 3 ff. in-4° ; cadre rouge. 

119. De l'importance de la ï~T3"D (bénédiction liturgique), en arabe. 

Début: nNH3 ri3N *b3H ...TTK JXKiTabK *p "p^pl. Fin : 3>N73nJN 
aiib&a «bpN* ^jbi 3>73 yo- 1 ï«i vnn"»5» *s n&tsxbN mn. Grande 
écrit, carrée égypt. 1 f. in 4°. 

120. Du messianisme, en arabe. Même écrit., mais plus petite. Début : 

nbb nba ... . b« ïTican mM b« û&pn ">di. Fin : Sa 'fiana în 
v- QTZ53 obiD .... mna nsia û"W. 1 f. in-4° délabré. 

121. Fragment de Midrasch en arabe. Premiers mots lisibles : NTriN p^us 

DTH3K ""S HTM TO ï«1 *»K:p. Fin : fin3N yTSO" 1 p^"» Db ri3ND. 

1 f. final (blanc au v°) in-8°. 



118 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

122. /</. id., relatif aux patriarches, Explique le verset de Genèse, 

xxxu, 9. Écrit, carrée égypt. 2 ff. in-8 , troués. 

123. Fragment de Mi d rase h sur la section Nlûn "O, eu arabe. Début: 

bap ûïtij yeuîm pnaxb» bibibN rï'in'» T«obK qpn N»bs 
nnîKWMb. Fin : drwwxfi — ira boa rro» ba frm b«p ■jbsrib 

DÏT2* N-*T2 N». Écrit, rabbinique orientale. 1 f. in-4°, coupé 
de 2/3 en bas. 

124. Explication en arabe du Lévit. (? 1 ou iv et xi). Premiers mots 

lisibles: inyma !ntt nh731 — iniD it V 3 na-ipr: la'npm 
"iNa^b». Fin : ^fiûb» *W ^ib» tTNïiabN. Écrit, carrée égypt. 
2 ff. gr. fol. délabrés, et un fragment. 

125. Id. id., sur Deutéron., xiv. Premiers mots lisibles : nïiKûbH ï-ïbSK 

b^bfin axibN ba&r ... aasba-i. Même écrit. 3 ff. in 4°, coupés 
du haut. 

126. Id.,id. y sur Genèse vm etix. Indication des versets en grandes lettres 

carrées, le reste en écrit, carrée égypt. Premiers mots (lig. 4): 
■pNba ^s nnab» lia -ino -ip "jn -bba ifin jwabo 'ba «-m. Fin : 
S^ibN ... -pa i-p 'patfnbKS fman "^nd. 2 morceaux in-4° 
abîmés. 

127. td., id., sur Proverbes, ht, 14 (?). Écrit, orientale. 2 ff. in-4°, coupés 

du bas. 

128. Id., id., delà création, en arabe. Belle écriture carrée. 2 ff'. in-4°, 

écornés. 

129. ftl, *d., sur Jérusalem et son importance. Début •. TD3N rpn»K*bK 

mna -inabfc* "i5«b ^a-i nb .... Fin (3 demi-lignes) : ï-Tb"W 
•p^oNb rrbbN ... psa "pa ^biNïi ■»bm mpa ... Drivai p ■'bwn 
ta)72NbN r?N. Écrit, carrée égypt. 2 ff". in-4% le 2 e coupé en long. 

130. Midr. sur les sections de l'Exode et du Lévit. Écrit, rabbinique, 

rubriques en lettres carrées. Début: ûnTT nyïïD ïthlM T&y 
mban û""pmsj ^»a lero 1 " «b nn* cm» ainnN dn -)»« D*nat»b. 
Fin : rr©3>n »b mat» b* nmairn tasia» ... dnt "«b irwon nb dni. 
20 ff. in-4°, tous mutilés de l'angle inférieur. 

131. Midr. sur Gen., xlii, Bereschit Rabba. Début: xia"> D^naa *pn73n3 

: — tt -na bwi ïit. Fin: ^a^i frib« ^b» fatb -i»ia *p *-inN 
...T* "ri* "n&nat by. Écrit, carrée égypt. 

132. Midr. sur les sections triOTip et TlEfit. Écrit, rabbin, soignée. 

Début : bpoa "jn» inN riizn*m aïs "«©y» ibet ba îa-rom. Fin : 
mssn n»»m nb*a ^na n*aiD2i namà maa errro WDKb n»"n 
*|b nb*N ^ns. 6 ff. in 4*. 

133. Midr. sur les r-nana. Écrit, africaine. Début: "pia*» m»« rtnan 

sthmjïi -no «im» ûiaa nbnrr iio enn -iizjn nsna -i»iba taiab. 
Fin : Dia73 irby ia-n naye naair naoa nra nurasi îarnn -nai. 
2 ff. in-4°, troués. 

134. Du repentir et des faux serments. Belle écrit, rabbinique. Début : 

nms Ttarwn bervo*. -naan *»k -isiba bîma^ tin»». Fin : -ton 
...izm»a wsan np-tiran aDis»ai n73Na v'i ti Ti*aiz»i i-r>33rt. 
ff. in-4°. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAELITE DE PARIS 119 

II. B. i. Utilité d'étudier la Bible. Epigraphe en lettres carrées : nns"* 
CWîn riwN anan visi» nN *|b 'n. Écrit, africaine. 1 f. in-f°, 
abîmé du bas. 

2. Préface d'une traduction de la Bible en arabe. Écrit, rabbin, égypt. 

Morceau de f. in-4° déchiré. 

3. Première page du comment. deRaschi sur la Bible. Écrit, rabbinique. 

Titre en lettres carrées : prwr 'n n»« r.nhv 'n ©YTB« 

4. Sur Raschi. ff. 1 et 4 d'un cahier. En titre : mtD&nab d"t "»"tmb nwa, 

Rubriques en lettres carrées ; le reste en rabbinique. 2 ff*. in-4°, 
troués. 

5. Midr. sur la Genèse, fin, en 3 longues col. et 1/3 ; petite écrit, orient. 

serrée, se terminant par les mots : "bob lûttttÎjTÛ r-nufctDn 
a"* '3 sp r-poina, en i col. 

6. SurGen., n, 20. Écrit, rabbin. 1 f. in-4°, troué. 

7. SurGen., m. Même écriture. 1 f. in-4°. 

8. Id. en arabe. Écrit, orientale. 2 ff. in-4° large, très écornés. 

9. Midr. cabbalistique sur la section na. Même écrit. 1 f. petit in-4°. 

10. Commentaire sur Gen., ix. Ecrit, carrée égypt. Angle super, gauche 

cassé. 1 f. in-4°. 

11. Abraham et la Révélation, en arabe. Ecrit, africaine. 2 ff. in-f°, 

coupés du haut. 

12. Comment, sur Gen., xiv, 13-24, en arabe. 2 fragments in-4°. Écrit. 

carrée égypt. 

13. SurGen., xvn, en arabe. Écrit, carrée égypt. 1 f. petit in-4°, abîmé. 

14. SurGen., xvm, en arabe. Même écrit. 2 fragments sur parchemin, 

déchirés. 

15. Midr. relatif à Abraham, en arabe. 2 ff. longues colonnes, fol. 

16. Midr. sur Gen., xu-xii. Écrit, orientale. 3 ff. in-4°. 

17. Morceau du Midr. D^ttan nD^Otf, sur Gen., xvm et xxi à rxn, 5. Écrit. 

africaine. 1 f. in-4°. 

18. Morceau du Midr. relatif à la rvrp*, Gen., xxu. Belle écrit, carrée. 

1 f. in -4°, déchiré. 

19. Commentaire sur Gen., xxiv, en arabe. Ecrit, rabbin, égypt. 1 f. 

petit in-4°, troué. 

20. Tel., en hébreu. Écrit, rabbin. 2 f. in-8°. 

21. Sur Abraham et Ismaël, en arabe. Écrit, africaine. Rubriques à 

l'encre rouge. 1 f. in-4°. 

22. Midr. section ïrvw "Tt, Écrit, rabbinique. 1 f. in-4°, troué. 

23. Comment, arabe sur Gen., xxv, 12 et xxvn. Écrit, rabbinique égypt. 

2 ff. in-4. 

24. Midr. sur la section fmbin, Gen., xxvi-xxvii. Écrit, rabbin. Trous 

et mouillures. 1 f. in-4°. 

25. Id., en arabe. Écrit, africaine. 1 f. in-4°, déchiré en haut à gauche. 

(A suivre.) 

Moïse Schwab. 



NOTES ET MÉLANGES 



ISRAËL GAON 

On lit dans le Se fer ha-Ittim de Juda b. Barzillaï, p. 40 : n^ai 

hy rwnp n72iKi is"*a. nau: bia uns bbsrwg 1172 Nia a"2N barra-" 3-1 
n"aprt a^rna aiatpi nap pT nbsm nban bab îa^ia ■jva ...oidïi 
rtnrtaa rtbbn avrra nus: na*»*! ...rraEt amp ïibsri ann ...bbonrib 
a^nann bâta ïaanw ">b n^a ^bi ^ars n\orr anan ...bbrnm a"ip;a rroa 
b'a inso Niria aÔN "p-OTï-sb -imb^ rrrt «bi p m*a nm ibbn 
N?ra îoinb ci ibbn 173 a [TpvtoJ rroa na sn ûbi^a mban [?nno] 
'nan bania^ pa t*o\ Cet Israël, réfuté par Samuel Hannaguid, 
vivait donc au plus tard au xi e siècle et appartient encore à 
l'époque des Gueonim. Il paraît avoir rédigé un livre sur les 
prières 1 . Il est sans doute identique avec un certain Israël, ou 
Israël ha-Cohen, qui est cité quelquefois par Isaac ibn Gayyath 
dans ses Halachot et par Abraham b. Isaac dans YEschkoL Le 
premier le mentionne quatre fois : 1° I, 30 : UKrta mTanptt en.... 
■p-ffïK TiByb mas tra'OPîai orras? mais mbia Tra ïiaffin îBNna 
nban baa p mia*b min banc 'n antro &ôn npyrr rit "pan 
Tnai b* b'œn TStto a*bi nbarn ; 2° t'Wtf., 70 : an ^ba a»i naïaai. . . 
1?anD ana rrb paai -«an ^a o"na jnDrrbBrw am ...pra a-n awin 2 ; 
3° ibid., 78 : rnabiaa boia n*n« a*nabm aina mabrta a*paa 'pajVi... 
.'..ïiaap naïaa 'na banc bias npo nsap naa pa rpTM naa pa 
m73N 'nn n^an ana rrpaa -"«a "part ban®* am 3 ; 4° tôt'A, 83 : wç. . . 

1. Si mon addition est exacte ; cette page du Se fer ha-Ittim est très oblitérée dans 
le manuscrit, voir la note de l'éditeur, n. 220. 

2. Voir Soucca, 4 b. Ce passage est cité dans le Màggid Mischné sur HiJchot 
Soucca, iv, 11. 

3. Voir Halachot Guedolot, éd. Varsovie, 64a ; éd. Hildesheimer, 60. 



NOTES ET MÉLANGES 121 

an -in m-n mon m miaa 173» pria 3-1 ^7373 "pabôiEtt naia 
npOD ^3 ^m baroas» ■wpn l»na a-û nrbm ...ïTbioc ^73» fiwnn 
iron benio-» an '. Dans YEschkol, il est cité deux fois : 1° I, 50 : 
TTO nbsn it nbanb -1*3» b*n^ a-n ...nbcnbi ...basb 2 ; 2° lôtrf., 53 : 
nb-in yp-ipa bbDnnb -wm tn« •pa bvnw a"! "îttfin. Tous ces passages 
peuvent être empruntés au môme livre sur les prières. 

D'autre part, on lit dans le commentaire de Samuel b. Méir sur 
Baba batra, 52 b : baittiD -iewd î-jt *o V»a iD^-ra ara n"nsa "pi 
HM»a r-rabn "p* i-r»«*i «naîib phâri by n73 onu: nsk ri ■nrar 
A la place de l'abréviation ;a"-ntt, l'édition de Pesaro porte 173 ana 
■pctt "na"" 3 ; mais -nz^ est un raccourcissement de banc, comme on 
le voit par Or Zaroua sur Baba Kamma, § 70, où la même phrase 
est introduite par yi&w barra)'» an 173 ana, et par les Consultations 
de Méir b. Baruch, éd. Berlin, p. 142, où on lit : bjrmr» an© a"ym 
btrEiBa «robïi rrhi ipos bfirwuî '^am ï*iitt ; . 11 est naturel d'identifier 
cet Israël, déjà cité par R. Hananel et appartenant par conséquent 
au plus tard au xi e siècle, avec le nôtre, ne fût-ce que parce que 
le nom d'Israël n'est pas des plus fréquents à cette époque (voir 
plus loin). Le titre de gaon qui lui est donné ici ne prouve rien, 
car on sait qu'il est décerné à des rabbins qui n'ont pas exercé le 
gaonat, par exemple à Dosa, fils de Saadia, à Nissim de Kairouan, 
etc., et même à des rabbins qui ont vécu après la période des 
Gueonim, par exemple à Daniel, père de Nalan b. Yehiel b . Israël 
se serait donc occupé non seulement de liturgie, mais aussi de 
droit civil. 

Mais qui est cet Israël? Steinschneider, dans sa recension d'Ibn 
Gayyath 6 , voudrait corriger simplement Israël en Samuel et 
y reconnaître Samuel b. Hofni, entre autres raisons parce que le 
nom d'Israël n'était pas usité à cette époque si ancienne 7 . Mais 
d'abord, il n'est pas raisonnable d'admettre que le nom d'Israël 

1. Voir Soucca, 10 6. Cité dans Ascheri, Soucca, i, 18, et Schibbolê ha-Léket, 
§ 332 ■/. f. C'est peut-être de ce dernier passage que Conforte (Koré, éd. Berlin, 19 a) 
a tiré le nom d'Israël Cohen ; mais, ne sachant pas de qui il s'agissait, il l'a rangé 
parmi les tossafistes du xn e siècle. 

2. Voir Pesahhn, 46 a. 

3. V. Dikdoukê Soferim, ad loc. 

4. Cf. Albek, dans Mélanges Israël Lewy (bfimï^ mNDn), partie hébraïque, p. 105. 

5. Cf. Harkavy, ./. Q. ft., XII, 707, et Ginzberg, Geonica, I, 179, n. 1. Je me réserve 
de réunir les titulaires de ce titre qui sont dans ce cas. 

6. H. B., IV, 60. Cf. Marx, Z. f. H. B., XIII, 174. 

7. Zunz, par exemple (Ges. Schr., III, 25), connaît comme les titulaires les plus 
anciens de ce nom à l'époque postbiblique ceux qui sont nommés par Benjamin de 
Tudèle, soit au xn e siècle seulement. Au môme temps appartient Jacob Israël, disciple 
de Jacob Tarn (Michael, D^TH "HN, p. 492). 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est corrompu dans tant de passages. D'autre part, il est vrai que 
ce nom n'est pas fréquent à l'époque des Gueonim, mais nous n'en 
trouvons pas moins dès 956 un Israël b. lsaac à Damas (ms. Bodl., 
2877 30 ), puis un Israël b. Jacob à Hormschir Chouzistan) en 1021 
[ibid., 2875 24 ), un Israël, probablement au Caire, vers 1030 [iôid., 
2874 27 )* et un Israël b. Natan à Kairouan à la fin du \i° siècle 2 , 
enfin Israël b. Daniel, auteur caraïte, en 1062 3 . Millier, de son 
côté, voudrait lire, dans le passage visé par lui, Scherira au lieu 
d'Israël, parce que ce gaon est de l'avis indiqué *, mais les pas- 
sages parallèles s'y opposent. La patrie d'Israël est également 
inconnue et l'hypothèse de Ginzberg, qui le place dans l'Afrique 
du nord, est dépouvue de fondement. 

Or, nous lisons dans une lettre de Samuel b. Hofni à la commu- 
nauté de Fez :i : nvifcri is-nna à^rt idid »■* )i2i wn "b im* "iwo* 
'idi mrom pi^om û"»p"ism D'wran «m û^nion ni V 3 " 1 V i^ 3 - 
Ces formules de saints sont fréquentes dans les lettres des Gueo- 
nim et le gaon y est ordinairement suivi de l'Ab— Bêt-Din. Aussi 
M. Marx G voudrait-il restituer ce texte ainsi S «J" 1 [a«] pi "i3?a?a 
irvina rrmOTi nsio [pi] (ïiott — ) ; mais le Ab-Bêt-Din manque 
aussi, par exemple, dans une lettre de Scherira et de Haï à Fez 7 ; 
en outre, le titre de m"^rr at* ne paraît avoir été en usage qu'après 
l'époque des Gueonim 8 . Il est donc plus naturel de voir dans ib"> 
une abréviation de b»w 9 : Samuel b. Hofni avait un fils nommé 
Israël, qui exerçait dans l'académie de son père les fonctions de 
secrétaire, fonctions qui étaient occupées parfois par des parents 
des Gueonim. Le terme de imna, au lieu de ms, est employé, du 
reste, par Scherira en parlant de Haï 10 . Israël, ou Israël ha-Coben, 

1. Le personnage du nom d'Éphraïm cité ici est sans doute Epbraïm b. Schemaria 
de Fostàt et le gaon n'est autre que Salomon b. Juda. 

2. Voir sur lui mon fNT-pp 11233N, n° 30. Le Nahraï b. Nissim mentionné avec lui 
est de la fin du xi e siècle, voir Revue, LV, 318. 

3. Voir mon Karaite Literary Opponents, p. 60. 

4. Mqftéah, p. 178, u. 19. Cf. Ginzberg et Albek, /. c. 

5. Editée par Cowley, ./. Q. fi., XVIII, 40t. 

6. Ibid., 171. 

7. Voir mon D^5"NÏ5 OTT^, I, 48, où je me range à l'avis de Marx. Cf. Riv. Isr., 
V, 134. 

8. Voir mon Qi^ia Û^a*, l- c. f 61. 

9. C'est l'opinion de Ginzberg, op. cit., 13, n. L'abréviation ^b ,, pour blN^ se 
retrouve encore, par exemple, dans une lettre de Ben Méir, voir Harkavy, Slud. v. 
Mit t., V, 215. 

10. Voir Saadyana, éd. Scliechter, p. 118 : "O lS'^'np *pB3 JVri *TOV.. 

tôa baa o^ann ncn D^Diran n« D^coiwX lama n^asi pm *pn» 
'ian nrrca oiiabi msbb npiia n^-nna ^»n û:n ...Nbai. Ginzberg [op. cit., 

p. 8, n. 1) n'est du reste pas fondé à déduire de ce passage que Haï a été îfba 125 N"V 



NOTES ET MÉLANGES 123 

était donc fils du dernier gaon de Sora et on lui décerna le titre 
de gaon, comme on l'avait décerné au (ils du prédécesseur de 
Samuel, à Dosa b. Saadia. 

Varsovie. 

Samuel Poznànski. 



LE COMMENTAIRE DU PENTATEUQUE D'EPHRAÏM R. S1MS0N 

Les données essentielles sur ce commentaire ont été réunies par 
Steinschneider, d'après le manuscrit de Munich lo 1 '. Il en résulte 
qu'Ephraïm vivait au xm e siècle, probablement en France. Son 
commentaire, qui se compose principalement de calculs alpha- 
bétiques (guematria) et de combinaisons d'initiales [notaricon), est 
cité par Lonzano dans son Or Tora (section Pinhas) et il a été 
copieusement utilisé par Azoulaï dans ses trois commentaires du 
Penlateuque, Penê David, Nahal Kedonmim et Homat Anach. 
Outre le manuscrit de Munich, on en connaît deux autres : ms. 
Bodl. 2105 2 (Michael 188, défectif) et Montefiore Library 323* 
(Halberstam 83), mais on n'en connaissait pas d'édition jusqu'ici. 
L'article de la Jewish Encyclopaedia, s. v., dit à la vérité que le 
commentaire d'Ephraïm a paru dans le Pentateuque Tora Or 2 , 
mais celui-ci ne contient que l'édition princeps du Nahal Kedou- 
mim d'Azoulaï et il est dit au frontispice que cet auteur a utilisé, 
entre autres commentaires, celui, manuscrit, d'Ephraïm 3 . 

Il existe pourtant une édition, qui paraît être totalement incon- 
nue et que j'ai maintenant entre les mains. Ce sont 44 feuillets 
petit in-4°, sans frontispice, avec cette suscription : ->"wy Y':pa Y'oa 
rf'nbT trnBK «irai yiettïrb rmm b* '^s -w"y. Les caractères d'impri- 
merie paraissent être ceux des impressions de Livourne. L'édition 
s'arrête au commencement de la section Teçavvê, au milieu d'une 
phrase. Il est facile de montrer par l'examen des citations connues 

1. Hebr. Bibliogr., XIV, 131. Bibliographie complémentaire dans Jew. Encycl., 
s. v. (V, 192a), où manque justement cet important article de Steinschneider. 

2. Cette édition a paru à Livourne, non en 1800 [Jew. EncycL), mais en 1795 
(}"sb in?21Z:"n tZ) ^— I tti •* "IN^ P313); cf. Benjacob, p. 636, n°291. 

3. r\D^ û^n 'ma'fla bra n-nm&n mavin ty) û^Trp bna na p m an 
burw* ^bYM» D'Wpbi insn isip rrnnb a->mn n^pra n"n ("»«biT« Tn 

nai iy ■wnb abD -dt a^bTia rraai ...("in ^Efa, 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

jusqu'ici que ce commentaire est véritablement celui dEpbraïm. 
Le texte de Fauteur est partout émaillé de gloses de l'éditeur, 
placées entre parenthèses. Cet éditeur, qui se nomme une fois 
Hayyim (f° 40a, sur Ex., xxiii, 20), disposait d'un manuscrit qui 
présentait des lacunes. C'est ainsi qu'il remarque (f° 26 ô, sur Gen., 
xxxiv, 30) : -ion rrcnDtt (gpo w — ) o w 3H laawia n'^y^rwn )12 it ï-t"n 
ïV'nbr -iarwn irai ms^i ^t»i p-rwib "»m»Ên antj inbra abn i^asb 
b"T c-V-rn a*n *nsoa taraaittrt. Une lacune plus considérable 
s'étendait depuis la fin de la section Vayyigasch jusqu'à la fin de 
celle de Vitro ; il l'a comblée à l'aide de citations des trois com- 
mentaires précités d'Azoulaï : rim '-© o"y i^a^i l?* 1 a"o n"art -173N 
pbn wanab abœ pb CprDnro «Vi •piaKi bj> bam ==) ?3"bi Y^m na&« 
(mm r©TO==) n"rra û^uasiE*! aao *pî«n -ncoa a-n^naa nd napba ^m^a 
b'nan naia b* V'pw ia*an ûuîtd trama rra b"£T «"mm rma^ mm 
"p« r-win 'on Tn ^d 'pi (D"wrp bro =). D'autre part, il nous apprend 
en trois endroits (f° 29a sur Vayyéscheb, 32a sur Mikkêç et 34a 
sur Vayyigasch) qu'il a trouvé en marge des notaricon, qu'il 
reproduit. Ils se distinguent de ceux d'Ephraïm par le style aussi 
bien que par le caractère ; les suivants sont particulièrement 
intéressants : .naianb , pp , nsa , w yp'n 'o V't û^dn n^ai "j-pb» la»»» nan 
■parn N^awn r-ma p^bnara lais na^tanp mara mm ttdïi pn-p nsan ^ rm 
tarait! -rcn ma* D^ai nmna -ûtm r-iPD73 «rr ■p' 3 " 1 ' 2 Qp^b-r naiarra 
'nai rrnp^bi mat» nay ■wifcinrr "Niaia mîm n*an '■jianrv.BE p^bnnb. 

L'auteur était très probablement un Français, ce qui résulte de 
ce passage (f° 26 b, sur Gen., xxxiv, 4) : [\no iy =) a"? marn mb^ 
pi ïtT3 "piab rfarn f^a T*b inabi nom^ mb^ b"a m*a rims cmp 
Taataa "piaba '. Aux auteurs cités par Ephraïm et que Sleinscbneider 
a réunis on peut ajouter les suivants, d'après l'édition : Hananel 
(f° 43 b, sur Ex., xxv, 33, où sont cités également Maïmonide et ses 
ouvrages: (b^aan 13W tavra = n"->B"i) , Rascbi (MO a, surGen.,xm, 7) 
et Juda Hassid (f°40a, sur Ex., xxiii, 23 : Vt Ton ï mv a-i ^-ifcan 
txm a^aan nia ïnataE mbiab n"apn wi nbnntt -«a bec» nrms ■oKb» 
nbia-'ia J-i"apn "osb ma» lapan a^m "pan ï-ibynb bfinttF ">aa ba aanan 
'ri ba nb? ma^b -«wi ain Séo*^ orra* nbiai a^rn b© "fabtt ejït»*). 
Les non ^b*a sont cités ici f° 15a : ib*a tien .baa orna» ns ^-ia 'm 
niran a">bianb r?ffWi) a^aarr nus [ba] nattia mon, le païtan à trois reprises 
(3a, sur Gen., i, 16: m»i ipmttb a^ca *T»a^ n^am zmn no" 1 pi ; 
5ô en bas : ynp"i [o^ort] io^© nn t**m»rt 'i pn nr *vrm yipn k"t 
tan^ Tinb ar -n-m ; 44a, sur Ex., xxvi, 24 : briN p^sn ^o■ , ^2) ihtt 



1. Bîen vue? On sait que la mention de l'allemand ne prouve rien contre l'origine 
française de l'auteur. 



NOTES ET MÉLANGES 125 

nom vnaab W»). Le Targoum, appelé quelquefois Onkelos, est 
assez souvent mentionné. 

Je ne sais si c'est seulement mon exemplaire qui est incomplet ' 
ou si rien de plus n'en a été imprimé. 

Samuel Poznanski. 



PIZMONÏM POUR LES JOURS DE LA SEMAINE 

UN PETIT RECUEIL POÉTIQUE DE BAGDAD 

En même temps que du nouveau recueil poétique de Bagdad, le 
D^TniBi -iso, que j'ai décrit précédemment, j'ai pris connaissance 
d'une de ses sources. C'est un opuscule de 44 feuillets petit în-8, 
du même genre que les petits livres populaires imprimés à Bagdad 
que j'ai décrits au cours de mon étude sur la récente littérature 
judéo-arabe dans la Zeitschrift fur Hebràische Bibliographie, XII, 
p. 180, n° 94-99. Le volume n'a pas de frontispice et commence 
p. 1 a par le titre : 'a ûvb D^ittîD ; à chaque page les colonnes portent 
en titre traitttD. Il y a là en tout 84 poésies qui se divisent en six 
sections d'après les jours de la semaine auxquels ils sont destinés. 
Ce petit recueil a donc la même destination que la première partie, 
riche de 123 numéros, du d^-pot r o de Bagdad. La comparaison des 
deux ouvrages montre que le recueil des Pizmonim a servi de 
source au grand recueil. L'auteur et l'éditeur de ce dernier, Ezra 
Dangoûr, a emprunté une partie considérable des Pizmonim des 
jours de la semaine, de sorte que ceux-ci forment le fond de sa 
première section. Il a même conservé en partie l'ordre des poèmes 
et il a notamment pris les premiers poèmes de chaque jour pour 
les mettre en tète dans son recueil, à l'exception du mercredi, où 
le dernier poème du petit recueil est devenu le premier du sien. 

Voici la liste des numéros du petit recueil qui sont identiques à 
des numéros du û">-prai-î 'o : les derniers sont ajoutés entre paren- 
thèses aux premiers ; la numérotation des d^ieîd est de moi. 

Dimanche (ia-lb) : 1, 2 (1, 2), 3 (10), 4 (9), 5 (7), 6 (4), 7 (8), 8 (6), 
9 (13). Le n° 10 est devenu le n° 88 du d^-pran f o parmi les poèmes 
du jeudi. 

Lundi (Ib-iib) : 13-17 (22-20), 18 (28), 19 (30), 20 (32), 21 (33). 

1. Cet exemplaire a été acquis parle libraire Lipsehitz de Londres. 



126 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mardi (146-226) : 24-27 (<M4ft, 28-29 (47-48), 30 (52), 31 (45), 32 
(40), 35 (49). Le n° 33 figure dans le grand recueil comme n° 254 
parmi Jes poésies des dix jours de pénitence ; le n° 34 y figure 
comme n° 108 parmi les poésies du vendredi. 

Mercredi (226-28«) : 39-41 (62-64), 42 (68), 43 (69), 44 (74), 48 (61). 
Le n° 46 a pris place comme n° 40 parmi les poèmes du lundi ; le 
n° 47 comme n° 54 parmi ceux du mardi. 

Jeudi (28a-37rt) : 49 (81), 50 (82), 51 (85), 52 (84), 53 (86), 54 (87), 
55 (93), 56 (96), 58 (97), 60 (94), 61 (90), 62 (92), 67 (98). Le n° 57 est 
devenu chez Ezra Dangoûr le n° 109, un des poèmes du vendredi. 

Vendredi (Sla-AAb): 69-72 (101-104), 77-79 (105-107). Les n°* 74-76 
sont chez Ezra Dangoûr les numéros 18, 17, 19, pour le dimanche. 

Les numéros suivants du petit recueil n'ont pas trouvé place dans 
le grand. Ce sont pour la plupart de ceux dont je n'ai pas constaté 
la présence ailleurs. 

Le n° 11, le dernier de ceux du dimanche, est un assez long 
poème sans nom d'auteur et contient une version poétique des béné- 
dictions qui ouvrent la prière du malin. 

Des deux derniers poèmes du lundi, le n° 22 a en acrostiche 
pm "nbïi pna et commence par ces mots : *nx bab vto vun "vm 
■witB"» ; le ir 23 (nr> irnsD" 1 npa ram:» im) est d'Israël Nadjara (Ze?m- 
rot Israël, n° 182). 

Parmi les poèmes du mardi, le n° 36 commence ainsi : na irro 
7V ib ira tw> ynp oim n* 1 vibiôo ; acrostiche : pm "nbn twtd. Les n dS 37 
et 38 sont des poèmes alphabétiques anonymes. Le premier a un 
vers qui doit se répéter après chaque strophe : "ib ron« rrarram ok, 
nb -Ofimb ain "«m et la première strophe est ainsi conçue : ^nanN 
ibsn nom E|byid« ,-ij-dn na -o "ttb ^"inn -iann ibjo. L'alphabet ne va 
que jusqu'à la lettre yod. Le poème n° 38, d'une structure analogue, 
mais sans refrain, commence en ces termes : 

rrê-iàb d* mbnp»? rtbara m ivan pi© nbnn bab -pnr« 

Parmi les poèmes du mercredi, le n° 45 a en acrostiche « Isaac » 
et la première strophe en est la suivante : 

nbw N-na ^snp di» yis™ ■pam *pam 
nbapa m-i "n ïrôa ti b« ^-n- -p-in ""p-in 

et ainsi de suite : dans chacune des quatre strophes le premier et 
le troisième hémistiches consistent dans la répétition du même 
mot. Chaque strophe est suivie de ces vers formant refrain : 

rrbiao da? ^in r-rbnro "jbbrra -pstk ^b rrntt» n'anaa ti Sn 



NOTES ET MÉLANGES 127 

Parmi les poèmes du jeudi, le n° 59 a également un Isaac pour 
auteur. Il commence par les mots ^wy 12 T73 *vtb Nj ^bana l^r. — 
Le n° 63 a en acrostiche le nom d'Isaïe (comp. les n 0s 142 et 166 des 
Pizmonim de Calcutta) ; en voici le début : -wra- 1 ba û^avon aiav 
vmatttn ^ona. Le n° 64 est anonyme ; je le reproduis ici à cause de 
son contenu et de son heureuse forme; c'est un appel au dormeur : 

Dbfiim np-n -na iy "jc^p ûbam isnap eôn Eisa 

Dbtt aba b»b û^anp» D^y np;»^ bip y^usn *p:Txai 

nbin p&n tûot *b* D'Haï* d-ht fiani û-ns *p n» Dip 

Db?nnb iba-p -ma* ^">nt irmaan mirr «b -kcn dn 

ûbuj nvnbi ">n D^rrbsn pn ma*b bain ti "pira «bn 

iai* nna "<73 ^sb an cnnbfin "•ssb "pE* p* 

Cet appel fait allusion, à n'en pas douter, à l'exemple des musul- 
mans faisant leurs dévotions de bon matin. 

Le n° 65 commence par tjvoîti "n^T ïifim "Wa n&n bu n:k et a en 
acrostiche le nom d'Abraham. Peut-être est-ce Abraham Ibn Ezra : 
dans la seconde liste qui se trouve à la fin de son Diwan, dans 
l'édition Egers, est mentionné un numéro commençant par ba ndn. 
— Le n° (}() ("flair van rab) est d'Israël Nadjara (Z. /., 146). — Le 
n° 68 a en acrostiche pm -»ibn pnaf et le commencement en est : rr 
aitan 'z'va&bi ^ais inr ai:-» -pib "»b ^b ^w mat. 

Parmi les poèmes du vendredi, le n° 73, qui a en acrostiche 
rrabu), commence par ^b ^tw» npia ">"■». — L'acrostiche du n°80 est 
■nbn pmr 1 -pn» (peut être identique avec le Méir Halévi du n° 36 et 
le Isaac Halévi du n° 68). La première strophe est ainsi conçue : 

rpiTin ms ai-iai r:7:irî n:i^ i*ni ^na 

misîi ^:a tnai rraip Tfo^n rrcjb mw 

(Au lieu de "mat lire *i1£ et prendre tib dans le sens de ^n» 1*. 
« Les fils de la servante », c'est-à-dire d'Agaf, sont les arabes, les 
musulmans). Les n os 81-83 ont pour auteur Eliyahou ; en voici les 
commencements respectifs : thn ïtto Hnai "pbttn "W ">nba ; TW 
hnb"n aia w non hd o*i:a b«b ; maa ûbiyn Bibn nab ^"->b ïttïn. 
La mélodie n'est indiquée que pour un seul numéro. Le 
n° 68 a pour titre : *33in tt inb iibtt praF ïtto ; c'est la mélodie du 
poème qui figure dans le grand recueil de Bagdad parmi ceux du 
mardi (n° 50, p. 246). Il a deux strophes (acrostiche ît), mais était 
peut-être plus long à l'origine (acrostiche primitif : min'* ?) ; ces 
deux strophes ont les mêmes genres d'hémistiches et les mêmes 
rimes que notre n°68 (voir plus haut). En voici le commencement: 

a-inb ^ab -o -au'É ^aia»» aaia airi» ib nnx ■'San ^:an i^^ 

Budapest. W. BACHER. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

ANNÉES 1909 ET 1910 ■ 



(Les indications en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de l'auteur du livre, 
mais de l'auteur de la bibliographie, d moins qu'elles ne soient entre guillemets. ) 



1. Ouvrages hébreux. 

Tifctt NTnrc ira^n ma« '0 Igereth Rav Scherira Gaon (The Letter of R. 
Sherira, Gaon). Gollated from varions texts and edited with a cri li cal 
Commentary « Pathshegen Hakethab » by Aaron Hyman. Londres, im- 
primerie « Express », 1910 (5671) ; in-8° de 110 p. 3 fr. 

Aux observations de M. Poznanski, Revue, LXI, 154, ajoutons que l'éditeur 
na pas reproduit fidèlement l'édition princeps, comme nous nous en sommes 
assuré en collationnant quelques pages. A la fin (p. 106-109) est reproduite 
la consultation de Scherira sur les titres des docteurs du Talmud, citée par 
l'Arouch, s. v. "^DN. 

fcrbwm ÏY*2£ PDHN '0 Varianten und Ergânzungen des Textes des 
Jerusalemischen Talmuds nach alten Quellen und handschriftlichen 
Fragmenten ediert und mit kritischen Noten und Erlàuterungen ver- 
sehen von B. Rainer. Traktat Joma. Wilna, chez Fauteur, 1909 ; in-8° 
de 118 p. 

Compte rendu de M. Bâcher, Revue, LX, 151-154. 

■prtN ">bn« 54 consultations, précédées de niNTab "13, dix sermons sur 
Israël parmi les nations, par El. A. Mileirowski. Grajewo Pologne russe , 
chez l'auteur, 1909 ; in-8° de 168 p. 

1. L'abondance des matières ne nous a permis de retenir de la littérature néo- 
hebruïque que les productions ayant ou paraissant avoir un caractère scientifique ou 
historique, à l'exclusion des publications littéraires, politiques, etc. Nous renvoyons 
pour le surplus à la Zeitschrift fur hebràische Bibliographie, où M. W. Zeitlin signale 
depuis quelque temps a>vee beaucoup de soin toutes les nouveautés de cette littérature. 



BIBLIOGRAPHIE 429 

^tf"^" 1 ^niriN Ozar Yisrael. An Encyclopedia of ail matters concerning 
Jews and Judaism, in Hebrew, complète in 10 volumes, J. D. Eisenstein 
editor. Volume III : M-KTO. Volume IV : "jnn-a&n. New-York, chez 
l'éditeur, 1909 et 1910 ; 2 vol. in-4° de m+320 et v+320 p. à 2 col., ill. 
Compte rendu des deux premiers volumes Revue, LVIIl, 130-132. La 
publication de cette Encyclopédie avance assez vite pour que l'éditeur puisse 
en annoncer la fin prochaine. Il continue à compiler, avec ses aides, des 
articles grands et petits, justes dans l'ensemble et inexacts dans le détail, à 
peu près uniformément dépourvus d'originalité et de hardiesse ; il méprise la 
critique biblique, défend l'authenticité du Zohar en gros et s'excuse auprès de 
ses lecteurs de se servir de l'ère vulgaire. Dresser la liste de quelques articles 
importants, confiés à des collaborateurs de choix, c'est faire le bilan scien- 
tifique de l'entreprise: Bosnie (Rosanès), Byzantin, empire (Cassuto), Oeuf 
(M. Friedmann), ^"nniWDa, famille, Belgrade (Rosanès), Ben Zouta, 
caïaïte (Poznanski), Ben Méir (Z. H. Jafé), Ben Sira (l'éditeur), descendants de 
Moïse (Lazar), Benjamin Nahawendi (Poznanski), Baal Schem, divers (Gùnzig), 
Breslau (Wiernik), Gallico, famille (Cassuto), Gabbaï, famille (Cassuto, Wet- 
stein), Goi (l'éditeur), Djilibi, titre (Rosanès], Guematria (Bâcher), Gènes 
(Cassuto), Giron, famille (Rosanès), Germanie ou Allemagne (G. Deutsch, 
plus étendu dans Ifakedem, II), Dob Béer de Miziricz (Gùnzig), Dùnmeh 
(D. Benjacob, de Salonique), Damas (Rosanès), Afrique du sud (Landau, rabbin 
à Johannesburg), Haï (Harkavy), Inde (Ezéchiel, rabbin à Bombay), Hollande 
(Deutsch), Horovitz, famille (Friedberg), Isaïe Horovitz (Rosanès), Hoschana 
rabba (Marmorstein), Widdin, Vital, cabbaliste, lbn Verga (Rosanès), 
Hazzanout (Minkowski), Hayyoudj (Bâcher), Hivi ha-Balkhi Héfec, b. Yaçliah 
(Poznanski). 

~3 "litiN 'o Répertoire alphabétique des maximes et sentences talmu- 
diques, par K. W. Perl. Tome I. Lublin, impr. A. Feder ; in 8° de 
311+36 p. R. 1, 50. 

Beaucoup plus complet que le Û^7û^n "pTZjb ")]£1N du même auteur (Revue, 
XL1U, 278), ce répertoire contient pour ainsi dire toutes les phrases qu'on 
peut détacher du Talmud ; il pourra servir d'aide-mémoire ; le premier vol. 
va jusqu'à la fin de la lettre 3. Dans l'appendice, l'auteur explique quelques 
sentences du Talmud, puis veut montrer que Hyman l'a pillé dans son tn^D 

tor^nb "m. 

^DiNtt nmN Orot Meofel. Gelegenheitsgedichte von M. Gh. Luzzatto, 
herausgegeben vonB. Friedberg. Francfort-s.-M , Siinger et Friedberg, 
1910; in-8° de 8 p. 

y-lN73 n72X 'o Traduction abrégée de F. Vigouroux, La Bible et les décou- 
vertes modernes, par Elia Kazaz. Odessa, 1908 (5669) ; pet. in-8° de 
vui-f-132 (+1) p. 

Voir le compte rendu de M. Poznanski, Revue.LVIW, 315-318, et cf. Z.f. H. />., 
XIII (1909), 117. 

y-iNtt fn?2N Décisions du rabbin ^pifl d'Alep. Jérusalem, imprimerie 
Azriel, 1910; in-4°. 

fiTvaiz^aaNïi L'Antisémitisme, par Bernard Lazare, traduction abrégée 
de M. Rabinsohn. Wilna, 1909 ; in-8° de 180 p. (Bibliothèque du jour- 
nal ittîrr in, I). 

T. LXII, no 123. 9 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

■jKTVp "*©aN « Esquisse historique sur les Juifs de Kairouan, par Samuel 
PozNANSRr ». Varsovie, 1909; in-8° de 47 p. (tirage à part de la Fesl- 
schrift Harkavy) . 

Voir Revue, LX1, 297 et s., notamment p. 314-5. 

rTPNttri fcmbpsON 'D Histoire des rabbins depuis la construction du 
second Temple jusqu'à la clôture du Talmud, leur vie et leurs mœurs, 
les halaehot et les aggadot de chacun deux citées dans le Babli et les 
Midraschim, par Ch. Sliwrin. Première partie. Londres, imprimerie 
H. Gihzburg, 1907 ; in-8° de vn-f-8+80 p 

Cette première partie est consacrée aux rabbins depuis Siméon le Juste 

jusqu'à Ismaël b. Elischa et réunit pour chacun d'eux les passages du Talmud 

de Babylone (dans l'ordre des traités) et du Midrasch Rabba où ils sont cités. 

L'ouvrage, s'il est jamais terminé, sera utile à ceux qui n'ont pas le Se'der 

Hadorot. 

EF"i , û5 i i ma Commentaire des aggadot talmudiques, par M. H. Tarsin. 
Pétrokow, 1909 ; 2 vol. in-8° de 225 et 214 p. 

*"5ïDtt5Nn Haeschkol. Hebràisches Sammelbuch fur Wissenschat't und 
Literatur, herausgegeben von I. Gunzig. Band VI. Gracovie, imprimerie 
J. Fischer (chez l'éditeur, à Loschitz), 1909 ; in-8° desv-f-270p. K. 2, 60. 

Les annuaires littéraires et scientifiques sont souvent négligés des savants, 
qui ne les trouvent pas assez sérieux. Celui-ci est pris en majeure partie par 
la science et par l'érudition ; il est remarquable qu'un recueil rédigé pour le 
grand public offre tant d'intérêt pour les spécialistes. Ils trouveront peu à 
glaner, il est vrai, dans l'article de M. Bernfeld, le maître de la vulgarisation 
historique, sur l'époque du retour de l'exil (p. 12-33) et dans celui de S. Rubin, 
le maître de la vulgarisation scientifique, sur l'astronomie de la Bible (p. 60- 
79). Mais les textes publiés et des articles de fond leur donneront satisfaction. 
L'édition du Maehkim par M. J. Freimann, avec une introduction savante, où 
de nombreux points sont élucidés, sauf la personnalité et la patrie de l'auteur 
(}>. 94-162), a été appréciée par M. Wellesz [Revue, LXI, 154-160) ; notons 
que la bibliotbèque de Nîmes possède un ms. de cet ouvrage [Revue, III, 232). 
M. Davidson publie une imprécation en prose et en vers du poète parodiste 
Juda ibn Sabbataï (xur s.), dirigée contre dos Juifs saragossais (p. 165-175), 
et M. Lewiiiski un règlement de la communauté de Hildesbeim prépaie enl7l)(i 
par le rabbin David Oppenbeim de Prague (p. 236-240). M. S. Hurwitz détache 
un chapitre (le 4 e ) d'une étude sur le bassidisme et la haskala (p. 41-58 : voir 
plus loin à "pnjÇî). M. I. Steiner tente une nouvelle explication, plus invrai- 
semblable «pie les autres, du terme mblDlZJN, par quoi il entend les dépôts 
d'argent (Tîbl!»D) dans le temple de Jérusalem (p. 253-256), et M. N.-S. Libowitz 
prétend expliquer les aggadot sur Akiba et la femme de « Turnus Rufus » 
(p. 257-258). Le même, rendant compte de l'édition des lettres de Léon de 
Modène par M. Blau (p. 246-251), rectifie quelques détails et se plaint natu- 
rellement d'avoir été plagié. M. 8. Funk essaie d'identifier les fêtes baby- 
loniennes citées dans Ab. z., 11 b (p. 259-260 ; cf. Revue, XXIV, 256 et s). — 
Mais nous avons bâte d'en venir aux deux études vraiment importantes que 
ce recueil contient. L'une, de M. A. Epstein, est consacrée aux éditions du 
Yalkout (p. 183-210). Développant sa lettre à M. Griinbut {HaesehkoL IV, 
273) cl réfutant les assertions contraires de ce dernier {ibid., V, 259), il 
établit fortemenl que Méir Prinz, l'éditeur de Venise (une faute d'impression 



BIBLIOGRAPHIE 131 

lui t'ait dire plusieurs fois « de Vienne »), même s'il a eu à sa disposition des 
mss. du Yalkout, a pris pour base de son édition celle de Salonique, mais en 
en modifiant trop souvent les références, notamment dans les renvois aux 
Midrascliim. Il importe de savoir que par « Midrasch » tout court, l'auteur du 
Yalkout ou le premier éditeur désignait (sauf pour les Proverbes) les petits 
Midrascliim de basse époque (Otiot de R. Akiba, M. Vayoscha, M. Abchir, 
etc.). Chemin faisant, M. E. nous renseigne sur l'ordre des livres bibliques et 
la numérotation des Psaumes dans le Yalkout, signale de nouvelles citations 
du M. Abchir et tire au clair les renvois au Yelamdénou. La conclusion de 
tout cela, c'est que nous aurions grand besoin, en attendant une édition 
critique du Yalkout, d'une réimpression de celle de Salonique. — L'autre 
étude, de M. Wetstein, fournit des contributions importantes à l'histoire des 
Juifs en Pologne, d'après la littérature rabbinique, des documents d'archives 
et des inscriptions tombales : 1° c'est déjà en 1499 que le roi de Pologne 
chargea un Juif de répartir l'impôt, et c'était R. Fischel de Cracovie, qui 
mourut martyr ; 2° R. Jacob Pollak ne fut pas rabbin àLublin, mais à Cracovie, 
où il s'établit après avoir été obligé de quitter Prague, dont il lit un centre 
d'études rabbiniques et qu'il dut fuir trente ans après (vers 1492-1522); 3° il 
avait diffamé Samuel, chirurgien de Bona, femme de Sigismond 1, et dont le 
petit-lils, Ascher, mourut martyr en 1631; 4° en 1564, les Juifs de Cracovie 
célébrèrent une fête, sans doute parce que le roi Sigismond-Auguste rapporta 
une mesure hostile de la municipalité ; il défendait d'ailleurs les Juifs contre 
les excitations des jésuites et les désordres de leurs étudiants ; 5° Moïse 
lsserlès avait près de 40 ans (non 50) quand il mourut ; la synagogue qui 
porte son nom a 1 été édifiée par son père (p. 211 et s.). 

nD'wNn — nDO Sefer Ha-Eschkol des R. Abraham b. Ïsak ans Narbonne 
(xi. Jahrhundert), auf Grund von zwei Handschriften ediert und kom- 
mentiert von Schuleiii Albeck. I. Lieferung. Berlin, imprim. Itzkowski, 
1910 ; in-8° de 80 p. 

B. H. Auerbach, rabbin de Halherstadt, a édite eu 1867-1869 la majeure 
partie du S. ha-Eschkol du rabbin narbonnais Abraham h. Isaac (xn e siècle, 
et non xi e ). Dans son introduction, il dit s'être servi d'un vieux manuscrit 
espagnol en mauvais état. Cette édition avait à peine paru que R. Kirchheim, 
dans la Zeitschrift de Geiger (VI, 47 et s.) et, sur ses indications, Schorr 
dans son Halouç (VIII, 168 ; cf. XI, 65) accusèrent Auerbach d'avoir copié 
autrefois le manuscrit de Carmoly à Francfort sur-le-Meiu et d'y avoir intro- 
duit postérieurement la mention d'un manuscrit du rabbin Moïse de Merzig 
(près de Trêves) pour masquer sa fraude et les falsili cations de son édition. 
Kirchheim était une mauvaise langue, Geiger un réformateur et Schorr un 
émancipé. Auerbach, qui était un parangon d'orthodoxie, fit la sourde oreille; 
seulement, à la mort de Carmoly, il acheta son manuscrit. De toute cette affaire 
il ne restait qu'un vague soupçon dans la mémoire des initiés lorsqu'à la fin 
de 1908, un savant de Varsovie, S. Albeck, à qui l'on doit une édition partielle 
du Raban, lança un prospectus (3 p. in-4°) où il annonçait une réédition du 
S. ha-Eschkol, rendue nécessaire par les lacunes et les altérations du premier 
éditeur. Grand émoi dans certain parti, qui chargea MM. Ehrentreu et 
J. Schorr de défendre la mémoire d'Auerbach et de prouver l'authenticité de 
son édition ; cette apologie, intitulée p^"71£r; npi2£, fut renforcée d'une 
consultation de M. D. Hoffmann et d'une « déclaration » de M. Berliner. 
A quoi M. A. riposta par un pamphlet incisif, ^ID^NH "1D"0. 

La comparaison de l'édition Auerbach avec le premier fascicule de celle 
d'Albeck, basée sur le ms. Carmoly, et avec le ms. de l'Alliance israélite (v. 



13- HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Revue, XLIX, 79 ; écriture espagnole, copiste Juda b, Aaron) uous a 
convaincu que le S. ha-Eschkol édité par Auerbach est altéré, sans qu'on 
puisse toujours accuser l'éditeur. Les arguments échangés dans la polémique 
n'emportent pas la conviction, mais M. Albeck doit avoir raison dans le fond. 
Du reste, les pièces du procès sont entre le mains des lecteurs : ce sont les 
deux éditions. Prenons le commencement. Le m s. Carmoly a perdu sa pre- 
mière page ; elle est remplacée dans l'édition Auerbach par trois lignes et 
demie (jusqu'à "n*3>T NPN ^3) qui sont une citation talmudique rapportée 
(replâtrage analogue dans l'édition des Consultations de Hayyim Or Zaroua : 
v. Revue, LUI, 267) et par deux lignes (jusqu'à min "H SIS) qui sont une 
restitution de la citation d'Alfasi. Un peu plus loin un long passage (p. 1, 1. 8 
— p. 2, 1. 10) qui ne ligure dans aucun des deux manuscrits et qui sent 
l'interpolation. Et ainsi de suite. Mais d'autre part, le texte de l'édition 
Auerbach s'accorde souvent jusque dans des détails d'orthographe avec le ms. 
de Paris (inconnu d'Auerbach) contre celui de Carmoly ; nous avons noté une 
dizaine de lectures en quelques pages. Il nous paraît certain : 1° qu'Auerbach 
s'est servi, en outre du ms. Carmoly, d'une autre copie, quoi qu'on pense de 
l'histoire assez invraisemblable du ms. de Moïse de Merzig; 2° qu'il n'a repro- 
duit lidèlement aucun des deux manuscrits. 

C'en est assez pour justifier la nouvelle édition de M. Albeck, que M. Hotl- 
mann lui-même juge « fort désirable », d'autant plus que M. A. possède une 
immense érudition dans la littérature rabbinique et est doué, je ne dirai 
pas d'un esprit, mais d'un flair critique étonnant. Il a pris pour base le ms. 
Carmoly et a noté les variantes (mais pas toutes) de celui de Paris ; celui-ci a 
naturellement fourni le début (pas très exactement non plus). Une plus grande 
fidélité aux manuscrits serait nécessaire. Le commentaire est précieux ; il ne 
pèche parfois que par excès de longueur : de grandes notes sont de pures 
digressions, d'ailleurs fort instructives. Les renvois à l'Introduction font 
entrevoir de nombreuses trouvailles qui renouvelleront en partie l'histoire de 
la littérature rabbinique, depuis le Séder de R. Amram et les Consultations 
des Gueonim jusqu'aux codes halachiques de France et d'Espagne, et dont on 
a dès maintenant un aperçu dans l'étude sur Juda b. Barzillai, qui vient de 
paraître dans les Mélanges Israël Lewy ; il y est prouvé que le Se'f'er ha-Ittim 
a alimenté le S. ha-Eschkol, le 8. ha-Ora (ou ha-Oré ; les deux doivent être 
justes, c'est un jeu de mots) et le recueil Schaâré Teschouba. Cette introduc- 
tion promise et les notes, même réduites au strict nécessaire, vaudront à elles 
seules l'édition, 

D^ypn -ison tPWttftïi Ennifiratt « Gloses hébraïques du Glossaire hébreu- 
français du xne siècle », par M. Lambert. Paris (Berlin, impr. 
Itzkowski), 1909 ; in-8° de 24 p. (tirage à part de la Fstschrlft Harkavy). 

Le ms. 302 de la Bibliothèque Nationale ne contient pas seulement les 
gloses françaises éditées par MM. Lambert et Brandin sous le titre de Glos- 
saire hébreu-français du XIII' siècle (Paris, 1905), mais encore des gloses 
hébraïques, que M. L. publie ici pour la partie qui porte sur le Pentateuque 
et les Meguillot. Ce sont des explications très brèves qui donnent soit un 
équivalent du mot glosé, soit, un autre verset où ce mot revient, quelquefois 
un renvoi auTargoum ou même à un exégète. M. L. a réuni, en outre, tous les 
passages où ces exégètes sont cités. Menahem b. Sarouk occupe la pre- 
mière place (quelques citations nouvelles), puis vient Raschi ; il est remar- 
quable que les autres représentants de l'école française soient si rarement 
mentionnés: une fois Samuel b. Méir et une fois Joseph Kara; les mentions, 
uniques aussi, d'Eliézer de Beaugencv et de Joseph Bechor-Schor sont sans 



BIBLIOGRAPHIE 133 

doute à rayer. Cette publication aidera à retrouver les sources de l'auteur du 
glossaire. 

mT73~ y-)N3 En Orient. Première et deuxième parties : dans les colonies 
juives de Galilée et de Judée, par A. S. Herschberg. Wilna, 1910; 
in-8° de îx -(-344 p. [Bibliothèque du journal "jttTn in). 

"nbn rna Gloses cabbalistiques sur le Pentateuque, par B. Fraenkel. 
Lemberg, chez l'auteur, 1910; in-8°de (4 -f) 32 ff 

^32 tpv m 3 'o Beth Josef Zebi zum Traktat Sukka, von S. Carlebach. 
Berlin, éditions « Hausfreund », 1910;in-8° de 530 p. 

Le titre hébreu complet explique l'utilité et la valeur de ce gros volume : 
« y sont réunis tous les textes indiqués par la Massoret ha-Schass, les Notes 
d'Isaïe Berlin et d'Akiba Eger, Rasclii et les Tossafot, de manière qu'il 
devient inutile de les chercher sur place, — travail et non science » . 

^KHI^ n^a Dix dissertations sur les sabbats, les fêtes, etc., par Méir 
Yoël Wigader, de Dublin. Jérusalem, impr. Luncz, 1910; in-8°. 

npsn msa Consultations de Jacor Haï \mni de Tibériade. Jérusalem, 
impr. Azriel, 1909. 

■âr»roaai na^oa aip3 mn nn dn D*na n»a Wie heben wir den religiôsen 
Sinn unserer Mâdchen und Frauen ? par D. Kaufmann, traduit par 
M. Kamionski. Jitomir, 1909; in-8° de 16 p. 

cbrci "W3 '0 Les formes verbales du Pentateuque, par Aryé Leïb 
Gordon, édité par Eliahou Landau. Jérusalem, impr. Luncz, 1910 ; in-8°. 

mioana Liber Genesis, capitula selecta (i-iv et xn-xv), sine punctis; 
curavit G. Wilkins. Dublin, Hodges Figgis, 1909 ; in-8° de 22 p. 

£rn?N natta W3r& ttïWfitt -pis Benedicti de Spinosa Amor Dei 
intellectualis in sechs Dialogen bildlich dargestellt von S. Rubin. Pod- 
gorze, impr. Deutscher, 4910; in-8° de 31 p. 

Û^btBTTn min*» *p&w L'habillement et le costume à l'époque biblique, par 
Salomon Rubin, avec introduction et notes par A. S. Herschbrrg (faux- 
titre : *p3"n rvibv n"i ">aro ba, II). Varsovie, éditions « Tuschijah », 
1910; in-8° de xn + 124 p. (nbna npvmba'a, première année, n°* 2-3). 

R. 4. 

Les notes de l'éditeur et la table des matières se trouvent dans le n° 14 de 
la même collection, qui contient la Morale (rm72H O) de Rubin. 
fian "n'ya Gloses sur Yoré Déa, §§ 60-69, par S. M. Schwadson. Szatmar, 
impr. de Klausner, 1910; in-f° de 44 fï'. 

uava D*P 131 '3 Ephémérides ou mélanges talmudiques, midraschiques 
et rabbiniquespour les différentes circonstances de Tannée religieuse, 
par Hayyim Knoller, impr. Knoller. Deuxième partie : de Rosch ha- 
Schana à Nissan. Przemysl, 1909 (5670); in-8<> de (1 -f 118 ff.). 
Première partie annoncée Revue, LVI, 133. 

Chaîna ">"i3i Anthologie des Hagiographes (Psaumes, Proverbes, Job) à 
l'usage de la jeunesse, ordonnée et expliquée par J. Gh. Rawintzky, 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ch. N. Btalik et S. Bkn-Tzion. Odessa, éditions « Mo ri ah » (Cracovie, 
impr. Fischer), 1908 ; in-8° de 137 p. R. 0,50. 

C'N^j "nul Anthologie des Prophètes, à l'usage de la jeunessse, 
ordonnée et expliquée par J. Ch. Rawnitzky, Ch. N. Bialik et S. Ben-Tzion. 
Tomes I (Isaïe, Jérémie) et II (Ezéchiel, Petits Prophètes). Odessa, éd. 
« Moriah » (Gracovie, impr. Fischer), 1907-1908; 2 vol. in-8° H. 0,50 
chaque. 

SHTOÏI ©31 Récits de rabbins de Hassidim, par Dob Béer Bylgoray, 1909; 
in-4 rt de 80 p. 

toi N33VI Histoire de la communauté de Dubno, extraits de ses actes 
(j6m/cès)etépitaphes, parCli. W.Mar<;olies. Varsovie, impr. « Hazefirah », 
1910 (5671); in-8° de 192 p., 2 fig. R. 1,50. 

Dubno est une petite ville de l'ancienne Wolhynie (8,000 habitants , 
"»,000 juifs), qui fut assez florissante au xvin c siècle, sous les Lubomirski. Deux 
juifs de Dubno sont mentionnés en 1007; la communauté fut éprouvée pen- 
dant la révolte des Cosaques (p. 9). Des autorités rabbiniques de moyenne 
grandeur s'y sont succédé (p. 13 et s.) ; elle est la patrie de la famille 
Marschalkowitz et de Salomon Dubno; Senior Sachs y connut l'emprisonne- 
ment et l'hospitalité (p. 23); une imprimerie y fut ouverte en 1794. La 
synagogue, dont la vue d'ensemble et l'entrée sont reproduites, a été bâtie 
de 1782 à 1794. La communauté entretient diverses institutions éducatives et 
philanthropiques (p. 32 et s.). La majeure partie du volume (p. 40-182) con- 
tient des extraits du pinkès de la communauté (depuis 1715), divers actes dont 
les originaux appartiennent à l'auteur ou lui ont été communiqués par la 
châtelaine de la ville; la plus importante, de 1766, sur la répartition de 
l'impôt entre les communautés juives de la Wolhynie (p. 97 et s.), a déjà été 
publiée par Harkavy ; quelques pièces sont en judéo-allemand : serment des 
contribuables (p. 88), serment du schetadlan à son entrée en charge (p. 121). 
Dommage que l'auteur n'ait pas essayé de reconstituer, à l'aide de ces docu- 
ments, l'activité commerciale, l'organisation financière et la vie religieuse de 
la communauté. A la fin, copies de 72 épitaphes de rabbins, notables, etc. 
(p. 183 et s.). Monographie utile. 

TnfcobND 1NO bfitt372 yn Don Manoël San Salvador, récit de l'époque de 
l'expulsion des Juifs d'Espagne, traduit de l'hébreu par H. Ben-Attar. 
Jérusalem, impr. Azriel, 1910. 

ï-PQVia rtbaiann ml La période de la « renaissance » en Russie, par 
M. Margulies, traduit du russe par ©— \ Wilna, 1910; in-8° de 109 p. 
(Bibliothèque du journal pTH nïi). 

to" 1 "}^ mi 'O Réfutation des arguments de J. H. Weiss, dans son ouvrage 
« Dor Dor ve-Dorschav », contre la loi orale et contre la divinité de la 
loi en général, par Juda ha-Lévi Lifschitz, édité par le neveu de l'auteur 
Notel Lipschitz, de Kowno. Deuxième partie. Pétrokow, impr. Zeder- 
baum, 1910; in-8° de 124 p. 

La première partie a été signalée Revue, LVI, 133. Cette deuxième (et der- 
nière) partie critique dans le même ton différents passages du premier volume 
de l'ouvrage de Weias et, en appendice, quelques passages du deuiième 
volume. 



BIBLIOGRAPHIE 135 

CPS'nntttt nrrn Neueste Gescliichte des jùdischen Volkes, par M. Pm- 
lippson, traduction hébraïque. Tome I. Wilna, 1909; in-8° de 384 p. 
(Bibliothèque du journal "{ETn in). 

1N"i"H Dîwân des Abù-1-Hasàn Jehuda ha-Levi, nach Handschriften und 
Druckwerken bearbeitet und mit erklarenden Anmerkungen versehen 
von H. Brodv. Zvveiter Band : Nichtgottesdienstliche Poésie (Hel't V). 
Berlin, impr. Itzkowski, 1909 [1910]; in-8° de xi + 157-330 p. (Schriften 
des Vereins Mekize Nirdamim, 3. Folge, Nr. 2). 
Contient les notes du tome II (poésies profanes . 

■paffiin "pi Procès-verbaux de la Conférence tenue à Berlin par la Orga- 
nisation fur hebràische Sprachc und Kullur. Varsovie, éditions 
« Achiasaf », 1910; in-8° de 82 p. 

nnnn hy ŒTVSl "P^pl Commentaire du Pentateuque, par Elia de Wilna, 
édité par Eliahou Landau. Jérusalem, impr. Lit nez, 1910; in-8°. 

rtiann "pi Voie nouvelle. Contributions à l'exégèse biblique, par D. El. 
Baranowitz. Wilna, 1910; in-8° de 32 p. 

noD btt) mm mo HaggadadePàque, avec commentaire intitulé pnir miZ3, 
par Isaac INsrbNtt. Jérusalem, impr. Azriel, 1909. 

nOD blû rmr> Haggada de Pàque, avec commentaire intitulé pban 
maS73b par A. A. Pbag. Jérusalem, 1910; in-8° de (2+j 53 ff. 

n^iyn mssa a*K"a3H "«rra nn;n Das Leben der Propheten nach der 
arabischen Légende, ins Hebraïsche ùbertragen von J. Eisenberg. 
I. Lieferung : Hiob und Moses. Podgorze, impr. Deutscher (Leipzig, 
M. W. Kaufmann), 1910; in-8° de 39 p. 

M. E., qui édite et traduit en allemand les « Histoires des vies des pro- 
phètes » d'Alkisaï (mort en 199 de l'hégire), en a déjà publié des extraits en 
hébreu dans différents périodiques; il se propose de faire passer tout l'ouvrage 
en hébreu dans des brochures successives. Celle-ci contient les textes relatifs 
à Job, Jéthro (Schoëib), Moïse fils de Manassé (paraît être une haggada 
« massorétique », tirée de Juges, xvm, 30), Pharaon, Moïse, l'Exode, la pro- 
mulgation du Décalogue, Balaam, Goré, Og, la mort d'Aaron et de Moïse. Une 
annotation inégale signale les divergences de Talàbi ; la première note affirme 
que les deux auteurs arabes ont puisé à une source commune, qui émane 
d'un Juif; mais qui? la mention de Ka'b dans le texte (p. 14) n'est accompa- 
gné d'aucun .éclaircissement. Le Séfer ha-Yaschar se ressent, comme on 
sait, de l'influence arabe ; M. E. promet de prouver qu'il a subi celle d'Alkisaï. 

t^nsoim ^ban mm-Di fb-ih ddoid by mnan Adnotationes criticae ad 
duos Talmudis Babylonici Tosephtaeque tractatus Chulin et Kerithoth. 
Textum constituit, res explicavit, historiamque originem ex fontibus 
investigavit J. H. Donner. Francfort-s.-M., Sanger et Friedberg, 1910; 
in-4° de (4 +) 67 -f 27 ff. M. 5. 

CPJPO latt Explication de passages difficiles de la Bible, par M. Besredka. 
Drohobyez, impr. Zupnik (chez l'auteur, à Odessa, Bazarnaja, 82), 1909; 
in- 8° de vi 4-137 p. 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L'auteur a publie cd i90o une brochure t2"HD*iO "iplD Î2V (Drohobyez, 

76 p.), où il a proposé des collections au texte biblique. Mis en goût, il s'est 
mis à lire les exégètes critiques et cette fois la moisson est plus abondante. 
A ses conjectures personnelles il a ajouté celles de ses devanciers. Si le bon n est 
pas toujours neuf, le neuf n'est pas toujours bon. On est charmé par des 
trouvailles dont seraient incapables les hébraïsants à coup de dictionnaires et 
qui attestent à tout le moins un sens très affiné de l'hébreu, et l'instant après 
on est agacé par des fantaisies qui ressemblent à des gageures ou à de mau- 
vaises plaisanteries. Qu'on lise dans Job, m, 3, ri">n *^3N (participe) ou dans 
1 Rois, xvin, 21, D"S3n, soit; mais que dire de bs573rl N"l!l TPn hwn pi 
"■SHT N5 dans Genèse, xv, 2, ou de nrp3 ib ">3 SnJO dans xx, 16? Ce 
contre quoi nous devons protester, c'est contre l'attribution de prétendues 
diTergences au Targoum, comme N^TO ">73 dans Gen., xxi, 7, ou ^33 Z"PSJN"1 
dans xlix, 3. M. B. est si spirituel qu'il prête de son esprit aux autres, à 
commencer par les auteurs bibliques. 

J—pb&nti^ rimnO' 1 " L'histoire juive en vingt-quatre leçons, par J. Klaus- 
ner. Tome I : Des origines à l'époque des Maccabées. Odessa, 1909; 
in-8° de 300 p. 

^nsion *n3ïû '") nVPOb mbbDn ttMTpn Abhandlung ïuber den Siddur des 
Schabtai ha-Sofer aus Przemysl, auf Grund der einzigen Handschrift in 
der Bibliothek des Bet ha-Midrasch in London (par A. Berliner). (Faux- 
titre mzn*i DiTn û*^ '0 Blatter aus dem Bet ha-Midrasch in London). 
Francfort-s.-M., J. Kauff'mann, 1909 ; in-8° de xvin -J- 82 p. 

L'auteur, grammairien polonais du commencement du xvii" siècle (cf. H. fi., 
XIII, 116), avait préparé pour l'impression un Livre de prières correct avec un 
commentaire très étendu; malgré les approbations des rabbins contempo- 
rains, son travail ne vit pas le jour et seul le Livre de prières parut à Prague (?) 
en 1617, puis à Lublin en 1625 (frontispice reproduit p. 78). M. B. publie 
l'Introduction générale du commentaire inédit ; elle ne contient nullement des 
généralités, mais des observations sur la vocalisation correcte de certains 
passages du rituel. La citation d'anciens siddourim et de différentes autorités 
rabbiniques donne à l'ouvrage un intérêt historique. Beaucoup de fautes 
d'impression. 

ï-nabtûnH '0 Gloses d'Alfasi sur Nezikin, par Meschoullam b. Moïse de 
Béziers, éditées d'après le manuscrit Gûnzburg avec un commentaire 
intitulé rï53*5©nn rmn, de Juda Lubetzky. 3° partie : Aboda zara, suivi 
de D^pp*! "♦bbD. Pétrokow, 1910 ; in-f^ de 72 ff. 

2 e partie : Revue, LVI, 136. L'auteur est décédé a Paris, le 18 septem- 
bre 1910. 

...r-p-nacpnn mbizîbntoïn Développement historique de l'idée de la 
renaissance de la langue hébraïque, par A. -S. Herschberg. Odessa, 
éditions « Ibriah », 1909 ; in-8° de 16 p. 

Ca^airoa n»m Aus dem schriftlichen Nachlasse der Briïder Jolles aus 
Lemberg [herausg. von A. Berliner]. Berlin, L. Lamm, 1909; in-8° de 
xn + 48 p. 

Deux parties bien distinctes : 1° neuf lettres de rabbins allemands, polonais 
et hongrois sur les ouvrages bNmp"' HD£73 et tUNI D^3tt33 de Saul Berlin; 



BIBLIOGRAPHIE 137 

l'histoire de ces deux scandales littéraires est bien exposée par S. Klein, dans 
la Israelitiscke Monatsschrift (supplément de la Jildische Presse), 1909, n" s 
4 et suiv. ; - 2" une dizaine de lettres de Zacharie-Isaïe Jolies et de son 
frère Barouch, deux maskilim de Lemberg, et de l'historien M. Jost ; celte 
correspondance, échangée en 1840-1841, n'est pas sans intérêt pour l'histoire 
politique et littéraire du temps: Lilienthal, dont Z. Jolies fut le collaborateur 
a Minsk, querelle de Rapoport et de Luzzatto, Mehlsack, l'auteur du Rabiah 
contre Zunz et Rapaport ; noter les jugements sévères sur Crémieux et les 
Rothschild (p. 29, 30, 48). 

"■Wï 12y*\ Ueber den ursprùnglichcn Inhalt von GOO.000 Buehstaben im 
Ruche Moses entsprechend der Zahlder Miinner, welche am Berge Sinai 
bei der Offenbarung anwesend waren... von J. Horowitz. Munkacs, chez 
l'auteur, 1910; in-8° de 20 ff. 

*nDD3 1*n5T Autobiographie, par L. Lewin (b"brp)« Jitomir, impr. Ghoro- 
janski, 1910; in-8° de 61 p., portrait de l'auteur. 

Sa^niOfinb "p"OT Histoire des rabbins de la communauté de Sziget, par L. 
Grunwald. Szatmar, M. Klausner, 1909; in-8° de 52 p. M. 1. 

ta-annsbi tranttfiHb "p-OT Editions d'ouvrages anciens et modernes. Tome 
I, contenant : 1° le "nratrï 'D de Maïmonide (?), 2' le 3nn fy 172N73 de 
R. M. b. Eléazar, 3° des pioutim de Juda Halévi, Abraham Ibn Ezra, 
etc., 4° des pioutim d'un mahzor manuscrit, 5° une tossefta du Targoum 
du commencement du livre d'Ezéchiel, avec des notes et l'ouvrage 
nD"i3 "pizy, de Joseph ibn Plat, sur les bénédictions, par S. -A. VVerthei- 
mer. Jérusalem, chez l'éditeur, 1909; in-4° de (1+) 26 ff. 3 fr. 

t**"mb "p-DT 'o Novelles sur la Mischna, traités Berachot et Rosch Ha- 
schana, par Joseph Messing. Berlin, L.Lamm, 1909; in-8° de (l-f-)72p., 
portr. de l'auteur. 

ï-TE3tt *p-OT Homélies, par Moïse *JEN73 de Safed. Jérusalem, imprimerie 
Azriel, 1909. 

ÏIDIO n^Ott by ^^"DH "*OiTPT\ Novelles de Menahem Meï'ri sur Soucca, 
éditées d'après le manuscrit de Parme, par J.-M. Alter, avec des notes 
de M. Lipszyc. Géra Kalwarja (Pologne russe), chez l'éditeur, 1910; in-4° 
de 138 p. 

i-i&W mn Sur le Pentateuque, par Moïse Meïr Haï Eliarim, de Tibériade. 
Jérusalem, imprimerie Azriel, 1910. 

-f&p mn 'o Explications homilétiques de passages bibliques et midra- 
schiques, par J. Rosenfeld. Pacs, imprimerie Rosenbaum (chez l'auteur, 
à Galatz), 1909; in-4° de (6+) 295 ff. M. 6. 

Ea^mnnm b^bsbDfi Û^wn «n Sozial- und Wirlschaftsgeschichte der 
Juden, par G. Caro, traducton de M. P. Seidemann. Wilna, 1910; in-8° de 
377 p. (Bibliothèque du journal pT" "in, VI). 

inpibnn La Haloucca, son origine, son histoire et son organisation, de- 
puis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours, par A -M. Luncz. 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Jérusalem, imprimerie Luncz, 1910 (tirage à part de l'Annuaire Jéru- 
salem^. 

fmba?: OTn Die fûnf Megilloth iïbersctzt und erlautert von R.Breuer. 3. 
Teil : Klagelieder. 5. Teil : Esther. Francfort-s.-Mein. A.-J. Hofmann, 
1909-1910 ; 2 vol. in-8° de viu-f9G et viu-f-102 p. M. 1.85 chaque. 
Ruth a paru en 1908 : Revue, LVTII, 140. 

fn^tzna&n rmm Judenttim und Menschentum. Aufsatze von J. Klausner. 
Tome 1. Varsovie, éditions « Tuschijah », 1910; in-8° de 240 p. R. 1,50 

(nb-na rtpvrâ^, n os 30-32). 

C'est une 2 e édition, la l re ayant paru en 1905. A noter un article sur S.-D. 
Luzzatto (ce fut surtout un grand cœur) et un autre sur Ernest Renan et l'an- 
tisémitisme intellectuel (exagérations). 

&"nan benÈT bs maiTl firimn Le Judaïsme et l'Alliance Israélite Uni- 
verselle, conférence de Léon Modiano, traduite en hébreu par M.-D. 
Schoub. Jérusalem, imprimerie Luncz, 1910. 

&TD1-D Û*mrrn Histoire des Juifs en Russie de 1880 à 1908, par M. Magaz- 
nik. Varsovie, 1910; in-8« de 138 p. 

tàvnaJO TF 'O Poésies de E. Kazaz. Odessa, 1910; in 8° de vin -f 118 p. 
R. 0,70. 

Sur l'auteur, v. Revue, LVII1, 315 ; sur l'ouvrage, Z. f'.H.B., XIII, 117, 180: 
XIV, 114. 

jfôSîl 1DO bs "n^lMarJ aipb"> The Jalkut of R. Machir bar Abba Machib on 
Hosea, edited by A.-W. Greenup. Londres, 1909; in-8° de 16 p. 

S-P1DT -iDO b? "«TOTn LDipbi The Jalkut of R. Machir bar Abba Mari on 
Zechariah. The Jalkut .. on Amos, Obadjah, Jonah, Micah, Nahum and 
Habakkuk. Edited for the first time from the unique Ms. (Harley,5704) in 
the British Muséum by A.-W. Greenup. Londres, 1909-1910 ; 2 vol. de 
148 et de 81+22+- 28-f 66-f-21+56 p. 

Recensions de M. Poznanski dans Z. /. //. /?., XIII, 131-134 : XIV. 
131-134. 

£Dbi2T"P Jérusalem. Jahrbuch zur Beforderung einer wissenschaftlich 
genaucn Kenntniss des jetztigen und des alten Pallistinas, herausge- 
geben un ter Mitvvirkung von Fachmannern... von A. -M. Luncz. Band 
VIII, Heft 3, 4. Jérusalem, chez l'éditeur, 1910; in-12° de p. 179 — 
360. 

Sommaire de cette livraison, qui termine le tome VIII, H. Hirsehensohn : 
Ribla, Cefon, Ret Rara (Juges, vu, 24), Rare (Ezéchiel, xxi, 24!), Rabel au 
nord de la Palestine; J.-D. Rlumberg : Sur la schemitta de nos jours; S. 
Raffalovitch : Les luttes des Fellahs en Palestine dans les deux derniers siècles 
(d'après Macalister et autres); ffi"rP : sur les middot exégétiques ; Luncz : 
pTl36 '"H NHllON \Guittin, 56 b) ; S. Raffalovitch : La Palestine avant la 
conquête de Josué (d'après les explorateurs anglais; à suivre); TZ?"rP : sur la 
méthode d'enseignement de l'amora Samuel; J.-M. Toledano : Elégie sur la 
mort du rabbin Raruch Toledano (rabbin marocain des xvn-xvm' s.); Luncz : 
la bénédiction d'Iiaac Genèse, xxvii); v"7V< : explications de passages bibli- 



BIBÔOGRAPHIÊ 139 

<|ues et taliiuuliques ; W. Rabbinovitcb : sur la rédaction du Verouscbalmi ^à 
Tibériade, par des rabbins anonymes ; le Babli et le Yerouschalmi s'ignorent 
réciproquement ; le Y. de Kodaschin a existé au moins sur les traités de 
Zebahim, Menahot et Kerifot) ; nouvelles palestiniennes ; W. Rabbinovitch : 
notes sur le Yerouscbalmi. 

Snabia mr^-n Homélies, morale et poésies, par Salomon B. Samuel 
Nrr&Ttt. Jérusalem, imprimerie Azriel, 1909. 

•ptftt BP Consultations de Eliahou nb\ rabbin à Tibériade. Jérusalem, 
imprimerie Azriel, 1909. 

f-P3nz^ Isaias, diligenter revisus juxta Massorah atque editiones principes 
en m variis lectionibus. . . collectisaC.D. Ginsburg. Londres, British and 
Foreign Bible Society, 1909; in-4° de 93 p. 

L'éditeur a reproduit le texte de l'édition de Venise 1524, mais il a noté les 
variantes de plus de lu manuscrits et de 20 éditions anciennes, non seulement 
pour la vocalisation, mais aussi pour l'accentuation. Il a compté les variantes 
sans les peser. Le seul effort critique qu'il se soit permis nous parait malheu- 
reux. Les Keré-Ketib ne sont pas ponctués par lui dans le texte, mais en note 
il indique la ponctuation et du Keré, ce qui est bien, et du Ketib, ce qui est 
illégitime, car la ponctuation massorétique suit toujours le Keré. Ainsi dans 
ix, 6, il donne en note non seulement rta"l73b, mais aussi tt31 Db, — qu'est- 

• : - : T - T 

ce qu'il en sait? — L'impression est fort belle et fait honneur à la Bible 
Society, qui éditera dans la même forme toute la Bible. 

m"*vb Tiaa Sermons de R. Jacob Saul Elyaschar, avec des oraisons funè- 
bres par le même et des sermons de son fils, Hayyim Moïse Elyaschar. 
Jérusalem, imprimerie Zuckermann, 1909 ; in-f° de 168 p. 

^■omn -idid Kofer Ha-Eschkol. Die Wahrheit iïber die Eschkol Ausgabe 
des Dr. B. H. Auerbach von Schulem Albeck. Varsovie, imprimerie 
« Hazefirah», 1910; in-8° de 18 p. 
Voir àblDBÎNtt 'O- 
*P33H bNTOUJ 'H ""TŒ bD. Poésies complètes de R. Samuel ha-Nacuid, éditées 
et commentées par H. Brody. Fascicules I-II. (Faux-titre : "Vian n^lN 
nX^bEÏTi, éditions des poètes juifs du moyen âge. Première partie). 
Varsovie, éditions « Tuschijab », 1910; in-8° de 160 p. R. 1 (hprvpba'ia 
ïlbYia, première année, n ,s 1 et 36). 

Sur les 41 numéros — pour la plupart des poésies de circonstance dont les 
destinataires sont connus — qui remplissent ces deux fascicules, 2 seulement 
sont inédits (n os 3-4); mais pour tous le texte et le commentai- e représentent 
un progrès sur l'édition Harkavy. En outre, M. B. publiera en appendice les 
poèmes adressés au Naguid et une biographie de celui-ci complétera le 
Diwan. 

&^231 Epa. Explications sur le Pentateuque de Moïse îïiTfl, éditées 
par Jacob Haï "jSVTra. Jérusalem, imprimerie Lu nez, 1909 ; in-8°. 

^fini»" 1 ynN mb A. M. Luncz. Litterarischer Palàstina Almanach fur das 
Jahr 5670, 1909/1910. XV. Jahrgang... fur das Jahr 5671, 1910/1911. 
XVI. Jahrgang. Jérusalem, chez l'auteur, 1909,1910; 2 vol. in-16 de 72+ 
174+4$ et 68+162+82 p. 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tome XV. Lu nez: Jérusalem dans les quarante dernières années (suite t. 
XVI; développement considérable de la communauté, dû surtout à l'afflux des 
Aschkenaxites) ; A.-Z. Rabbinovitch : Guilgal ; S. Raff'alovilch : histoire des 
Fellahs d'après Baldensperger (dans le P. E. F.); Bentzion Tragan : la commu- 
nauté d'Alexandrie; bibliographie palestinienne; la ferme-école Or Jehouda, 
près de Smyrne; l'année en Palestine. — Tome XVI, S. Raftalovitch : Ephraïm 
et la secte samaritaine ; A.-Z. Rabbinovitch : le pays de Samson et de David, 
d'après Ebers et Guthe ; bibliographie palestinienne; A. Idelsohu : la commu- 
nauté de Damas ; E. R. Engelmann : les périodiques iérusalemites ; l'année 
en Palestine. 

fnmb Calendrier caraïte pour 5671-5675, par Samuel Neeman. Eupatoria, 
imprimerie M. -L. Murowansky, 1910; in-12° de 79 p. 
Voir Z.f. IL B. XIV, 114. 

tzrb^Di mausb r^w: mmb Tableaux des flexions des noms et des verbes, 
par Ch.-S. Neuhausen. New-York, librairie S. Druckerman, 1910; in-8° 
de 31 p. 

rrosn "'tanpb Collection des halachot des traités Pesahim, Haguiga, 
Tamid, Keritot, Bechorot, par Israël Méir B. Aryé ZEEB.Pétrokow, 1909; 
in-4o de 82+32+85+38+24 p. 

s^rnïT ^l'ph 'o Explications des treize articles de foi, par Ch-I. Schlesin- 
ger. Première partie. Vacz, 1909; in-8° de 118 p. 

!-n5£*»baa Sî^ïnpn rrmpb Contributions à l'histoire des Caraïtes en Ga- 
licie, par R. Fahn. Berlin, 1910 ; in-8° de 18 p. (Tirage à part de Hake- 
dem, III). 

fcmxnïl n*mpb Lekoroth Harabonoth (sic). Zur Geschichte des Rab- 
binismus. Aufsàtze von S. -A. Horodetzky. Fascicules I-II. Varsovie, 
éditions « Tuschijah », 1910; in-8° de 223 p. R. 1,50 (nbna ttpwba-O, 
l^e année, n 0s 33-34, 35). 

Isaac Aboab 1 (l'auteur du Menorat-ha-Maor), Israël de Briinn, Joseph 
Colon, Moïse Alaskar, Moïse Isserlès (avec un appendice sur le Minhag), Salo- 
mon Louria, Mardochée Yafé, Méir de Lublin, Samuel Edels, Méir Schifï, 
Menahem Krochmal, Gerson Aschkenazi. — Réimpression textuelle d'articles 
de revue (Hagoren), sauf pour S. Louria et S. Edels, dont les biographies, 
publiées d'abord en volumes (n»blZ3 D~0, Drohobycz, 1897 : 58173 «373 D1Z3, 
1895), ont été remaniées dans la forme. 

31L3 Hpb. Voir ©WD. 

irrioa rssrn ban©*» rmbnnb Contributions à l'histoire des Juifs en 

Pologne et de leurs rabbins, par F. -H. Wetstein. Cracovie, 1909; in-8' 

de 28 p. (Tirage à part de Haeschkol, VI). 
Voir à b"DH38n. 
8BD 3H373 -nTrra ml» b« "173873 Etude sur le Mahzor du rite de Kaffa, 

par J. Markon. Saint-Pétersbourg, 1909; in-8 J de 21 p. (Tirage à part de 

la Festschrift Harkavy). 
— in08 nb573 « Le livre d'Esther, traduit du texte original par Zadoc Kahn 



BIBLIOGRAPHIE 141 

(extrait de la Bible dn rabbinat français) ». Paris, librairie Durlacher 
(Hœdelheim, impr. M. Lehrberger), 1909; in-8°de 68 p., illustré. 

Texte hébreu et traduction de la Meguilla, avec l'office du soir (pour la 
veille de Pourim) . 

ï— pjj'n nb^tt Meguillat Taanit, avec le commentaire de Jacob Emden, un 
nouveau commentaire d'AnRAHAM ha-Leyi de Cracovie et un antre, inti- 
tulé bE5»n Œ")-pd, d'ABRAHAM Eliahou b. Yehiel Michel. Jérusalem, im- 
primerie Schônbaum-Weiss, 1908; in-8°. 

tm3N p70 Magen Aboth. 24 talmudische Abhandlungen des Meiri .Mf.xa- 

chen b. Salomo) nacli der einzigen Handschrift edirt und commenlirt 

von I. Last. Londres, imprimerie Narodiczky (en commission chez 

Kauffmann, kFrancfort-s.-M.), 1909; in-8° de x-J— 175-f-n p., 2 fac-similés. 

Cet ouvrage est une mine de renseignements sur l'histoire littéraire, 

rituelle et « culturelle » des Juifs du midi de la France. Voir provisoirement 

Marx, Revue, LIX, 203, 223-224. 

f^on rntîfina OTTO Bereschit Rabba mit kritischem Apparate und Kom- 
mentare von J. Theodor. Lieferung iv, Lieferung v. Berlin, imprimerie 
Itzkowski, 1908-1909; in-4° de p. 241-400. 

EPÎttn '£-1*173 Voir à Hoffmann. 

— niTriTO Prières des fêtes d'après le ritesefardi, avec commentaire intitulé 
npy* m ?7TM, par Jacob Yiçhaki. 2 parties (Roseh Haschana et Kippour . 
Jérusalem, chez Fauteur, 1908-1910. 

Voir sur l'auteur Z. f. H. B., XIV, 130. 

t"2"Ontt "IDO Machkim, von H. Nathan ben Jehuda. Cod. hebr. Nr. 12a der 
Hofbibliothek zu Wien und Nr. 187' der Statbiblioteek zu Hamburg. Mit 
Anmerkungen und Einleitung von J. Freimann. Cracovie, impr. J. 
Fischer, 1909 ; in-8° de xxm+50 p. (Tirage à part de Haeschkol, VI). 
Voirie compte rendu de M. Wellesz, Revue, LXI, 154-160. 

!3"m2N yiN "nprra Géographie et histoire de la Palestine, d'après les 
meilleurs auteurs, par Israël Wolf Horovitz. Première partie, fasci- 
cule I. Jérusalem, imprimerie Lipschutz, 191 ; in-8'\ 

TP3 "«73 Règles de l'ablution des mains, rattachées aux initiales du cha- 
pitre sur le bassin d'airain, par Nephtali Herz " i nN^"n73, édité par 
Samuel b. Abraham, tils de l'auteur. Jérusalem, imprimerie Luncz, 
1910. 

îZJNm d*73n Die Elemente Wasser und Feuer in der symbolisch- mysti- 
schen Literatur, von S. Rubin. Podgorze (Cracovie, Wetstein), 1909; 
in-4° de 26 + 2 p. 

"I3*»r: "m "vasma D*nnD7û Lettres de Nahman Krochmal et Moïse Landau, 
éditées par B. Friedberg. Francfort-s.-M., Sanger et Friedberg, 1910; 
in-8<> de 8 p. 

maan "Ô7J Commentaire du Pentateuque en judéo-espagnol, par Isaac 
■'pwa de Conslantinople. Jérusalem, imprimerie Luncz, 1909. 



142 REVUE DES, ÉTUDES JUIVES 

•jriDn nnstt Consultations de Joseph Hayyim hà-Cohen, de Jérusalem. Jéru- 
salem, imprimerie Lu nez, 1910; in-f°. 

rtp^nyrr "ismiDDtt Ans unserer alten Literatur. Drei Beitrage zur Entste- 
hung und Gescliiehte : 1) der Pentateuch-Uebersetzung « Onkelos », 
2) des Midrasch « Tanna d'be Eliahu », 3) der Bethàuser in den Zeiten 
des Talmuds, von VVolf Marron. Wilna, impr. Pirojinkow, 1910; in-8° 
de îv + St> p. 

L'autour voudrait montrer : 1° qu'Onkelos traduit d'après les opinions 
de sou maître K. Akiba, — niais il faudrait prouver que le Targoum a un 
auteur, et que c'est Onkelos ; 2° que le Tanna debé Eliahou polémise contre 
les Sadducéens — mais il est prouvé que ce Midrasch n'est pas si ancien ; 
3° M. Epstein établit pour lui que les synagogues n'étaient pas situées a 
l'époque talmudique dans les champs, comme on l'admet communément sur 
la toi de Raschi. 

■nbn N3*Db *on3>72 Gloses sur le Talmud, par J. Horowitz. Première 
partie : Berachot et Moëd. Londres (ehez l'auteur, à Anvers), 1910; 
in-8° de 205 p. 

Û^Warj !r»JE 'O Ma'aseh ha-Geonim (cod. Goldschmidt-Frankfurt a. M.), 
mit Einleitung und Anmerkungen von A. Epstein, erganzt und redi- 
giert von J. Freimann. Berlin, impr. Uzkowski, 1909 [1910] ; in-8° de 
xxiv + 99 p. (Schriften des Vereins Mekize Nirdamim, 3. Folge, Nr. 3). 
Parmi les publications de la société Mekize Nirdamim, récemment recon- 
stituée, l'édition du Maasseh ha-Geonim (désigné dans la suite par M. G.) par 
A. Epstein mérite une attention particulière. Cette compilation, qui contient 
des consultations et des décisions du xi* siècle, nous fournit des renseigne- 
ments de toute sorte, surtout au point de vue de l'histoire littéraire. Elle 
nous introduit dans les écoles talmudiques de l'Allemagne, où enseignèrent 
les maîtres de Raschi, nous montre les quatre fils de Machir, contemporains 
du grand commentateur, nous rapporte les us et coutumes des pays rhénans, 
des trois communautés de Spire, Worms et Mayence, qu'on peut en un certain 
sens appeler autonomes, car les usages rituels et liturgiques s'y sont déve- 
loppés d'une manière indépendante ; elle nous décrit la situation matérielle 
et intellectuelle des Juifs allemands avant la première Croisade et nous offre, 
enfin, une foule de matériaux halachiques qui, quoiqu'ils se trouvent pour 
la plupart dans les recueils déjà connus de l'école de Raschi, sont propres à 
éclairer plus d'un point obscur. Les textes parallèles du Mahzor Vitr;/, du 
Parties, du S. ha-Ora, de Vlssour vehelter se complètent et se rectifient les 
uns les autres et, comme ces ouvrages n'ont pas de plan solide ni d'ordre 
systématique, tel paragraphe isolé a été corrompu à force d'être copié, 
comme les monnaies jetées dans la circulation générale s'usent et perdent 
leur frappe ; aiusi les citations conservées dans différents ouvrages forment 
une contribution notable à la critique comparée des textes. J, 'édition du 
Fardés, par exemple, fut faite d'après un manuscrit incomplet et altère, de 
sorte que le M. G., qui renferme de nombreux passages communs, nous met 
en état de restituer les vraies leçons. 

Dans une Introduction instructive et pleine de faits, M. Epstein nous ren- 
seigne sur le M. G. Il y cite trois passages pour prouver que le manuscrit 
Goldschmidt qu'il édite est identique avec le Muasse' ha-Gueonint mentionné 
par Éléazar de Worms et Cidkia b. Abraham. Mais en même temps il indique 
six passages qui ne se trouvent pas dans l'ouvrage, ce qu'il explique en admet- 






BIBLIOGRAPHIE 143 

tant que les anciens auteurs connaissaient une recension plus complète que 
celle de son édition. Il expose, d'autre part, que le M. G. se composait de 
différents cahiers, d'où vient qu'il est cité sous différents titres : 1° rnom 
"inm TIO^N maiTOP (un titre bien singulier, qu'on lit en tète du Rokéah, 
303; ne pourrait-on pas corriger en 110^ mbbïia mSTuP "TINXE 
inm?),; — 2° b^SnfiWH maiïîn : Or Zaroua, 1, § 423 (non 421), à quoi 
il faut ajouter : a) 0. Z., I, 1146 (== M. G., 88); - b) 0. Z., II, 1096, 232 
(= M. G., p. 22, n" 33), \ni31 D^SlfiMn naiOn, plus complet dans O. Z. 
que dans M. G., où manque la citation du Yerouschalmi ; cf. Schibbolé ha- 
Léket (S. L.), 200, où la source est JiOD mabna b"£T rtttbtD '"1 ano : 
8. ha-Ora, p. 194, n° 47; Mon/echaï, Pesahim, 942; — c) O. Z.. II, 162 a, 

393 (= M. G., p. 45, n» 55), imai ma van a a-ino : — d) o. z., Ab. s., 

§ 256, D^aiN^n maittîna N£733 pi, où on cite R. Siméon et R. Juda 
ha-Cohen Sire Léuntin, appartient vraisemblablement au même groupe, 
manque dans M. G. ; — e) S. />., 9, -17313 rSTl nU3:>73 Û^aiNSn maiïïn 
FmïT la pnir» '"*„cf. Mahzor Vitry, 51; Mordechaï, Berachol, 172: 
manque dans M. G.; — f Bel Hadàsch sur Yoré Déa, 89, d'après Mont., 
Houllin, 1148 (manque dans notre édition) : «rPN Û^3"lfiWn naîtra J3JH 

D^biaïaE û"*a*i nn» abn yavô -ion v 'n b"n [=M. G., n° 15); — 

3° maiTZSn, à ajouter les textes suivants : O. Z., I, 133 6, § 462, cf. Beca- 
nali, 190; manque dans M. G.; O. Z., II, 49 6, § 95, mantZJna 31P3 
fiab D1K blO^ DN OIM^anbp '"ïb vbtfttJ, manque dans M. G.; O. Z., Il, 
1616, § 392; 165a, § 407, manque dans M. G.; 1836, § 464, manque; 
II, 179 a, § 436 (= M. G., 50), 179 6, § 440 (= M. G., 50, 51); 171 6, § 422a: 
D^p-ÔN '-l DttJa manttîna [M. G., 51 : Kalonymos) ; — 4° D^aitfan ^nan, 
textes à ajouter : 8. L., 73 (= M. G., p. 60, n» 64); 36 (?) ; 218, p. 202 : 
253; 266 (— M. G., p, 34, n° 49); 270; 364 et à la fin p. 408. Un i-)3*J 
D^aiN^n est cité dans O. Z., 161a, § 392; 168a, § 416 ; — 5° mans» 
Û^aiÊOrt, textes à ajouter : S. L., 290, mn73U3 'H, n° 15 (= M. G., 50 , 
21 (= M. G., 48, n°38), 37 (= M. G., 51); — 6° N-pDlDN marna, S. /... 
372, manque dans M. G.; — 7° N2aS73 Plana», S. £., 194, 199, 286, 

p. 267; de plus mim na pnar 'n ia^an au:a t«£h, S. L., 23, 30 

[== M. G., 60, n° 64), 133 (= M. G., 56, n" 62 ; OITambp 'l DïJa, S. L., 
140 (= M. G., 58, n» 63), 149, 177, 202 {M. G.. 46; Taschbeç, u<> 179, QT33 

IPhd« 'n). 

Il reste singulier que les divers recueils contiennent beaucoup de choses qui 
ne se trouvent pas dans le M. G. Il pourrait en résulter que ces ÛiO n "mavp 
étaient des compcndiums indépendants auxquels sont empruntées les citations 
qu'on trouve dans le M. G. On peut bien admettre à la rigueur, lorsqu'on 
trouve par exemple un passage commun aux OlB^wlbp '") D^anaTa et au 
M. G., que le premier est une partie du second. Mais comment croire 
qu'Eléazar de Worms cite notre ouvrage une fois sous le titre de M. G., une 
autre fois sous celui de ""IPÏTI "VIO^N m3VOP mabn, ou que Cidkia b. 
Abraham le nomme tantôt M. G., tantôt Te.sc/ioubol ha-Gueonim^ Teseftoubol, 
Minhagot, etc. ? Il n'est guère raisonnable d'admettre que le même auteur, 
dans le même ouvrage, intitule la même source de manière*, différentes. Uu 
bien le M. G. était plus petit et ne contenait pas tout ce qui se trouve dans 
les autres D^O^taavp, ou bien notre édition, qui ne nous rend pas toutes les 
citations du M. G., est une compilation faite à l'aide du M. G. et des autres 
opuscules. Il ne suffit naturellement pas de prendre ce qui ressemble et 
de laisser ce qui est différent ou qui manque. Quand le savant éditeur nous 
apprend que les trois .citations présentes dans l'édition en établissent l'iden- 
tité avec le M. G. et que celles qui n'y sont pas prouvent seulement que le 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

M. G. était primitivement plus complet, on pourrait, avec une logique si 
commode, établir de même que le Parties, par exemple, n'est pas autre chose 
que le if. G. : ce qui s'y trouve — et les passages parallèles sont nombreux — 
confirme l'identité et ce qui ne s'y trouve plus maintenant y était autrefois. 
On ne saurait prouver davantage que le M. G. édité est une source du 
Parties : l'un et l'autre sont des compilations. Ce que nous reconnaissons 
volontiers, parce que les faits favorisent cette opinion, c'est que le M. G coor- 
donne mieux les matériaux communs. Les autorités citées sont plus nom- 
breuses que celles du Parties (voir le chapitre m de l'Introduction). Le 
Maassê he-Gueonim est à la base des deux compilations, ainsi que les 
recueils d' « usages » et de consultations des savants rhénans. Le compilateur 
de notre .)/. G. n'a pas toujours respecté la forme de ses emprunts, d'où 
vient que le même personnage est désigné différemment (p. ex. p. 13 : N2£73T 
p3 '"1, p- 15, -40 : p3 ^jMT). Nous avons affaire à un copiste qui vivait 
probablement e:i Bohème. Le passage de la p. 53, T3^73ip733 D^mSffl 
2H33 (ajouter 1733) est peut-être interpolé : il est douteux que le consul- 
tant de Baschi ait été de Bohème. Quant aux trois gloses bohémiennes, ce 
sont des additions postérieures, qui attestent les migrations de l'ouvrage. 

Le M. G. contient trois gloses marginales d'un certain B.Abraham, qui nomme 
comme son maître B. Samuel b. Baruch (celui-ci n'est pas le maître, mais 
seulement le parent de B. Méir de Bothenbourg, voir Revue, LVIII, 234). On ne 
sait qui est cet Abraham, car nous connaissons plusieurs savants de ce nom 
au xm e siècle: Abraham de Boppard; Abraham b. Baruch, frère de B. Méir; 
Abraham b. Israël, frère de B. Yedidia de Nuremberg ; Abraham b. Joseph 
de Nuremberg; Abraham d'Ascbaffenburg (Oçar Nehmad, II, 10) ; Abraham 
b. Mauoah ; Abraham b. Mordechaï (Tossafol, So/a, 5 6); Abraham « le 
saint », père de B. Menahem (Consultations de Hayyim Or Zaroua, ii° 127); 
Abraham b. Simha (ibidem, n<>» 49, 120, 124-5); Abraham Hladik (Kohn, 
Martlochai b. Hillel, p. 98 . Peut-être est-ce dernier, qui a encore compilé 
des Minhaguim pour toute l'année (Kohn, ibidem). 

Observations de détail sur l'édition. P. 3, n. 1, cf. Likkoutê Amerkol 
(TOTB a^3l6Wm) ; Schaaré Doum, 25 b ; p. 4, lire y": (py «im 3) pour 
'3* ; p. 5, n" 6. lire ûinbttl pour DinbïatD, Dimn pour "psms et 
btt33P3ï5 pour nb©3nïlfl ; p. 8, lire ïmaffiSI pour H13ÏÏ1 ; p. 31, "ibîTO 
rQTDI n3© 31?, Rofcéah, 303 : D"3H n3^3 ; p. 32, n' J 48. bre nb"T!rob 
pour S-lbTin, *HD3^ ©D33 60H D1H "O pour ©B37J K1H DIT! "O 
(cf. Rokéah, 304), "ÎN'^DT pour b"*£m : pour pnpBE, Rofcéah a inexacte- 
ment papDto ; p. 33, i36*n nnn cnaBans, Rokéah : -na^rr nan ; pour 

-irnn3 lire m; effacer -pi, dittographie de g|60 qui suit; p. 34, n° 49, d'après 
Rokéah : ï«P2Sb 6*31 PQE3»b nbTTn *\2 iriKl ; p. 35, I. 1 : '{W37: 
Cnp, d'après Rokéah : TO^R ; pour "W*3 «b "pbB13 6<b lire "p»; le 
passage de S. L. cité p. 39, n. 322, se rapporte à la p. 40, n. 324: p. 13. 
iv 53, cf. O. Z., IL 162a, § 393, où le texte est meilleur ; pour "I6T3H lire 
VH ; 13*mai Û^HIj pi se rapporte à jbp^m KD^H qui suit (non 
NWn) ; P- -45, n. 56, cf. Hag. Maïm., Meguilla, n, 1 : DTS3 6<£tt- pi 
pn^ "13 mi"" 1 '"i; P. 47, n° 57, cf. O. Z., II, 162 6, § 394, où Ton a un 
meilleur texte; ligne 3 : nb*ttb ©"TOTO "1723. référence à la consultation 
de B. Juda ha-Cohen, qui manque ici; dans O. Z. elle se lit auparavant; 
p. 48, 1. 4, DnbNŒTZÎI, mieux nb&lDlDl '. de même 1. 16; pour 351U3, lire 
nhr& ; pour maT, lire "H3T"I ; 1..19 ajouter mas fpbtt5n après ->Db 
Hat"!©', P- 49, 'ian D"ip723 pâma "pN ba« ne donne pas un sens satis- 
faisant ; le texte s'éclaire par Rokéah, 316 ; lire : païTlS "pN 336* 

a^n «mia pim aipwa ib^DK 3-np ib \B"«io Dip^3 [6Ô6< fKa] 



BIBLIOGRAPHIE lit) 

EpsnbT "nmbTMO 3}Zrb ; ift., n° 59, d'après Rokéah, 317 : 'n msi 
IJDlb D^p^bN et ■paœv "pK; p. 50, av.-d. 1., 0. Z., II, 179 6, § 440 ; ibid., 
tfî"Hp DTD in^b, 0. Z. d'après Eliakim, dans M. G. au nom de R. Kalo- 
nymos ; cf. Raba?i, n° 11; p. 52, n° 61, cf. S. L., éd. Buber, Introduction, 
n. 84; variantes : NEn "O 'lZnB3 et btD n3l">^0 pf!^ <ta l NSEID 13> 

•jnsn iT^bx 'n ria&t; p. 56, n° 62, pnr 1 'n rmn, cf. s. l., 133 ; p. 60, 

consultation d'Isaac b. Juda, variantes dans 0. Z., Il, 54 b, § 109; ibid., n. 90, 
« ce sont les paroles de l'auteur », le texte prouve que ce passage est aussi 
une consultation. 

Bien des endroits qui paraissent singuliers sont à mettre au compte du 
copiste. Une collation plus attentive des textes parallèles connus aurait été 
nécessaire. Les notes savantes de M. J. Freimann, qui témoignent comme 
toujours de son application et de son attachement au sujet, ne sont pour la 
plupart que des références. Nous sortirions du cadre d'un compte rendu en 
réunissant les innombrables variantes des passages parallèles. C'est un travail 
mécanique et long, mais l'édition n'aurait pu qu'y gagner, car le texle aurait 
pu être corrigé aux endroits difficiles, non par voie de conjectures critiques, 
mais grâce à la simple indication des divergences. 

M. Epstein s'est acquitté d'une œuvre qui mérite toute notre considération 
en éditant le manuscrit Goldscbmidt. Nous possédons grâce à lui un nouveau 
recueil de valeur, qui nous fait mieux comprendre l'activité littéraire de l'école 
de Raschi. Si ce n'est pas, comme nous le croyons, le Maassë ha-Gueonim 
primitif, cette constatation ne diminue ni le mérite de l'éditeur, ni la valeur 
de l'ouvrage lui-même. Les rapports de ces textes sont si embrouillés que nous 
devons de la reconnaissance à tout effort qui tend à mettre de l'ordre parmi 
ces disjecta membra. — J. Wellesz. 

T£in mu* 73 "idd Sefer Maassei Ghoscheb. Die Praxis des Rechners. Ein 
hebràisch-arithmetisches Werk des Levi ben Gersghom aus dem Jahre 
1321. Zum ersten Maie herausgegeben und ins Deutsche ùbertragen von 
G. Lange. Francfort-s.-Mein, imprimerie Golde, 1909; in-8° de 100 -f- 
139+ xiv p. M. 3,50. 

L'arithmétique deGersonide se divise en deux parties, une partie théorique, 
qui se compose de théorèmes avec leurs démonstrations , et une partie 
pratique, qui donne la manière de résoudre les divers problèmes; la première 
partie sert comme d'introduction à la seconde, car, dit l'auteur tout au com- 
mencement, on n'arrive à la perfection dans la pratique qu'en en connaissant 
les principes ; de là aussi le titre (à double sens) de l'ouvrage. Dans son 
Introduction, l'éditeur analyse la deuxième, puis la première section en fai- 
sant ressortir les parties originales ; il retrouve là des procédés qu'on ne 
signale qu'un ou deux siècles plus tard chez des arithméticiens chrétiens. Il 
aurait été intéressant de déterminer la place de Gersonide dans l'histoire des 
mathématiques, ses sources (Ibn Ezra) et son influence ; peut-être M. L. nous 
donnera-t-il une histoire des mathématiques chez les Juifs. — L'édition est 
faite d'après les mss. 35 et 67 de Munich et d'après un manuscrit de Vienne . 
La traduction, dont nous avons examiné quelques pages, nous a paru exacte ; 
mais elle aurait dû être uniforme : il faut ou respecter constamment la ter- 
minologie de l'auteur ou la remplacer partout par la nôtre ; la seconde 
méthode est épineuse, car elle risque d'égarer celui qui ne peut recourir à 
l'original sur l'état d'avancement de la terminologie au xiv' siècle ; puisque 
Gersonide ne connaît pas encore de symbole pour marquer l'absence du 
nombre, il ne faut pas introduire de zéros, surtout dans le texte hébreu. 
Notons, à ce propos, que M. L. a réuni et traduit les termes techniques 
T. LXU, N" 123. 10 



146 UEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

hébreu y (p. 97-100). — P. m, Philippe le Bel était déjà mort quand Gerso- 
nide arriva à l'âge d'homme ; sur la date de la mort de G., v. H. £.,VII, 83-84, et 
Revue, XVII, 82. — Compte rendu de 0. Treitel, dans Monatsschrift, LIV, 
625-629. 

tTDTîa 51t}*32 Encyclopédie scientifique et médicale de Tobia Cohen. Pre- 
mière partie. Podgorze, impr. Joseph Plessner, 1908; in-8° de 32 + 
136 ff. 

Tlfiînïl nnD?o Glavis Talmudis, sive Encyclopa'dia rerum qua. 1 in 
Mischna, utroque Talmude, Tosifta, Mechilta, Sifra, Sifre Talmudi- 
cisque libris occurrunt, alphabetico ordine disposita. Auctore Michael 
Guttmann. Livraisons v-viu. Budapest, chez l'auteur (Vâcz, impr. 
M. Kohn), 1908-1910; in-8° de 320-648 p. Le volume de 8 livraisons: 
12 couronnes. 

Premières livraisons annoncées Revue, LV1U, 142. Celles-ci contiennent 
principalement la fin de l'article Abraham, les articles Agada, Edom, Adam 
(l'homme, le premier homme). Compte rendu de M. Aptowitzer, dans la 
Monatsschrift, LIV, 172-3, 419 et s. ; 553 et s. 

y'*nn mx73 Sur le précepte d'écrire soi-même un exemplaire du Penta- 
teuque, par Gh. L. Ehrenreich, Vâcs, 1910 ; in-8° de N 14 p. 

mianaïi "np?2 Die Liturgie des Siddur und ihre Entstehung nach den 
Urquellen untersucht und systematisch geordnet von W. Jawitz. Ber- 
lin, chez l'auteur, 1910 ; in-8° de (2 +) 97 p. M. 3,25. 

"ptt^a nNOT 'D Gloses bibliques, midraschiques et talmudiques par 
E. Reich. III-IV. Vâcz, M. Kohn, 1910; in-4° de 47 et 32 ff. 

ïTina J13U3» Extraits de la Mischna ponctués et accompagnés d'un com- 
mentaire, à l'usage des classes, par Gh. D. Rosenstein. Varsovie, éditions 
« Tuschijah », 1910; in-8° de 141 p. 

zb'S.n fmai» ïi^û Les pogromes, par L. Schapiro, traduit par I.-S. Bohus- 
lawski. Jitomir, 1910; in-8° de 16 p. 

îiTODS Mischnaiot. Exemplar hebraicum distinxit, annota vit, in itali- 
cum sermonem convertit V. Gastiglioni. Moëd Katan. Haguiga. Rome, 
Casa éditrice italiana, 1909 ; in-8° de 335-362 p. 
Parties précédentes : Revue, LVI, 139. 

nvattîtt Mischnaiot. Hebràischer Text mit Punktation nebst deutscher 
Uebersetzung und Erklarung. II. ïeil : Seder Moed. Von E. Baneth. 
Berlin, impr. Itzkowski, [1909]; in-8« de 257-320 (livraisons 38 et 39). 
M. 0,75 chaque. 

'piDN'Iîi ■pPOSH Éléments de la langue hébraïque, par H. Malachowsky. 
New- York, 1909; in-8° de 96 p. 

D" 1 ^*] Û3H3 Gloses sur le Schoulhân Arouch, par Joseph Teomim, avec des 
explications intitulées "Hbn ma, par B. Rimmel. Munkacs (chez l'au- 
teur, à Knihynice, Galicie), 1910; in-4° de (14 +) 50 (+ 2) ff. 



BIBLIOGRAPHIE 147 

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sement jusqu'à nos jours, par J. M. Toledano. Jérusalem, impr. Lunçz, 
1910 de (x-f 1248 p. 6 fr. ; in-8° (5671). 

nbsn bip mo Prières du rite sefardi avec traduction en dialecte tat, par 
A. Pinchassow. [Derbent (Caucase)], M. Bogatyrew et S. Mordchajew 
(Wilna, imprimerie de I. Piroschnikow), 1909 ; pet. in-8° de xxxu -f- 
487 p. 

Voir Z. f. H. IL, XIV, 98. 

niDin T70 Jechiel Morawczik b. Jedidia. Seder Bcrachoth (Ordo bene- 
dictionum) denuo edidit, introductionem adiecit L. Ph. Prins. Franc- 
fort-s.-M., Sangcr et Friedberg, 1910; in-8° de xit -4- 46 p. 

mrprt no Die Trauergesange fur Tischah beab nebst allen dazu gehô- 
rigen Gebcten. Aufs genaueste nach Handschriften korrigiert und mit 
deutscher Uebersetzung begleitet von S. Baer. 4. Auflage mit vôllig 
neu bearbeiteter Uebersetzung von S. Bamberger. Deutscher Ritus. 
Rôdelheim, M. Lehrberger, 1910 ; in-8° de iv -f- 320 p. M. 1,70. 

.Ubttn D'WHaMl Û^Sfi TJO D3> NUIT ûb"i* mo Seder Olam Zuta and 
complète Seder Tannaim v'Amoraim with introduction and notes by 
M. Grosberg. Londres, chez l'auteur, 36, Rutland Str., Stepney, E. (impr. 
Narodiczky), 19J0; in-8° de 16 + 112 p. 

L'Introduction ne parle que du S. 0. Z. (et du S. 0. R.) ; l'éditeur parait 
avoir pris pour base l'éd. d'Amsterdam, 1717, ou une réimpression. Pour le 
S. T. A., il a vu des manuscrits, mais il ne s'en est pas servi (sauf 2 ou 3 
fois de celui de Munich). 

rrDtt. ^"nnOO Voir Stracr. 

mrwn *idO Choix d'aggadot du Talmud et du Midrasch, classées d'après 
les sujets et expliquées par I.-Ch. Rawnitzky et Cb.-N. Bialik, 
Volume III, livres V et VI. Odessa, impr. Bialik et Burischkin, 1910 
(5670, 5671) ; 2 vol. in -8° de (2 -f) 236 et de vu -f- 215 p. 

Compte rendu de la première partie Revue, LV111, 143. Le livre V con- 
tient les aggadot sur l'homme et la morale, le VI* sur le monde, la magie et 
la médecine, et en outre des proverbes, des varia, des additamenta et un 
Index des noms de personnes et de choses. Même sans l'Introduction promise, 
cette chrestomathie reste précieuse. 

nbiawn "isD The Book of Rédemption of Moses ben Naghman. Edited from 
a manuscript of the Brilish Muséum by Jacob Lipschitz. Londres, 
chez l'éditeur, 1909; in-8° de 34 p. 

ûi-pttïi ^DO Histoire desNaziréens par Bar Tobia (F. Fraenkel). Varsovie, 
1910 ; in 8° de 68 p. 

mro "ISD Dissertations rabbiniques, par A.-A. Bunjamowitz. Jérusalem, 
chez l'auteur, 1909 ; in-8° de 110 p. 
Voir Z. f. H. «., XIV, 34. 

rm rma* Voir Strack. 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rï^m hy Sur la circoncision, par L. Szper. Lublin, chez Fauteur, 1909; 
in-12' de (2 -f) 18 p. 

3jn©"H D^pvun D"Wn Les peuples anciens et les Juifs (l'antisémi- 
tisme dans l'antiquité), par M. Mieses. Podgorze, 1909 ; in-12° de 160 p. 

D^IÏUn nsnpnb ÛWWÏ1 Û">ntfJ DT33> Studien zur gaonaischen Epoche 
von S. Poznanski. I. Heft. Varsovie, 1909 ; in-8° de 70 p. (tirage à part de 
Hakedem, I-II). 

Voir Revue, LX1, 297. 

TJWï He'Atid (Die Zukùnft), Hebraische Zeitschrift fur Literatur und 
Wissenschaft des Judentums. Band II. Berlin, éditions « Sinaï », 1909; 
in-8° de 196+ 33-70 p. 

Compte rendu du premier volume Revue, LVII1, 137. Les tendances de cette 
revue continuent à ne pas apparaître, sinon qu'elles sont négatives et contra- 
dictoires. Nous mettons à part, bien entendu, l'étude de M. D. Neumark sur 
Crescas et Spinoza (p. 1-28) : le Tractatus, non moins que YEthique, serait 
inspiré du Or Adonaï et là où Spinoza quitte son maître, c'est pour rejoindre 
le christianisme. M. S. Hurwitz, dans un long article sur le hassidisme et la 
haskala (p. 29-99), s'élève vigoureusement contre les apologistes modernes 
du hassidisme, s'etForçant de montrer que le hassidisme^n'est ni une révolte 
contre l'autorité du rabbinisme, ni une revanche du sentiment sur le rationa- 
lisme, enfin qu'il n'est pas un mouvement populaire, mais savant et artificiel. 
11 y a beaucoup d'excès dans cette polémique mordante et provocante (voir le 
parallèle de Sabbataï Cevijet de Herzl , mais aussi une grande part de vérité. 
Nous y reviendrons, ainsi qu'à la monographie d'Israël Baal Schem par 
M. Horodezky (suite et fin), qui ne craint pas le voisinage de cette critique 
(p. 145-196).— Bar Tobia réfute les thèses de Chamberlain (Die Grundlagen 
des XIX. Jahrh.). — Dans l'annexe à pagination distincte, M. J. Klausner 
continue son étude diligente sur Jésus ; l'examen des écrivains grecs et 
romains, de Paul, des Pères apostoliques et des ÉvangUes apocryphes prouve 
seulement que Jésus a existé, outre qu'ils nous renseignent sur son milieu : 
c'est aux Évangiles qu'il faut s'adresser pour en savoir davantage, et M. K., 
passe en revue l'histoire de la critique évangélique jusqu'à nos jours ; pour- 
quoi Loisy est-il omis ? 

iDTirTi "Wn "nND 'o Peere Ghachme Medinuseni (sic). Geschichte und 
Biographie sammtlicher Isr. Grôssen, circa 1000 an der Zahl, die in 
Ungarn fungiert haben vom Jahre 4820 bis zur gegenwàrtigen Zeit. Nebst 
Anhang zur Geschichte der Juden in Ungarn : als Einwanderiing, Lage 
und Verfolgung der Juden in Ungarn, und uberhaupt sammtliche den 
Juden betreffenden Begebenheiten (sic), ailes klar und deutlich darge- 
legt. Verfasser L. Grunwald. M. Sziget, impr. Kaufman, 1910 ; in-8° 
de 120 p. K. 2. 

Le chap. n de l'Introduction réunit les textes de la littérature rabbinique 
qui mentionnent la Hongrie (Hagar), le chap. m groupe quelques événe- 
ments historiques et raconte la destruction d'Ofen (d'après la Meguilla). La 
piété de l'auteur l'a empêché d'utiliser ou de citer les travaux de Kohn et de 
Kaufmann. Le chap. v, sur le hassidisme en Hongrie, a 2 pages. Les célébrités 
dont la liste suit sont pour la plupart inconnues ; l'auteur se borne à indiquer 
le siège de leur rabbinat, la date de leur mort et, le cas échéant, les titres de 



BIBLIOGRAPHIE 149 

leurs ouvrages, en outre parfois une anecdote merveilleuse. Aucun détail sur 
Moïse Sofer, Ezéchiel Baneth, etc. — L'auteur de ce a Schem ha-Guedolim » 
hongrois, comme il l'appelle, a publié un ouvrage analogue, D^jl123N"lb "JVOT 
(v. plus haut). 

n:T2373n BITS Mose ben Maimun's Commentai* zur Mischnah. Tractât Mak- 
koth iind Tractât Schebuoth, in neuer hebraischer Uebersetzung ans 
dem arabischen Urtcxt mit prïifenden und erliiuternden Anmerkun- 
gen von Manuel (Manni) Gottlieb. Hanovre, 1909 ; in-8° de 74 p. 

d^Tttn TTD nban by ma npb ttJTTS The Commentary of Rabbi Tobia 
ben Eliezer on Canticles. Edited for the first time from the Mss. in 
Cambridge and Munich by A.-W. Greenup. Londres, 1909 ; in-8° de 
108 p. 

Compte rendu de M. S. Poznanski dans Z. f. H. tf.,XIII, 75-80. 

"ppUÎTa rDOtt îaTTD Salomo ben Ha-jathom's Kommentar zu Masqin (Mo'ed 
qatan), auf Grund der einzigen bekannten Handschnft (Codex Castelbo- 
lognesi) herausgegeben und mit Einleitung und Noten versehen von 
H. P. Chajes. Berlin, impr. Itzkowski, 1909 [1910]; in-8° de xxxiv -f- 
140 p. (Schriften des Vereins Mekize Nirdamim, 3. Folge, Nr. 1). 

La société Mekize Nirdamim, reconstituée en 1908 sous la présidence de 
M. Simonsen, ne pouvait mieux commencer, ou recommence! 1 , que par la publi- 
cation d'un ouvrage dont l'existence même était insoupçonnée et qui émane 
d'une école assez mal représentée dans la littérature rabbinique. L'auteur 
vivait dans l'Italie méridionale, où Ton parlait l'italien et l'arabe, mais où 
l'on ne comprenait plus guère le grec ; on peut se demander s'il n'est pas 
identique avec un Salomon ha-Sefardi cité par Isaie de Trani et originaire 
par conséquent d'Espagne. M. Ch. croit que sa patrie pourrait être l'Orient 
ou au moins qu'il y a voyagé, mais ses renseignements sur la Palestine ne 
sont pas forcément d'un témoin oculaire et les usages musulmans devaient 
être connus dans le sud de l'Italie. Son nom (cf. Revue, V, 207) ne prouve pas 
davantage son origine orientale, en admettant même l'ingénieuse hypothèse 
de M. Ch., qui y voit une forme hébraïsée du nom arabe Haïtham ou 
Al-Haïtham (cf. ûirnbK "p priât* 1 , Festschvift Harkavy, p. 134). 11 cite 
Guerschom, l'Arouch, Raschi, il est cité par Isaie de Trani l'Ancien ; il a donc 
vécu au xii e siècle ; toute autre précision manque de base. Ce qu'il dit des 
gens de son temps (p. xv), ce sont des généralités qui ne se rapportent pas 
spécialement à ses contemporains. Ses maîtres sont inconnus. — Il a com- 
menté divers traités talmudiques ; lui-même cite ceux de Berachot, Sabbat 
et Eroubin (donc Moëd). Celui de Maschkin, autre nom de Moëd Katan 
(v. Revue, XX, 136), qui pourrait être incomplet (v. p. xi, n. 11^, utilise 
R. Hananel (dont les commentaires étaient connus en Italie, d'où ils ont passé 
en France) et suit, surtout dans les premières pages, le commentaire qui est 
imprimé sous le nom de Raschi et qui parait attribué à Guerschom (p. 103). 
Il est excessif de dire que l'auteur se distingue des anciens commentateurs du 
Talmud ; il est moins adroit que Raschi, voilà tout; il a des répétitions, des 
contradictions et certaines explications au moins étranges (p. xvm). Son style 
est clair et vise à l'élégance (liste des termes particuliers p. xix-xx ; Simhat 
Tora est appelée ï-onan rWl) ; sa grammaire de l'hébreu est assez rudi- 
mentaire et il juge que la prosodie gâte le style (p. 118) : c'est un Italien 
avant Ibn-Ezra. Il se livre à des digressions, explique la Bible en passant (le 
mot mezouza, p. 97; numérotation des Psaumes, p. 81), fixe la chronologie 



150 REVUK DES ÉTUDES JUIVES 

des rabbins, où il erre parfois, explique l'araméen du Talmud à l'aide du 
Targoum et, ce qui est plus curieux, de l'arabe. Il sait un peu de physique et 
de médecine et ne se fie pas aux recettes du Talmud (p. 47; cf. la petite 
consultation de Scherira publiée par B. Lewin, dans l'annuaire Tachkemoni, 
I, 41). 11 a 25 gloses italiennes et 30 arabes (deux fois des phases entières). H 
mentionne le Targoum Onkelos et le Targoum Yerouschalmi sur le Penta- 
teuque, le Targoum Jonathan sur les Prophètes, la Mecbilta de R. Ismaël et 
celle de R. Simon (celle-ci appelée &T3D*7 NPlb'OTD, parce qu'elle commençait 
par l'épisode du buisson ardent), le Sifra et le Sifrè (trois citations nou- 
velles), le Talmud palestinien, généralement d'après R. Hananel, et différents 
Midraschim. Les citations d'Alfasi et d'Isaac Giât ne nous paraissent pas 
sûres. Le commentaire ne brille pas par l'originalité ni la profondeur, mais il 
nous a conservé un très grand nombre de variantes du texte talmudique. 
dont beaucoup méritent considération. 

L'édition de M. Ch. est des plus soignées; il a tiré le meilleur parti du 
manuscrit, qui est unique et assez incorrect (noter l'orthographe ifàjij* en 
un mot, btiî uni au mot suivant). Ses notes expliquent tout ce qu'il fallait 
expliquer et quelquefois davantage ; son introduction est complète, érudite et 
précise. Le commentaire de Salomon ha-Yathom, élucidé par M. Chajes, est 
d'un grand prix pour la diorthose du texte du Talmud et pour l'histoire de 
ses commentaires. 

*>1ZW» "nm bNpîm bs WTO Kommentar zu Ezechiel 'uncl den XII kleinen 
Propheten von Eliezer ans Beatigency, znm ersten Mal heransgegeben 
und mit einer Abhandlting ïiber die nordfranzôsischen Bibelexegeten 
eingcleitet von S. Poznanski. Liefernng I : Ezechiel. Varsovie, impri- 
merie de la u Hazefirah », 1909 [1910] ; in-8° de 113 p. (Schriften des 
Vereins Mekize Nirdamim, 3. Folge, Nr. 4). 

Nous rendrons compte de cette édition aussi soignée qu'utile quand elle 
sera achevée. Le 2 e fascicule a paru au début de 1911 et nous attendons 
encore une Introduction sur les exégètes bibliques de l'école française. 

"HjT)} !-îj"p "iaaib ^btttt by tbvpd R. Jona Gerundi nnd sein ethischer 
Kommentar zn den Proverbien, von A. Lôwenthal. Berlin, M. Poppe- 
laner, 1910 ; in-8° de 146 (partie hébr.) + 36 p. (partie allem.). 

Yona b. Abraham, originaire de Girone, enseigna à Barcelone et à Tolède, 
où il mourut en 1263. A son enseignement nous devons quelques commen- 
taires talniudiques ; sa piété ou sa mort extraordinaire (lettre de Hillel de 
Vérone) ou plutôt encore ses ouvrages de morale lui ont valu le titre de 
« pieux » et de « saint ». Disciple de Salomon de Montpellier, il assista son 
maître dans sa lutte contre Maïmonide. M. L. part de là pour justifier la 
conduite de Yona et pour le comparer à... Maïmonide (p. 6-19). L'apologie 
est aussi fausse de ton que le parallèle dépourvu de base. Il a raison de dire 
j que les adversaires de Maïmonide n'étaient pas tous des « obscurants », mais 
il ne s'agit pas d'excuser l'attitude des talmudistes, il s'agit de la com- 
prendre, et de la juger d'après les faits authentiques. Quand Hillel de Vérone 
raconte que Yona se repentit d'avoir pris part à la lutte, fit vœu d'aller en 
pèlerinage sur la tombe de Maïmonide (ces vœux sont du reste courants au 
moyen âge chez les chrétiens aussi) et mourut subitement pour ne pas avoir 
tenu parole, il se fait l'écho de traditions tendancieuses, tout de même que 
lorsqu'il rapproche l'autodafé des ouvrages de Maïmonide de celui du Talmud 
(p. 8,[n. 3, les indications'sur cet autodafé sont confuses ; Nicolaus de Rupella 
rut l'apoHtat Nicolas Donln d*lh&, Rochelle j p, 9, la polygamie n'était pas rare 



BIBLIOGRAPHIE Î51 

en Espagne et le hérem de R. Guerschom n'y était pas appliqué, voir Revue, 
XIV, 166, n. 4; LXI, 26). — M. L., qui a déjà étudié et édité le Hayyê Olam 
de Yona (v. Revue, LVf, 281, 313), publie cette fois son Commentaire des Pro- 
verbes, qui relève également de la littérature morale plutôt que de la littéra- 
ture exégétique : pour l'auteur, les Proverbes ont généralement en vue « le 
perfectionnement des facultés de l'àme » (p. 17 b.). Les sources sont le Tal- 
mud (quelques leçons divergentes) et les moralistes (Mibhar hq-Peninim), 
qu'il confond parfois innocemment (p. 129, n. 1) et l'éditeur à sa suite 
(p. 35 a) ; c'est s'illusionner que d'espérer enrichir par quelques références 
non vérifiables le trésor des midrascbim perdus (ibid.). Le commentaire 
est utilisé surtout par Behaï b. Ascher (non b. Joseph, p. 27) et Joseph 
Nahmias (p. 31, citations de son commentaire inédit des Proverbes). L'exé- 
gèse ne profitera pas plus de ce commentaire que l'histoire de l'exégèse. Un 
procédé familier à l'auteur est de tirer une moralité du rapprochement de 
deux versets ; les explications grammaticales servent aussi à la morale, la 
morale des sermons d'un talmudiste. Ce commentaire peut servir de contre- 
poison à celui de Gersonide. — L'édition est faite d'après le ms. 334 de la 
Bodléienne ; un ms. de Husiatyn, qui en contient des extraits, a fourni 
quelques variantes. Le texte, s'il est incomplet, est d'ailleurs clair ; l'annota- 
tion est sobre et contient principalement des référencés au Schaarê 
Teschouba de l'auteur et au Kad ha-Kémah de Behaï, ce qui achève de 
faire de cette publication une contribution utile à la littérature des mora- 
listes juifs. 

ïtw 1SD hv iûn*D Commentaire de Juda ibn Bal'am sur Jérémie, édité 
par I. Israelsohn. Kiew, 1909; in-8° de 36 p. (Tirage à part de la 
Festschrift Harkavy). 

i-i^mabs La Palestine, de S. Munk, traduction abrégée faite sur la 
traduction allemande de M. A. Levy par M. Rabinsohn. Wilna, 1909; 
in-8° de 124 p. [Bibliothèque du journal )72ip irr, III). 

"lï-pbe* Tins 'O Etudes et consultations rabbiniques et aggadiques, par 
E. M. Luncz. Jérusalem, impr. Luncz, 1909; in-4°. 

fTnîTI 3"is Parsismus u. Judaismus, ùber den Einflus altpersischer 
Religionsschriften auf die biblische und talmudische Literatur, von 
S. Rubin. Podgorze, impr. Deutscher, 1909; large in-8° de 106 p. 

rstosnb menais Première partie : trente -six novelles sur la Genèse, par 
fWltt Y'm, de Dublin. Jérusalem, impr. Luncz, 1910; in-8°. 

S— pan nns Gloses sur le traité Pesahim, sur les Hilchot Pésah du 
Schoulhan Arouch et sur les Hilchot Korban Pésah de Maïmonide, par 
Abraham Tirtin, éditées par Ch. J. N. Silberberg. Varsovie, M. Lipschûtz, 
1910; in-f° de 208 p. 

p"H:£!"î mpist Zidkath Ha-Zaddik. Eine Untersuchung iiber die Echtheit 
des im Jahre 1868 u. 1869 von Dr. B. H. Auerbach s. A. herausgege- 
benen Sefer Ha-Eschkol, von H. Ehrentreu [und] J. Schor. Berlin, impr. 
Itzkowski, 1910 ; in-8° de xn + 16 p. 
Voir à V*ptt3«H 'Q. 

Û^linst Zohoraïm. Hebràische Gedichte, von A. Kaminka» Vienne, 
(Drohobycz, impr» 7Aipnik), 1909; in-8° de iv -f. 76 p. K. 1,80., 



152 REVUE DES ETUDES JUIVES 

YTSfc'Çi Biographie de Cieéron, par Elia b. Elià Kazaz. Odessa, 1908 
(U'^n) ; pet. in-f° de 41 (+ 2) pp. 

Vqir/tetwe, LV111, 315, et Z. f. II. B., XIII, 117. 

SyiWN» n£"inp Abraham Geiger's gesammelte Abhandlungen in hebrai- 
scher Sprache zu dessen hundertstem Geburtstage herausgegeben und 
bearbeitet von S. Poznanski. Fascicule I. Varsovie, éditions «Tuschijah », 
1910; in-8° de (n -f ) 168 p., portr. (nbTW ttprmbM, n°» 24-25). 

Dans l'édition des œuvres diverses d'Abraham Geiger, donnée par son lils 
L. Geiger {Nachgelassene Schriften, 5 vol., Berlin, 1875-1878), R. Kirchheim 
a réuni les études en hébreu, sous le titre de *")33> nDttJS D "H 73603 n2£12p 
(l re partie du o 8 vol.); mais elles se suivent sans ordre et il en manque 
quelques-unes. A l'occasion du centenaire de la naissance de Geiger, M. Poz- 
nanski publie une édition complète de ces travaux, qui sont des articles de 
revues. Il les a groupés dans un ordre méthodique, ce qui a l'inconvénient 
de couper tel article en deux parties; il aurait mieux valu reproduire tout l'ar- 
ticle la première fois et y renvoyer ensuite. Du reste, ce classement n'est pas 
toujours observé dans le détail. Mais l'Index promis facilitera les recherches. 
Le premier fascicule contient des études grammaticales et lexicographiques, un 
article sur Symmaque,un autre sur les divergences entre Sadducéens et Pha- 
risiens et la distinction entre l'ancienne et la nouvelle halacha, des supplé- 
ments kïUrschrift, des études talmudiques et midraschiques. Le tout, on le 
voit, est comme des annexes à l'œuvre de Geiger. L'éditeur a ajouté des notes 
substantielles, qui rectifient les résultats de l'auteur à l'aide des travaux pos- 
térieurs ou soulignent ses hypothèses les plus hasardées. Une Introduction 
annoncée sur les travaux et les idées de Geiger nous permettra de revenir sur 
cette publication. Assez de fautes d'impression. 

Le 2* fascicule, paru en mars 1911, contient surtout les biographies des 
Kimhides. 

ïlbnpn La Kabbale de A. Franck, traduction de M. Rabinsohn. Wilna, 1909; 
in-8° (Bibliothèque du journal ï73Ttt yn, IV). 

fpbfcn^ïi rtbftpn La communauté Israélite. Rapport présenté aux délé- 
gués des communautés juives à Kowno, parCh. D. Riwkin. Wilna, 1909; 
in-8o de 38 p. 

fc-lbïrp '0 L'Ecclésiaste, avec un commentaire intitulé Ttavo "HEN, par 
M. S. Lauenburg. Varsovie (chez l'auteur, à Pinsk), 1910; in-8° de 36 p. 

ï-ta^niBÏI ■pTa oiaanp Les règles de là schemitta de nos jours, par Arié 
Leib Raschkès, édité par A. L. Gordon. Jérusalem, imp. Luncz, 1910; 
in-8\ 

hiawn ©btt DISttïp Trois consultations sur la question de "puai» T», 
par R. Hayyim Kapoussi et R. Abraham Gavison, éditées d'après un 
manuscrit ancien et annotées par J. M. Toledano. Husiatyn, éditions 
« Dobhebhe Sifthé Jeschenim » (impr. F. Kawalek), 1908 ; in-8° de 44 p. 
Un fermier d'impôts du Caire, Abraham Schalom, obtint des prêts d'ar- 
gent en s'engageant, lui et ses garants, à s'abstenir de viande et de vin s'il 
ne s'acquittait pas. Ne pouvant pas payer, est-il délié de son vœu? Le rab- 
bin Hayyim Kapoussi (vers 1500) répondit affirmativement. On croit qu'il 
était un des sarants et, comme il devint aveugle, on le soupçonna d'avoir 



BIBLIOGRAPHIE 153 

touché des pots-de-vin (voie Azoulai). Sou confrère Beçalel Aschkenazi sou- 
tint la thèse contraire; une âpre polémique s'engagea, où l'on sent derrière 
l'accumulation des textes des antipathies de tempéraments et des rivalités 
de collègues. M. T. publié la consultation de Kapoussi, la critique de Beçalel 
(déjà éditée) et la réplique de Kapoussi, enfin les ohservations d'A. Gavison 
sur une Consultation (déjà éditée) de Salomon Duran, qui avait pris parti 
pour Beçalel. Dans l'Introduction, il énumcre les autres consultations dont 
cette affaire fut l'objet. 

r-rnaj>rt tThCOïi nmp Histoire de la littérature juive depuis les origines 
jusqu'à l'époque de Saboraïm, par S. Bermann. Varsovie, 1910; in-8° de 
vu -f- 103 p. 

ta-na^n nvnp Histoire des Juifs à l'usage des écoles, par S. Dubnow, tra- 
duit du russe par A. Luboschitzky. 2 e partie : depuis Alexandre jusqu'à 
la fin de l'époque des Gueonim. Varsovie, éditions « Avive », rue 
Nowolipie, 15, 1909; in-8° de 142 p., ill. R. 0,70. 

"ran mbs72ï "nab^ mil Der Rabh von Ladi, sein Leben, Werke und 
System sowie die Geschichte der Sekte Chabad, von M. Teitelbaum. 
Erster Teil. Varsovie, éditions « Tuschijah », 1910; in-8° de xn-|-182 p., 
portrait, fac-similé. R. 1,80 (rptia rrpTrnba^a, l rc année, n 08 15-17). 

U'^^a bfinttî^ 'vn Rabbi Israël Baal-Schcm, sein Leben und seine Lehrc, 
von S. A.Horodezky. Berlin, impr. Itzkowski, 1909 ; in-8° de 70p. (tirage 
à part de Hé'Atid, I-II). 

Nous consacrerons un compte rendu collectif aux publications récentes sur 
le hassidisme et son histoire. 

'û"Vyi bxiw ^an R. Israël Bescht, fondateur du hassidisme, par 
H. Zeitlin. Pétrokow (Varsovie, éditions « Mikra »), 1910; in-12° de 27 p. 

abcnatt pm ia-| R. Nahman de Braslaw (rabbin de Hassidim), par 
H. Zeitlin. Varsovie, éditions « Sifrut », 1910; in-8° de 48 p. 

tobu ^T"i Mystische und freigeistige Geheimbïinde bei allen Vôlkern zu 
allen Zeiten, von S. Rubin. Podgorze, impr. Deutscher, 1909 ; large 
in-8° de 68 p. 

"nttbnn mavaH'O «LesidéesduTalmudetle contenu du savoirhumain », 
par J. S. Schkzak. Paris, imp. Danzig [1909] ; in-8°. 

Sur la logique flans la halacha talmudique. Sans valeur. 

ta^m tiNïDn Segoullot du rabbin Faladji de Smyrne. Jérusalem, jimpr. 

Azriel, 1909. 
"WÔ na n"nO Consultatations sur Orah Hayyim et Yoré Déa, par 

M. J. Horowitz. Munkacs, 1910; in-f° de 31 ff. 

tamisa -no» nviïrt ^ û^iawr: rnaiœm rnbjSBD Voir Ginzberg. 

N"7ûn ^DDi C" , WÎ b&faD rY'ltB Consultations de R. Jacob Sai'il Elyaschar, 
réunies dans l'ordre des quatre Tourim, avec des consultations de son 
fils Hayyim Moïse Elyaschar. Jérusalem, imprimerie Zuckermann, 
1909; in-f û de 250. 



154 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Voir Z.f.H.B., XIV, 2. L'auteur était hakham baschi de Jérusalem, où 
son fils est rabbin. Cf. ttî'^Nb 1135- 

y-iNî": nnti) Sur Tannée sabbatique, par A. J. Kuk. Jérusalem (Jaffa, S. Gh. 
Kuk), 1009; in-8° de (9+) 78-fi iO-f-34 p. 
Voir Z.f.H.B., XIV, 3. 

t^ft-imn:: bMl^ "n^tB Chants des Juifs de Turquie, réunis par Benjamin 
b. Joseph, deGonstantinople. Jérusalem, imprimerie Azriel, 1910; in 8°. 

3iy }? 3 ^ I. Poems of Mordechai Dato. II. Two poems of Immanuel 
Franges. Edited for the first time from MSS. in the British Muséum by 
A.-W. Greenup. Londres, 1910; in-8° de 50 p. 

ïiaiB îi^id Homélies, par le rabbin ^JN32 de Tibériade. Jérusalem, 
imprimerie Azriel, 1909. 

!""!T"irDtf) Spinoza, sein Leben und seine Lehre, par J. Freudenthal, traduc- 
tion de M. Rabinsohn. Wilna, 1909; in-8° de 221 p. (Bibliothèque du 
journal ^TH "in, II). 

"'EbiDTrn " , T , nU5 Yerushalmi Fragments from the Genizah. Volume I. 
Text with varions readings from the editio princeps, edited by Louis 
Ginzberg. New-York, The Jewish Theological Seminary of America, 
1909 ; in-4° de vi+372+ix p. (Texts and Studies of the Jewish Theologi- 
cal Seminary of America, vol. III). 

Matériaux utiles pour l'établissement du texte si délabré du Yerouschalmi. 
M. G. promet une Introduction au Yerouschalmi, qui nous fournira l'occasion 
de revenir sur cette publication. 

ï-n^Efi ^W® 'O Les Racines des préceptes, livre de méthodologie rabbi- 
nique, par Joseph b.|Abraham Almosnino (rabbin à Fez vers 1590), publié 
d'après un manuscrit^ avecf introduction et notes, par J. M. Toledano. 
Tibériade, chez l'éditeur (Jérusalem, imprimerie Luncz), 1909 ; in-8° de 
11+35 p. M 1. 

•"SN-itt^ mbnn Poésies*synagogales inédites des Caraïtes, éditées par Juda 
Bizikowitsch et Isaac Boaz Fjrkowitsch. Berditchew, imprimerie Schefftel, 
1909; in- 8° de 80 p. 

Voir Z. f. H. B., XIV, 60. 

-s&ntti"' n"nb"in o Die Geschichte Israels nach den Urquellen neu und 
selbststiindig bearbeitet von W. Jawitz. Siebenter Band : vom Anfang der 
Amoriierzeit bis zu ihrer Blute in Babylonien und ihrem Niedergang in 
Paiiistina. Berlin, chez l'auteur, 1909 ; in-8° de 207+22 p. M. 7. 

i-robtfî min Commentaire du Pentateuque, où il est prouvé que la Tora 
est divine, que les points-voyelles et les accents remontent au Sinaï et 
qu'il est faux que les rabbins du Tulmud soient en désaccord avec la 
Massora, par S. Schïick. Tome ^11 : Exode et Lévitique. Tome III: 
Nombres et Deutéronome. Szatmar, imprimeries Schwartz, Klausner, 
1909 et|1910j; 2 vol. in-8° de 147 et 171 if. 

-j"i3nn r-mn Eléments de la langue hébraïque pour les enfants, par 



BIBLIOGRAPHIE 155 

Salomon Prik. Première partie. Odessa, imprimerie Abba Douchna, 
1910; in-8° de (4-f-) 55 p. 

L'auteur est caraïte. Voir Z. f. H. B., XIV, 114. 
ï-Jtt^Nn nnay mm 'o Manuel d'agronomie, par I. Einhorn. Londres, 
imprimerie Narodizky, 1910; in-8° de xi-f-212 p., illustré (Faux-titre: 

A noter à la fin, p. 203-213, une liste de noms de plantes en hébreu, avec 
traduction en allemand et en français, intéressante au point de vue linguis- 
tique et même scientifique : elle est dressée en partie d'après les Aramàiscke 
Pflanzennamen de I. Low et contient quelques néologismes. Tout l'ouvrage 
se distingue des travaux de vulgarisation scientifique publiés en hébreu par 
son caractère scientifique ; l'auteur est ingénieur-agronome. 
■ott^nn Tachkemoni. Literarisches - wissenschaftliches Jahrbuch des 
Vereines jùdischer gesetzestreuer Studenten « Tachkemoni » in Bern, 
redigiert von B. Lewin. I. Berne (Jérusalem, imprimerie Lewy), 1910; 
in-8° de 72 p. 2 fr. 

Grâce au savoir et au dévouement du rédacteur, le prochain éditeur de la 
Lettre de Scherira, cet annuaire dépasse le niveau des publications analogues. 
Le meilleur travail est de lui (p. 25-38) et a paru moins complètement en 
allemand dans le Jahrbuch der Jild.-Liter. Gesellschaft, VI. Il est consacré 
à ce que l'auteur appelle l'appariement des mots (mbftH ^T) dans la Bible, 
c'est-à-dire les formes irrégulières d'un mot provoquées par la proximité d'un 
autre mot, p. ex. "PN3Î731 Vtfltitt 1 ! dans Ez., xliii, 11. Ce phénomène a 

T T T T 

déjà été constaté par les grammairiens anciens et modernes (v. p. ex. Z.A.W., 
XXVIII, 183-7) ; M. L. l'illustre par de nouveaux et curieux exemples, mais 
confond les assimilations de formes et les fautes d'entraînement et ainsi son 
travail, qui doit dérober le terrain à la critique biblique, lui fournit de la 
matière. Le même auteur publie un fragment du commentaire de Hananel 
sur Berachol et une courte consultation de Scherira sur la médecine du 
Talmud (p. 39-41) ; il veut encore expliquer 'pbttJîl dans la stèle de Mesa par 
- « les voisins » d'après Eroub., 53 b, où TOlbtf) est employé dans le dialecte 
galilécn dans le sens de « ma commère » ; mais outre la singularité du 
rapprochement, le voisinage n'implique pas l'hostilité (p. 66-67). — Un autre 
collaborateur explique la division de l'heure en 1080 parties par le fait que les 
aspirations sont en moyenne de 18 à la minute ; or 18X60 = 1080. Nous pré- 
férons l'explication d'Is. Loeb [Revue, XIX, 214) M. Berliner a confié à l'éditeur 
5 lettres de J. Reifmann (p. 59-63); on y trouve comme toujours du fin et de 
l'ingénieux (corrections aux Piskê Tossafot, au Targoum^àxxSéder Tannaim). 

"O'nntt nb^n Novelles sur le Tour Yoré Déa, §§ 1-39, et index des principes 
halachiques, par Mardochée Minkes, suivi de bri3 "m?, études hala- 
chiques et aggadiques, par son fils B. Minkes. Jérusalem, 1909 ; in-f° 
de 14+25 ff. 

■^33 Tiabn Talmud Babylonicum ad codices manu scriptos editionesque 
veterrimas correctum et completum edidit N. Pereferrowitsch. Saint- 
Pétersburg, imprimerie Lurie (éditions « Esro »), 1909 ; in-4° de (vm-f- ) 

136 p. 

Édition du traité Beraçhot à l'usage des étudiants, avec ponctuation 
moderne, utilisation de manuscrits (6 fac-similés), mais sans commentaire. 
Pas assez pratique pour l'usage scolaire, pas assez critique pour Icb savants» 
*«•» Compte rendu de M« Gbaj^. dans la Z. f, /f, ft,, XIII, 101, 



15ê REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

"•ttbraTP *n»br Talmud Hierosolymitanum ad exemplar editionis prin- 

cipis additis lectionibus codicum manuscriptorum, cum commentario, 

locis parallelis et indicibus copiosis adjuvantibus viris doctissimis edidit 

A. M. Luncz. Fasciculus II : Tractatus Berachoth, Gap. v-ix et Tractât us 

Pea, Cap. i. Jérusalem, chez l'éditeur, 1909 ; in-f" de (2+) 49-92+4 ff. 

Compte rendu du premier fascicule Revue, LV1, 259-260. Celui-ci va 

jusqu'au quart de la première halacha de Péa (15 6 en bas). Un feuillet non 

paginé contient l'explication de certaines expressions propres au Yerouschalmi 

et des extraits des introductions des deux éditions modernes de j. Berachot 

(éd. Lehmann et Frankel). 

■rçablBTP Tiabn Der V. Theil des Jerusalemischen Talmuds (Kodaschim), 

herausgegeben von S. Friedijender. Sebacbim u. Arachin. Szinérvâralja, 

imprimerie J. Wider (chez l'auteur, à Szatmârhegy), 1909 ; in-f° de 100 f. 

Sur la première partie de cette œuvre forgée voir Revue, LUI, 122 ; LVI, 

141 ; sur celle-ci voir Aptowitzer, dans Monatsschrift, LIV, 564-570. 

f-mntB .bfct"')tt5 , < ruban nso « SepherTephiloth Israël. Prières journalières 
traduites de l'hébreu par Joseph Cohen. Tome II. Schahrith ». Tunis, 
Librairie des écoles, 1908 ; in-24° de 1 9+480+1 6+28 p. 1 fr. 75. 

A la fin quelques airs^orientaux notés. Compte rendu du 1. 1, Revue, LVI, 260. 

■an* DWn û* ivycy nâlETÛ nbsn Das Achtzehngebet mit arab. Ueber- 
setzung nach einer jemenitischen Hschr. herausgegeben von D. Kunst- 
linger. Cracovie, chez l'auteur (imprimerie M. Lenkowicz), 1910; in-8° 
de 18 p. K. 1. 

M. K. a extrait d'un siddour yéménite appartenant à S. Rappoport de 
Lemberg les « Dix-neuf bénédictions » (comme dit le texte), dont chacune est 
suivie de la traduction arabe. Il montre que cette traduction n'est pas de 
Saadia, ce que personne ne supposerait, et qu'elle est apparentée à la version 
araméenne publiée par Gaster, MS., XXXIX, 84-90. Comme elle ne corres- 
pond pas littéralement à l'original, il croit qu'elle a été faite sur un autre 
texte, à une époque où la teneur de la Tefilla n'était pas encore fixée. Mais les 
divergences sont minimes (dans le § 3, a saints » est rendu par «anges saints») 
et les concordances frappantes (p. ex. §17 : "plOa fT^ K1K73 ■>'?« "piSI 
= "IVSSb "T'tàfâb "p*rtZ53) ; du reste, la prière n'a jamais été invariable. Les 
divergences de l'hébreu sont peu importantes ; § 12 : ^nn ?N C^HîbTjb 
...ta^Oiam D" , j- , 72n bî3 !"ÎTpn ; à la fin: « en quelques endroits les 
fidèles ajoutent avant "p£-ib VTT> ce texte : . ..-113C3 "WK». M. K. a 
retraduit en hébreu la version arabe. 

^neny 3>pn 'o Factum de Hézkkia Josuk Feiwel Teomim, réédité avec intro- 
duction et notes par A. Freimann. Francfort-s.-M. (Berlin, imprimerie 
Itzkowski), 1909 ; in-8° de 30 p. (tirage à part de la Festschrift Harkavy). 
L'auteur, fils de Jona Teomim, avait été nommé rabbin de Przemysl 
((îalicie) en 1702 à la place de son frère, mais on lui opposa un concurrent 
et il ne put prendre possession de son poste, malgré l'intervention du synode 
des Juifs de Pologne. Retiré à Breslau, il y publia en 1719 le factum que M. F. 
a réimprimé avec une introduction érudite. Voir des corrections au texte et 
des renseignements généalogiques dans Z. f. H. B., XIII, 67-68. 

(A suivre.) 

M. Liber. 



BIBLIOGRAPHIE 157 



Ratner (B.), D^blûTVl \VX D3Ï1N "1DD- Varianten und Ergânzungen des Textes 
des Jerusalemischen Talmuds nach alten Quellen und handschriftlichen 
Fragmenten ediert, mit kritischen Noten und Erlâuterungen versehen. Trak- 
tate Rosch-Haschana und Sukka. Wilna, 1911 ; in-8° de 148 p. ». 

Le premier volume de cette collection de notes critiques sur le texte du 
Yerouschalmi a paru en 1901. M. Ratner célèbre le premier jubilé décen- 
nal de la publication de cette œuvre considérable, poursuivie avec une 
persévérance infatigable, en nous offrant le huitième tome, qui porte 
sur deux traités : celui de Rosch Haschana (56a-59d), p. 1-62, et celui de 
Soucca (51c-55d), p. 62-145 (les pp. 145-148 contiennent des additions et 
rectifications). Dans ce volume, l'auteur utilise déjà la publication des 
fragments de la Gueniza par Ginzberg (Yerushalmi Fragments) et, en 
outre, les variantes — d'ailleurs insignifiantes — du manuscrit de Leyde, 
collationné pour lui par M. Seeligmann. Mais les matériaux fournis par 
ces textes disparaissent dans la masse des variantes recueillies dans le 
vaste champ de l'ancienne littérature rabbinique, exploré dans tous ses 
coins avec autant de zèle que de soin. On doit toujours se rappeler que 
des variantes même légères, recueillies dans des citations qui sont des 
témoignages anciens de manuscrits perdus, ont de la valeur pour l'éta- 
blissement du texte du Yerouschalmi. Il est particulièrement intéressant 
de retrouver des citations qui manquent tout à fait dans nos éditions, — 
lesquelles reposent à proprement parler sur une seule édition. M. Ratner 
en a réuni dix-sept pour le traité de Bosch Haschana (p. 56-60), en y joi- 
gnant une liste de passages d'autres traités du Yerouschalmi qui, d'après 
leur contenu, auraient dû trouver place dans celui-ci (p. 61-62). De même, il 
a colligé plus de dix citations du Yerouschalmi qui appartiennent au traité 
de Soucca, mais qui ne se retrouvent pas dans notre texte (p. 141-145) ; à 
ces restitutions on peut ajouter celles qui sont indiquées sur Soucca, 
52 b, 1. 75 (p. 75) ; 53 c, 1. 16 (p. 93 ; d'après Lévitique rabba, ch. 30) ; 54 b, 
1. 69 (p. 119). 

De petites lacunes du texte sont comblées à l'aide de citations dans 
les passages suivants: Rosch Haschana, 56 b, 1. 18 (p. 4) ; ib., 1. 33 (p. 5); 
57 b, 1. 7 (p. 13) ; 58 b, 1. 2 (p. 25) ; ib., 1. 67 (p. 29) ; 58 d, 1. 3 (p. 31) ; 59 a, 
1. 7 (p. 39) ; 59 a, 1. 1 2 (p. 40) ; 59 b, 1. 35 (p. 43) ; 59 c, 1. 49 (p. 48) ; ib., 
1. 70 (p. 52) ; — Soucca, 52 a, 1. 11 (p. 65) ; 52 b, 1. 23 (p. 68) ; ib., 1. 30 
(p. 69);i6., 1. 66 (p. 73); 53 d, 1. 33 (p. 105) ; 54 b, 1. 57 (p. 118); 54 d, 1. 52 
(p. 130). 

Parmi les passages qui présentent des corrections au texte ou des 
variantes intéressantes, je signale les suivants : Pour Rosch Haschana, 
pp. 3 (56 b, 1. 40), 13 (57 a, 1. 74), 14 (57 b, 1. 10), 19 (57 b, 1. 45), 30 (58 b, 
1. 36), 51 (59 c, 1. 68) ; — pour Soucca, p. 62 (51 c, 1. 56), 74 (526, 1. 75), 

1. Comptes rendus des volumes précédents : Revue, XLII1. 310-317; XLIV, 154-159; 
L, 140-141 ; LU, 311-314; LUI, 277-280; LV1I, 308-311; LX, 151-154. 






158 REVUE DES ETUDES JUIVES 

97 (53c, 1. 36), 120 (54 c, 1. 6), 121 (54c, 1. 26), 125 (54 c, 1. 56), 128 (54 d, 
1. 21), 139 (55 d, 1. 27). 

Sur Soucca, ni, 4 (53 d, 1. 5), l'auteur suppose excellemment que l'anec- 
dote de H. Zeïra, dont la place est dans m, 12 (54 a), a été par erreur 
transportée à cette place. 

11 lève plus d'une difficulté en admettant qu'une abréviation a été mal 
résolue. Ainsi dans R. H., 57 b, 1. 68, le premier mot de nNiTWS Btb pro- 
viendrait de N"b, initiales de wnnN Mta^b (p. 17). Mais M. Ratner 
affaiblit lui-même cette hypothèse en signalant d'autres exemples de 
l'expression nN!£?23 «b prise interrogativement. — P. 33, sur R. H., 58 d, 

I. 11 : dans 1721N -3N1, le premier mot vient de 'NT, abréviation de 
StfiirtBn. — P. 45, sur R. H., 59c, 1. 14 : les mots ùnp» b^n (qui man- 
quent dans une source) pourraient être considérés comme une fausse 
résolution de l'abréviation 7a"3, qui désigne le père du rabbin iT3>bN '"! 
nommé auparavant, soit Û"n?û p, soit Nttfi372 p. Mais cette hypothèse 
est inadmissible ; car c'est R. Abahou qui rapporte ici le dire de R. Éléa- 
zar, et ce ne peut être que le grand Amora de ce nom, généralement cité 
sans l'indication du nom de son père (b. Pedath) ; or, Éléazar b. Mérom 
aussi bien qu'Éléazar b. Menahma sont plus jeunes qu'Abahou (v. Die 
Agadader palàst. Amoraer, III, 698, 697). — M. Ratner se débarrasse des 
mots inintelligibles bbfl "na*7 dans Soucca, 54 d, 1. 46, en supposant 
qu'ils sont dus à l'abbréviation H""!, corruption de n"i, c'est-à-dire 
•^tl '"1 ; R. Haggaï rapporte au nom de R. Pedath l'enseignement de 
R. Hoschaya (p. 129). 

Gomme on le voit par cet exemple, l'auteur met beaucoup de soin à 
déterminer les noms des auteurs. Sur R. H., 57 d, 1. 64, il a une conjec- 
ture excellente : que les deux mots m^io *jfcO, que précède l'indication 
"•fcmna 'n n?2N, doivent être corrigés en jtsiïj p ; l'auteur est alors 
Nehoraï b. Schounia (ou Schounaï), qui rapporte un enseignement de 
R. Simon b. Yohaï dans la Tossefta (Maasserot, n, 2, cité dans j.Maasserot, 
i, 4 ; 49 a, 1. 19). Mais quand il ajoute que R. Nehoraï, le tannaïte souvent 
cité sans l'adjonction du nom de son père (voir Die Agadader Tannaiten, 

II, 377-383), est identique à Nehoraï b. Schounia, nous ne pouvons le 
suivre, car ce dernier rapporte une opinion de Simon b. Yohaï, tandis 
que le tannaïte R. Nehoraï doit être considéré comme le contemporain et 
collègue de Simon b. Yohaï et des autres disciples d'Akiba. — D'autres 
observations du même ordre se lisent p. 16 (sur R. H., 57 b, 1. 62), p. 34 
sur 58 d, 1. 27), p. 64 (sur Soucca, 51 d, 1. 62), p. 66 (sur 52 b, 1. 15), p. 75 
((sur 52 c, 1. 10), ib. (sur 52 c, 1. 11), p. 106 (sur 53 d, 1. 35), p. 138 (sur 55d, 
1. 10), etc. 

P. 2, sur R. H., 56 6, 1. 19, M. R. cite un passage des consultations de 
R. L. b. Habib (éd. Venise, 1565, p. 2546) où est mentionné un ouvrage 
arabe du gaon Saadia sur la chronologie ('3Œ "pa» m*0 13^1 pXûh fin 
W* *ptt5ba -n-ma TnooE nns i&oa). Cet ouvrage est évidemment le 
Kitâb al-Tarîkh ; voir mon article R. É. /., XLIX, 298. 

P. 7 (sur 56 d, 1. 24). La remarque de l'auteur sur l'existence d'un 



BIBLIOGRAPHIE 159 

amora du nom de "W3> est inexacte et ses arguments ne sont pas pro- 
bants. Si, dans Pirkê R. Eliézer, ch. 34, Ben Azzaï cite Simon b. Lakisch 
comme exemple de la repentance, c'est un anachronisme pseudépigra- 
phique de cet ouvrage (voir Die Agada der Tannailen, I, 2 e éd., 422). La 
citation du Yerouschalmi dans Or Zaroua pOV 'n D»3 \W p rmm 'n 
Na^an la) doit être corrigée. L'amora rapporteur est en réalité rnïï"P "1 
''TD p ou "^D p ■'DT' '1 (sic dans j. Sabbat, îv, 1 ; 6 d, 1. 41), voir l'ou- 
vrage de Ratner sui* Sabbat, p. 60. Enfin, "T^ p ■•OT 'n dans j Scheka- 
lim y vu, 7, éd. Zitomir, est évidemment une faute d'impression pour 
■na p -"O-p 'n. 

P. 29 (sur 586, 1. 63). La restitution du nom de pn"P après 'n ûiaa est 
juste; mais la remarque 'n DU53 pn T^an n7JN"> «man -iwi 6*b*tB 'm 
*jan*P est mal placée, car Schéla de Kefar Tamartha n'est cité que dans 
ce seul cas (répété dans Gen. r., 6) comme rapportant une opinion de 
Yohanan. 

P. 49 (sur 59 c, 1. 55). La variante "»1S p "*""! n?3K "maosba 'n nttN, au 
lieu de "maDDbfi* 'n nttN b''3*i nttN, confirme mon opinion (Agada der 
paldst. Amoràer, I, 194, n. 3), d'après laquelle c'est toujours Alexandre 
qu'il faut placer comme rapportant les enseignements de Josué b. Lévi, là 
même où l'ordre inverse est indiqué par erreur. 

P. 103 (sur 53 d, 1. 20\ Sur les opinions rapportées par l'amora palesti- 
nien Houna au nom de l'amora babylonien Joseph, voir Die Agada der 
palâst. Amoràer, III, 298-302 ; cet amora palestinien plus jeune rapporte 
aussi des opinions de Houna, l'amora babylonien plus ancien, voir ibid., 
III, 274, n. 9, où il aurait fallu citer encore j. Guittin, 43c, 1. 30. 

P. 125 (sur 54 c, 1. 54). La chaîne « Aha au nom de Hinena, au nom de 
Hoschaya » se trouve aussi dans Eroubin, 18 c, 1. 23. 

P. 126 (sur 54 c, 1. 60). Dans l'indication Dna;a ÛUin ftWan p ->OV 
ttNDnv, il n'y a aucune raison d'effacer le rapporteur; il faut plutôt faire 
précéder son nom du titre de m. Yosé b. Hanina pouvait tout aussi bien 
que Yohanan rapporter des opinions de Menahem de Jotapat. — ïbid. 
nb'Ott est une faute d'impression pour ï"ib"<273. 

P. 129 en haut (sur 54 d, 1. 21). L'observation Nmn 'i -173N -1 «b dbiJCi 
"W 'n DŒ3 est inexacte. M. R. lui-même, dans les Additions (p. 148), 
renvoie à j. Aboda zara, iv, i. f. (44 6, 1. 68), tout en supposant qu'il 
s'agit ici, non de Yannaï l'ancien, mais de l'amora plus jeune de ce nom 
(finvT "W" 'n). Mais c'est là une hypothèse sans fondement et, de plus, 
l'indication « R. Héla au nom de R. Yannaï » se retrouve assez souvent 
dans le Yerouschalmi : Sabbat, 11 c, 1. 8 ; Eroubin, 24 a, 1. 30; Ketoubot, 
25 d, 1, 43 ; ib. } 33 a, 1. 55 (— Kiddouschin, 60 6, 1. 53, 66) ; Baba Kamma, 
5 6, 1. 29 ; Baba Mecia,9a, 1. 55 ; Sanh., 22 b, 1. 7 ; Ab. zara, 44 b, 1. 73. 
Une fois Héla rapporte un enseignement de l'école de R. Yannaï ('"i iM 
■WP) : Baba Batra, 14 6, 1. 10. 

Budapest. 

W. Bâcher. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. LXI, p. 222. — fca'toaiîl est Hïittenheim en Bavière; ï^tirn est 
Winden dans le Palatinat bavarois. — P. 223: iDftbiD se trouve aussi 
sous la forme S3*tt3*ND dans le livre des Minhagim de Worms. Dans celui 
de Jusfa Schamasch, on lit : sx"i7JT-r *>p"iOsb *p&mp TH D^wiaip O^naaa 
tt3"»7ab"ïtt3 . Cf. Kaufmann-Gedenkbuch, p. 294. GLïdemann (I, 279 et non 
III, 279, comme on lit, Revue, p. 223, note 2) a déjà donné la bonne expli- 
cation. — L. Lôivenstein. 

T. LXI, p. 318. — Mon article, Revue, 1908, LV, x p. 64 et ss., a pris 
justement l'hypothèse de P. Cassel pour point de départ et a également 
essayé de rendre compte des autres tentatives d'explication. Signalons, à ce 
propos, que le livre de M. A. Berliner, Randbemerkungen zum tàglichen 
Gebetbuch (Siddur.), Berlin, 1901, s'applique aussi à démontrer les élé- 
ments cabbalistiques entrés dans nos recueils de prières. M. Berliner 
croit qu'il faut renoncer à expliquer le nom divin de vingt-deux lettres. 
Il s'oppose surtout à l'idée de l'expliquer par la prière du 1^22 "n*tZ3, qui 
est justement produite par le nom (pp. 41, 42). Quant à l'ange de l'oubli, 
M. Berliner, d'après les recherches de M. Marx, considère l'invocation de 
cet ange comme une interpolation dans le Siddour du Gaon Amram ; il 
accepte la leçon miD et regrette celle de nms (p. 38). — Bernard Heller. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, S9, RUE DUPLESSIS, 



LE ROLE DES JUIFS 

DANS LA VIE ÉCONOMIQUE 



M. Werner Sombart, l'économiste allemand bien connu, vient 
de pubteer un ouvrage qu'il a intitulé : Les Juifs et la vie écono- 
mique. Dans une préface des plus intéressantes, il raconte la 
genèse de son livre. Depuis longtemps, il était, nous dit-il, préoc- 
cupé de trouver l'explication des brusques déplacements du 
centre de la vie économique qui se sont produits en Europe au 
cours des derniers siècles. Les raisons qu'on en donne commu- 
nément ne le satisfaisaient nullement, lorsqu'il s'avisa un jour du 
parallélisme de ces mouvements avec ceux de certaines migrations 
uives. Ce fut un trait de lumière pour l'auteur, qui s'attacha 
dès lors à vérifier l'exactitude de son hypothèse et pensa en trouver 
l'éclatante confirmation dans l'histoire, qu'il examina à nouveau, 
de nombreuses communautés. Il avait déjà été amené à rechercher 
l'influence de la religion en ces matières par les études de Max 
Weber sur les relations du « Puritanisme » avec le « capitalisme », 
et il avait cru constater que les idées des Puritains, en ce qui 
concerne l'argent, sont une émanation directe du judaïsme. 

Sombart s'est appliqué à rechercher les motifs de l'aptitude 
économique des Juifs, qu'il ne considère pas comme due aux persé- 
cutions dont ils ont été si longtemps et si souvent les victimes, 
ni à une disposition spéciale pour le négoce. Il l'attribue à 
un concours particulier de circonstances et de qualités innées, 
au fait qu'un peuple à sang chaud a essaimé parmi d'autres 
populations à tempérament plus lourd. Il va jusqu'à dire que, sans 
les Juifs, ni le capitalisme, ni même la culture moderne ne se 
seraient développés comme ils l'ont fait. Le fait que cette influence 
des Juifs va en diminuant, que, par exemple, il s'en trouve moins 

T. LX11. n* 124. 11 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'autrefois parmi les directeurs et les administrateurs des sociétés 
de crédit, lui paraît provenir de cette circonstance que ces établis- 
sements prennent une allure de moins en moins commerciale et 
tournent à la bureaucratie. Cette diminution aiderait alors à expli- 
quer l'origine du phénomène. 

L'ouvrage se divise en trois livres : la part prise par les Juifs à 
l'édification de l'économie contemporaine ; leur aptitude au capita- 
lisme ; leur histoire. L'auteur insiste sur ce point qu'il a uniquement 
voulu faire œuvre de savant. Il s'est placé à un point de vue 
spécial, puisqu'il a voulu montrer l'action des Juifs sur le monde 
moderne. Il ne nie pas pour cela toutes les autres influences 
qui se sont exercées et s'exercent : mais il n'en étudie qu'une. Il 
assure n'avoir pas voulu soutenir de thèse, et s'être efforcé de réunir 
et de présenter au lecteur des faits, dont chacun pourra tirer la 
conclusion qu'il voudra. Il s'est abstenu de formuler aucune appré- 
ciation ; il a évité toute discussion sur la supériorité ou l'infériorité 
de telle ou telle race ; il se montre d'ailleurs sceptique au sujet des 
théories raciales. 



I 



Deux méthodes s'offrent à celui qui veut étudier la part prise 
par un groupe d'hommes à des phénomènes économiques, la 
statistique et la génétique. 

Au moyen de la première, on cherchera à établir le nombre 
des « sujets » qui prennent part à une action économique, de 
ceux qui, par exemple, à un moment donné organisent un 
commerce ou créent une industrie, et à déterminer leur pro- 
porlion par rapport à l'ensemble de la population. On mettra 
en lumière la somme de capital investi par eux, la masse des 
produits, le chiffre des transactions. Mais ces statistiques ne 
formeront jamais un tableau complet; en dehors des résultats 
directs obtenus, il faudrait faire entrer en ligne de compte l'effet 
de l'exemple : l'initiative prise en telle ou telle matière par une 
maison de commerce ou de banque pourra avoir des répercussions 
efficaces. La méthode génétique supplée à ces lacunes. S'agit- 
il de déterminer l'influence qu'a eue un groupe de population 
sur la direction prise par la vie économique ? Il y aura lieu de 
rechercher si certains traits de cette vie sont dus originairement 
à une intervention, si certains principes qui la gouvernent sont 
dérivés d'une tendance d'esprit particulière. Pour cela il faut 



LE ROLE DES JUIFS DANS LA VIE ÉCONOMIQUE 163 

examiner les premiers temps du capitalisme moderne et en suivre 
l'histoire de façon à dégager le facteur déterminant de chaque 
évolution. 

Sombart croit que l'influence des Juifs a été encore plus grande 
qu'elle n'apparaît dans l'histoire, parce qu'elle ne saurait être 
établie par des preuves directes et que, dans bien des cas, elle 
échappe à notre connaissance. Beaucoup de Juifs en Allemagne se 
font baptiser, ce qui les retranche du nombre de ceux que l'on 
range sous ce nom. Jacob Fromer assure que, vers l'an 1820, la 
moitié des Juifs berlinois se sont convertis au protestantisme '. Mais 
il n'y a pas que les Juifs baptisés qui échappent au recensement : 
les jeunes filles juives qui épousent des chrétiens disparaissent 
aussi des listes qui servent de base aux statistiques. En consé- 
quence, leur chiffre réel est bien supérieur à celui que les dénom- 
brements peuvent enregistrer 2 . 

A maintes reprises le centre économique de l'Europe s'est 
déplacé : d'Italie, d'Espagne, de Portugal et de quelques 
régions du sud de l'Allemagne, il s'est transporté vers les pays 
européens du Nord-Ouest, en premier lieu les Pays-Bas, puis la 
France, l'Angleterre, l'Allemagne du Nord. La Hollande a été, 
pendant tout le xvn e siècle, la puissance dominante en matière de 
commerce, d'industrie, de navigation et de développement colonial. 
Dans les dernières années du xv e siècle, les Juifs avaient été 
expulsés d'Espagne : la veille du jour où Christophe-Colomb mit 
à la voile pour découvrir l'Amérique, trois cent mille Israélites 
quittèrent la péninsule pour se répandre en Navarre, en France, 
en Portugal et dans les pays de l'Europe orientale. Au cours des 
mêmes années, ils étaient expulsés de Cologne, d'Augsbourg, de 
Strasbourg, d'Erfurt, de Nuremberg, d'Ulm, de Ratisbonne ; 
au siècle suivant, le même sort les atteignit dans plusieurs 
villes italiennes. C'est alors qu'on voit prospérer celles qui les 
accueillent, telles que Livourne, Francfort, Hambourg. Au xvm e 
siècle, de toutes les anciennes villes impériales allemandes, 
deux seulement avaient gardé leur rang, Francfort et Hambourg : 
c'étaient celles qui avaient conservé les Juifs. 

En France, au xvir 3 et au xvni e siècle, Marseille, Bordeaux, 
Rouen prospèrent : ce sont les cités qui les ont accueillis. 
Amsterdam est alors peuplé de Juifs portugais (marranes), qui non 
seulement exercent une influence économique, mais dont les idées 

1 . Cette proportion paraît tout à fait invraisemblable. 

2. Il conviendrait alors de déterminer ceux que Sombart range sous le vocable 
« Juifs ». A quel moment les descendants de Juifs convertis cessèrent-ils de compter 
pour lui comme tels ? 



164 REVUE DES ETUDES JUJVES 

politiques et philosophiques se répandent et s'imposent. Anvers 
occupe pendant quelques années, vers la môme époque, une 
situation prépondérante comme place commerciale et financière, 
et la perd dès que les marranes sont expulsés *. Gromwell favorisa 
les Juifs, parce qu'il voyait en eux des hommes capables de faire 
prospérer le commerce des marchandises et celui de l'argent. 
Golbert était dans les mômes dispositions. Une ordonnance adressée 
à l'intendant du Languedoc énumère les avantages que Marseille 
a retirés de l'habileté commerciale des Juifs. Sans eux, écrivait 
un sous-intendant, le commerce de Bordeaux et de la Provence 
périrait infailliblement. 

Les Hollandais du xvir 3 siècle craignaient de voir les Juifs quitter 
leur territoire. Lorsque Manasseh-ben-Israël alla remplir en Angle- 
terre sa mission demeurée célèbre, le gouvernement néerlandais 
pria son ministre en Angleterre de s'enquérir des intentions de 
Manasseh, de peur que son action ne tendît à faire émigrer ses core- 
ligionnaires hollandais. A Hambourg le sénat les considère comme 
indispensables. Tous les témoignages contemporains s'accordent 
sur ce point. C'est ainsi que, dans la première moitié du xvn e siècle, 
on assure que le douzième du commerce anglais passait par les 
mains des Juifs. Leur participation à la foire de Leipzig était consi- 
dérable : ils y allaient au nombre de quatre cents environ vers 1675 ; 
en 1839, ils y étaient plus de six mille, et représentaient le tiers 
des négociants présents. Au xvn e siècle, presque tout le com- 
merce de Hambourg avec la Hollande, l'Espagne et le Portugal était 
entre leurs mains. Celui du Levant, si actif et brillant en France au 
xvm e siècle, était presque entièrement fait par eux 2 . Déjà autrefois 
ils avaient de nombreux comptoirs dans la Méditerranée : une 
partie de ceux qui avaient été chassés d'Espagne allèrent s'établir 
en Orient et entretinrent dès lors des relations suivies avec leurs 
coreligionnaires qui s'étaient fixés dans les pays du Nord. Ils 
s'occupent surtout du négoce des objets de luxe, bijouterie, pierres 
précieuses, perles, soie et soieries. Ils traitent aussi les articles de 
première nécessité, les céréales, le chanvre, la laine, les produits 

i. La commission nommée en 1653 pour examiner s'il y avait lieu de rappeler les 
lois d'exil déclarait : « Quant aux autres inconvénients que l'on pourrait craindre 
et appréhender au regard de l'intérêt public, à savoir qu'ils attireront à eux tout le 
commerce... . il nous semble au contraire que, par le commerce qu'ils rendront plus 
grand qu'il n'est à présent, le bénéfice sera commun à tout le pays et que l'or et 
l'argent seront en plus grande abondance pour les besoins de l'Etat. » 

2. Il est bien entendu que nous analysons le livre de M. Sombart, et que nous 
ne nous portons garant d'aucune de ses assertions. Nous croyons que tout ce qu'il dit 
de la part des Juifs dans le commerce maritime de celte époque est très exagéré. 



LE ROLE DES JUIFS DANS LA VIE ÉCONOMIQUE 165 

de filatures, les denrées coloniales, le tabac et le sucre, le coton et 
les cotonnades. Ils se distinguent par l'abondance et la variété de 
leurs approvisionnements. Aux négociants de Montpellier qui se 
plaignaient en 1740 de la concurrence juive, l'intendant répondait : 
« Ayez des magasins aussi bien assortis que les leurs, et la 
clientèle vous viendra comme à eux. » 

Les Juifs commerçaient surtout avec les pays riches en métaux 
précieux, particulièrement l'Amérique centrale et méridionale: ils 
en importaient de grandes quantités et participaient ainsi à l'orga- 
nisation du système colonial moderne. Dès la fin du xvir 3 siècle, ils 
s'établirent aux Indes orientales. Beaucoup d'entre eux s'embar- 
quèrent sur les navires hollandais et portugais: ils possédaient 
une partie du capital de la compagnie batave des Indes orien- 
tales. Celle-ci eut comme gouverneur un Cohn, qui contribua 
plus que personne à asseoir la puissance hollandaise à Java. Des 
Juifs furent également à la tête de la compagnie anglaise des Indes 
orientales. Ils prirent une part prépondérante à la fondation de la 
colonie anglaise du Gap, entre 1820 et 1880, ainsi qu'à celles du 
Transvaal et de l'Australie. 

Mais c'est en Amérique que leur rôle a été le plus grand. Non 
seulement c'est eux qui commanditèrent en partie la première 
expédition de Christophe Colomb, non seulement ce fut un Juif, 
Luis de Torres, qui, le premier, mit le pied sur la terre nouvelle, 
mais, dès 1492, ils avaient établi l'industrie sucrière à San-ïome : 
de là et de Madère ils la transportent au Brésil. Sous leur influence, 
le pays se développe ; en 1624, il reçoit une immigration importante 
de Juifs hollandais. Expulsés du Brésil en 1654 par les Portugais 
maîtres du pays, ils se portent vers d'autres terres américaines : 
ils font prospérer les plantations de canne à sucre à Barbados, 
puis à la Jamaïque, que les Anglais enlevèrent définitivement 
aux Espagnols en 1656 : au xvm e siècle, c'est eux qui y paient 
la presque totalité des impôts. De même à Surinam, dans la Guyane 
hollandaise, à la Martinique, à Saint-Domingue. Toute la puissance 
productive des colonies, en dehors des pierres et des métaux 
précieux, résidait alors dans la culture de la canne. C'était l'époque 
(1 701) où une délibération du Conseil du commerce parisien déclarait 
que la navigation française doit son éclat à ses îles sucrières, et que 
seul, le trafic avec ces îles est susceptible de la maintenir et de la 
développer. Les Juifs ont contribué à la fondation des États-Unis 
d'Amérique, bien que l'opinion vulgaire ne l'admette guère. 
Lorsqu'ils célébrèrent au début du xx e siècle le deux cent cin- 
quantième anniversaire de leur arrivée sur ce continent, le président 



166 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Roosevelt, leur adressant ses félicitations, déclara qu'ils avaient 
participé à la formation du pays, et l'ex-président Grover Cleveland 
affirma, à la même occasion, que peu de nationalités, parmi celles 
qui ont contribué à créer l'Amérique, avaient eu une influence 
directe ou indirecte plus considérable. S'ils ne figurent pas parmi 
les milliardaires et directeurs de trusts dont les noms sont dans 
toutes les bouches, ils sont à la tête d'affaires industrielles et de 
maisons de banque importantes. En Californie, ils ont joué un 
rôle prépondérant, non seulement comme hommes d'affaires, mais 
comme juges, députés, maires, gouverneurs. M. Sombart pense que, 
d'ici à un siècle, la population des États-Unis se composera essen- 
tiellement de Juifs, de Slaves et de nègres. 

Dès 1655, les Juifs expulsés du Brésil étaient venus s'installer à 
Newamsterdam, Long-Island, Albany, Rhode-Island, Philadelphie. 
Lorsque le système anglais imposait à la colonie l'obligation 
d'acheter nombre de produits exclusivement en Grande-Bretagne, 
le bilan de son commerce extérieur se soldaU par un déficit. 
Celui-ci n'était couvert que grâce aux exportations que les Juifs 
dirigeaient vers les pays de l'Amérique du Sud, avec lesquels 
ils avaient conservé des relations. Plus de sept mille d'entre eux 
ont d'ailleurs servi comme soldats dans la guerre de Sécession 1 . 

Sombart considère que les Juifs ont pris une part essentielle 
à l'organisation des États modernes, notamment comme muni- 
tionnaires des guerres et pourvoyeurs des Trésors publics. En 
Angleterre, sous Cromwell, le principal fournisseur des armées 
est Ant-Fern Carvajal ; en 1649, il figure au nombre des cinq 
personnes chargées de procurer aux troupes les céréales dont elles 
ont besoin. Sous Guillaume III, le célèbre Médina fut anobli pour 
les services qu'il avait rendus : on l'appelait le grand traitant « the 
great contractor ». En France, à Metz, à Strasbourg, les Juifs se 
rendent utiles. Le maréchal de Saxe déclare que jamais les armées 
ne sont mieux approvisionnées que par eux. Lorsque Cerf Béer fut 
naturalisé sous Louis XVI, les lettres patentes publiées à cet 

1. Qu'il soit permis à l'auteur du présent article d'évoquer ici le souvenir de son 
oncle Simon Lévy qui avait émigré d'Alsace en Amérique vers l'an 1850 et qui s'était 
d'abord créé àlSew-York une situation comme avocat. Quand la guerre éclata, il quitta son 
cabinet pour s'enrôler dans les troupes fédérales. Son énergie lui valut un avancement 
rapide. Un jour qu'une mutinerie furieuse avait éclaté dans son camp, on vint le 
chercher comme l'officier capable de dompter les révoltés. Il s'avança seul au 
milieu d'eux, son revolver à la main, et fit tout rentrer dans l'ordre. Il reçut ensuite le 
commandement d'un régiment. 11 reprit, après la guerre, ses occupations civiles. Il est 
mort il y a peu d'années, plus qu'octogénaire, entouré de l'estime et de l'affection de 
tous, et est resté populaire sous le nom du colonel Sirrion. 



LE ROLE DES JUIFS DANS LA VIE ÉCONOMIQUE 107 

effet déclarent « que la dernière guerre, ainsi que la disette qui 
s'est fait sentir en Alsace pendant les années 1770-1771. lui ont 
donné l'occasion de fournir des preuves du zèle dont il est animé 
pour notre service et celui de l'État ». Les Gradis de Bordeaux 
établissent à Québec des magasins pour l'armée française qui 
combat au Canada. 

On est assez bien documenté sur le rôle joué par les Juifs au 
point de vue des transactions financières. Déjà au moyen âge, on 
les voit fermiers d'impôts, de salines, de domaines, trésoriers, 
receveurs et payeurs. Les Juifs hollandais interviennent non seule- 
ment dans leur pays, mais font des avances aux princes d'Europe 
en quête de capitaux. En Angleterre, ils sont au premier rang des 
financiers sous Gromwell, Charles II, Guillaume III. Au moment 
des folies de la South Sea Bubale, ils se tiennent à l'écart des 
spéculations qui sévissent dans Londres, et le sage Gideon, l'ami 
de Walpole, rend à l'État de signalés services. En France, on 
connaît la situation de Samuel Bernard ' sousLouisXIVetLouisXV. 
Le chancelier autrichien Ludewig déclare qu'à Vienne les affaires 
les plus importantes dépendent du travail et de la bonne foi des 
Juifs : « praesertim Viennae ab opéra etfide Judaeorum res saepius 
pendent maximi momenti». 

Mais peu à peu ils cessent d'être les coadjuteurs indispensables 
des princes à qui ils fournissaient jadis de l'argent. Ils créent les 
appels publics et directs au crédit, qui tendent à diminuer leur 
propre rôle, puisque leur intermédiaire devient inutile du jour où 
les moindres détenteurs de capitaux souscrivent les emprunts. 
Leur activité se transforme alors : ils prennent une part active à 
ce que certains auteurs ont appelé la commercialisation de la vie 
économique, c'est-à-dire l'organisation des bourses où s'échangent 
les papiers représentatifs des valeurs. 

Les caractéristiques de cette organisation moderne sont les for- 
mes impersonnelles de contrats, conclus entre gens qui ne se 
connaissent pas et entre qui la simple possession d'une action, 
d'une obligation, d'une lettre de change, d'un billet de banque, 
crée des liens de droit d'une nature particulière. Il est difficile 
d'établir historiquement l'origine de ces divers instruments : 
comment étudier la genèse de la lettre de change à l'aide des 
rares exemplaires remontant au moyen âge, que le hasard a mis 
entre nos mains ? Nul ne sait combien' de milliers en étaient 



1. C'est à tort que M. Sombart range Samuel Bernard parmi les financiers juifs. Il 
est aujourd'hui démontré qu'il n'appartenait pas à cette religion* 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en circulation à Fisc ou à Bruges, ou dans telle autre cité. Il faut 
apporter une prudence extrême dans les conclusions qu'on pour- 
rait tirer des recherches de ce genre. 

On admet généralement que la lettre de change, transmissible 
par endos, n'a été couramment en usage qu'au xvii* siècle. C'est 
en Hollande qu'elle était surtout employée. Quant à l'action, on 
en trouve l'embryon à Gênes dans les parts de la Maison de 
Saint-Georges au xiv e siècle et dans les grandes compagnies de 
commerce du xvii . L'origine du billet de banque doit être fixée au 
moment où le billet au porteur a cessé de se référer directement à un 
dépôt fait par le créancier entre les mains de l'établissement dépo- 
sitaire. Les fonds d'État au porteur n'ont fait leur apparition qu'à 
une époque relativement récente. Pendant longtemps ces fonds 
avaient le caractère d'une obligation personnelle, émanant du 
Souverain ou du Trésor, vis-à-vis d'un créancier déterminé : les 
intérêts n'étaient payables que contre quittance dûment signée par 
le bénéficiaire. La lettre de gage est née en Hollande au xvm e siècle. 
Elle apparut sous la forme d'obligations souscrites par les plan- 
teurs de Surinam et d'autres colonies, qui hypothéquèrent leurs 
terres en faveur des prêteurs : des maisons juives organisèrent ce 
mécanisme. 

D'une façon générale, le titre au porteur constitue l'évolution de 
la créance personnelle vers une obligation réelle. La clause au 
porteur figurait déjà fréquemment dans des actes du moyen âge, en 
France et en Allemagne. Mais, au xvi e siècle, sous l'influence de 
Cujas et de Dumoulin, l'usage s'en perdit de plus en plus. On la 
remplaça en partie par des endossements en blanc. Puis elle reparut 
au xvii" siècle. La Bible la connaissait : Dans le livre de ïobie, il est 
dit : « Je te montre dix talents d'argent, que j'ai déposés chez Gabael 
à Rages en Médie. » — Ce à quoi Tobie répond : « Mais comment 
pourrai-je toucher l'argent, si je ne le connais pas ?» — Son 
père lui dit : « Voici l'écrit. Cherche quelqu'un qui aille le 
retirer ». ïobie appela Raphaël et lui dit: Va à Rages et cherche moi 
l'argent. Raphaël se rendit alors chez Gabael et lui remit l'écrit, 
en échange duquel la bourse contenant l'argent lui fut délivrée ». 
Beaucoup de rabbins, dans leurs commentaires du Talmud, men- 
tionnent le titre au porteur. Au xvi e siècle, les Juifs créèrent 
le Mamre, obligation dans laquelle le nom du bénéficiaire était 
laissé en blanc. En cas de perte, on affichait à la porte de la 
synagogue un avis par lequel le détenteur actuel était invité à se 
présenter : faute de quoi le véritable propriétaire reprenait ses 
droits. D'une façon générale, la clause « au porteur » permettait aux 



LE ROLE DES JUIFS DANS LA VIE ÉCONOMIQUE 169 

Juifs d'échapper à la confiscation dont leurs marchandises et leurs 
hiens étaient constamment menacés. Le connaissement d'une car- 
gaison était dressé au nom d'un tiers « ou au porteur », ce qui 
empêchait les corsaires de la saisir. Le droit talmudique permet 
de créer des obligations indépendantes de la considération de la 
personne. Le possesseur d'un titre au porteur n'a de droit que 
celui que lui confère la détention môme du titre. 

La qualité principale des valeurs mobilières est l'aisance avec 
laquelle la propriété s'en transmet. La conception moderne 
« possession vaut titre » paraît à M. Sombart être due aux idées 
juives, qui étaient de faciliter le plus possible les échanges : d'où 
la suppression de l'antique principe du droit romain et germanique, 
d'après lequel le propriétaire pouvait toujours revendiquer son 
bien, même entre les mains d'un tiers détenteur de bonne foi. Une 
fois la nouvelle conception admise, il y a lieu de créer un marché 
pour ces valeurs mobilières, dont la transmission s'opère abstrac- 
tion faite de la considération des personnes qui les possèdent, 
contrairement à ce qui se passe dans les autres contrats d'achat et 
de vente. Isaac de Pinto remarquait déjà que c'est à la facilité que 
les particuliers ont de se défaire des fonds publics « que l'Angle- 
terre est redevable en partie de celle quelle a eue de faire ses 
énormes emprunts ». 

L'histoire des bourses se divise en deux périodes : depuis leurs 
débuts au xvr 9 siècle jusqu'au commencement du xix e , ces institu- 
tions ne jouent pas le rôle considérable qui est devenu le leur 
après 1800 et qui n'a cessé de grandir jusqu'à nos jours. La 
seconde phase est au contraire celle d'un développement rapide et 
continu. C'est dans les villes où existait déjà un commerce actif de 
lettres de change que les bourses ont tout d'abord grandi : or 
ce commerce était en majeure partie aux mains de Juifs : on en 
trouve des preuves dans l'histoire de Venise, d'Amsterdam, de 
Francfort, de Hambourg. Le Sénat de cette dernière ville déclare 
en 1733 que les Juifs dominent le commerce du change Ceux de 
Bordeaux ont pour principale occupation « de prendre les lettres 
de change et d'introduire l'or et l'argent dans le royaume ». Le 
député suédois Wegelin dit la même chose d'eux à Stockholm en 
1815. C'est à eux que l'on dut l'organisation des marchés à terme, 
dont certains historiens font remonter l'origine à Gènes au 
xm e siècle : les échanges de titres de rente qui s'y opéraient, sous 
forme de contrats à échéance, donnaient lieu à des paiements de 
différences. Mais c'est plutôt à Amsterdam au xvir 3 siècle qu'il 
convient de fixer les débuts de la spéculation boursière moderne ; 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

elle s'appliquait alors aux actions de la Compagnie des Indes orien- 
tales. Les transactions devinrent rapidement si importantes que les 
États généraux, par un arrêt de 1610, défendirent à quiconque de 
vendre plus d'actions qu'il n'en possédait. Les Juifs étaient titulaires 
d'un grand nombre d'actions des Compagnies des Indes orientales 
et occidentales. Un Juif portugais, José de la Vegas, écrivit, à 
la fin du xvii 6 siècle, un traité complet des opérations de bourse, 
dont un connaisseur a pu dire que c'était le meilleur ouvrage qui 
ait jamais paru sur la matière. Un rapport adressé par un envoyé 
de France à la Haye en 1698 expose que « dans cet État, les 
Juifs font une grosse partie, et c'est sur les pronostics de ces pré- 
tendus spéculateurs politiques, travaillant eux-mêmes, que les 
prix de ces actions sont dans des variations si continuelles qu'elles 
donnent lieu, plus d'une fois le jour, à des négociations qui méri- 
teraient mieux le nom de jeu ou de pari. » 

A Londres, vers la fin du xvn e siècle, la bourse, qui est alors 
connue sous le nom de Change Alletj, est fréquentée par un grand 
nombre de Juifs. Le célèbre Médina y fut considéré comme le fon- 
dateur de la spéculation en fonds publics. Ce furent aussi les Juifs 
qui créèrent les premiers le Jobber, c'est-à-dire ce négociant en 
fonds publics qui forme encore aujourd'hui un des éléments carac- 
téristiques de la Bourse de Londres : il se tient à la disposition de 
l'agent de change (stockbroker), qui reçoit les ordres de la clientèle, 
et lui fournit le moyen d'exécuter les ordres d'achat ou de vente. 
Sombart ajoute que c'est eux aussi qui instituèrent les premiers 
les opérations d'arbitrage sur la môme place, et il incline à 
admettre, que c'est aux Juifs que Londres a dû sa situation de 
principal marché international de capitaux. En Allemagne, les 
seules bourses qui eurent alors quelque importance furent celles 
de Hambourg et de Francfort. En 1817, à Augsbourg, nous trou- 
vons un jugement qui écarte une action tendant à faire payer une 
« différence ». 

Avant le xix e siècle, la Bourse n'était pas considérée comme un 
facteur désirable de la vie économique. En 1773, le Parlement 
anglais flétrissait la « pratique infâme du trafic des actions ». La 
dette publique était elle-même tenue en médiocre estime et était 
considérée comme peu honorable pour la nation qui l'avait 
contractée. David Hume l'appelait une pratique ruineuse, et Adam 
Smith, un expédient déplorable : ce dernier ne consacre d'ailleurs 
aucune partie de son œuvre à l'étude des valeurs mobilières ni de la 
Bourse. Mais à l'heure où le grand économiste portait ce jugement, 
Joseph de Pinto écrivait un livre qui parut en 1771 et qui prévoyait 



LE ROLE DES JUIFS DANS LA VIE ÉCONOMIQUE \U 

l'avenir réservé à ces valeurs et au crédit public, dont elles sont en 
partie l'expression, De 1800 à 1850, les émissions de fonds d'État ont 
pris une importance inconnue jusque-là. Les maisons Rothschild y 
participèrent largement. C'est par elles que furent inaugurées les 
transactions internationales, qui attiraient et transportaient les 
capitaux sur les divers marchés. Lorsque Nathan Rothschild 
entreprit en 1808 d'effectuer en Espagne, pour le compte du gou- 
vernement anglais, les paiements de la solde de ses troupes, 
ce fut considéré comme un événement extraordinaire. C'est 
l'émission d'emprunts publics faite simultanément sur diverses 
places qui donna au public l'habitude de s'intéresser aux 
fonds étrangers, dont l'intérêt et l'amortissement lui étaient payés 
en monnaie indigène. Les publicistes du début du xix° siècle 
signalent comme une nouveauté importante le fait que des cou- 
pons de titres autrichiens, napolitains, sont payés aux détenteurs 
français, à Paris, en francs. 

L'origine des émissions publiques n'a pas été déterminée d'une 
façon précise. Dans une première période, les capitalistes prêtaient 
directement aux gouvernements; dans une seconde, les banquiers 
se chargeaient, pour le compte de l'État, du placement de ses titres 
moyennant commission, et lui consentaient au besoin des avances 
à valoir sur le produit de la réalisation; plus tard, des syndicats se 
formèrent qui achetaient les titres au gouvernement et les reven- 
daient ensuite au public pour leur compte; enfin, les gouvernements 
dont le crédit est le mieux assis s'adressent aujourd'hui direc- 
tement au public. Mais l'activité ne se borna pas aux seuls fonds 
d'État. Des sociétés particulières se fondèrent, dont les titres 
furent l'objet d'échanges et de spéculations nombreuses : c'est 
vers 1830 qu'elles commencèrent à se développer rapidement. Elles 
eurent d'abord pour objet les constructions de chemins de fer. 
Les Rothschild y prirent une part notable. D'autres de leurs 
coreligionnaires, tels que Strousberg, en Russie et en Roumanie, 
le baron de Hirsch, en Turquie, furent aussi de grands entre- 
preneurs de voies ferrées. A l'origine de mainte entreprise indus- 
trielle, nous trouvons des noms juifs. En Angleterre, en 1904, sur 
soixante-trois maisons de banque s'occupant d'affaires financières 
(merchants), trente-trois étaient juives, et, dans le nombre, treize 
étaient de tout premier ordre. Mais les maisons particulières, quelle 
que fût leur puissance, n'auraient pas suffi aux émissions, avec les 
proportions qu'elles prirent depuis le milieu du xix e siècle. Il fallut 
le concours de sociétés par actions. 

Le type de ces sociétés fut le Crédit mobilier, fondé par les frères 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Pereire, dont le rôle en matière de créations d'affaires est 
connu. La Creditanstalt de Vienne, la Darmstaedterbank, plus 
tard la Deutsche Bank comptèrent des Juifs parmi leurs fondateurs 
et premiers souscripteurs *. Du domaine des emprunts, ces sociétés 
passèrent à celui de l'industrie. C'est elles qui fournirent aux 
manufacturiers les capitaux dont ils ont besoin. Plus tard les 
industries elles-mêmes ont évolué et se sont organisées de façon à 
être moins dépendantes des banquiers. Sombart cite comme type de 
la nouvelle forme la célèbre Société générale d'électricité de Berlin, 
qui s'occupe autant de trouver et d'étendre une clientèle que de 
perfectionner son outillage. Dans cette évolution, les Juifs jouent 
un rôle, comme fondateurs de l'industrie du tabac au Mecklembourg 
et en Autriche ; comme distillateurs en Pologne et en Bohême; 
comme fabricants de soie en Prusse, en Italie, en Autriche, de 
cotonnades en Moravie. Cette commercialisation de l'industrie a 
eu pour résultat que les mêmes hommes ont pu réussir dans des 
branches très différentes, du moment où il s'agissait d'y déployer 
des aptitudes analogues, le côté technique restant confié à des 
spécialistes. 

On sait combien les négociants de divers pays se plaignirent à 
diverses époques de la concurrence des Juifs. Ceux-ci représen- 
taient une conception de la vie économique différente de celle qui 
régnait et qui se rattachait au système féodal. L'individu restait 
soumis à une foule de règles desquelles il ne pouvait s'écarter. 
La religion intervenait dans le négoce et interdisait un certain 
nombre d'actes qui découlent cependant des lois économiques. La 
sphère d'action de chacun était limitée. Toute la politique mercan- 
tile et coloniale reposait sur cet axiome qu'à l'intérieur des fron- 
tières, il ne doit pas y avoir de concurrence. De même que l'agri- 
culteur recevait la terre nécessaire à sa subsistance et à celle des 
siens, de même le fabricant et le commerçant se voyaient assigner 
une certaine tâche dont l'accomplissement devait assurer leur 
existence. Les corporations veillaient à ce qu'aucune d'elles n'em- 
piétât sur le domaine des autres. La morale des affaires consistait 
alors à s'asseoir dans sa boutique et à y attendre la clientèle. Il 
était défendu de chercher à enlever un client à un concurrent; on 
critiquait le marchand qui enjolive son magasin de façon à y 
.attirer l'acheteur, et celui qui fait connaître par des affiches les 
marchandises qu'il offre, surtout s'il le fait à un prix inférieur à 

1. M. Sombart (p. 128) fait erreur en rangeant les Mallet parmi les actionnaires juifs 
du Crédit mobilier. 



LE ROLE DES JUIFS DANS LA VIE ÉCONOMIQUE 473 

celui du voisin. L'État surveille la fabrication et prescrit des règles 
sévères pour la confection des divers objets; le juste prix est 
considéré comme devant être la règle par des hommes qui 
ignorent la loi naturelle de l'offre et de la demande. 

En présence de cette réglementation universelle, la concurrence 
juive devait soulever des protestations : on lui reprochait de ne 
pas respecter les bornes mises à l'activité de chacun, d'empiéter 
sur le domaine des corporations, d'accaparer divers ordres 
de production et d'échange, en attirant à soi tout le com- 
merce by drawing ail trade towards themselves, comme le dit 
un rapport anglais de 4655. Ils vendent toutes sortes d'objets sur 
lesquels ils ont fait des avances, et se trouvent ainsi être les 
précurseurs des grands magasins modernes. On les blâme aussi 
de se livrer au commerce d'importation, contraire aux idées 
mercantiles, de retirer aux ouvriers indigènes les occasions de 
travailler en faisant venir du dehors les objets demandés par les 
consommateurs, d'exporter les matières premières. D'une façon 
générale, on les trouve trop remuants, trop actifs, trop empressés 
à saisir toute occasion de trafiquer, de devancer les autres, d'atti- 
rer les acheteurs. La Chancellerie impériale de Vienne, en 1762, 
ayant une commande de fournitures militaires à donner, s'adresse 
aux Juifs dans l'espoir « d'obtenir des prix inférieurs ». On 
peut aussi les considérer comme les pères de la réclame moderne : 
dans la Gazette de Voss du 28 mai 1711, se trouve l'annonce de 
l'arrivée à Berlin d'un négociant hollandais porteur a du meilleur 
thé à un prix très modéré ». 

Parmi les nombreuses raisons qui permettaient aux Juifs de 
vendre meilleur marché que les autres, il faut citer avant tout le 
fait qu'ils se contentaient d'un bénéfice moindre. Leur genre de 
vie, beaucoup plus modeste, leur imposait moins de dépenses. En 
outre, ils activaient la circulation de leurs marchandises, et par ce 
moyen, tout en réalisant sur chaque opération un profit plus faible, 
ils en obtenaient un égal au bout de l'année par le fait qu'ils le renou- 
velaient plus souvent : c< Petit profit, grandes affaires ■>, telle était 
leur devise, qui est celle de mainte entreprise contemporaine. De 
plus, ils s'ingéniaient à attirer la clientèle par de nouvelles méthodes 
commerciales. C'est eux qui, les premiers, vendirent des objets 
payables en plusieurs termes. En un mot, ils incarnent la conception 
moderne des échanges : la plupart des reproches qu'on leur adres- 
sait jadis ne font que constater cet esprit actif, cette ardeur à la 
tâche, qui sont le trait dominant de la plupart des négociants 
d'aujourd'hui. Ils étaient alors les représentants de la liberté de 



l"/4 R1SVUK DES ETUDKS JUIVES 

négoce, de ia libre concurrence, du rationalisme économique. Cette 
constatation amène Sombart à l'examen d'un autre problème, celui 
de savoir quelles qualités avaient prédisposé les Juifs à ce « capita- 
lisme », alors que celui-ci n'existait pas encore, et expliquent l'in- 
fluence exercée par eux. 



II 



Le capitalisme est l'organisation à laquelle concourent deux 
groupes de population, les possesseurs des instruments de pro- 
duction et les travailleurs qui en sont dépourvus : les premiers 
sont ce qu'on appelle les sujets économiques ( WlrtschaftssubjekteX 
L'idée qui domine ce système est celle de l'acquisition [Erwerbs- 
idee). Une bonne conduite des affaires, au sens capitaliste, 
est celle qui, au bout d'une période déterminée, a conservé le 
capital initial et l'a augmenté d'une certaine somme appelée 
profit. L'entrepreneur a un devoir à remplir N et y consacrera 
sa vie; pour cela il a besoin du concours d'autres hommes. L'entre- 
preneur devient capitaliste par son entente avec un négociant. 
Celui-ci veut faire des affaires lucratives : il représente la variable, 
tandis que l'entrepreneur représente la constante. Dans un cha- 
pitre intitulé : « La qualification objective des Juifs au capita- 
lisme », Sombart étudie les raisons qui les ont préparés à ce rôle. 
Il les classe sous quatre rubriques : leur dispersion, leur qualité 
d'étrangers, leur demi-civisme, leur richesse. 

Leur dispersion a permis aux membres d'une même famille de 
s'installer dans plusieurs pays et de communiquer entre eux avec 
une facilité peu commune dans les siècles passés. Le gouverneur 
de la Jamaïque écrivait en 1671 à Londres « qu'il était d'avis 
que le Roi ne pouvait avoir de sujets plus utiles que les Juifs, qui 
avaient de si nombreux correspondants ». Ils développèrent le 
commerce dans les pays qui les avaient accueillis, établirent des 
liens entre l'ouest et l'est de l'Europe, entre l'Amérique du Sud et 
l'Amérique du Nord. «Ils sont si répandus dans le monde, disait 
un correspondant du Spectateur en 1712, qu'ils sont devenus les 
instruments au moyen desquels les nations les plus éloignées 
sont mises en rapport les «mes avec les autres, el l'humanité est 
assemblée : ils sont comme les boulons et les rivets d'un grand 
bâtiment, qui, bien que peu importants par eux-mêmes, sont indis- 
pensables au maintien de l'ensemble. » 

Leur connaissance des langues et des civilisations étrangères 



LE KOLE DES JUIFS DANS LA VIE ÉCONOMIQUE J75 

leur attira à maintes reprises la faveur des souverains, qui leur 
confiaient des missions, faisaient d'eux leurs trésoriers et les 
chargeaient de gérer leur fortune. Gharlemagne envoyait Isaac 
à la cour d'Haroun Al Raschid. L'empereur Othon II avait pour 
favori Kalonymos. Le célèbre Chasdai lbn Schaprut (915-970) fut le 
représentant diplomatique du khalife Abdul Rahman III lors de ses 
négociations avec les cours de l'Espagne du Nord. Au xi e siècle, le 
roi Alphonse VI de Castille se servait de Juifs pour ses ambassades 
auprès des souverains qui régnaient à Tolède, Séville et Grenade. 
Richelieu, plus tard, envoyait Ildefonso Lopez en mission secrète 
dans les Pays-Ras. 

Là où ils arrivaient, les Juifs étaient d'abord une manière 
de colons. En leur qualité de nouveaux venus, ils avaient à 
lutter avec toutes sortes de difficultés, et à substituer le rationa- 
lisme à la tradition économique. Leur condition n'était pas en 
général celle des autres habitants; elle variait d'un pays à l'autre, 
telle profession leur étant interdite ici, permise ailleurs. Dans 
un même Etat, les réglementations différaient de province à 
province, de ville à ville. La minutie des prescriptions était telle qu'à 
quelques lieues de distance on les autorisait à trafiquer dans telle 
marchandise, ou bien on le leur défendait. Dans l'intérieur d'une 
même cité, on distinguait des catégories de Juifs, privilégiés 
d'une façon générale, privilégiés d'une façon spéciale, tolérés, 
temporairement admis. Ils ne pouvaient faire partie des corpo- 
rations, qui avaient alors un caractère religieux, à côté du carac- 
tère professionnel. Ce n'est qu'à la fin du xvm e et au courant 
du xi\ e siècle que les barrières tombèrent les unes après les autres. 
Aussi l'activité des Juifs se portait-elle alors vers certaines car- 
rières commerciales, qui seules leur restaient ouvertes, et encore 
avec bien des restrictions. 

Les Juifs ont conservé à travers les siècles, dans quelques 
familles, des richesses importantes. Ceux de Hollande possé- 
daient des palais connus, et le livre de Gluckel von Hameln, une 
femme qui nous a laissé de très curieux mémoires, donne des 
détails sur le luxe déployé lors d'un mariage juif à Amsterdam. 
Sombart cite des statistiques concernant les fortunes à Londres, à 
Hambourg, à Francfort, dans le passé, et des statistiques contem- 
poraines de villes allemandes. Ces dernières indiquent la propor- 
tion des Juifs par rapport à la population totale et celle des taxes 
qu'ils paient par rapport au total perçu par le fisc. A Rerlin, ils 
représentent le vingtième de la population et paient presque le 
tiers des impositions. A Francfort ils représentent 7 0/0 du chiffre 



176 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

des habitants, et ont 20 0/0 des revenus. Ils> ont été, depuis long- 
temps, les grands prêteurs d'argent des souverains : ils ont déve- 
loppé ainsi le capitalisme. 

La religion juive, dans l'opinion de l'auteur, a exercé une grande 
influence en la matière; d'une part, elle a agi sur l'esprit de ceux 
qui la pratiquaient; d'autre part, elle peut,dans une certaine mesure, 
avoir été l'expression des idées de ses adeptes. Il n'y a pas long- 
temps que MaxWeber a mis en lumière l'importance des croyances 
religieuses des Puritains au point de vue de leurs tendances 
capitalistes ; or, il semble que des relations étroites existent 
entre le Puritanisme et le judaïsme. Celui-ci constitue la religion 
la plus sévère qui soit : elle pénètre les moindres actes de la 
vie, accompagne l'homme pour ainsi dire à chaque pas, ne 
règle pas seulement les rapports de la créature avec Dieu, mais 
ceux des humains entre eux, et même avec la nature. Le droit et 
la morale en font partie intégrante. Chez aucun peuple l'édu- 
cation religieuse n'est aussi complète. Déjà Josèphe remarquait 
que l'homme de condition la plus humble connaît les commande- 
ments de Dieu «mieux que son propre nom ». Les offices se passent 
en partie à lire et à commenter les textes sacrés. Le Deutéronome 
prescrit ceci : « Tu parleras des commandements de Dieu lorsque 
tu es assis dans ta demeure, lorsque tu voyages, lorsque tu te 
couches et lorsque tu te lèves. » Le Talmud, à travers les siècles de 
persécutions et d'exils, a été le rempart derrière lequel les Juifs se 
sont abrités, pour vivre d'une vie intérieure intense, conserver 
leurs traditions, trouver des sujets de consolation et d'espérance. 
L'esprit religieux était si fort que ceux-là même qui s'étaient osten- 
siblement convertis (marranes) en Espagne et en Portugal, conti- 
nuaient à observer les préceptes de leur ancien culte, ne tra- 
vaillaient pas le samedi, ne consommaient d'autre viande que 
celle provenant d'animaux tués selon le rite, faisaient circoncire 
leurs fils. Les plus grands parmi les financiers et les médecins se 
faisaient gloire de consacrer à l'étude des livres saints non seu- 
lement le samedi, mais deux autres soirées par semaine. Ce n'est 
pas sans raison que Mahomet appelait les Juifs « le peuple du 
livre ». 

Leur littérature sainte se divise en deux parties : les révélations 
et l'œuvre des sages. Les révélations comprennent une partie 
écrite et une partie orale. Les livres saints sont : 1° la Tora ou 
Pentateuque, 2° les Prophètes, 3° les autres livres. La Tora 
émane de Moïse, qui la communiquée au peuple d'Israël après 
l'avoir reçue de Dieu sur le mont Sinaï : aussi constitue-t-elle 



LE ROLE DES JUIFS DANS LÀ VIE ÉCONOMIQUE 177 

la partie sacrée par excellence, celle dont il n'est permis de s'écarter 
sous aucun prétexte. La Tora « orale » en forme le commentaire: 
elle n'a été écrite en mischna et gemara qu'après la deuxième 
destruction du Temple ; jusque-là elle avait été conservée par 
tradition. Le Talmud est, pour la plus grande partie, une réunion 
de controverses entre rabbins. Les Juifs pieux ont vécu depuis 
des siècles d'après les ordres et les défenses contenus dans ces 
écrits. Il s'agit de voir quels rapports ces prescriptions peuvent 
avoir avec le capitalisme. 

Tout d'abord il convient d'avoir présente à l'esprit la façon dont 
la religion a été formée. Les préceptes en ont été en partie rédigés 
par des savants : la raison est à sa base comme à celle du 
capitalisme. Elle ne connaît pas de mystères : rien qui rappelle 
l'encens des Hindous, les oracles de la Grèce et des sibylles 
romaines, les bacchantes, en un mot ces exaltations qui ont paru 
à tant de peuples une émanation de la divinité; rien non 
plus qui ressemble aux mystères du christianisme. Les temples 
juifs s'appellent des écoles : on y lit la Tora, la Loi et les Pro- 
phètes. La religion est une sorte de pacte intervenu entre Dieu 
et son peuple, tenu d'observer étroitement les préceptes du Sei- 
gneur. Un livre est ouvert à chaque humain, sur lequel sont 
inscrites ses bonnes et ses mauvaises actions, et, à chaque 
minute de son existence, la balance est faite entre les unes et les 
autres. Cette comptabilité est compliquée : une partie des peines 
et des récompenses est donnée sur terre, l'autre est réservée pour 
la vie future. Des passages nombreux prescrivent de réfréner les 
passions et de consacrer Ja vie à amasser les biens nécessaires à 
l'accomplissement de la volonté divine. Les offices de la Tora 
sont mis aux enchères, afin que le produit en soit distribué aux 
pauvres. Les sentences des rabbins contiennent parfois des 
règles pratiques. C'est ainsi que Jizchak remarque que l'homme 
doit faire valoir son argent; en avoir un tiers en immeubles, un 
tiers en marchandises, un tiers disponible. Rabh dit à son fils 
Ajba : « Je veux t'instruire des choses terrestres : vends ta mar- 
chandise tandis que tes pieds sont encore couverts de la poussière 
de la route », ce qui revient à recommander un rapide mouvement 
d'affaires. 

Lorsque l'idée de la vie future entra dans la religion juive, 
les rabbins enseignèrent que, seuls, les justes survivront, et 
se servirent de cette croyance pour mieux encore inculquer les 
préceptes des livres saints. D'ailleurs la récompense ne se fait pas 
toujours attendre jusque dans l'autre monde : Dieu favorise aussi 

T. LX1I, n° 124. 12 



J78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sos serviteurs dans celui-ci. La religion juive ne condamne pas 
la richesse. Elle reconnaît qu'elle est un danger pour celui qui en 
l'ait un méchant usage, mais ne la déclare pas mauvaise en soi. 
Les prophètes eux-mêmes promettaient au peuple d'Israël les 
biens terrestres, s'il rentrait dans la bonne voie. 

Il y a bien eu dans le judaïsme des tendances à l'ascétisme, 
au renoncement; mais elles n'ont jamais été dominantes chez un 
peuple épris de la vie. C'est dans le Nouveau, et non dans l'Ancien 
Testament, que se trouve la condamnation des biens terrestres et 
l'éloge de. la pauvreté. Dieu ne cesse de dire à ses fidèles : « Vivez 

saintement et observez mes commandements et, lorsque les 

autres peuples les connaîtront, ils diront : « Quels gens sages et 
raisonnables, quel peuple excellent vous êtes! » C'est l'obéis- 
sance qu'il exige avant tout; c'est elle qui guide les destinées 
d'Israël. L'observance des commandements devient de plus en 
plus étroite. Elle s'est perpétuée jusqu'à nos jours dans les com- 
munautés pieuses, restées fidèles à la tradition. La Tora, telle 
que Moïse l'a reçue sur le Sinaï, est toujours la" règle invariable : 
c'est en la suivant que l'homme se conduit comme il doit le faire. 
Le peuple élu doit observer à la lettre les lois de son Dieu. Pour 
sanctifier sa vie, il doit la mener selon les maximes de la loi reli- 
gieuse. La nature renferme tous les éléments du péché. La vie de 
l'homme doit être un combat contre ces puissances ennemies. La 
loi sert à les dompter. Le Talmud a établi 365 défenses et 
248 commandements. La religion a traduit ses vérités et ses ensei- 
gnements en prescriptions positives, en coutumes et usages, qui 
pénètrent la pensée et les sentiments de l'homme, de façon à n'y 
point laisser de place pour le mal. 

Deum respire et cura, 

est la devise de tout Israélite resté fidèle à sa religion : elle lui 
ordonne de tout rapporter à Dieu, et lui fournit des préceptes pour 
toutes les circonstances de la vie. L'admiration de la nature doit 
ramener au culte de Dieu, qui l'a créée. Les vertus cardinales sont : 
la maîtrise de soi-même, la modestie, l'ordre, l'activité, la modé- 
ration, la continence, la sobriété. « Ne parle pas à la légère » est 
le précepte qui revient souvent. « La parole a été donnée à l'homme 
pour qu'il s'en serve en vue d'un but sacré. » « Le fort des forts est 
celui qui dompte ses passions. » « La réflexion conduitle sage à l'ai- 
sance; celui qui s'emporte va à la misère. » « Il faut réveiller le 
jour, et non pas être réveillé par lui. » « Celui qui néglige ses 
occupations est le frère du dissipateur. » 



LE ROLE DES JUIFS DANS LA VIE ÉCONOMIQUE 179 

Les innombrables prescriptions relatives à la nourriture partent 
de cette idée que le sage doit se nourrir pour conserver ses forces 
et les consacrer au service de Dieu, et non pour y trouver une 
source de volupté « Heureux les peuples dont les princes mangent 
à l'heure convenable pour se fortifier, et non pour se divertir. » 
« C'est à ton Dieu, qui seul te permet de te nourrir de créatures 
faites par lui, que tu dois consacrer ton manger et ton boire. » 
Chaque repas est précédé et suivi d'une prière. 

Les règles ordonnant la modération au point de vue des rapports 
sexuels sont d'une grande sévérité. « Garde-toi de tout ce qui 
peut dérégler ton imagination, ne regarde rien, n'écoute rien, ne 
lis rien, ne pense à rien qui souille ta pensée, ne permets 
pas à ton œil de s'égarer sur des femmes ; de pécher en les regar- 
dant. Afin de se garder d'idées lascives, il faut avoir les lettres 
du nom de Jéhovali toujours présentes devant les yeux. » Le 
mariage doit être sanctifié par la présence constante de l'idée 
divine. « Que le mari ne vive pas sans la femme, que la femme ne 
vive pas sans le mari, mais que l'esprit de Dieu soit toujours dans 
leur union. » 11 est prescrit de ne pas affaiblir son corps par la 
débauche, de ménager ses forces, de ne les employer que dans le 
but de maintenir la famille et de procréer les enfants. « Dieu te 
demandera compte de chacun de tes actes. » 

M. Sombart considère que cette morale, qui donne à la vie un 
caractère de rationalisme, a eu la plus grande influence sur l'acti- 
vité économique des Juifs : c'est à cause de cette idée qu'il est 
entré dans autant de détails. Il insiste sur la constitution de la 
famille juive, à laquelle il attache une importance extrême. Il 
montre que, de nos jours encore, la proportion des enfants natu- 
rels est plus faible en Russie parmi les juifs que chez les autres 
habitants : en 1901, sur cent naissances il y en avait : 

2,49 illégitimes chez les orthodoxes, 
3,57 — catholiques, 

3,76 — protestants, 

0,46 — juifs. 

Sombart suppose que les nombreuses règles d'abstinence im- 
posées aux juifs par la religion ont contribué à porter leur énergie 
vers la conquête de la richesse. Nous avouons, pour notre part, que 
l'auteur nous semble ici se lancer dans le domaine d'hypothèses 
fragiles. En tout cas, fût-il démontré que la religion a été assez puis- 
sante pour imposer une continence relative aux hommes, il reste 
à expliquer pourquoi des forces ainsi économisées se sont portées 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vers un certain genre de travail plutôt qu'un autre. Le point sur 
lequel on peut se déclarer d'accord avec l'auteur est le suivant : 
une religion qui impose à l'homme une contrainte continuelle, 
qui dirige à chaque minute l'exercice de ses facultés, le rend apte 
à l'effort qu'exige le « capitalisme » c'est-à-dire l'accumulation de 
richesses, qui ne s'obtient tout d'abord que par une vie de privation, 
ou tout au moins de sévère économie. Lïhomo capitalisticus est 
sorti tout armé de cette discipline incessante. 

La croyance enracinée chez les Juifs qu'ils étaient le peuple 
élu de Dieu les a empêchés de se mêler aux autres nations : 
même aux époques et dans les pays où ils n'étaient pas persécutés, 
ils vivaient entre eux et songeaient à Sion. L'un des plus grands 
poètes hébraïques, Juda Halévy, a chanté dans sa Sionide le 
retour à Jérusalem. Dans les anciens temps il leur était défendu 
d'exiger des intérêts de leurs coreligionnaires, mais permis de les 
recevoir des autres. Ceci constituait pour eux, au moyen âge, une 
supériorité sur les chrétiens, à qui l'Église interdisait au contraire 
le prêt à intérêt. Le commerce avec les étrangers n'était pas sou- 
mis aux mêmes principes que lorsque les échanges s'opèrent avec 
des coreligionnaires ; dans ce dernier cas, ce n'était que le juste 
prix qu'il élait permis d'exiger ; dans le premier, la base de l'offre 
et de la demande était seule à observer. 

De nombreux passages des livres saints indiquent que la concep- 
tion de la liberté du travail des échanges et de la concurrence, 
était familière aux Juifs. Le Schulchan Aruch déclare que, si un arti- 
san vient s'établir dans la maison où un autre exerce déjà la même 
profession, ce dernier ne pourra y faire aucune objection. Cette 
conception est remarquable, à une époque où presque tous les 
peuples ne connaissaient d'autre organisation industrielle que 
celle qui limite sévèrement l'activité de chacun. 

Sombart trouve des analogies frappantes entre les Puritains et 
les Juifs, jusque dans les moindres détails. C'est ainsi que, dans 
un des hôtels de Philadelphie, l'avis suivant est affiché : « Les 
voyageurs qui ont affaire à des femmes sont priés de laisser la porte 
de leur chambre ouverte pendant qu'ils reçoivent leur visite. » Le 
Talmud ordonne à celui qui a affaire à une femme de ne pas 
rester seul avec elle. Rien ne ressemble au dimanche anglais 
comme le sabbat juif, durant lequel aucune occupation n'est 
permise. Henri Heine appelait déjà les Puritains des « Hébreux qui 
mangent du porc ». Au xvn e siècle, un rapprochement étroit s'opéra 
en Angleterre entre Juifs et Puritains. Cromwell songeait à 
réconcilier l'Ancien et le Nouveau Testament. Le prédicateur puri- 



LE ROLE DES JUIFS DANS LÀ VIE ÉCONOMIQUE 181 

tain Holmes souhaitait servir le Dieu d'Israël, selon le vœu des 
prophètes. « Les « Niveleurs » demandaient que la Constitution de 
l'État fût rédigée d'après la Tora. Les ministres de Cromwell lui 
suggéraient de créer un Conseil d'État de soixante-dix membres, 
« d'après le chiffre de ceux qui composent le Sanhédrin ». En 
1649, on proposa au Parlement de faire du dimanche le samedi. 
Les ecclésiastiques chrétiens ne lisaient pas seulement l'Ancien 
Testament, mais les livres rabbiniques. Un ouvrage paru 
en 1608 établit un curieux parallèle entre le judaïsme et le cal- 
vinisme. 

L'influence des Juifs a été d'autant plus considérable que les 
nations au milieu desquelles ils se sont trouvés dispersés étaient 
plus différentes d'eux : en Hollande, en Angleterre, en Allemagne, 
en Autriche, leur action a été beaucoup plus profonde qu'en Espa- 
gne, en Italie, en Grèce, en Turquie. On a souvent répété que la 
persécution les avait rendus meilleurs : il fallait cependant que 
des qualités natives existassent chez eux pour qu'ils aient pu 
réussir comme ils Font fait. Il convient donc d'étudier l'âme du 
peuple, sa psychologie collective. Sombart rappelle que la plupart 
des auteurs qui se sont occupés de la matière sont d'accord pour 
lui reconnaître des traits distinctifs, parmi lesquels celui qui 
domine est l'intellectualité. Personne n'a plus honoré les savants. 
« Le savant passe avant le roi », dit le Talmud : science et 
religion ne font qu'un. L'ignorance est un péché mortel. Un pro- 
verbe roumain dit : « un Grec galant, un Juif sot, un Bohémien 
honnête sont des impossibilités. » Il y a bien des siècles qu'un 
espagnol les appelait « agudos y de grande ingenio para las cosas de 
este siglo », fins et de grande intelligence pour les choses du siècle. 
Grâce à leurimagination constructive, ils ont une disposition spéciale 
pour le jeu d'échecs, les mathématiques, les sciences numériques; 
ils sont de remarquables médecins, célèbres pour la justesse de 
leur diagnostic. En même temps ils sont individualistes, et ils 
considèrent le monde à un point de vue « libéral ». A ces traits, 
intellectualité, téléologisme, énergie, mobilité, s'ajoutent le besoin 
de nouveauté et la faculté d'adaptation. Ils sont les agents les 
plus actifs du progrès : ils sont à la tête de toutes les entre- 
prises qui innovent. Ils sont de merveilleux journalistes, vifs, 
prompts, enthousiastes; d'excellents jurisconsultes. Toute leur 
mentalité les prépare au capitalisme, c'est-à-dire au régime dans 
lequel la plus grande œuvre s'accomplit par un seul cerveau qui 
met des milliers de bras en mouvement. De plus, capitalisme est 
synonyme de prévoyance, de sacrifice de la jouissance présente 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en vue de l'avenir; il suppose cette organisation rationnelle à 
laquelle les Juifs sont particulièrement aptes. 



III 



Après avoir expliqué le rôle rempli par les Juifs dans la vie 
économique et ce qui les y avait préparés, Fauteur veut encore 
répondre aux questions suivantes : quelle est la portée des apti- 
tudes qu'il leur a reconnues? Sont-elles individuelles, extérieures 
pour ainsi dire, invétérées, transmissibles de père en fils? Sont- 
elles, depuis l'origine, l'apanage de la race, ou ne les a-t-elle 
acquises qu'au cours des siècles? 

On admet généralement aujourd'hui qu'Israël a été formé par le 
mélange de certains peuples orientaux. Lors de l'exil à Babvione, 
de nombreux mariages mixtes eurent lieu. Renan disait que les 
Juifs modernes sont issus d'unions entre les descendants des Juifs 
de Palestine et diverses peuplades européennes, slaves ou germa- 
niques. D'autres auteurs au contraire pensent que le mélange n'a 
pas eu lieu et que la plupart des Juifs d'aujourd'hui descendent 
directement des anciens. L'incident du slave Chagone, qui se 
convertit au vnr 9 siècle au judaïsme, paraît avoir été isolé. Les con- 
versions d'alors n'ont pas dépassé le territoire de Grimée : l'État 
juif des Chazares disparut au xi fi siècle, et il ne subsiste à Kiew 
qu'un petit nombre de ces Juifs chazaristes*. Qu'est-ce d'ailleurs 
qu'une race? Bien des discussions ont eu lieu sur la question de 
savoir comment les Juifs se sont comportés à travers les âges et 
les nombreuses épreuves qui leur ont été infligées à diverses 
époques, depuis les pogromes d'Alexandrie au i er siècle de l'ère 
chrétienne, les persécutions sous les empereurs romains, sous 
Théodoric, sous les rois lombards au vu e siècle, jusqu'aux terreurs 
de l'Inquisition en Espagne et celles de la Russie moderne. Leur 
force de résistance n'est pas moins remarquable : en dépit des 
efforts des empereurs romains pour les anéantir, ils subsistèrent à 
Jérusalem, et, au m e siècle après Jésus-Christ, leur patriarche y 
exerçait son autorité. Que de fois, contraints sous la menace de 
mort d'embrasser une autre religion, ont-ils gardé intactes, au 
fond du cœur, leurs croyances. Leur dispersion n'a d'ailleurs pas 
toujours été motivée par la persécution. Ptolémée Lagos envoya 
une colonie juive en Cyrénaïque pour fortifier les liens qui lui 

1. Cette assertion de l'auteur nous parait reposer sur une hypothèse hien fragile. 



LE ROLE DES JUIFS DANS LA VIE ÉCONOMIQUE 183 

attachaient ce pays. Leurs migrations ont souvent été volontaires : 
elles les dirigeaient de préférence vers les villes, et particulièrement 
vers celles où le commerce était actif. 

L'économie juive, depuis les rois jusqu'à la fin de l'indépendance 
et la codification duTalmud. se suffisait à elle-même : elle vendait 
au dehors l'excédent de ses productions agricoles : les autres étaient 
absorbées dans l'intérieur du pays. Il ne faut pas conclure de cer- 
tains passages des Écritures à la présence de nombreux commer- 
çants. Le roi agissait comme Charlemagne dans ses villes et avait 
des employés qui achetaient pour lui, à l'intérieur et au dehors, 
ce dont il avait besoin. Toutefois il est probable qu'il y eut de 
bonne heure un commerce étranger. Certains passages nous indi- 
quent que la Palestine exportait à Tyr des produits agricoles, blé, 
miel, huile ; mais, chose curieuse, il semble que ce négoce ne fût 
pas entre les mains de Juifs; des Syriens étaient importateurs à 
Jérusalem. Les caravanes qui traversaient la Palestine ne sont pas 
conduites par des Juifs. Les grands marchands d'alors étaient plu- 
tôt des Phéniciens et des Grecs. Josèphe le déclare : « Nous n'avons 
pas de côtes maritimes et ne faisons point de commerce maritime 
ni aucun autre. » 

Mais Sombart considère que, si l'activité commerciale en général 
était alors peu développée, le trafic de l'argent l'était déjà : les 
Juifs étaient des prêteurs. LeDeutéronome(15 6) dit : «Tu prêteras 
à beaucoup de peuples et tu n'emprunteras d'aucun. » Mais, à 
l'intérieur du pays beaucoup déterres étaient hypothéquées, comme 
en témoigne l'enseignement talmudique, dans lequel ce sujet 
revient fréquemment. Le papyrus d'Oxford nous donne les détails 
et les calculs d'un prêt à intérêt fait au v e siècle avant Jésus-Christ. 
Dans le monde gréco-romain aussi bien que chez les Arabes 
avant Mahomet, les Juifs étaient les grands prêteurs d'argent, 
comme ils le furent sous les rois Mérovingiens et en Espagne. Ce 
n'est donc pas, d'après Sombart, le moyen âge et ses persécuteurs 
qui ont déterminé chez eux cette vocation. Ce prêt a d'ailleurs 
existé dans toutes les civilisations : en Grèce, où il était pratiqué 
par les temples, à Rome, où on connaît la dureté de la législation 
qui faisait du débiteur l'esclave, la chose du créancier. On trouve 
des exemples fréquents de traités conclus entre des villes ou des 
Etats et des Juifs, à qui les premiers demandaient de venir établir 
chez eux: des banques de prêt. Le fait qu'on s'adressait ainsi 
à eux indique qu'on avait une confiance particulière dans leur 
aptitude à cet égard. 
Un certain nombre de passages du Talmud, dénotent une connais- 



184 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sance merveilleuse des lois de rechange moderne. Les rabbins défi- 
nissent la monnaie « l'équivalent de toutes les marchandises »; ils 
distinguent le crédit fait au producteur de celui qui est consenti au 
consommateur, avec les avantages du premier et les inconvénients 
du second. Ils analysent dans ses détails le mécanisme du prêt et 
des dépôts. D'autre part, en recherchant les motifs de la richesse 
des Juifs, Sombart en rappelle un qu'il a déjà mentionné : menant 
autrefois une vie très retirée, confinés souvent dans leur Ghetto, 
ils n'avaient pas les mêmes occasions de dépenser que d'autres 
et pouvaient épargner davantage. Un proverbe allemand disait 
que sept choses sont rares : « une nonne qui ne chante pas, 
une jeune fille qui n'aime pas, une foire sans voleurs, un bouc 
sans barbe, un grenier sans souris, un cosaque sans poux, et un 
Juif qui n'économise pas ». D'après une statistique récente du 
Grand-Duché de Bade, de 1895 à 4908, le revenu des protestants 
s'y est élevé dans la proportion de 100 à 146 et celui des juifs de 
100 à 144 seulement. Mais le capital des premiers a passé de 100 à 
128, tandis que celui des seconds s'élevait de 100 à 138 : la force 
d'épargne a donc été plus grande chez eux '. 

Sombart croit que le caractère anthropologique et l'état 
intellectuel des Juifs sont restés les mêmes depuis plusieurs milliers 
d'années. Mais il ne trouve pas que ceci suffise à justifier la théorie 
de la « race ». Chez des hommes aussi religieux, aussi attachés 
aux traditions de famille, l'éducation a contribué plus que tout 
autre facteur au maintien de certains traits de caractère. D'autre 
part, le fait que le même peuple s'est livré jadis à des occupations 
très différentes de celles d'aujourd'hui, que, de soldat et agricul- 
teur, il est devenu commerçant, ne prouve pas non plus qu'il n'ait 
pas, en dehors de ses aptitudes générales, une aptitude spéciale. 

L'auteur se livre à de longues dissertations sur la question de 
savoir comment ont pu se développer les facultés spéciales de tel 
ou tel groupe d'hommes. Il rappelle que des découvertes récentes 
tendent à démontrer qu'il a existé un homme tertiaire; mais, alors 
même qu'on s'en tiendrait au quaternaire, cela fait remonter 
l'origine de l'humanité à plusieurs centaines de milliers d'années. 
A la fin de la période glaciaire diluvienne, il devait exister sur la 
terre divers groupes d'hommes qui ont pu constituer l'origine de 
ce qu'on appelle les races. Les Juifs étaient un peuple oriental qui 
s'est mêlé aux peuples septentrionaux, après s'être développé 



1. L'écart est faible, et le phénomène peut être holé. Beaucoup fie Juifs modernes 
sont très dépensiers. 



LE ROLE DES JUIFS DANS LA VIE ÉCONOMIQUE 185 

sous un climat chaud et sec, dans une de ces oasis qui ont, comme 
l'Egypte, été le centre d'une civilisation grandiose, sur un territoire 
extraordinairement réduit, puisque la Judée représente une sur- 
face de moins de 4.000 kilomètres carrés. 

Sombart considère que les écrits religieux qui contiennent les 
éléments de la croyance juive, principalement le Pentateuque, 
conviennent essentiellement à un peuple nomade : Jéhovah, selon 
lui, est le dieu des pâtres et du désert : Ezra et Néhémie restent 
fidèles à cette tradition et ne tiennent pas compte de la 
période pendant laquelle le peuple juif s'est livré à l'agriculture. 
La plupart des prophètes et le psalmiste font des allusions cons- 
tantes à la vie pastorale, et lui empruntent des images et des méta- 
phores. L'exila de nouveau développé ces instincts, ce « saharisme» 
pour employer l'expression de Sombart. Lors des deux captivités, 
ceux qui furent emmenés à Babylone n'étaient pas les cultivateurs, 
mais les habitants de la ville et les artisans, c'est-à-dire les classes 
supérieures. La Palestine cesse d'être une patrie pour les Juifs, 
dispersés dans la Diaspora. Lors de la seconde destruction du 
temple (70 ans après J.-G.) il y avait déjà moins de Juifs en 
Palestine qu'au dehors. Dans l'Egypte de Ptolémée, un huitième 
de la population totale, qui s'élevait à environ 8 millions d'habi- 
tants, était juive. 

Au cours des nombreuses migrations qui ont suivi l'exil à 
Babylone, ils ne se sont adonnés avec quelque suite à l'agricul- 
ture qu'en Pologne au xvi e siècle. Ils se sont répandus au milieu 
des peuples du Nord, aux cheveux blonds et aux yeux bleus, de 
ceux qu'on appelle des Ariens, quoique leur ressemblance avec les 
Indiens soit bien lointaine, en dépit de la similitude du langage. 
Sombart insiste sur le contraste entre la forêt et le désert, entre 
l'atmosphère humide et brumeuse du Nord et le ciel lumineux 
du Midi. 

Juan Huarte de San Juan, célèbre médecin espagnol du xvi e 
siècle, s'était occupé de rechercher les origines du caractère des 
Juifs et les attribuait au climat chaud, aux contrées de soleil dans 
lesquelles ils avaient vécu, à la nourriture particulière qu'ils 
avaient mangée pendant 40 ans dans le désert. En général, ils ont 
peu travaillé de leurs mains et beaucoup par la pensée : le métier 
pastoral, parmi tous ceux de la terre, est celui qui exige le 
moindre effort physique et la plus grande somme de combinaisons. 
Ils ont le goût de la logique, de l'abstraction ; c'est dans les pays 
dont l'atmosphère est claire que sont nées l'astronomie et la 
science des nombres. Comme les nomades, les Juifs sont mobiles et 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

s'acclimatent aisément. La vie pastorale paraît d'ailleurs à Sombart 
une préparation au capitalisme, parce que, dit-il, les bergers 
comptent leurs troupeaux et que le nombre de têtes y joue un rôle 
essentiel (!) ; la multiplication peut y être rapide; n'a-t-on pas 
donné le croît des animaux comme un argument qui justifie la 
perception d'un intérêt pour un capital prêté? Des quantités de 
métaux précieux s'étaient accumulés en Palestine à l'époque des 
rois. David rapportait de ses expéditions de grosses sommes d'or et 
d'argent; les princes étrangers lui payaient des tributs qui 
consistaient en monnaies. « Le roi fit que l'or et l'argent étaient 
aussi abondants à Jérusalem que les pierres. » (II Chr., i, 15). 
Gicéron se plaint que de l'or s'exporte tous les ans d'Italie et des 
provinces vers Jérusalem (Pro Flacco, c. 28). 

Les Juifs ont-ils été les inventeurs du prêt à intérêt ou bien 
l'ont- il s appris deBabylonp,oùse faisait certainement un commerce 
d'argent très actif? La question n'est pas primordiale. Ce qui 
est certain, c'est qu'au cours de leurs migrations, ils durent 
s'efforcer de transformer leur fortune en argent, cet argent qu'ils 
pouvaient emporter dans leur exil et qui leur servait parfois 
à mettre leurs ennemis ou leurs maîtres à leur discrétion. Parmi 
les Juifs d'ailleurs, une séparation se fit; les Sépbardim se consi- 
dérèrent comme très supérieurs aux Aschkenazim, d'extraction plus 
humble, et dont ils surveillèrent sévèrement la conduite, craignant 
toujours de les voir ne pas agir avec la même délicatesse et éléva- 
tion de sentiments que les Sépbardim. Les Juifs espagnols et por- 
tugais, qui se vantaient de descendre de la tribu de Juda, ne 
connurent jamais la vie du Ghetto. 



IV 



« La religion et la concentration ont été les deux cercles de fer 
qui ont enserré le peuple juif et l'ont conservé comme une masse 
compacte à travers des milliers d'années. Que se passera-t-il si ces 
liens se relâchent? Nous l'ignorons. Mais ils ont tenu bon aussi long- 
temps que les Juifs ont exercé le rôle que nous avons exposé dans 
la vie économique. Il ne s'agissait ici que d'expliquer cette influence 
et d'exposer la genèse de la nature juive, dont nous avons expliqué 
l'action merveilleuse sur l'ensemble de la civilisation. » Telle est 
la conclusion de l'ouvrage dont nous avons essayé de donner au 
lecteur un résumé aussi fidèle que possible, sans entrer dans les 



LE ROLE DES JUIFS DANS LA VIE ÉCONOMIQUE 187 

innombrables détails ou dans les discussions souvent subtiles 
de l'auteur. 

Il nous a semblé que ses études sur le rôle des Juifs dans les 
communautés commerciales européennes, au cours des derniers 
siècles, étaient particulièrement pénétrantes. Ce qu'il dit de l'in- 
fluence de la religion sur le caractère nous a frappé également 
comme étant de nature à expliquer certains traits distinctifs. Mais 
cette aptitude au « capitalisme » résultait d'un ensemble de qua- 
lités intellectuelles et surtout morales qui rendaient ceux qui 
en étaient doués aptes à beaucoup d'autres carrières, si elles 
leur eussent été ouvertes. Il suffit de l'appeler les médecins, les 
légistes, les poètes qui sont restés célèbres dans les annales juives 
et dans l'histoire de plus d'un peuple européen. La sévérité du 
Décalogue et des prescriptions rituelles observées fidèlement a 
eu des conséquences profondes pour le maintien de la pureté de 
la race et de l'intégrité de la famille. Nous ferons plus de réserves 
sur la dernière partie de l'ouvrage, celle dans laquelle l'auteur 
insiste sur l'influence de la vie nomade menée à un moment par 
les Hébreux : il nous paraît difficile d'admettre que les quelques 
années passées par eux dans le désert et la manière dont la 
légende nous dit qu'ils furent alors nourris, aient eu à jamais sur 
leur constitution physique un effet aussi déterminant que le pense 
M. Sombart. N'est-ce pas œuvre d'imagination pure que de se 
complaire dans les effets de l'opposition sur laquelle il ne cesse 
de revenir entre le ciel du Midi et celui du Nord, le désert et la 
forêt, l'oasis et les brumes, le saharisme et le silvanisme, comme 
il les appelle ? Et pouvons-nous dégager une idée claire d'une 
phrase où il nous parle de « l'argent qui n'est qu'une masse, une 
multitude comparable à celle des troupeaux ; mobile comme la vie 
nomade, ne prenant pas racine dans un sol fertile, ainsi que la 
plante ou l'arbre ? » 

Le problème des origines est un des plus compliqués à résoudre. 
La recherche de la filiation, à travers de longs siècles, des familles 
qui peuplent le globe est une des tâches les plus malaisées de 
l'historien 11 doit se garder de se laisser séduire par des hypo- 
thèses spécieuses ou des apparences logiques. Quand nous voyons 
avec quelle rapidité se modifient, en peu de générations, les 
qualités des bommes, nous demeurons quelque peu sceptiques au 
regard des certitudes que l'on veut nous donner à propos de la 
permanence de leurs dispositions à des milliers d'années de 
distance. Il paraît toutefois vraisemblable que l'isolement relatif 
des Juifs et la force extraordinaire de leur culture religieuse ont 






188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

maintenu chez eux, plus que chez d'autres hommes, certains 
caractères distinctifs. Mais ces caractères étaient dus à des cir- 
constances extérieures et non pas à une différence d'aptitudes 
originelles. La preuve en est qu'aussitôt mêlés à d'autres peuples, 
non seulement ils cessent très vite de se distinguer d'eux physi- 
quement, mais ils ne tardent pas à perdre les facultés spéciales 
dont ils témoignaient auparavant, ou tout au moins à en manifester 
d'autres, qui leur permettent de se mesurer, sur tous les terrains, 
avec des hommes qui ne sont pas leurs coreligionnaires. 

Nous employons d'ailleurs à regret ce mot peuple, qui ne corres- 
pond pas à une idée juste, lorsqu'on veut lui faire désigner 
l'ensemble des hommes qui, dans les diverses parties du monde, 
professent la môme religion. Pas plus qu'il n'y a de « peuple 
catholique », ni de « peuple protestant », il n'y a de « peuple juif». 
Il y a des Juifs anglais, des Juifs allemands, des Juifs italiens, des 
Juifs américains, et bien d'autres encore, il y a surtout des Juifs 
français, profondément attachés à leur pays etqui se sentent unis 
par les liens les plus étroits à leurs compatriotes, avec la vie 
desquels la leur propre est entièrement confondue. 

Des livres, comme celui que nous venons d'analyser peuvent 
donc avoir un intérêt scientifique, mais n'ont aucune portée pra- 
tique. Bien plus, s'il devait s'en dégager l'idée que les juifs sont 
plus aptes à certaines carrières qu'à d'autres, nous le considére- 
rions comme dangereux. Nous sommes embarrassé pour porter 
un jugement d'ensemble sur l'œuvre de M. Sombart. Il nous semble 
avoir péché par le défaut commun à plus d'un historien, qui con- 
siste à détacher, dans une immensité de faits, un certain nombre 
de ceux qui viennent à l'appui de la thèse de l'auteur. Seul, un 
érudit qui connaîtrait de la façon la plus complète la littérature 
talmudique, pourrait nous dire quelle valeur dans l'ensemble, ont 
les citations, soigneusement découpées, sur lesquelles s'écha- 
faudent plusieurs des idées développées dans l'ouvrage. C'est un 
reproche général que nous lui adressons et qui s'applique aussi 
bien à l'importance, à notre sens, excessive, donnée par lui au rôle 
des Juifs à mainte époque et dans mainte communauté, qu'à l'exa- 
gération de certains aperçus sur leur mentalité. Quand M. Sombart 
nous a'firme que sous les Mérovingiens les Juifs étaient de grands 
prêteurs d'argent, nous restons sceptiques, car parmi tous les 
reproches que leurs ennemis leur adressaient alors, ne figurait pas 
celui de pratiquer l'usure, tandis qu'après le xn e siècle, ils sont 
constamment l'objet d'accusations de ce genre. 

Nous avons peine à croire qu'en quelques années la ville 



LE ROLE DES JUIFS DANS LA VIE ECONOMIQUE 189 

d'Anvers ait passé de la prospérité à la décadence, parce que les 
Juifs l'avaient quittée. Le papyrus d'Oxford se référait à une famille 
de colons militaires qui pratiquaient entre eux le prêt à intérêt, 
suivant des règles qu'on croit remonter aux temps babyloniens. 

D'une façon générale, M. Sombart n'a peut-être pas exercé avec 
assez de sévérité la critique des sources, si utile cependant dans 
tout travail historique, absolument nécessaire dans une œuvre 
conjecturale. Quand il cite par exemple l'assertion d'un certain Jacob 
Frommer au sujet de la soi-disant conversion, en 1820, de la moitié 
des juifs berlinois, il oublie que Frommer, débarqué du fond 
de la Pologne, nourrit lui-même beaucoup de préjugés contre ses 
coreligionnaires allemands, établis depuis longtemps dans la capi- 
tale, mêlés à la vie commune, très civilisés, et dont le « modernisme» 
effaroucha si singulièrement le nouveau venu. Les passages des 
discours de Gleveland et de Roosevelt glorifiant la part prise par 
les Juifs à la fondation des États-Unis doivent être pris cum 
grano salis et en se souvenant que c'étaient des hommes poli- 
tiques qui parlaient à des électeurs. 

Nous sortons de cette lecture avec des doutes sur le mérite de 
l'ordonnance du livre : nous craignons que le développement 
donné à certaines idées soit hors de proportion avec l'influence 
qu'elles ont exercée réellement et dans l'histoire d'Israël et dans 
celle du monde. Nous remarquons d'ailleurs que l'auteur s'est 
efforcé d'être impartial, qu'il a accumulé avec patience un grand 
nombre de faits ; mais quand il s'agit d'un travail aussi compliqué, 
aussi difficile, que celui qui consiste d'abord à déterminer la soi- 
disant race qu'on veut étudier, d'en démêler les origines, d'en 
comprendre l'esprit, d'en dégager l'action ou l'histoire universelle, 
il n'est pas surprenant qu'on n'arrive pas à la perfection et qu'on 
laisse le lecteur plus disposé à entamer mainte discussion avec 
l'auteur qu'à adopter ses conclusions. 

Raphaël-Georges Lévy. 



OBSERVATIONS 



SUR LES 



FRAGMENTS OF A ZADOKITE WORK 

ÉDITÉS PAR. SCHECHTER 



Les fragments d'une œuvre sadokite édités par M. Schechter 
méritent d'attirer au plus haut degré l'attention des savants, de 
ceux surtout qui s'attachent à l'histoire religieuse. Il est certain 
que ces fragments vont changer du tout au tout nos idées sur le 
caractère du parti sadducéen ou leur donner une base plus solide. 
Les problèmes que ce texte soulève sont mis en pleine lumière 
par M. Israël Lévi dans l'étude qu'il lui consacre dans cette 
Revue '. Comme je me propose d'exposer prochainement l'en- 
semble de la question, je voudrais présenter ici, touchant l'établis- 
sement et l'explication dutexle, un certain nombre d'observations 
de détail que justifie peut-être l'importance de l'ouvrage. Il va 
sans dire qu'on ne peut arriver à une certitude absolue dans ces 
sortes de conjectures et que telle d'entre elles devra être suivie 
d'un point d'interrogation. Quelques-unes ont été avancées depuis 
par M. Israël Lévi; je ne les reproduirai pas. 

Il n'est pas toujours facile d'identifier les personnes visées par 
l'auteur. On en trouve un exemple remarquable dès la p. 2, 1. 2 *, 
où les ma "wa paraissent être, non les membres de la secte, mais 
quelque chose d'autre qui s'oppose à eux. C'est à quoi on est 
amené par l'examen comparatif des passages où ce terme se 

1. Revue, LXI, p. 161 et suiv. 

2. Pages et lignes de l'édition Schechter. 



OBSERVATIONS SUR LES « FRAGMENTS OF A ZADOK1TE WORK » 191 

trouve. Déjà ici l'auteur représente aux rmn ^a les chemins des 
coupables, tandis qu'aux « enfants », c'est-à-dire aux membres 
de la secte (1. 14 et suiv.), il parle des actions de Dieu. P. 3, 1. 40, 
il reproche aux rma \^a de s'être rendus coupables et d'avoir 
abandonné l'alliance de Dieu. Ils figurent dans un contexte ana- 
logue p. 8, 1. 1 (= p. 19, 1. 13). Aux infidèles, p. 8, 1. 4, corres- 
pondent, p. 19, 1. 16, « ceux qui sont entrés dans l'alliance de la 
pénitence 1 ». De même, ceux qui sont entrés dans la nouvelle 
alliance dans le pays de Damas sont redevenus infidèles (p. 8, 
1. 21; p. 19, 1. 33); comp. encore p. 20, 1. 25, et p. 20, 1. 2. Le 
caractère des mna ^aa nous apparaît probablement dans le pas- 
sage de la p. 12, l. 11, où il est question des esclaves qui sont 
entrés dans l'alliance d'Abraham. Que si nous admettons que 
mna "wn désigne des prosélytes, on obtient un sens prégnant 
pour le passage de la p. 9, 1. 1 et suiv. : « Quiconque met au ban un 
de ses frères (lire vnNtt au lieu de ûicwa) à la manière des païens 
doit être mis à mort, ainsi qu'il est dit : tu ne te vengeras pas et 
tu ne garderas pas rancune aux fils de ton peuple. » Mais comme 
cette dernière expression dispenserait de la prescription les pro- 
sélytes, qui ne sont pas des « fils du peuple », l'auteur poursuit : 
« Quiconque des rman "««a qui allègue quelque chose d'injuste 
contre son prochain... est aussi de ceux qui se vengent et gar- 
dent rancune. La preuve en est le verset de Nahum, i, 2 : il se 
venge de ses ennemis et garde rancune à ses adversaires. » Avec 
des ennemis la vengeance est permise, mais non avec d'autres, ne 
fussent-ils pas du même peuple. Même dans le passage corrompu 
de la p. 15, 1. 5, les mots rvna aarr (mieux peut-être mina \snn, à 
cause de ûi-r:a qui suit) peuvent marquer un certain rapport entre 
le prosélyte et tout Israël. Enfin, le passage de la p. 6, 1. 11, pour- 
rait également s'accorder avec cette explication. Par contre, je ne 
comprends pas celui de la p. 6, 1. 19, où les rvna ^a paraissent 
tout à coup on ne sait dans quel contexte. Peut-être les mots 
puîttT y-iNa rmnm rvnaïi raa [n&o] sont-ils remontés, par suite 
d'une erreur de copiste, de la fin de la 1. 20, où ils seraient à leur 
place, à la fin de la 1. 19; de la sorte on opposerait ici le prosélyte 
au « frère ». P. 13, 1. 14, on défend à tous les rma •wa le commerce 
avec les païens. En tout cas on n'est nullement fondé à identifier 
les rrna ^Na avec les sectaires. 
Ce sont sans doute les Pharisiens qui sont visés p. 8, 1. 12, par 

1. Ou bien manque-t-il ici un fcô, de sorte qu'il faille lire ... n'Hua 1N3 tfb ^D"? 
Car ailleurs les «3*83, les pénitents, sont toujours pieux (p. 2, 1. 5 ; p. 4, 1. 2 ; p. 6, 
1. 5; p. 8, 1. 16, etc.). 



192 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les mots bsnn "TOI 'pnn ->m (cf. p. 4, 1. 19). Mais quant à penser 
à la maxime attribuée aux membres de la Grande Synagogue 
(non aux Pharisiens, qu'on le note bien) : « faites une baie 
autour de la loi », l'auteur y a aussi peu pensé qu'Ezéchiel, à qui 
l'expression est empruntée. Comparer Actes, xxm, 3, où Paul 
s'adresse à Ananias, qui n'était pas un Pharisien, par les mots 
toï/£ xexoviap.év£. Ici, comme dansEzéchiel, l'expression désigne des 
gens qui trompent les autres par des discours mensongers. 

On a en vain cherché dans notre texte des allusions historiques, 
qui n'étaient pas dans la pensée de l'auteur. A la p. 2, 1. 9 et s., il 
faut peut-être faire ainsi le mot-à-mot : « et il (Dieu) connaît (ym, 
non 3>YP"i) les années de l'existence et le nombre et le détail de 
leur fin pour tous les êtres des éternités et (il connaît) les événe- 
ments jusqu'à ce qui arrive à leur fin, pour toutes les années de 
l'éternité. Et dans toutes (les générations, ou époques) il a fait 
paraître pour lui-même des hommes qui étaient appelés par des 
noms pour laisser un reste à la terre et remplir de leur semence 
la surface de la terre ». Le sens de cette phrase est simple : Dieu 
mène l'histoire, qu'il connaît d'avance. Le meilleur exemple, et 
c'est sans doute celui auquel l'auteur pense, en est Noé L'auteur 
se tient dans les généralités et n'a rien à faire avec le passage de 
la p. 4, 1. 4 et s., où il s'agit de l'histoire de la secte. Les mêmes 
idées se retrouvent, par exemple, dans l'Apocalypse syriaque de 
Baruch, xlviii, 3 et suiv. : Toi seul connais la durée des généra- 
tions. . . tu ordonnes le nombre. . . ; cf. liv, 1 ; lxix, 2. 

Dieu donc, qui a prévu lui-même la fin, fait apparaître son esprit 
saint aux pécheurs par ses oints (l. 12, lire Trnzîtt au lieu de 
•irrnz:*:), les ma wip qui viennent d'être nommés. Une autre source 
de la révélation de la volonté divine est « l'indication détaillée des 
noms ». Ainsi les noms de Noé ou de Péleg contenaient une véri- 
table prophétie, d'après laquelle les générations en question 
auraient pu se diriger, mais à laquelle elles ne prirent point garde, 
car quos vult perdere Jupiter dementat. 

Une autre indication détaillée du nom, sur laquelle on peut se 
régler, est fournie par la citation d'Ezéchiel, p. 3, 1. 21 et suiv. Les 
fils de Sadoc sont les oints nominativement promis. C'est ce que 
signifient les mots Drvnbinb trpmttiu tdi~id ïth, p. 4, 1. 4 et s. (dans 
la suite lire omann pour uTnara ; cf. Michée, iv, 14). Outre leur 
nom, nous avons l'indication formelle du temps de leur existence, 
du nombre de leurs oppressions, des années de leur compression. 
Malheureusement cette dernière indication manque. Toutefois on 
doit s'attendre, non à une histoire de la secte, mais seulement à une 



OBSERVATIONS SUR LES « FRAGMENTS OF A ZADOKITE WORK » 193 

citation biblique. Je crois que la clef de l'intelligence de ce passage 
corrompu doit être cherchée dans les chapitres iv et v dEzéchiel. 
Le nombre des années a déjà été indiqué p. 1, 1. 5 : ce sont les 
390 années d'Ezéch., v, 5; c'est à ce nombre qu'on fait encore 
allusion ici par deux fois (1. 9 et 1. 10). Les 40 années dEzéchiel, 
v, 6 paraissent aussi jouer un rôle p. 20, 1. 15. Dans Ezéchiel, v, 1 
et suiv., ce prophète reçoit l'ordre de se raser les cheveux, sym- 
bole de l'anéantissement de la plus grande partie de la maison de 
Juda. On s'explique ainsi le passage de la p. 4, 1. 11 : TO *p« 
rmrp (?manb) mab nsmsnb, « à l'avenir on ne se rasera plus les 
cheveux pour la maison de Juda » (cf. Isaïe, in, 17). Dans Ezéchiel, 
iv, le prophète reçoit l'ordre de se coucher à terre pour figurer le 
siège et la destruction de Jérusalem, et à ce propos le mot mawa 
revient à plusieurs reprises (iv, 2, 3, 7; cf. Michée, iv, 14, que 
l'auteur a toujours dans l'esprit ici) ; or, dans notre texte (p. 4, 
1. 11-12) on lit : nwt rmaaa mana b* ©■»« Ti»*b. L'antithèse est 
indéniable. Puis vient ici un jeu de mois entre ïmatts, « piège », et 
■nana, « retranchement ». L'indication détaillée des actions des fils 
de Sadoc, promise p. 4, 1. 6, se trouve dans Ezéchiel, xliv, 9 et 
suiv. Notre texte présente ici une lacune. Au lieu de D^no il faut 
lire trav; auparavant il y avait quelque chose comme na iso" 1 Dm 
(cf. Ezéchiel, xliv, 10, 12) : grâce à leur service dans le sanctuaire 
ils portent la faute des enfants d'Israël, c'est-à-dire ils obtiennent 
leur pardon. — De cet exposé il résulte que le nombre de 390 
(p. 1, I. 5-6) ne doit pas être changé en 490 et qu'il ne peut entrer 
en ligne pour la datation de notre document. 

Les idées religieuses ou morales de notre texte demandent aussi 
quelques éclaircissements. 

Les trois péchés que, d'après p. 4, 1. 16, Lévi a transformés en 
trois espèces de justice sont : 1° la débauche. Se rappeler l'acte de 
Pinhas, peut-être aussi la conduite de Lévi lorsque Dina fut désho- 
norée; 2° la richesse. Le lévite ne possède aucune terre et est 
donc toujours pareil au pauvre; 3° le fait de souiller le sanctuaire. 
La tribu de Lévi est chargée de veiller à la pureté du sanctuaire. 
Il est caractéristique de voir qu'on ne reproche pas aux adver- 
saires pharisiens leur richesse (p. 4, 1. 20); c'est qu'en effet, ils 
n'étaient pas riches. — Sur ces trois péchés, voir encore Jubilés, 
vu, 21-22. — P. 4, 1. 15, -)72K, lire ^a [TnaO. 

P. 7, 1. 1, on lit : vraa naœa o^k b*3r «bi, ce qui devient p. 8, 
1. 6 : vnm "jKiaa mu inbym (de même p. 19, 1. 18). Les deux 
expressions sont également bonnes. Le sens est : on ne doit pas 
être infidèle à sa chair ou se dérober à elle. La seule question qui 

T. LXII, n* 124. 13 



194 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

se pose est de savoir de qui il s'agit. C'est sans doute des 
parentes, ou des Juives en général, qu'on doit épouser. Mais on 
pourrait penser aussi à la propre femme, qu'on ne doit pas aban- 
donner pour les prostituées. Il est intéressant de comparer ce pas- 
sage au Livre des Jubilés, vit, 20 : Noé exhorta ses fils à pratiquer 
la justice, à couvrir la honte de leur chair, à bénir celui qui les 
avait créés, à honorer père et mère, à aimer chacun son prochain 
et à se garder de la prostitution, de l'impureté et de toute injustice. 
Quoique le devoir de couvrir la nudité figure dans Jubilés, m, 31, 
comme un commandement de Dieu, il y a plutôt lieu d'admettre 
que le traducteur grec du Livre des Jubilés hébreu a fait ici une 
faute, en lisant db^rjb au lieu de dbrnnb et, comme ce ne pouvait 
être une obligation de ne pas couvrir la honte, il a tout simple- 
ment effacé la négation. 

P. 8, 1. 8 : wn -inT3 *»bi (camp. p. 8, 1. 16 ; p. 19, 1. 20, 29). Il est 
au moins douteux que le mot d? désigne ici les Juifs, et non les 
païens. Cette dernière explication pourrait s'aujtoriser de ce qu'il 
est question dans la suite des rois des peuples notamment de la 
Grèce, ainsi que des Cananéens. En tout cas, les hommes qualifiés 
ici de zy sont les mêmes que ceux qui sont appelés nnon **3d p. 6, 
1. 15, et p. 13, 1. 14, et dont les min '•aa doivent se séparer. Appli- 
quée à des Juifs, l'expression serait trop forte. Les rapports avec 
les païens sont aussi restreints p. 11, 1. 15 et p. 12, 1. 9, où ils sont 
appelés d^ (de même p. 11, 1. 3 et p. 12, 1. 6). 

P. 11, 1. 4 : naun iran» îa^a dtstp ba. M. I. Lévi propose ny-irv» 
et renvoie au Livre des Jubilés, l, 12. Mais justement là la 
défense est extrêmement singulière. Elle figure au milieu de 
prescriptions toutes différentes. Celui qui tue, égorge ou prend des 
animaux, celui qui jeûne le Sabbat, celui qui fait la guerre doit 
mourir. Il serait d'une incroyable sévérité de punir de mort un 
péché d'omission (le trt&n bsn ara des rabbins), et ce serait un 
exemple unique dans la législation sabbatique, si sévère d'ailleurs, 
du Livre des Jubilés. Le texte des Jubilés est probablement fautif : 
au lieu de di£\ il y avait nr\ celui qui prend ou chasse des ani- 
maux mourra. Ou bien il y avait deux synonymes pour « chasser » 
ou bien une dittographie a l'ait qu'on a transformé le second 
nir» en ûiasr — Dans notre texte aussi la défense du jeûne serait 
assez déplacée, alors qu'il avait été question quelques lignes plus 
haut de manger; en outre, le mot inintt serait difficile à expli- 
quer. Peut-être s'agit-il de la défense de Yérotib : nul ne doit se 
mélanger, c'est-à-dire mettre un éroub pour son propre compte 
(ou Trnia?). Comme on défend immédiatement après d'aller plus 



OBSERVATIONS SUR LES « FRAGMENTS OF A ZADOK1TE WORK » 195 

loin que 2,000 coudées et de porter d'un domaine à l'autre, l'in- 
terdiction est bien à sa place ici. Il est à peu près certain que les 
Sadducéens et notre secte avec eux rejetaient Xéroub comme une 
invention des Pharisiens. 

P. 11, 1. 16-17. Le substantif qui manque après ûnptt doit se 
trouver dans ba ; c'est probablement bax. Il n'est donc pas défendu 
de sauver une vie humaine, mais c'est au contraire permis par 
tous les moyens possibles : *bai Sam tnbioa. Noter la belle 
antithèse : On ne doit pas profaner le sabbat pour des biens 
matériels (ligne 15), mais si une personne humaine tombe dans 
l'eau ou dans un endroit sombre (une fosse), on doit l'en retirer. 

P. 11, 1. 21 : onaa N»a a:r ba mnrnen ma ba «an bon. Le lieu où 
l'on s'incline n'est pas un temple juif, c'est. . . un lieu d'aisances ; 
et ce nom peu aimable a été décerné aux temples païens. 
Notre passage veut donc dire : celui qui va au cabinet ne doit 
pas venir impur (comme il est), sans s'être lavé, suppléez : 
dans la communauté, dans le camp ou à l'autel. Mais peut-être 
faut-il corriger aa"> en «ar» : il ne sortira pas impur, sans s'être 
lavé. Le texte poursuit : Et lorsque les trompettes sonnent, la 
communauté doit l'avoir fait avant ou le faire après. Un euphé- 
misme a fait éviter l'expression « satisfaire ses besoins ». Nous 
retrouvons ainsi chez notre secte la défense, connue par ailleurs, 
de satisfaire les besoins naturels le samedi. L'interdiction des rap- 
ports conjugaux suit avec beaucoup d'à-propos. Au lieu de "p* 
raip^n (p. i% 1. 1-2), il faut lire les deux fois iinpn (?i)t* ou peut- 
être plus simplement encore : Tinp^rt w» (cf. Esr., m, 5) ; c'est 
une bévue du scribe. 

Je prouverai ailleurs par le menu que les Sadducéens défen- 
daient l'usage du miel. Le passage de la p. 12, 1. 12, n'a été qu'une 
confirmation de ma théorie. 

P. 12, 1. 15-10. Tous les vases de bois, de pierre ou de poussière 
(de verre; cf. Ezéch., xxvi, 12; peut-être faut-il ajouter ->ba après 
ba) qui deviennent souillés par l'impureté d'un homme, de sorte 
que ce qui y est déposé (totou) pour uatt) est souillé, — celui qui 
les touche devient impur comme eux. 

Voici encore quelques remarques de détail : 

P. 1, l. 12 : Tnns "ma, lire ynm "ma. La faute a été amenée 
par les mots D^mna nrmb, qui précèdent immédiatement. L'époque 
présente est une époque de courroux ; cf. p. 1, 1. 5 ; p. 20, 1. 15. 
— P. 2, l. 7 : ûbiy mpfc. Le sens d' « éternité » pour ûbv suffit 
partout dans notre texte; ici «depuis la plus haute antiquité ». 



196 REVU H DES ÉTUDES JUIVES 

Gomme le sens de « monde » pour ûbi* est d'origine tardive ', ce 
point ne marque pas d'importation pour la fixation de la date de 
notre texte (cf. p. 2, 1 10 ; p. 3, 1. 13; p. 13, 1. 8; p. 15, 1. 5). — 
Ibid. : nsn^ an-jai, mieux peut-être nona tynr: D"iûav; — 1. 8 : p« 
dtû rrrvn, lire : D1N. — P. 3, 1. 7, lire : "ma -m?oa ûtdt rwn 
Dim n« TOp^i "part na nom ib* srrpa Dîib. M. Israël Lévi a une 
conjecture analogue. — L. 14 et suiv. 'tsn mnaw dépend peut-être 
de arpsab nns. Il leur a révélé ce qui est un secret (nTnnoan) 
pour les autres. — P. 4, 1. 9 : û^cn ypn, lire û^a©b ou iDD^b ypn 
crsat. — P. 5, 1. 4 : na* -w>«. Ces mots ne signifient pas que Josué 
et les anciens adorèrent des idoles; ils se rapportent à Israël : 
« parce qu'ils adorèrent ». — L. 5 : rpTiK tn "tabtt m "WE ibam. 
Les actions de David étaient mauvaises (même) en dehors du sang 
d'Ouria ; rà-> de bb? (nV»bar; cf. p. 19, l. 47 : ibb*m) ou de bv. En 
lout cas, ibam contient le sens d' « être mauvais », comme on le 
voit par la suite : ba nb Dawn, « Dieu les lui pardonna ». — L. 15 : 
Drrbx anpn serait-il Dieu? cf. Michée. in, 11-12. Au lieu d'un dn "o 
I. peut-être d^dd. — P. 6, 1. 1 : «mprs imiatt désigne Aaron ou, si 
on lit, comme plus haut, TTPtDB, ce sont les prêtres en général, 
considérés comme éducateurs du peuple. — Le 7 : Dm»D, lire 
omasn? — P. 7, 1. 17 : trttbsn frai D^bsn "nrai. Apparemment 
■wa doit expliquer *j"pa et le mot, dérivé de *pa, signifierait « cou- 
verture », correspondant à roio ; peut-être même faut-il lire •naf^a 
pour 113*0. — P. 10, 1. 16 : i&nb» est l'accusatif qui marque la 
mesure. Le travail est interdit à partir du moment où le soleil 
est éloigné de l'horizon d'un isib», c'est-à-dire d'un soleil. — 
P. 16, 1. 11. A restituer peut-être : nanb ib "ion rvruiD sra &rr» b« 
Nin D^pnb m». Il serait donc défendu d'annuler le vœu dune 
femme, à moins que le vœu ait été fait au détriment de quelqu'un. — 
L. 15. Il y avait peut-être au commencement de la ligne a^aban. 

R. Leszynsky. 

1. Voir Dalinan, Die Worte Jesu. 



NOTES SUR LES OBSERVATIONS DE M. LESZYNSKY 



Qu'il me soit permis d'exprimer tout de suite mon sentiment sur 
les observations qu'on vient de lire et qui sont, en fait, des correc- 
tions à la traduction que j'ai eu l'honneur de soumettre aux 
lecteurs de cette Revue. Je n'ai pas besoin de dire que j'eusse été 
le premier à me ranger à l'opinion de mon savant confrère, si elle 
avait été toujours justifiée. 

1. M. Leszynsky veut que l'auteur de l'opuscule s'adresse tour à 
tour à deux catégories de personnes, aux membres de la secte et 
aux prosélytes dénommés n^nn ■««a. Aucun des arguments produits 
ne résiste à un examen sérieux, comme je vais le montrer. 

a) P. 2, 1. 2. « L'auteur représente aux ri— o •'fia les chemins des 
coupables, tandis qu'aux membres de la secte il parle des actions 
de Dieu. » Cette opposition aurait quelque valeur, si les deux mor- 
ceaux, soi-disant différents de contenu, ne traitaient pas le même 
sujet, à savoir les chemins coupables, les mauvaises actions des 
méchants, si, dans l'un comme dans l'autre, l'auteur ne se pro- 
posait pas d'instruire ses contemporains par l'exemple du passé. 11 
n'y a aucun contraste entre les mna "•«a du premier paragraphe et 
les a*aa l du second, pas plus qu'il n'y en a entre les mots « je vais 
révéler à vos oreilles », du premier, et "je vais révéler à vos 
yeux » du second; il y a simplement recherche de la synonymie. 

b) L'auteur (p. 3, 1. 40) reproche aux m-n -^n de s'être rendus 
coupables et d'avoir abandonné l'alliance de Dieu. » La méprise est' 
ici étrange, car il ne s'agit aucunement des gens de Damas — pro- 
sélytes ou non — mais des Israélites d'autrefois; il y a même les 
mots D^mzîfcon rma ^*a « les premiers contractants de l'alliance ». — 
M* Leszynsky semble tenir pour établi que les membres de la secle 

1. Remarquer, d'ailleurs, que ce mot est employé couramment dans les discours ou 
leçons de morale des Proverbes, comme de l'Ecclésiastique, de Tobit, etc. 



198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ne peuvent pas être accusés d'infidélité. Sur quoi se fonde une 
pareille présomption ? Le fait contraire est tellement vrai, que le 
but de notre opuscule est précisément d'arrêter les défections 
encouragées par des exemples trop nombreux. Une fois le postulat 
de M. Leszynsky écarté, aucun des textes allégués ne confirme la 
conjecture. Celui qui semble le plus probant est celui de la p. 12, 
1. 11, qui parle « d'esclaves entrés avec lui dans l'alliance 
d'Abraham ». Maître et esclaves sont donc des prosélytes. Mais 
s'appuyer sur ce passage, c'est déclarer du même coup que toute la 
législation à laquelle appartient cette ligne se rapporte unique- 
ment aux prosélytes, ce qui est absurde. A la vérité, la phrase 
peut et doit s'interpréter autrement. Au lieu de : « qui sont entrés 
avec lui dans l'alliance d'Abraham «, il faut traduire : « qui sont 
entrés, étant chez lui, dans l'alliance d'Abraham ». La preuve 
d'ailleurs que n^nn ^n ne désigne pas des prosélytes, c'est que là 
où il est sûrement question de prosélytes, comme ici, on ne parle 
pas de l'alliance de Damas, ou de la nouvelle alliance, mais de 
Y alliance d'Abraham, expression consacrée. — : C'est en s'ap- 
puyant sur cette fausse identification que M. Leszynsky croit 
pouvoir élucider un passage quelque peu obscur, p. 9, 1. 1 et s. : il 
serait d'abord question des Israélites pur sang, puis des prosélytes 
entrés dans l'alliance. Mais, cette répétition aurait un tort, c'est de 
n'en être pas une, car le deuxième paragraphe ne vise pas la mise 
en anathème, mais la dénonciation calomnieuse faite sous l'empire 
de la colère ou rapportée aux anciens avec l'intention de ternir la 
réputation de l'accusé 1 . Si l'auteur avait voulu défendre l'anathème 
aux prosélytes au même titre qu'aux membres de la secte, il aurait 
reproduit le même délit. Il s'agit donc, dans la première loi comme 
dans la seconde, qui parle de tout autre chose, de la même caté- 
gorie de membres de la secte. 

c) « Dans le passage corrompu de la p. 15, 1. 5, les mots rrna «nn 
peuvent marquer un certain rapport entre le prosélyte et tout 
Israël ». Il ne faut pas dire seulement que le passage est corrompu, 
mais qu'il est incompréhensible. Comment donc peut-on l'utiliser? 

d) « Enfin, le passage de la p. 6, 1. 11, pourrait également s'ac- 
corder avec cette explication » (qui fait des mia ■•co des prosé- 
lytes). Ce passage est celui que j'ai mis en relief dans mon étude 2 
et qui raconte les motifs de l'exode des prêtres. Où sont donc les 
prosélytes parmi ceux qui ont pris l'engagement de ne plus entrer 

1. Voir notre traduction, Revue, LXI, p. 194. 

2. Revue, LXI, p. 164. 



NOTES SUR LES OBSERVATIONS DE M. LESZYNSKY 499 

dans le Temple, etc.? Si j'avais été le seul à donner du morceau 
cette interprétation, je ne l'opposerais pas à M. Leszynsky, mais il 
s'est trouvé que, sans se concerter, MM. Bâcher* et Chajes 2 l'ont 
publiée en même temps que moi, ce qui n'est pas pour en affaiblir 
la valeur. 

Quand donc M. Leszynsky termine par ces mots : « En tout cas, 
on n'est nullement fondé à identifier les m-n^sa avec les sectaires », 
il faut retourner la proposition et dire : « En tout cas, on n'est 
nullement fondé à identifier les rmn "wn avec d'autres que les 
membres de la secte ». 

P. 8., 1. 42. Personne n'a prétendu qu'en désignant les Pharisiens 
par les mots « bâtisseurs de murailles », l'auteur avait sûrement 
en vue la sentence attribuée aux plus anciens Pharisiens : * Faites 
une haie autour de la Loi ». On a seulement signalé la coïncidence. 
Est-il plus sage d'affirmer que l'auteur n'y a certainement pas 
pensé? 

L'interprétation des trois péchés dont il est question, p. 4., 1. 16 
et s. me paraît un véritable contre-sens. D'abord, comment la 
débauche est-elle transformée en mérite par le fait que Lévi, à la 
suite du délit commis par le ravisseur de Dina, a mis à mort le 
coupable; comment la richesse — de qui? — devient-elle une 
vertu parce que les Lévites étaient voués à la pauvreté; enfin, 
comment la profanation du sanctuaire se métamorphose-t-elle en 
justice, parce que les Lévites veillent sur la pureté du Temple? En 
outre, pour arriver à cette explication étrange, il faut corriger 
173N en 1W8, qui n'est aucunement en situation. Enfin, pourquoi 
l'auteur, s'il voulait parler des Lévites, dirait-il : Lévi, fils de Jacob? 
Ces mots, sans le moindre doute, sont destinés à écarter toute 
confusion et à bien marquer qu'il s'agit de Lévi, fils de Jacob. 
Cette précision se comprend s'il s'agit, comme tout le monde l'a 
cru jusqu'ici, du Testament de Lévi, fils de Jacob. Pour ne pas 
admettre que les mots : « Comme l'a dit Lévi, fils de Jacob », font 
allusion à cet apocryphe, il faudrait que cet ouvrage n'insistât pas 
sur les péchés ici mentionnés et que notre auteur sadokite ignorât 
cet écrit; or, justement ce sont bien là les sujets qui reviennent le 
plus souvent dans les Testaments des Patriarches et notre opuscule 
montre une connaissance approfondie de ce pseudépigraphe, 
comme du Livre des Jubilés, auquel il est apparenté. Il faut donc 
s'en tenir à la traduction courante, qui fait de Belial le sujet du 



1. Zeitschrift f. hebr. Bibliographie, XV, p. 15. 

2. Rivista israelitica, VII, p. 20"?. 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

verbe : Belial leur a fait accroire que ces trois péchés sont des 
vertus. 

Si, p. 8, 1. 8, uy devait désigner les païens, il faudrait supposer 
une lacune après ce mot. 

P. 11, 1. 14. La correction de aiyn en nnrv a été proposée simul- 
tanément par MM. Bâcher 1 , K. Kohler 2 et par moi. La rencontre 
montre assez que la conjecture n'est pas incongrue. Nous avons 
été guidés par l'étrangeté du terme, qui serait autrement incom- 
préhensible, et par la constatation d'une pareille défense dans le 
ch. 50 des Jubilés, que notre écrit copie presque textuellement. 
M. Leszynsky propose de donner à zr&r* le sens de « mettre un 
éroub », sans chercher à expliquer la forme pronominale du verbe. 
Peut-être croit-il se tirer d'affaire en traduisant : « Nul ne doit se 
mélanger ». Malheureusement, c'est oublier que, si mélange il y a, 
ce n'est pas de la personne, mais des mets. 

P. 11, 1. 16 17. M. Leszynsky, qui ne veut pas imputer à ces sec- 
taires une sévérité excessive, comme la condamnation à mort de 
ceux qui jeûnent le samedi, cherche aussi à les défendre contre 
le reproche d'une intransigeance inhumaine comme celle qui leur 
fait détendre de sauver, le samedi, au moyen d'une échelle ou de 
tout autre objet, les personnes tombées à l'eau. Gomme il manque 
un mot après le deuxième mptt, il suppose que ce mot s'est conservé 
partiellement dans b«, qui suit, et qu'alors, au lieu de défendre 
de porter secours, on prescrit de le faire par tous les moyens 
possibles. Il n'y a qu'un malheur à cela : avant ce paragraphe, il y 
a vingt-sept articles de loi, et tous sont des défenses commençant 
par la particule b», et après ce paragraphe tous sont également des 
prohibitions. 11 n'y aurait qu'une exception et ce serait justement 
ce paragraphe! 

P. 11, 1. 21. L'explication est ingénieuse. 

Israël Lévi. 

1. Loco cit. 

2. American Journal of Theologj/, XV, p. 424. 



LA PURETE LÉVITIQUE DE JÉRUSALEM 

ET LES TOMBEAUX DES PROPHÈTES 



On s'est souventétonné que, dans les si nombreuses prescriptions 
de la littérature talmudique sur la pureté lévitique, Jérusalem ne 
soit que très rarement envisagée, alors que la ville du Temple 
devait avoir ceLte pureté plus que toute autre et être traitée consé- 
quemment par les textes avec un soin particulière cet égard. Sans 
doute, toutes les règles sur la pureté lévitique des sacrifices et des 
sacrifiants, des prêtres et des lévites en service, des vases et des 
objets tant du Temple que de la maison, des visiteurs de la ville et 
du Sanctuaire, de la deuxième dîme et des repas sacrificiels, ne 
se rapportent qua Jérusalem et au Temple, même quand on ne 
nomme pas ceux-ci formellement. Mais ces règles ne concernent 
pas la pureté de Jérusalem même, de ses maisons et de ses rues, 
de son sol, tant à la surface qu'en profondeur, pureté qui méritait 
d'être prise en considération, même abstraction faite du culte 
du Temple, en tenant compte, comme pour Tibériade et d'autres 
villes de la Palestine, des prêtres et des prélèvements sacerdotaux 
(teroama). Ne devait-on pas, dans la Ville sainte, prendre des pré- 
cautions à l'égard des morts et des tombeaux, des charognes et 
des insectes impurs, afin que les prêtres et les prélèvements, les 
pèlerins et les naziréens ne devinssent pas impurs à leur insu ? 

Tous ces points sont traités dans une baraïta, qui s'est conservée 
en plusieurs versions et qui est bien connue, mais sans avoir été 
appréciée suffisamment. Ses indications me paraissent présenter un 
certain intérêt et mériter pour cette raison un examen particulier 
et étendu. Elle a déjà été étudiée il y a quelques années par 
M. S.Krauss dans cette Revue *. Mais la prévention avec laquelle le 

1. Revue, LUI (1907), p. 28 et suiv. 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

savant auteur a abordé la question et la singulière rapidité qu'il a 
mise à laisser de côté de grosses difficultés et d'importantes données 
de ces vieilles sources ou à les introduire de force dans sa théorie 
préconçue, ont altéré, me semble-t-il, le jugement qu'il a porté sur 
ces relations si complexes, notamment sur les détails relatifs à la 
pureté lévitique. Ces considérations me justifieront sans doute de 
reprendre un sujet difficile, mais fort instructif, d'autant plus que 
cette étude projettera des lumières toutes nouvelles sur Jérusalem 
envisagée comme ville suspecte de recouvrir des tombeaux. 



LA DEFENSE D ENTERRER A L INTERIEUR DE JERUSALEM 

D'après une prescription biblique Mes tombeaux sont une source 
constante d'impureté, et l'on sait qu'on les marquait 2 ou qu'on les 
blanchissait pour préserver prêtres et pèlerins de l'impureté. On 
s'attendrait donc, comme à une chose évidente, à ce qu'on ne souffrît 
à Jérusalem, la ville du Temple, aucun tombeau et à ce que per- 
sonne ne fût inhumé à l'intérieur des murailles. LaTossefta 3 pres- 
crit, en effet : 1° A Jérusalem on ne laisse pas les morts passer la 
nuit, 2° on n'y place pas d'ossements ; 3° on n'y loue pas de maison; 
4° on n'y donne pas de place à un aiûin na ; 5° on n'y laisse pas de 
tombeaux, à l'exception des tombeaux de la maison de David et 
du tombeau de la prophétesse Houlda, qui y étaient depuis les 
jours des premiers prophètes ; 6° Jérusalem ne peut être ni plantée, 
ni semée, ni labourée ; 7° on n'y laisse pas de tas de fumier 
(7 bis : à cause de l'impureté) ; 8° on n'y laisse pas d'arbres, à 
l'exception de la roseraie qui y était depuis les jours des premiers 
prophètes ; 9° on n'y bâtit pas de balcons ni de corniches sur la 

1. Nombres, xix, 16. 

2. Outre les textes communément cités, voir II Ezra (ou IV Ezra), il, 23 : « Là où tu 
trouves des morts, enterre-les et marque le tombeau ; et je te donnerai le premier 
siège à ma résurrection ». 

3. T. Negaïm, vi, 2 : h'DÎrà "pT^E V^" 1 (2) n«^ PN Ï13 1?î*hl2 *pN (1) 

Dip» riD-inn p;m: "paN (4) tzpnn romn JtÔïje *p«i (3) êhn n*ttb»3> 
mbin napi -ni ma -napw y""" rmap na y»ia*pîa V 5 *" 1 ( 5 ) ^u:nn n*b 
loi ny^a tfb nr&n (6) csitamn Dwaan rvi»' 1 » au; vn» PMrasn 
na pxppja r^" 1 ( 8 ) "ronftW na p»^p?a *p«i (7) niznna «bi runw 

mNTjnm pm ftaîrn "paos!» v&o (9] riNTaisa ^d» mnaisa m "p^p» 

ï-iawian bnN ^qtq D^nn rrna-ib. 



LA PURETÉ LÉVIT1QUE DE JÉRUSALEM 203 

rue, à cause de l'impureté lévitique qui se transmet par la cou- 
verture. 

Le n° 5 de cette baraïta dit formellement que nul tombeau 
existant n'était souffert à Jérusalem 1 , d'où il résulte sans plus 
qu'aucun tombeau nouveau n'y pouvait être érigé. C'est ce qui 
est explicitement interdit par le passage parallèle des Abot de R. 
Nathan 2 , qui en umère différemment les privilèges de Jérusalem : 
1° on ne doit pas louer de maison à l'intérieur de la ville ; 2° on n'y 
rachète pas la seconde dîme ; 3° on peut y prendre les repas des 
sacrifices; 4° on ne doit pas y construire de balcons ni de cor- 
niches donnant sur la rue ; 5° on ne doit pas y jeter de l'engrais ; 
6° on ne doit pas former des tas de fumier dans la rue ; 7° on ne 
doit pas y élever de poules ni, à plus forte raison, de menu bétail; 
8° on ne doit pas y enterrer de mort; 9° on ne doit pas y laisser de 
morts pendant une nuit, à l'exception des tombeaux des rois de la 
maison de David, du tombeau dTsaïe et de celui deHoulda ; 10° on 
n'y fait aucune plantation, en dehors de la roseraie, qui était 
plantée depuis les jours des premiers prophètes; 11° du bétail 
trouvé depuis la Tour du Troupeau jusqu'aux murs de Jérusalem 
est profane sur l'indication du vendeur ; dans toutes les autres 
parties de la Palestine, le bétail trouvé est profane sur l'indication 
de l'acheteur. Le n° 8 de ce texte nous apprend en toutes lettres 
que personne ne pouvait être enterré à Jérusalem. 

Cette interdiction était- elle purement théorique ou a-t-elle été 
observée à une certaine époque? M. Krauss s'est donné beau jeu en 
répondant 3 : « Ce point et d'autres déjà mentionnés étaient d'une 

1. De même dans le passage parallèle Abot de R. Nathan, xxxv, 526. 

2. Abot de R. Nathan, 2 e version, xxxix,54« : nmiTO Q^blDTT^ D"nm ÏTUZ53>3 

"n»*n ns-iro -j-niD yw(2) rDina o-na y^awa vwd (1) rnxn» nwa ba>a 
irn-iati^a y*rl •p&rsntt *p*o (4) ea^bp D^iznp rra-ina •pb51fc*i (3) ■rçto 
■ptoi* fcÔT (6) !-iamb nbar twsi» yai ( 5 ) tar^ann rniznï rtâlrîn 
'■p-is "pNi nrnnà *pbiann "pb"»* *pcn (7) t^mn miznb ronna mnwPK 
nwn n« yiiba y&a (9) i-iaina n?an na ïnanp *p&n (8) rrpi rpana nanp 
•pan (io) mbin napi ï-pyw napi m n*»a ^ab?a "nap» yin raina 
û^aarr mw» rt*iû3 ttmntD n^m rca» yin y'ûî ba ttbirra "pyiaia 
i-panb HTpna "pian D"»b©Tr main iy\ m* b-naa (il) ta^antaN-in 
Wib npibb mtm bénizr ynN ba natai rrmaa ybin naib naïab ma-i 

ÏTnnpb ybin^. Gomme l'intitulé de cette énumération n'annonce que dix articles, 
il doit y en avoir un ajouté après coup ; c'est sans doute le dernier, d'abord parce 
qu'il ne se rapporte nullement à Jérusalem même, mais aux environs immédiats en 
dehors de la ville, ensuite parce qu'il n'est pas formulé comme les autres. Mais on 
pourrait aussi compter les n os 5 et 6 pour un seul article, comme dans toutes les 
relations parallèles. La deuxième partie de n° 9 doit avoir été la suite de 8, comme 
dans tous les textes parallèles. - 

3. L. c, p. 32, n. 6, 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

réalisation difficile et ne pouvaient être mis en pratique... ; dans le 
passé il y avait des tombeaux à Jérusalem, mais, disaient les doc- 
teurs, nous prescrirons une loi pour l'avenir, ou, en d'autres termes, 
l'idéal et la réalité sont deux choses distinctes ». S'il avait entrepris 
de constater cette réalité, il se serait rendu compte que la source 
précitée est entièrement digne de foi. Deux relations complètement 
indépendantes du siège de Jérusalem en l'an 70 montrent que, 
même pendant l'investissementde la ville, on n'y inhumait personne. 
Josèphe' raconte ce qui suit : « Au début les révoltés veillèrent 
encore à ce que les morts fussent enterrés aux frais de l'Etat, parce 
qu'ils ne pouvaient supporter l'odeur qui s'en dégageait. Mais plus 
tard, quand les cadavres devinrent trop nombreux, on les jeta sim- 
plement du haut des murailles dans les gorges. Mennaeus, fils de 
Lazare, poursuit Josèphe 2 , qui se réfugia auprès de Titus en ce 
temps, assura que, par une seule porte qu'il avait à garder, on 
avait, depuis le jour où le camp avait été dressé devant la ville, 
c'est-à-dire depuis le 14 du mois de Xanthikos, jusqu'à la néo- 
ménie de Panémos, sorti 115.880 cadavres : if avait reçu officiel- 
lement l'ordre particulier de compter les morts, parce qu'il devait 
payer les frais d'inhumation de la caisse de l'Etat. Les autres 
étaient enterrés par les leurs. L'enterrement consistait à transpor- 
ter les morts hors de la ville et à les précipiter dans le fond. Beau- 
coup de transfuges considérés, qui vinrent après lui, donnèrent 
le chiffre de 600,000 comme nombre total des corps de pauvres jetés 
dehors aux portes. Quand la force des gens ne suffit plus à porter 
les pauvres devant la porte, on traîna, disent-ils, les cadavres dans 
les grandes maisons et on les y enferma. » Si l'on voulait expliquer 
cette opération comme une précaution destinée à préserver la ville 
assiégée de l'infection, on apprendrait ce qu'il en est par le récit 
de la fuite de R. Yohanan b. Zaccaï pendant le siège 3 . Quand ses 
deux disciples, portant la bière où il était enfermé, arrivèrent à la 
porte, les gardiens demandèrent qui ils transportaient. Ils répon- 
dirent : « Ne savez- vous donc pas qu'on ne laisse pas de mort passer 
la nuit à Jérusalem ? » Ils laissèrent alors passerle cercueil. On peut 

1. Guerre, V, xn, 3. 

2. Ibid., V, xin, 7. 

3. Abot R. Nathan, iv, 12a : -am -iTy'TN "*3nb "PTWnb finpl nba 
"»ai .iDira v*^Ni "pnN v :> rày "jNa73 ^wsim VT73* ^a zrib -ick tcw 
njnpio i* im« "pa^iE vm "Pba-ia tfin arçjnrr *jn itafina tj-in w:s 
.-t «in to pj-ptbri u-b -n?a« .d^-it *nj\3 b^N v»anc i? rrEn.- 
Drôorra nran dn yirvo vwa Q^n 1 an» "p N ^i «in r\n \rn maa 

VTHWin Nin D73 BN pb 1173». 



LA PURETÉ LÉVIT1QUE DE JÉRUSALEM 205 

rapprocher de ce détail un passage duSifra* qui dit que beaucoup, 
ne voulant pas laisser leurs morts passer la nuit à Jérusalem 
conformément à la loi, tombèrent entre les mains des ennemis 
pendant qu'ils portaient les cadavres au dehors et leur donnaient 
l'inhumation. Ces deux textes reflètent des incidents de la guerre 
de l'an 70 et montrent que la règle en question existait alors et 
était observée. 

Cette conclusion est confirmée par des passages où il est fait 
allusion en passant aux tombeaux de certains grands personnages 
à Jérusalem. Tandis que le tombeau de David 2 se trouvait, d'après 
Néhémie, m, 15, 16, au sud de la ville, non loin du Siloé, là où 
étaient enterrés aussi ses successeurs, ainsi que quelques pro- 
phètes 3 , les rois hasmonéens et plusieurs grands prêtres étaient 
inhumés en dehors de l'enceinte de la ville ancienne. Ainsi Josèphe 
dit 4 : « Les Juifs, qui s'étaient répartis sur la (seconde) muraille, 
opposèrent une résistance opiniâtre; c'étaient les soldats de Jean 
du côté de l'Antonia, du portique nord du Temple et du tombeau du 
roi Alexandre. Quant aux troupes de Simon, elles occupèrent l'en- 
trée près du tombeau de Jean. » Et ailleurs 5 : « Titus résolut de 
tenter un assaut près du tombeau du grand prêtre Jean, l'enceinte 
fortifiée extérieure étant plus basse à cet endroit. » Il s'agit du 
tombeau de Jean Hyrcan °, situé entre la première et la deuxième 
muraille 7 , en un point d'où Titus croyait prendre la ville supé- 
rieure 8 . Dans un autre passage Josèphe décrit le mur d'investis- 
sement construit par Titus autour de Jérusalem : « Puis il s'étend 
auprès du tombeau du grand prêtre Anan» ; il était donc situé 
hors de la ville. Il est vrai qu'ailleurs il mentionne le tombeau 
d'Hérode à Jérusalem l0 . Mais comme Hérode fut enterré dans le 
Hérodéion, Schiirer " croit que c'était seulement un monument et 
non un tombeau, tandis que Schick suppose que c'étaient les 
l'ouïmes d'Hérode qui pouvaient y être inhumées. Peut-être était-il 

1. Sifra, sur Lévit., xxvi, 25, eh. vi, p. 112a, S 1 : "pN rtDbrr .3"HN "PU 2nn3T 

3*hx 1-3 "pan:. 

2. Antiquités, VU, v, 3 ; XIII, vin, 4 ; XVI, vu, 1 . 

3. Voir plus loin. 

4. Guerre, V, vu. 3. 
5 Ibid.) v, vi, 2. 

ti. Cf. ibid., V, ix, 2 ; xi, 4; VI, h, 1U. 

1. Ibid., Y, i.v, 2. 

8. La même chose ressort <le VI, u, 10. 

y. lbid., V, xii, 2. 
1U. lbid., V, m, 2 ; xu, 2. 
11. Geschichte, I, 418, u. 168. 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

quelque peu analogue au monument de marbre blanc élevé par 
Hérode à l'entrée du caveau de David *. 

C'est ici le lieu d'examiner une miscbna difficile 2 : « Les villes 
entourées de murs sont plus saintes que le reste de la Palestine 
en ce qu'on est obligé d'en renvoyer les lépreux et qu'on peut y 
promener un mort jusqu'à (?) ce qu'on veuille ; si le mort a été 
transporté au debors, on ne peut pas l'y ramener. » Maïmonide 
explique ainsi ce texte incompréhensible : aussi longtemps que tous 
les gens de la ville ou ses sept représentants y consentent, s'ils 
permettent d'enterrer le mort à l'intérieur (sur la place) de la ville, 
on peut l'y enterrer. Mais si le corps a été porté hors de la ville, on 
ne peut pas le rapporter à fin d'inhumation, même si tout le monde 
y consent ; car une chose impure qui a été écartée de la ville ne 
doit pas y revenir. La mischna ainsi interprétée a été incorporée 
par Maïmonide dans son code 3 ; et, si cette explication, qui en fait 
dire long à une phrase obscure, est exacte, elle prouve qu'on enter- 
rait des morts à l'intérieur de l'enceinte des villes entourées de 
murs, donc probablement aussi à Jérusalem. Mais R. Abraham b. 
David attaque déjà l'explication de Maïmonide ; lui-même explique 
ainsi ce passage : un mort ne peut en aucun cas être enterré dans 
une ville entourée de murs ; si tous les habitants de la ville per- 
mettent, pour augmenter le deuil et honorer le défunt, de promener 
le corps dans la ville jusqu'à ce que les parents enterrent le mort, 
ils peuvent le promener. L'explication singulièrement différente de 
Maïmonide repose, suivant la remarque de Joseph Karo, sur la 
lecture "pToratt au lieu de D^aao» ; ce n'est donc pas une preuve 
contre la défense d'inhumer les morts à Jérusalem. Quant à l'an- 
cienneté de la mischna, son caractère anonyme la ferait attribuera 
R. Méir. Mais labaraïta parallèle est ainsi conçue ! : « R. Menaliem 

1. Antiquités, XVI, vu, 1. 

2. m. Kéiïm, i, 7 : "pnbMO TiZi2t2 moiipn rrain mcpinrï mi^r 
ima "pi* Trra *pN n^ /i£TV3 19 na pmb jpnaoEi "pama&nri n« pin». 

3. rj-pnan rna 'n, vu, 1.3. 

4. T. Kélim I, i, 14 : rfiaitt PIDpiE riVT"* 1701N ^"P mia DnStt -a-i 

usina m»x rv»am Diy-naaan n« pma pribcEia b8io^ ynN?3 mçnipn 
■p-pTrra pR N3T' /îan^ia iy pina nwn "paàom amn nia* Et3ïj nri«b 
rmapn rrroa im« inap^i Tma« D* imn* ascn h?:in sirs pi irv.» 

jOn 3ni£73 1H73N "S Q-ïbîBb TIZ5R. Dans le Sifré Zouta sur Nombres, v, 2, Sifra 
surLévit.,xiv, 40, p. 73 c, vi, §4 ; on lit: ^aniSES) yiNH )12 mplipM rî72in **\y 

nain "»"iya "pabin orao ynx- baa "pabin, puis : ba-c 1 ^:i bat nan 

n72in ^y ma*lb rî^nttH "pu ITlb'dJ^I. Los villes entourées île murs paraissent être 
déduites effectivement du mot 7121173 (non de b8T»a^ ^D comme le croit Horoyjtz, sur 
le passage du S. z.), la ville entourée d'un mur étant assimilée à un camp. — Signa- 
lons ici un renseignement fort curieux de Marcus Diaconus, Vila PorpAyrii, p. 21, 
§ 23 : les habitants païens de Gaza disent que c'est un crime d'apporter un cadavre 
dans la ville ; d'après p. 23, § 25, c'est contrai te aux lois de la patrie. 



LA PURETÉ LÉV1TIQU-E DE JÉRUSALEM 207 

b. R. Yosé dit : Les villes entourées de murs sont plus saintes que 
le resté de la Palestine, car on doit en renvoyer les lépreux; une 
maison qui y a été vendue ne peut plus être rachetée après douze 
mois, et un mort peut aussi longtemps que les gens le permettent 
être promené dans ces villes; mais s'il a été transporté hors de la 
ville, il ne peut y être ramené. » La mischna, sous sa forme actuelle, 
appartient donc au plus tard à la seconde moitié du second siècle, 
mais chacune de ses dispositions pourrait remonter à une époque 
plus ancienne, comme l'indique la défense, attestée par ailleurs., 
d'enterrer les morts à Jérusalem. Le contexte de la mischna et de 
la baraïta citées montre clairement que leur auteur, en parlant de 
villes entourées de murs, pensait en premier lieu à Jérusalem, qui 
était effectivement une des rares villes auxquelles on appliquait la 
loi biblique (Lévitique, xxv, 29 et s.) sur les localités entourées 
d'un mur *. Assurément il n'est pas prouvé par là que la phrase 
sur le convoi d'un mort dans la ville entourée d'un mur vise aussi 
Jérusalem. Mais nous savons, d'autre part, que le renvoi des 
lépreux, en conformité avec Nombres, v, 2, 3, se rapportait princi- 
palement à Jérusalem, considérée comme camp de Dieu 2 . Il est 
donc plus que probable que la troisième phrase de la mischna et 
de la baraïta ont en vue, comme les deux premières, Jérusalem. Et 
cette conclusion va être coniirmée par d'autres constatations, qui 
établiront qu'à l'époque envisagée par la halacha on n'enterrait 
personne à Jérusalem. 



LES TOMBEAUX SUR LA MONTAGNE DU TEMPLE ET DANS JÉRUSALEM 

Nous avons vu que la Tossefta prescrit de ne laisser subsister 

"jaucun tombeau à Jérusalem, à l'exception des tombeaux des rois de 

m maison de David et de la prophétesse Houlda. Il en résulte qu'il 

1 . Arachin, ix, 6. 

2. D'après Lévitique, xm, 46, le lépreux doit demeurer en dehors du camp (y*irt72 
T311317Û fWrnsV), ce qui signifie, d'après le Sifra, ad loc, p. 68 a, § 14, en dehors 
des trois camps du Tabernacle, des lévites et des israélites dans les désert ("©bÉîb yin 
"13^*172 P"l3n7D). Or, ces trois camps sont appliqués à Jérusalem seulement dans Sifre, 
sur Nombres, i, et parallèles; le camp des israélites s'étend de la porte de Jérusalem 
à la Montagne du Temple (.. .b&niBi ïlOTT» maïj ^h *13> E^blS TP nnDtt), et 
dans T. Kélim, i, 8, Pesahim, 67 a, on dit que les lépreux qui entrent à l'intérieur du 
mur de Jérusalem reçoivent la bastonnade (rî73"inrt \12 D^sb D^SHIS^û 1DDDD 
D^ansrï nN Vpib). Cf. jer. Maccôt, n, fin, 32 a, 28. 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

doit y avoir eu là d'autres tombeaux que ceux-ci. Les Abot de R. 
Nathan ajoutent, nous l'avons également vu, le tombeau du pro- 
phète Isaïe, sans être confirmés d'ailleurs, sur ce point, par les 
textes parallèles. Remarquons tout de suite que des sources non- 
juives attestent l'exactitude de cette addition. On sait que le 
Midrasch, l'Ascension d'ïsaïe et des Pères de l'Eglise assurent que 
le prophète Isaïe fut scié par des Jérusalémites. sur Tordre du roi 
Manassé, dans un arbre à l'intérieur duquel il s'était réfugié. Théo- 
doret (iv° siècle), le Chronicon Pascale ' et Epiphane 2 savent de 
plus qu Isaïe fut enterré près de la source du Siloé sous le chêne 
lioguel. La deuxième recension, assez tardive, des Abot de R. 
Nathan pourrait donc avoir pris son addition à la source qui a servi 
aux Pères de l'Église, et nous avons ici un nouvel et intéressant 
exemple de l'ancienneté de midraschim inconnus par ailleurs. 

Ainsi donc, les tombeaux ne devaient pas être laissés à Jérusa- 
lem ; autant dire, sans doute, qu'ils devaient être enlevés et placés 
autre part. On serait tenté de considérer cette prescription comme 
une théorie d'école des rabbins du second siècle et telle est, en 
dépit des renseignements positifs sur la pratique réelle, l'opinion 
de M. Krauss. Or, voici d'après les Abot de R. Nathan 3 la liste 

1. Éd. Dindorf, p. 291, v. Yebam., 49 h. 

2. Vifa Prophelarum, apud Nestlé, Marginaiien und Materialien, p. 16, I. 5-20; 
cf. Scbermanu, Texte und Untersuchungen, éd. Haniack, XXXl/j, p. 76, 80 et suiv. 

3. Ch., xxxv, p. 52 b : Q"»b*3"|— ' f^ (1) SraOrT3 "PIEfiO 0^131 mpy 

■prn ns "parasiTa "pan (3) nrrran -pya mai-ra v«i (2) ta-'yaaa nKEsaa 
T^b-a r»i (*) ™~ rNEia bn« *aaw a^a-in nwib m-naron niananm 
na ^w\y V^i (6) 63"în maasa? na^na pn*a*B J-Ki (5) mTan pn na 
mHffi th ma napw "pn nvnap na ra^P» r**i (?) acin nab aip7a 
r>u ^3373 rrnapn pn «la^Diaai . D^irsnn a^&raa niTaro va "nma nfiraan 
ivnp bnab naxncan nfirsi» nrnn;a aa np^n nbTrça v,»» . aia^D «b 
ff'im naa?a pin awiai pi^ na pou ^«i myaa ~a "pysaia "p^" 1 8 
■panaanm "pma na "p'anaa fw (9) n^aioann p^fcraa mjro ac tho 
rwaisan ^as7a mnaia» na pn^a r& (10j tar-pTn "raib "pnac v^" 1 
vas ia "npom -rasais /jna "«an "nai ,mim -ma p na v^^^P 73 r**i ( u ) 
m y*nr\ m^y nr p« /lîaipja "ira bai ty»5> ^apT tn îmN is^im i?a«i 
■j-wi (13) nbywbi myp-ipn p N-tf a-na na ^-id-ib ■;">« (12) i7aip7a 
">an ,pi:37a ipo na "pnpns *pai t**) lamn a"^ -in«b na mn*»as man 
nnv na pnpVa r»n xb (15) r-nyanw mï37a nao «b q« "i73i« rmrr 
orna "pâma naiK barvana p "pyjama pi ,an7a ^v -pn n?a ,D*;©np 
yina73 •p T1D ^"iN wai a^asaTa pna vn pattea» ."pras»» ■'byab 
'OTanai yan^a *p^ ïrpninvo a^n^Ta "»Daa rbmai f^nara paaD« 

V^aP^Ta a^bïSTT^ ^aN l^n anaT a-yba. Quinze points sont énujnérés ici, 
alors que l'auteur de l'intitulé n'en connaissait que dix : cinq doivent donc avoir élé 
ajoutés après coup. Gomme tous les autres passages parallèles n'énumèrent que des 
articles anonymes et incontestés et que même celui-ci en compte onze de tels, il est 
très probable que ceux qui font l'objet de divergences et qui ont des auteurs sont les 
plus récents. Tel est on premier lieu celui du lils rebelle, qui se retrouve dans la 



LA PURETÉ LÉVlTIQUE DE JÉRUSALEM 209 

des privilèges de Jérusalem : Dix choses ont été dites de Jérusalem : 
1° elle n'est pas rendue impure par la lèpre ; 2° elle n'est pas jugée 
comme ville idolâtrique ; 3° on n'y construit ni balcons, ni cor- 
niches, ni tuyaux sur la rue à cause de la couverture de l'impureté 
d'un mort; 4° on n'y laisse pas les morts passer la nuit; on n'y 
laisse pas passer des ossements humains; 6° on n'y fait pas 
de place pour un nujm "tt; 7° on n'y laisse pas de tombeaux, à 
l'exception des tombeaux de la maison de David et de la prophé- 
tesse Houlda, qui y étaient depuis les jours des premiers prophètes. 
Et quand on a enlevé les tombeaux, pourquoi n'a-t-on pas enlevé 
ceux-ci? On dit qu'il y avait là une caverne qui entraînait l'impu- 
reté dans la vallée du Cédron ; 8° on ne fait à Jérusalem aucune 
plantation, on n'y plante aucun jardin à l'exception du jardin de 
roses qui y était depuis les jours des premiers prophètes ; 9° on 
n'y élève pas d'oies ni de poules, à plus forte raison de porcs; 
10° on n'y laisse aucun tas de fumier, à cause de l'impureté lévitique; 
H° on n'exécute pas la loi du fils rebelle, dit R. Nathan, parce que 
Jérusalem n'est pas sa ville et son endroit, comme l'exige Deuté- 
ronome, xxi, 49 ; 12° on n'y vend de maisons qu'à partir du sol et 
au-dessus ; 13° une maison vendue, si elle n'a pas été rachetée dans 
l'intervalle de la première année, ne reste pas pour toujours à 
l'acheteur; 14° on n'y prend pas de loyer pour les lits ; R. Juda dit : 
pas même pour les lits garnis ; 15° on n'y achetait pas de peaux 
de sacrifices ; et qu'en faisait-on ? R. Simon b. Gamaliel dit : on 
les donnait aux aubergistes. Les hôtes demeuraient à l'intérieur et 
les aubergistes au dehors. Les hôtes avaient recours à une ruse : 
ils achetaient pour les sacrifices des brebis égyptiennes, dont les 
peaux valaient quatre à cinq séla, et les habitants de Jérusalem y 
gagnaient. 

Au n° 7 on demande : pourquoi n'a-t-on pas enlevé les tombeaux 
de la maison de David et de la prophétesse Houlda quand on les a 
tous enlevés ? Nous apprenons par là qu'à une époque qui n'est 

baraïta de Baba Kamma, 82 6, ainsi que dans l'autre passage des A bol de R. Nathan, 
mais que la Tossefta de Negaim, vi, 2, cite au nom de R. Nathan. Une autre preuve 
de l'interpolation est le singulier emploi de 'pE'^'pfa "pN dans cette phrase ; dans les 
n°» 7 et 10, ces mots signifient « on ne laisse pas subsister », dans le n° 11 « on 
n'exécute pas » ; il est peu probable que le même auteur ait employé un mot si simple 
avec des significations si différentes. Le n° 14, sur la location des lits, avec une opinion 
divergente de R. Juda, est aussi interpolé ; il ne se trouve dans aucun des textes 
parallèles. Le n° 15, sur l'achat des peaux des bêtes, n'est que la suite du n° 14, 
comme on le voit par les parallèles, et l'explication de R. Simon b. Gamaliel décèle 
l'addition. Nous avons écarté ainsi les n » 11, 14 et 15 ; or, il est remarquable que 
tous trois se trouvent à la fin de l'énumération : on est ainsi amené à supposer que les 
deux autres additions sont les n°« 12 et 13. 

T. LXII, n° 12i. 14 



210 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pas autrement désignée, tous les tombeaux de Jérusalem furent 
enlevés. On pourrait, il est vrai, considérer ce renseignement 
comme une assertion ou une invention tardive, dérivée de consi- 
dérations halachiques, d'autant plus que les deux textes parallèles * 
n'en soufflent mot. Mais nous trouvons à ce sujet la baraïta sui- 
vante 2 : « Tous les tombeaux (à l'intérieur de la ville) doivent 
être enlevés, sauf le tombeau d'un roi ou celui d'un prophète. 
R. Akiba ajouta : même le tombeau d'un roi et celui d'un pro- 
phète doivent être enlevés. Sur quoi (ses collègues) lui dirent : 
Mais les tombeaux de la maison de David et celui de la prophé- 
lesse Houlda se trouvaient à Jérusalem sans que personne les eût 
jamais touchés. 11 répliqua: C'est justement une preuve de mon 
affirmation : il y avait près de ces tombeaux un canal qui en empor- 
tait l'impureté dans la vallée du Gédron. » L'adversaire anonyme 
de R. Akiba ne conteste pas que des tombeaux aient été enlevés de 
Jérusalem à une certaine époque ; seulement il prétend que l'opé- 
ration fut épargnée aux tombeaux des rois et des prophètes. A 
cette discussion prennent part des docteurs de l'époque antérieure 
à la guerre d'Adrien et ils parlent de l'enlèvement des tombeaux de 
Jérusalem comme d'un fait connu, qui se place naturellement avant 
la destruction de la ville sainte. Quand donc, dans la liste des 

1. Baraïta dans Baba Kamma, 82 b ; T. Negaim, vi, 2. 

2. V. Baba Batra, i, 11 ; j. Nazi?-, ix, 3 (57c/, 1. 61) ; Semahob, xiv ; Sifrê, cité 
par Friedmann, sur Sifrê Deut., 188, et Mulrasch Tannaïm, éd. Hoffmann, p. 115, 

n. io -. -an fcoaar; nap7n ^nn nap» y-\n ,*p3çr\73 m-iapn ba 
■nap ixbm ib -n^N ."pasntt aman "ppi *\hnrt nnp t^ -i»in siyy 
.Dbiy» DiN Dm 3tt3 Nb-i D^btDTra vn n&ruDrî rnbnn mpi th ma 
bnab g«Mtaitfri ïiêos-i» nmm pb nmn mbTra m&n du>*j nrrb i?2N 

ÏYYlp. Le texte d'Hoffmann est ainsi conçu : *pa 77312723 ^yi bim JPDn «b 

TT>an nnmya N^ian -ieik rn^y m .mi» ainar: &raa napb ^b?3 nap 

"DTE airOH TV an npa"^"]. Le commandement «ne recule pas la limite de ton 
prochain >» (Deutér., xix, 14) se rapporte à celui qui change le tombeau d'un roi ou d'un 
prophète. 11 est remarquable que ce soit un collègue de R. Akiba qui enseigne l'appli- 
cation de ce verset à cette défense, ce qui convient bien à la discussion entre R. Akiba 
et son contemporain inconnu. Friedmann donne ce texte du passage perdu du Sifrê 
d'après R. Hillel : na*JW ainan (TOP -np"l Y 573 mp clâfc&ab et l'on ne peut 
guère douter qu'il ne faille lire aussi chez Hoffmann (ce que celui-ci n'a pas vu) 
HDS73a au lieu de rj312J7aa. Dans Ebel rabbati, apuil Bru ll„ Jahrbiïcher, 1, 22, 
d'après lbn Guiyat, tTH^lU HM73, H, 73, et Nahmanide, Torat ha-Adam y 38 6, 
nous lisons : -Jirb napr: *pn72 «bl "pINn ^-iri7û l/h ?n»X* VpbOîa )*H 

mttîïb xbu: lana© Dip» •ptzn* p niujyb -isnaia Dip:a rm» ntt wq -napb 

ûbn^ bia3 a.On bN 173N3 HT bl'T 1"«Diy "p^ p. Il est également digne de 
remarque qu'un contemporain de R. Akiba examine et que d'autres tannaites inconnus 
reprennent la question de l'enlèvement des tombeaux de guerriers tombés dans une 
guerre non obligatoire, j. Eroub., i, ». f. (49 d, 1. 43) : t|N TO"lN NTTP p rmrP 

mina Tiîa^ "upflp «bia vnapa did o^nna 8JTH8 DTpTaai Dip?a ban omn 
...piasb nniTa "an ^lan mai piasb -nos "•an "«-«an ma .rvpo»biD. 



LA PURETÉ LÉVITIQUE DE JÉRUSALEM 2H 

privilèges de Jérusalem avant Tan 70 que nous ont conservée les 
Abot de R. Nathan, on demande pourquoi les tombeaux des rois 
et des prophètes n'ont pas été enlevés comme les autres, la ques- 
tion comme la réponse ne font que reproduire l'ancienne discussion 
de la baràïta et elles sont entièrement dignes de foi, puisqu'elles 
répètent, seulement des faits réels. 

Gomme le canal des tombeaux des rois et des prophètes menait 
à la vallée du Gédron, ces tombeaux doivent avoir été situés soit 
sur la Montagne du Temple, soit sur la colline du sud-est, soit en 
face, sur le Mont des Oliviers. Nous savons que les tombeaux des 
rois de la maison de David se trouvaient sur la colline de Sion, non 
loin du Temple '. On arrive au même résultat pour le tombeau du 
prophète ïsaïe en rapprochant le renseignement donné en passant 
par les A bot de R. Nathan, disant qu'on ne touche pas à ce tom- 
beau, de l'indication fournie par les Pères de l'Église, qui situent 
ce tombeau dans le voisinage du Siloé. C'est là aussi que doit s'être 
trouvé le tombeau de la prophétesse Houlda 2 . 

Ce qui prouve clairement que les rabbins du premier siècle con- 
naissaient parfaitement ou supposaient des tombeaux sur la Mon- 
tagne du Temple, sur le chemin du Temple au Siloé et du Temple 
au Mont des Oliviers, c'est la description minutieuse des prépara- 
tifs de la combustion de la vache rousse dont les cendres servaient 
à la purification lévitique. Nous lisons, en effet, dans la Mischna 3 : 
« Sous le plateau de la Montagne du Temple et sous les cours inté- 
rieures il y avait des espaces creux à cause des tombeaux souter- 
rains »; et plus loin : « A Jérusalem il y avait des cours qui étaient 
bâties sur des rochers et minées à cause des tombeaux souterrains »; 
puis : « On faisait une rampe de la Montagne du Temple au Mont 
des Oliviers voûte sur voûte et voûte contre colonne à cause des 
tombeaux souterrains 5 ». On admettait donc l'existence de tom- 

1. Voir les commentaires sur Ezéchiel, xliii, 7. 

2. V. von Alten, Z. D. P. V., 1880, III, p. 168 et suiv., 174. 

3. Para, m, 3: Dinnri -mp -me bibn Drpnnn rrnwn rrrn nn ; 
m, 2 : -np -son bibn nrpnnm ybon ■'aa by m*m trbtDi-pn rn mnxn 
ûinnn ; m, 6 : «ps^a 135 by "ps^a ftrawn "inb iron nn?: "pieu vn dddt 
anrînrt -np "^sd» ûuikh *i&aa wsy 

4. Cf. T. Para, m, 7, où R. Eliézer donne une description différente de cette instal- 
lation. 11 en résulte que celle qui sert de base à la Mischna remonte au plus tard à 
un contemporain de R. Eliézer. R. Simson de Sens, sur Para, ni, 7, lit R. Juda au 
lieu de R. Eliézer ; mais il y avait évidemment : R. Juda au nom de R. Eliézer. De 
la rampe, une baraïta (j. Schekalim, iv, 2, 48a-48) dit : 'pKSÊ'P *prr D^brOI "prT "Cn 
INTOÛTT B?WW1 XXH&* fcÔttî "*T5 IfiOttï fÉO» ; des saillies et des murs sortaient 
de chaque coté (de la rampe), afin que les prêtres ne regardassent pas au dehors et ne 
devinssent pas impurs (voir l'explication du Penê Mosché). 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

beaux uniformément dans la ville et dans la vallée du Gédron*. 
D'autre part, nous apprenons que les enfants purifiés qui doivent 
apporter de l'eau du Siloé pour les purifications préparatoires 
sont montés sur des bomfs portant des planches, etR. Juda indique 
le motif de cette précaution : on amène des bœufs avec un large 
ventre afin que les pieds des garçons qui les montent ne passent 
pas au dehors et ne soient pas souillés par des tombeaux sou- 
terrains 2 . Les enfants ne descendent pas dans la vallée du Cédron, 
mais chevauchent de la Montagne du Temple à l'autre colline 
de la ville pour arriver au Siloé, et, sur ce parcours, on a égard 
à des tombeaux souterrains. Sans doute il ne s'agit ici que de 
tombeaux dont l'existence est regardée comme possible, mais 
sans avoir été sûrement établie. Mais enfin cette hypothèse 
doit avoir été provoquée par la découverte de tombeaux sur la 
Montagne du Temple ou dans la ville ; ces tombeaux avaient natu- 
rellement été enlevés, mais on continua à soupçonner que le sol 
en cachait dans ses profondeurs inaccessibles. Quand on observait 
les précautions en question lors de la combustion de la vache 
rousse, les tombeaux découverts avaient déjà été enlevés, ce qui 
confirme l'indication de R. Akiba et de ses collègues, quand ils 
rappellent que des tombeaux ont été enlevés à Jérusalem et que 
seuls ceux des rois et de la prophétesse Houlda ont été conservés. 
Il me paraît intéressant d'examiner ici le reproche mis dans la 
bouche de Jésus contre les Pharisiens, qui construisent et ornent 
les tombeaux des Prophètes. D'après Mathieu (xxm, 29 30 j , Jésus 
aurait dit à Jérusalem : « Malheur à vous, scribes et Pharisiens, 
hypocrites ! car vous bâtissez les tombeaux des prophètes et ornez 

1. Il en était de même du Mont des Oliviers, où le grand-prêtre qui préparait la 
vache rousse prenait le bain de purification et où la vache était brûlée, T. Para, ni, 9 : 

Dinnn nnp ^se *pb-ibn vn rtbiaan mai nro-irtn ïima ûipu. a la place 

de quoi le Sifrê zouta, sur Nombres, xix, 9, éd. Horovitz, p. 132, lit : *pn3 Ti^Tl "11DT 

n3D"i7û it bi» nE^-in mbibn mbibn •ntu* isina pana: nrrmD p«n nnn 

Dinnn "iap "OBB "IT blS rrauin 1:03, tandis que le Midrasch ha-Gadol a : maibn 

iT b-Q rrrnn Tasa -it bxo rrasaim it bœ rrmn naaa -it b© rratain maibn. 

La référence de Horovitz à Para, m, 11 ; T. Para, m, 9, et ses équations miin = 
HD^ et Ûu)*in = DE31N, sont pour moi incompréhensibles, car le Sifré zouta parle 
du lieu où la vache était brûlée et la Mischna du pont qui reliait la Montagne du 
Temple au Mont des Oliviers. 

2. Para, m, 2 ; T. Para, m, 2 : mpirm Pinbl fïTOa ban T"l"nttJ 1"Wa*n 

i!-p «bra ns nam ïchnsio û^-m© -naiN rrnrr ^nn ^rnaa b* ■paHDv 

Dinnn "înpn niNH'Jai mpiamn ^bai mien 1 - Le passage parallèle de 
Soucca, 216 en haut, est un peu différent : -)tt1N Pmm ^ai ,8311 ÏTH111S aran 

*ram wai» -pba» noa pia^n bm -mania ^as7a -ip^a» bs mn'n ■p* r * 3 * v»n »b 
...mnnn napa waan maftwa nriN in -mao. 



LA PURETÉ LÉVITIQUE DE JÉRUSALEM 213 

les tombeaux des justes; et vous dites : Si nous avions vécu du 
temps de nos pères, nous n'aurions pas été leurs complices dans le 
sang des prophètes. « D'après Luc (xi, 47), c'est en Galilée, proba- 
blement à Capharnatim, que Jésus dit : « Vous bâtissez les tom- 
beaux des prophètes, tandis que vos pères les ont tués. » Quoique 
le propos ne soit pas authentique, il est pour ainsi dire certain que 
la phrase elle-même a été occasionnée par la rénovation et l'orne- 
mentation des tombeaux d'un ou de plusieurs prophètes et que l'un 
de ces prophètes a été martyr. Autant que nous sachions par la 
tradition, il n'y a eu que trois prophètes auxquels la prétendue 
observation de Jésus ait pu s'appliquer (et encore devons-nous ne 
pas tenir compte d'une circonstance importante, c'est que même 
ces trois prophètes ont été tués à l'instigation de rois coupables : 
les ouvrages de polémique religieuse du caractère des Evangiles 
ne sont pas si difficiles pour des détails de ce genre). D'après les 
Chroniques (II, xxiv, 21), Zacharie, fils de Joyada, prophète et prê- 
tre, fut tué dans le Temple par le peuple de Jérusalem sur l'ordre 
de Joas, roi de Juda; d'après Jérémie (xxvi, 22), Ouria, fils de Sche- 
maya, fut tué par le roi Joyakim. D'après l'Àgada, l'Ascension 
d'Isaïe et les Pères de l'Église, le prophète Isaïe fut scié, sur l'ordre 
du roi Manassé, dans un arbre dans le creux duquel il avait cher- 
ché refuge. Les commentateurs des Evangiles se réfèrent, pour 
expliquer notre passage, tantôt à l'un, tantôt à l'autre de ces trois 
prophètes. Beaucoup songent à Zacharie, parce qu'il est formelle - 
ment cité dans la suite du texte évangélique (Mathieu, xxm, 35 ; 
Luc, xi, 50). Or, Ouria fut enterré parmi les gens du peuple (Jérémie, 
xxvi, 23) et il n'est guère vraisemblable que son tombeau ait été 
connu. Des deux autres prophètes, la tradition ne s'est occupée que 
du tombeau dlsaïe, bien que la Bible ne dise rien ni de sa mort, ni 
de son inhumation ; il se pourrait qu'en éloignant d'autres tom- 
beaux, on ait rénové et orné celui d'Isaïe. Mais il est non moins 
possible que ce soit le tombeau de Zacharie, plus gênant peut-être 
pour le culte des sacrifices, qui ait été déplacé, par exemple au 
penchant occidental du Mont des Oliviers, où l'on montre mainte- 
nant les tombeaux des prophètes; et c'est alors qu'on aura bâti 
et orné le nouveau tombeau 1 . 



1. V. cette Revue, LX1I, p. 35, note 6, et la relation d'Hégésippe sur la mort de 
saint Jacques, Eusèbe, Hisloria eccles., Il, 23. 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

III 

l'époque et les circonstances de la découverte des tombeaux 

L'époque de l'enlèvement des tombeaux du côté occidental de 
la vallée du Gédron, fait mentionné par R. Akiba, pourrait, jusqu'à 
un certain point, être déterminée en un sens par l'allusion aux tom- 
beaux souterrains dans la description des préparatifs de la com- 
bustion de la vache rousse. D'une manière générale, depuis quand 
a-t-ontenu compte de cette impureté lévitique de caractère incer- 
tain ? La Mischna reproduit les rites et les usages des Pharisiens ; 
ce qui suffit à le prouver, c'est qu'elle a soin de noter les cas où on 
rejetait à dessein les exigences des Sadducéens concernant la 
pureté. Mais nous ne savons pas si les Sadducéens, eux aussi, 
tenant sévèrement à la pureté lévitique du grand-prêtre lorsqu'il 
brûlait la vache rousse, ne déclaraient pas que des tombeaux 
inconnus et simplement supposés pouvaient le rendre impur ; il est 
probable, étant donné leur littéralité dans l'interprétation de 
l'Ecriture, qu'ils ne le faisaient pas. La minutieuse observation des 
précautions si étendues et la singularité du cérémonial ne s'expli- 
quent que comme une démonstration voulue contre l'assertion des 
Sadducéens, qui prétendaient que les Pharisiens ne pouvaient pas 
préparer les cendres lustrales en observant les règles de la pureté 
lévitique. Ce dut être la première fois que les Pharisiens eurent à 
assurer l'accomplissement de ce rite si rare et si solennel, de là 
cette attention soigneuse jusqu'à l'anxiété du premier pas au der- 
nier. Deux personnalités connues des dix dernières années qui ont 
précédé la destruction du secondTemplesontformellement mises en 
rapport avec le sacrifice d'une vache rousse, et par là nous acqué- 
rons la certitude que la célébration de ce rite par les Pharisiens 
tombe entre les années 60 et 63. D'après laTossefta, le grand prêtre 
Ismaël b.Fiabi (59-61) fut amené par une corporation pharisienne à 
brûler une vache rousse d'après l'application pharisienne des lois 
de pureté, alors qu'il avait appliqué immédiatement avant l'inter- 
prétation sadducéenne f . D'après une autre indication de la Tos- 
sefta 2 , R. Yohanan b. Zaccaï était présent lorsqu'un grand-prêtre 

1. T. Para, m, 6. Les recherches si solides et si ingénieuses de N. Briill, Bel 
Talmud, I (1880), 238 et suiv., n'ont fourni, à mon avis, aucune preuve péremptoire 
qu'il ne s'agit pas d'Ismaël b. Fiabi IL 

fl. T. Para s fit, 8, 



LÀ PURETÉ LÉV1TIQUE DE JÉRUSALEM 215 

s'apprêtait à brûler une vache rousse d'après les lois sadducéennes 
sur la pureté et il l'empêcha de le faire de la manière qui est pres- 
crite comme règle par la Mischna {Para, m). Toujours d'après la 
Tossefta, et d'après des textes parallèles \ il prit part à la combus- 
tion d'une vache rousse, opération qui se fit probablement d'après 
la doctrine pharisienne. Or, nous savons par la liste des grands- 
prêtres qui ont brûlé des vaches rousses 2 que les derniers furent 
Elyoénaï, fils de Ha-Kayaf, Hananel l'Egyptien et Ismaël, fils de 
Fiabifà moins d'admettre que la mischna qui nous a conservé cette 
liste ait été close avant que des grands-prêtres plus récents aient 
également procédé à cette opération, hypothèse totalement invrai- 
semblable, attendu que la Mischna indique les divergences de R. Méir 
et de R. Juda touchant le nombre des grands-prêtres en question). 
Quoi qu'il en soit de l'identité de ces trois grands-prêtres 3 , la com- 
bustion d'une vache rousse, telle que la Mischna la décrit en détail, 
se place dans les années 59-61, et c'est déjà à cette époque qu'on a 
dû prendre en considération l'existence de tombeaux cachés ou 
seulement supposés. Est-ce à la même occasion et dans la même 
année qu'on a enlevé tous les tombeaux situés dans les parages du 
Siloé, afin que la grande procession du puisement de l'eau en vue 
de la combustion de la vache rousse et du culte de la fête des 
Tabernacles pût se faire avec la plus grande pureté lévitique? C'est 
probable, mais nos textes ne le prouvent pas. 

(A suivre.) A. Buchler. 

1. lbid., iv, 7 ; Sifrê, Nombres, 123, p. 41 6 ; Sifrê zouta, sur Nombres, xix, 3, 
éd. Horovitz, p. 126 ; Briill, l. c, 240 et s. 

2. Para, ta, 5. 

3. Il est difficile d'identifier les grands-prêtres nommés dans la Mischna. Nous 
connaissons Elionaios fils de Kanthéras par Josèphe, Antiquités, XIX, vin, 1 : il fut 
nommé par Agrippa 1, entre 41 et 44 ; c'est une indication pour placer l'époque 
probable des deux autres entre 44 et 70. Comme Ismaël b. Fiabi a été en fonctions 
entre 59 et 61, Hananel ne pourrait être identique qu'avec Joseph b. Kabi ou Ananias 
fils de Nédébaios, ce qui est impossible. Nous sommes donc obligés d'admettre que 
la Mischna ne cite pas les grands-prêtres dans l'ordre chronologique (Schùrer, 
Geschicàte, II, 4 e éd., p. 269, n. 5). Pour Schùrer, Hananel est Ananel le Babylonien 
(v. aussi Halévy, Dorot ha-Rischonhn,l, 3' partie, p. 114 et siriv.),le premier des grands- 
prètres nommés par Hérode, et qui a été en fonctions en 37-36 avant l'ère chr. Mais le 
saut serait trop grand d'Elionaios à cet AnarieL On remarquera que tous les grands- 
prètres énumérés par Josèphe depuis l'époque d'Hérode jusqu'à la destruction du 
Temple sont appelés par leurs noms hébreux, à l'exception de Théophile fils d'Anau, 
qui exerça ses fonctions de 37 à 41 (Antiquités, XVIII, v, 3). Il paraît avoir été 
originaire d'Alexandrie, comme Boéthos, père du grand-prêtre Simon ou grand-prêtre 
hii-mème, et probablement comme le successeur de celui-ci, Mathias fils de Théophile. 
Or, Théophile, traduit en hébreu, serait bN733n, et Théophile b. Anan pourrait être 
^"l£73n 2N732n< Les cendres lustrales auraient donc été préparées tout de suite au 
début du règne d'Agrippa I et peut-être dam sa dernière année, ce qui conviendrai 4 
bien aui tendance! religieuse» de ion gouvernement* 



LA FIGUE EN PALESTINE 

A L'ÉPOQUE DE LA MISGHNA' 

1. — L'arbre et le champ ; la racine, les branches et le bois. 

Le figuier, dont on doit chercher la patrie dans les pays sémiti- 
ques de l'Asie antérieure 2 , est une des productions les plus carac- 
téristiques du pays d'Israël 3 . Avec la vigne et l'olivier, il compte 
parmi les arbres les plus importants 4 , dont la destruction équivaut 

i. Avec des notes de M. Immanuel Low [placées entre crochets]. 

2. V. Hehn, Cullurpflanzen und Haustiere, 6 e édition p. 94. D'après de Can- 
dolle, la Syrie est encore aujourd'hui à peu près le centre de l'aire de propagation du 
figuier. Il est vrai que Lagarde (Mitteilungen, I, p. 58 et s.) et Guidi (Délia sede pr., 
p. 35-36) arrivent tous deux, quoique pour des raisons toutes différentes, à l'opinion 
que les figues étaient inconnues des Sémites primitifs. Parmi les pays sémitiques, 
Babylone ne connaît pas la figue (Hérodote, I, 193) ; pour l'Arabie, voir Lagarde, ibid. 
— Eu Grèce, le figuier cultivé n'existe pas encore à l'époque de l'Iliade; il n'est cité 
que dans des passages tardifs de l'Odyssée. Le figuier sauvage n'en est pas moins 
indigène dans toute l'Europe. Voir Hehn, loc. cit., où il est prouvé que la ficus carica 
existait déjà en Europe à l'époque quaternaire et diluvienne. Originaire d'Orient, il 
s'est répandu vers l'Occident dès l'époque historique. Il en a été de même, à l'époque 
historique, de la culture de l'arbre. 

3. Cité à coté du raisin et des grenades dans Nombres, xni, 23 ; xx, 5. Les mêmes 
fruits sont réunis dans lier., vi, 8; Bicc, ni, 1, la figue en tète. Cf. T. Ber., h, p. 4, 
1. 8 et s., où aux figuiers et aux oliviers, principaux arbres fruitiers, sont opposés les 
autres arbres. V. aussi Livre des Jubilés, xm, 6 (Kautzsch, II, p. 63). 

4. Deut., vin, 8 : il fait partie des « sept espèces» qui sont 1' « éloge » de la Terre 
sainte. Il est naturel, néanmoins, que la figue n'ait pas eu autant d'importance pour 
la Palestine, riche en céréales, que pour l'Attique, si pauvre en blé (comp. le « syeo- 
phante » ; voir Magerstedt, p. 144). — Le figuier est souvent cité surtout à côté de la 
vigne: Psaumes, cv, 133 ; Cantique, n, 13 ; Osée, ix, 10: Juges, ix, 10, 11 ; — 
T. Ter., v, p. 26, 1. 22 ; j. Bicc, i, 63rf, 1. 72 ; T. Soucca, n, p. 193, I. 20 ; T. Ned., 
iv, p. 279, 1. 13 ; T. Sota, xv, p. 322, 1. 19 ; j. Sanh., vu, 24 b, 1. 13 d'en bas. « La 
figue sœur de la vigne», dit Hehn, l. c. Josèphe nomme la figue à côté du raisin 
« fruit royal » (Guerre, III, x, 8). — Sur l'importance et l'utilité de l'arbre, v. Gen. r., 
xxxvi, où la figue et l'olive, considérées comme aliments, sont opposées au vin. objet de 
jouissance. 



LA FIGUE EN PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA MISCHNA 217 

à la disparition de la culture dans le pays^. Les figues de Syrie 
jouissaient d'une excellente réputation au loin 2 . 

Gomme pour d'autres espèces fruitières, l'arbre et le fruit portent 
le même nom : TOWt 3 . La culture du figuier en Palestine doit être 
extrêmement ancienne s , ce qui n'empêche pas qu'on le trouve 
encore à l'état sauvage à l'époque de la Mischna 5 ; mais peut-être 
faut-il entendre par figues « sauvages », non pas des figues non 
cultivées, mais des arbres à fleurs mâles 6 . 

Le champ sur lequel poussent, à côté de la figue, d'autres fruits 
(le plus souvent des grenades) s'appelle rra 7 . Celui qui porte le 



1. Osée, ii, 14; Joël, i, 7; cf. Habac, m, 17. 

2. Voir tout au long Magerstedt, p. 183. Des figuiers de Syrie furent transplantés 
en Albanie, où ils devinrent un objet de culture (Pline, XV, 21). On cite surtout la 
petite espèce nommée « Kottanae », dont on dérive le nom hébreu pUp- Pour 
l'étymologie voir Weise, Griechische Wôrter im Lateinischen, p, 139 ; Relier, Latei- 
nische Volksetymologie, p. 65 ; cf. Lewy, Die semitiscken Fremdworter im Griechi- 
schen, p. 22 ; d'après une communication de M. Yahuda, c'est l'arabe ,-^Jaii qui 
désigne encore aujourd'hui une espèce de ligues en Palestine [Ko-rxavov = -wJÂs '• 
Frânkel, Aramàische Fremdworter, 148 ; Haï sur Oukcin, i, 6 ; Bét Talmud, V, 
221; Kaftor va-Férah, Si a, 1. 28 (}*v»apbR glose de miana) ; Joret, Les plantes 
dans l'antiquité, I, 116; Hehn, op. cit., 99. Chirbet Qottein, Z.D.P. V., XXXI, 206.] 

3. V. T. Maaser., n, p. 82, 1. 29 : ïiaifitm \12 D^NH E3pb- — Il faut chercher 
un nom du figuier dans le mot N"T1^ du Targoum Schéni sur Esther, vu, 9. [Le 
Targoum vise le figuier en disant : « on en prélève des prémices et c'est avec ses 
feuilles que le premier couple se vêtit ». P. Cassel (p. 67), avec son arbitraire habituel, 
veut lire tfj"iN, ôpvo;, ôpveo; « figue sauvage ». Le Midrasch Abba Gorion, p. 21, 
Esther ?'., le Yalkout sur Esther, 1054, 1059, ont rîjND ; le Midrasch Panim Ahérim. 
p. 77, a "HN. II doit y avoir là une méprise de l'auteur.] 

4. Comp. la fable de Jotham, Juges, ix, 8 et suiv. D'après Gen. r., xxxi, xxxvi, 
Noé emporta dans l'arche des pousses pour replanter les figuiers. Le proverbe 
rP")D 5350 rî2ND "1^13 (Prov.. xxvii, 18) suppose également une culture ancienne. 
— D'après Gen., m, 7, le? feuilles de figuier se seraient trouvées dans le paradis 
terrestre. 11 est vrai que, d'après l'exégèse apologétique, il ne s'agirait pas de la ficus 
carica, mais de la Musa Paradisiaca de l'Inde. Seulement celle-ci n'est pas une 
espèce de figuier, et ses feuilles sont si grandes qu'on n'aurait pas eu besoin de les 
coudre. [Elle ne peut pas figurer dans la Genèse pour des raisons tirées de l'histoire de 
la botanique.] Voir Low, Aramàische Pftanzennamen, p. 336 ; cf. Dillmann et 
Delitzsch, ad loc. — Les Israélites trouvèrent sûrement le figuier cultivé en Palestine 
quand ils conquirent le pays ; le fait est formellement mentionné pour l'olivier et le 
figuier dans Deut., vi, 11 ; vm, 8; Jos., xxiv, 13. 

5. T. Demaï, i, p. 45, 1. 12, où les figues croissant dans un jardin, donc cultivées, 
sont opposées à celles qui poussent dans la vallée [nypm). — Dans T. Dem., i, p, 45, 
1. 8 ; j. Dem., i, 21 c, 1. 22 d'en bas, il est dit formellement d'une espèces de figues, 
les "prPUÎ, qu'elles sont « gardées » ; elles ne sont donc pas sauvages ; ailleurs les 
•pmtfî sont considérés comme étant sans maîtres (Maïmonide sur Demaï, i, 1). 

6. Voir ch. n. — Cf. Plut., Rom. 29, et l'exposé, d'ailleurs entièrement inexact, de 
Magerstedt, p. 181-2. 

7. Bicc, m, 1 ; j. Dem., i, 21 c, L 20 d'en bas. 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nom de «srp mu) 1 n'est pas non plus exclusivement planté de 
figuiers 2 . Le champ réservé à la figue est désigné par É*twt\ m© 3 . 
Il est considéré comme fV^ ma lorsque trois arbres au moins 
couvrent la surface d'une nao 4 . Quelquefois le figuier est dans un 
vignoble B , on laisse alors les sarments grimper autour du tronc 6 . 
Le champ qui porte des figuiers esl parfois aussi un pâturage 7 . 
Souvent les arbres s'élevaient, comme aujourd'hui encore, tout 
près des murs. Plantés dans la cour 8 ou dans le jardin 9 , ils étendent 
parfois leurs branches jusque dans les ouvertures des fenêtres des 
maisons 10 . Dans les champs se trouve quelquefois une cabane M, 
qui sert de demeure au cueilleur de figues 12 pendant la cueil- 
laison. D'ordinaire on emploie toujours les figues d'un champ au 
même usage i3 . 

Le figuier est d'une grandeur assez considérable ; il porte une 
couronne de feuillage touffu •*, qui projette une ombre épaisse * 5 , 

1 . Sur le rapport de KlÊ^p avec les figues, voir ch. m, p. 227, notes 2 et 5. Dans T. 
B. M., v, 391, 1. 15, il y pousse des pommiers et des grenadiers. — Peut-être faut-il 
en rapprocher mi^llp mU3, dans Maas., m, 4, d'après d'anciennes éditions et l'éd. 
Lowe. M. a my^p. Sur le sens, v. chap. vu, s. v. n^SSp. 

2. Le sens est « champ (de fruits) d'été ». Voir la note précédente et ch. m, 
p. 227, n. 2 et 5. 

3. T. B.M., ix, p. 392, 1. 21. 

4. 2500 coudées carrées (Samter, traduction de Zeraïm, p. 81). — Ils doivent pro- 
duire au moins autant de figues qu'il en faut pour faire un gâteau de figues ("DD 
nb^m) du poids de soixante mines italiques, pour qu'on retourne à cause d'eux tout le 
champ ; s'ils produisent moins, on se borne à creuser sous chaque tronc (Scheb.,i, 1, 3). 

5. Luc, xin, 6. Cf. Bauer, Volksleben ira Lande der Bibel, p. 139. On a vu que 
la figue et le vin sont souvent réunis dans la Bible (p. 216, n. 4. 

6. Kil., vi, 4 : nrND Z"l£p73 b$ nblITD Isa ; de même pour le sycomore (ibid.), 
le p"lO ib^N {Ëit., vi, 3) et le « feuillage » [ibid. : n"P,D^DN, v. Krauss, Lehnwurter, 
H. 106). T. Kit., iv, p. 78, 1. 30. — T. De?n. y m, p. 49, 1. 17: ÛTNP "Hp" 1 * 

d^m* nvbm. 

7. j. R. H., n, 58 5, 1. 23 (pour des bœufs). 

8. Maaser., m, 8, 10 (nxnj. Cf. j. Maaser., n, 49 d, 1. 11 : fiai3 Klïltt) mm 

mtfib. 

9. Maaser., -m, 10 ; T. Maaser. , n, p. 84, 1. 12. 

10. T. Maaser., ibid. 

11. T. Eroub., ni, p. 142, 1. 19-20; T. Soucca, i, p. 192, I. 15 (f^^fl AS15). 

12. f^p, v. ch. m (p. 229, n. 6) ; pSIp [Ber. y 44a, I. 23). [?]. 

13. Chaque espèce de figue ne se prête qu'à un emploi (T. B. M., ix, p. 392, I. 22 
et s.). On l'emploie soit à des ms^Xp (v. chap. vu), soit à des m m VU (ibid.), soit 
à une nb^rn (ch. vin). Il semble que des usages fixes régnaient à ce sujet dans les 
différentes localités, ce qui s'explique sans doute par les différences des espèces. 

14. Il est étroit en bas et large en haut : m mi ÏTOEDE ÏTirplD 1T WNnn 
ribyTab» [Cant. r., 30, sur n, Î3f), 

15. j. R. H., ii, 58 6, 1. 23. Cf. le récit de Pes., 1116 en haut. Dans j. Ber., il, 5c, 
1. 11, les docteurs sont assis sous un figuier. On s'asseoit couramment sous le figuier 
a uause dfl aon ombre (Zacha, m, loj , 



LA FIGUE EN PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA MISCHNA 219 

dans laquelle on peut se dérober aux regards 1 . Dès le mois d'Adar 
(mars), la couronne atteint son plein développement 2 . La produc- 
tion de chaque arbre est naturellement variable 3 ; néanmoins la 
grosseur et le nombre des fruits qu'un arbre produit en moyenne 
sont un objet d'admiration ''. Gomme tous les arbres fruitiers 5 , il 
ne doit pas être abattu aussi longtemps qu'il est productif 6 . Il est 
mauvais pour l'arbre d'en cueillir les fruits à contre-temps 7 . 

La reproduction du figuier se fait au moyen de plants 8 . Le jeune 
plant, comme pour tous les arbres, s'appelle t-tf"^ 9 , nom qu'il 
conserve jusqu'à la sixième année 10 . Le jeune arbre est traité 
avec soin H , jusqu'à ce qu'il pousse de grandes racines 12 . Celles-ci, 
tout en étant tendres ,3 , s'enfoncent profondément, même dans un 
sol pierreux 15 . La jeunepousse s'appelle, comme labouture, Tirn 15 . 

1. Nathanaël s'étonne qu'on le voie du pied du figuier (Jean, i, 49, 51). 

2. Sanh., 18 6 en bas : quand le bœuf se réfugie à midi à l'ombre du figuier contre 
la chaleur, on est en Adar. 

3. V. Scheb., i, 4 : avec les fruits d'un seul arbre on fait un gâteau de soixante 
mines italiques ; on envisage aussi le cas où un arbre produit beaucoup plus ou beau- 
coup moins. 

4. j. Scheb., i, 33 6, 1. 33 : ï"mn ÏTZÎ"iy. Sur la quantité immense (fort exagérée 
d'ailleurs) des figues en Palestine, v. Ber., 44a, 1. 22 et s. : rmù "^bsO N13T D^TDID, 
soixante myriades d'écuelles de thon [non de thon, mais d'alose, clupea alosa. Voir mes 
Fischnamen, n° 51] pour les cueilleurs de figues. — Cf. Pline, XV, 19 : en Hyrcanie un 
arbre produit 270 myriades, soit 2360 litres ; idem, VII, 2 : dans l'Inde il y a des 
arbres qui nourrissent tout un escadron. 

5. Voir Monatsschrift, 1906, p. 579. 

6. B. K., 916 en bas: un homme meurt à cause de ce péché [HÔ2 NrOKn VpT 

7. Cant. r., sur vi, 2 : ns^i rtb ïid"' nro-ija napbsra i»T3 iî nrwnii 
WNnb am nb an nrûi*a nupba rrrwD ^rai nranb. 

8. KiL, i, 8 ; Orla, i, 9. Cf. Gen. r., xxxi, (éd. Theodor, p. 284, 1. 10), xvxvi. 

9. T. Scheb. , i, p. 61, 1. 16. Il paraît produire de très bonne heure (Magerstedt, 
p. 193). 

10. Ibid. (îtttf) n3) ; baraïta dans j. Scheb., i, 33 c, 1. 14 (izj\Z5 n23) ; j. Orla, i, 
61a, 1. 45. 

11. Sur l'entretien des arbres en général, voir Monatsschrift, 1906, p. 574-578. — 
On arrose le jeune arbre par en haut (T. Scheb., i, p. 61, 1. 19). Le figuier adulte 
demande moins de soins, v. Bauer, op. cit., p. 143, qui cite à ce propos un proverbe 
des Arabes de nos jours, p. 138 : la vigne est une noble dame et le figuier une pay- 
sanne endurcie. 

12. T. B. M., ix, p. 392, 1. 18 (jusqu'à ce qu'il arrête le soc, c'est-à-dire qu'il ait 
de fortes racines). 

13. j. Ab. z., m, 43a, 1. 20 ; j. Ber., ix, 14a, 1. 29. [Gen. r., xm, i. f., p. 126 
Theodor.] 

14. j. Taan.,1, 646, 1. 13 ; j. Ab. z., ibid. ; Yalkout, II, 15 6. Le figuier pousse 
souvent sur un terrain pierreux (Palladius, IV, 10 ; Columelle, V, 10 ; Schneller, 
Kennst du das Land ? p, 95). 

iB, ■vin*' «tel J J. AfrtfiU»., tt, B0a, h 43, 49» rtrsn ^18 "nrw KiU s t, 8 4 , Qrla> 
» 9 j OuAetoj lit, 8 } fleutt,» 188 h m haut, 189 6 \ T, Kë, /, 1, 871, h il \ 1W< 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

On connaissait l'art défaire reprendre de jeunes pousses arrachées * , 
pourvu qu'elles adhérassent encore à l'arbre par l'écoree 2 . Les 
branches s'appellent nmo 3 , une branche porte aussi quelquefois 
le nom de mai*} 4 . Le bois du figuier, plein de sève, n'est géné- 
ralement pas employé à être brûlé, comme provenant d'un arbre 
fruitier s . L'arbre est abattu quand il nejproduit plus de fruits 6 , 

Les fruits poussent directement sur les branches ' aux coins des 
feuilles. Leur queue s'appelle ypi* 8 , plus rarement mtanias 9 , son 
épaisseur varie suivant les espèces *°. 



PPT btD : j- Yeb., v, 15 d, 1. 40 ; b. Yeb., 122 6. Appliqué seul à n3N : Orla, i, 9 ; 
j. Orla, 61c, 1. 5; T. Orla, i, p. 44, 1. 19 ; j. Kil., i, 21a, 1. 48. Pluriel ^irp' 1 
D^Nn : T. B. K., vi, p. 356, 1. 13 ; j. B. K., 56, 1. 66 ; b. B. K., 59 a, parallèlement 
à D^D} "^blb et par opposition à "pas et à 10T2 [Surculus (Varron, De re rustica, 
I, 41, 4) — Le mot est conservé dans l'araméen cbrétien de Palestine (Schultliess, s. v. 
«w— a- avec suffixe, sur Matth., xxiv, 32 x).àSoç ; Schultliess, Lex. Syrop, 82). 
L'étymologie reste obscure ; la racine inN, proposée par Jastrow, celle de y^, indiquée 
par Levy, et celle de mn sont également inacceptables.] Le passage de Sanh., 41a, 
en bas, «il le transperça avec une branche de figuier», doit s'expliquer, d'après 
Low, par une impropriété d'expression. 

1. Sur l'emplâtre et d'autres remèdes, v. Monatsschrifl, 1906, p. 578. 

2. Oukcin, m, 8 ; T. Kél. I, i, p. 570, 1. 15 ; Houll., 128 6 en haut, 129 6. 

3. T. Yomtob, iv, p. 270, 1. 9 (a^tfn *D1D) ; baraita dans j. Beça, iv, 62c, 1. 25 
(a^Étn msio) ; baraïta dans Soucca, 13 6, 1. 22 ; T. Maasser., ni, p. 84, 1. 23 ("Oio 
rW&W). Cf. Lament. r., s. v. D"mna ; Low, op. cit., p. 390. [Matth., xxiv, 32 : 
ot.-soxD Delitzsch traduit par Ï1D33*, mais ï"P3"lO aurait été plus exact.] 

4. Tarn., n, 3 : WHn 3U3 n"pm7a d'après la leçon de l'Arouch (éd. Lowe : 
n"P3-)V2 ; la même leçon [et moins bonne] dans Soucca. iv, 5 ; b. Soucca, 45 a ; 
Sifra, 76, I. 20 ; — forme araméenne dans j. Scheb., i, 33c, 1. 15: NrH3")W N"in 
i*TD2 fcOnN Nrij^NDT, « une branche du figuier qui porte vite des fruits », = j. Orla, 
i, 61a, 1. 45, 1. : NrP"lH73 (avec 3 adouci comme souvent en aiaméen d'après Levy). 
Dans T. Men., ix, 526, 1. 25, passage parallèle à Taan., n, 3, ri^Nn btt) nTHaffla 
est à corriger en nvmw. [Levy. a rapproché avec raison de ce mot le syriaque 
Jt^vao, dans Ez.. xvn, 4, hébreu mp'2" 1 , Targoum «n;33tZ3 ; le sens doit être 
celui de « branche », non une pousse nouvelle, mais un rejeton lignifié, ce (pie le 
Targoum exprime par NniZ33l23, (Pseudo) Saadia sur Rerach., 56, éd. Wertheimer, 
par -^S3l *-Ja* , glose de Nnï53ïï5.] 

5. Tarn., n, 3 ; T. Men., ix, p. 526, 1. 23 ; Sifra, 76, 1. 20. 11 s'agit seulement de 
certaines branches qui tombent ou qu'il faut tailler. 

6. Luc, xni, 7. 

7. Voir le passage cité n. 3 : DTTKn DH31 rWWl TDID, et j. Maasser., 50a, 

i. 43, 45 (-iirr- 1 ). 

8. Sanh., v, 2 : Û^Nn "^pl? ; Oukcin, i, 6. Se dit aussi des figues séchées 
mi;n~ï3 et de l'espèce appelée 'pO^bD {Oukcin. ib. ; Ter., xi, 4). 

9. Se dit seulement des n*H2 m33 : Ab. z., i, 5 ; j. Ah. s., 39c, 1. 35 (b. Ah. z., 
13 6 en bas : nTlCntKH ; 14 « en haut > corrige 13123 ^ÏT?n"nïaiï3Dl) • Krauss, II, 441, 
veut rattacher à tort le mot à "H^E), Ttéxaupov, « perche ». L'étymologie et la signi- 
fication restent douteuses. Cf. plus loin, ch. v. 

10. C'était, parait-il, un critérium (San/t., 41a, en bas : Jipl m^pi* 1T ïlDTOn 

■pou i-patpi*)* 



LA FIGUE EN PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA MISCHNA 221 

L'arbre peut être endommagé par les oiseaux, qui picorent les 
fruits doux 1 . Le tronc et les feuilles doivent être débarrassés des 
chenilles 2 pour que les figues ne deviennent pas véreuses 3 . On doit 
enlever les fortes sécrétions de la figue 4 , parce qu'elles peuvent 
faire pourrir le tronc *'. Une maladie propre aux figuiers paraît être 
l'écorcement 6 ; on y remédie en enduisant les parties malades de 
terre glaise 7 . A certaines années les figuiers produisent peu de 
fruiLs ou même n'en produisent pas du tout, ce qui peut être attri- 
bué aux causes les plus diverses, par exemple au défaut de féconda- 
tion par les insectes. 



IL — Le fruit et les sotns qu'il réclame. 

Il est défendu de greffer une espèce de figuier sur une autre 8 . 
Mais il est permis d'améliorer une espèce en greffant des branches 
meilleures sur des arbres sauvages 9 . De la greffe il faut distinguer 
l'opération appelée fécondation par la guêpe du chêne à galles. 
Comme la figue fait partie des plantes unisexuelles, dont la fécon- 
dation dépend du vent et des insectes, on peut en augmenter le 



1. T. Ter., vu, p. 38, 1. 26 : rï*"Wia "ip3l2 ^l^S TtST\ ; de même pour la datte 
(ib.). Cf. Magerstedt, p. 194. Les oiseaux s'attaquent surtout aux extrémités des fruits, 
qui sont douces. 

2. i.Ber., n, 5 c, 1. 15. 

3. Baba Batra, vi, 2: mybnrfla. Cf. Pline, XVII, 37. C'est sans doute d'un 
insecte de ce genre qu'il s'agit dans Sabb., 90a en bas: "»3^Nm HD ; on exagère 
d'ailleurs son action : b'Oflp mn pITP ^"H ÏT'ttp a*>m mm KTWri 81~n 

Vnb ns mbap mb "172s arpKna jsp Y^? ^n mb -ten ^man [Géop., x, 

46. La figue ne reçoit pas de vers (<yxo>),7]$) si on enfonce la pousse (xXàSo;) qu'on veut 
planter dans une scille (crxtXXa) ; Théophraste, II, 7 ; Lenz, 293 ; Pline, XVII, 11 ; 
Athénée, 111, p. 77 ; — Kilaïm, i, 8. J'examine ce passage dans mon travail sur aitn, 
Levy-Festschrifl, 47 et s.] 

4. Chez les Grecs et les Romains on les employait comme présure pour faire du 
fromage (Iliade, V, 902 ; Pline, XVI, 70). 

5. T. Scàeb., i, p. 61, l. 29: nD*nn»tt "SB»- 

6. Ib. : nsbpn3TD rï^fiWl. — Sur les nombreuses maladies du figuier, v. Mager- 
stedt, p. 194. 

7. ib., i. 30 : epaa ^r\'û. 

8. j. au, 276, i. 8 : mab rwwi ^a^ by rmrna rrran a-onnb tidk. 

Cette défense excluait les fantaisies horticoles en usage chez les autres peuples. 

9. On le défendait seulement pendant l'année sabbatique (T. Scheb., L c). C'est 
ainsi qu'il faut entendre "pa"0~!73. Cela n'a rien de commun avec l'opération dont il 
va être question. Par arbres sauvages on entend ici réellement des plantes non culti- 
vées, femelles et non mâles. Cf. Magerstedt, p. 140. 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rendement en fécondant artificiellement le plus grand nombre 
possible de fleurs'. A cet effet, on se sert des branches du figuier 
sauvage (mâle) dit caprin (caprificus), qui portent les œufs du 
cynips (Cynips psenes ou Blastophaga sycomori Westi 2 ). On 
suspend ces branches (ou couronnes) aux branches en fleurs des 
arbres meilleurs (caprification) 3 . La branche qui sert à l'opération 
s'appelle ainn 5 . Quand les insectes surviennent, ils transportent 
le pollen sur le pistil de la fleur femelle et produisent ainsi la 
fécondation \ 
Les figues jeunes (trasj sont ointes d'huile pour mûrir plus vite*, 



1 . Un arbre ordinaire qui produisait 25 livres avant la caprification peut en 
produire ensuite de 250 à 280 livres. 

2. V. Magerstedt, p. 181-182, où l'insecte est nommé <\>r\v, culex ficarius (Pline, 
XI, 41). La littérature talmudique n'en fait pas mention et il est invraisemblable que, 
comme le veut Lewysobn, Zoologie des Talmud, p. 305, cet insecte soit identique 
avec celui qui est nommé ne dans Sabbat, 90 a en bas, attendu qu'il s'agit évidem- 
ment dans ce passage de figues mûres 

3. Elle est interdite pendant l'année sabbatique, T. Scheb., i, p. 61, 1. 30: "pfc* 
"painn pbin (pour mnn on a les lectures •psinn, «pain dans le Yerouschalmi 
[lire "pain], pa*in (Low, p. 391), pmn). La branche du figuier sauvage (mâle) 
s'appelle ainn ; cf. j. Scheb., iv, 356, I. 3 : na*Om \f) -IlJŒ ÏTTWn mTT" Vi^E 
[pour -1Z21E il faut lire ntïtiS (iKrPûûttî), « figuier sauvage », cf. TtEHŒSTl Epb, Pflan- 
zennamen, 109. J 

4. V. note précédente et Low, p. 391-392. En syriaque le caprificus s'appelle jLsoL 
tPayne Smith, 4403). — Il est probable que ainn a pris un sens dérivé de l'emploi 
de la branche et est devenu le nom de l'arbre mâle en général. Low, Jew. Encyclop., 
X, 80 (« "painn M, pain: Caprificus, wild varieties of ficus carica*), parait y 
voir aussi le nom d'un arbre [Non : le caprificus est la plante mâle, la figue comestible, 
la plante femelle, Hehn, 6 e éd., p. 99]. 

5. C'est ainsi qu'il faut entendre la question tant controversée de la caprification. 
V. les travaux du comte Solms Laubach et l'addition importante dans la Botanische 
Zeitung, 1885, n 0f 33, 36 (« Die Geschlechtsdifferenzierung des Feigenbaums ») : 
« 11 est vrai qu'il se forme aussi assez rarement du pollen chez le caprificus, mais le 
plus souvent il a des Heurs mâles. Cette caprification, qui a été inventée par les Sémites 
de la Syrie et de l'Arabie, est la condition préalable d'une culture rationnelle. » Cette 
théorie de la nature du figuier, qui distingue des arbres mâles et des arbres femelles, 
ne s'est imposée que tout récemment ; elle constitue un retour à Linné (Hehn, p. 99). 
[La caprification était peut-être indispensable primitivement, mais aujourd'hui elle 
n'est pas pratiquée partout et il semble que le figuier cultivé ait acquis la capacité 
de produire des fruits savoureux et doux même sans saupoudrement des fleurs et sans 
formation de semences ger mina triées (Meyer, Konversations-Lexicon, s. v. ficus). 
Z.D.P. V., XI, 79] 

6. Scheb., n, 5 : ÛP1N Û"»3p3»l u^Stl PN 1*00 ; T. Scheb., i, p. 61, 1. 25. 
Cf. Baucr, op. cit., p. 142 : «Pour hâter la maturité des figues en juillet et pour 
pouvoir apporter le plus tôt possible au marché des fruits mûrs, les fellahs ont cou- 
tume d'humecter l'extrémité des figues, lorsqu'elles pendent encore à l'arbre, avec une 
goutte d'huile. » 



LA FIGUE EN PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA MISCHNA 223 

et, pour mieux faire pénétrer l'huile, on transperce les fruits { . Ce 
procédé n'était d'ailleurs pas en usage partout 2 . 



III. — La cueillette. 

Les « fleurs » 3 du figuier, si l'on peut appeler ainsi les ovaires qui 
s'épanouissent, sont imperceptibles; au même moment où il a ses 
ovaires, ses branches se remplissent de sève 4 . Les bulbes, d'abord 
vertes, prennent peu à peu une teinte rougeâtre (rrnïn) 5 ; elles reçoi- 
vent alors le nom de rt»s 6 . La maturité est désignée parle verbe bna 7 . 

1. Ibid., T. Scheb., I. c. 1. 27, où il faut adopter la variante *J^3pD73 pour "prDpE- 
Ces figues s'appellent mapl^û mDIO D^Nn (j. Bicc, i, 63d, 1. 71). — Il paraît 
que les figues acquièrent en même temps de cette manière un goût agréable (baraïta 
dans Ab. z., 506 : ■pTajasE). — Peut-être Palladius, IV, 10, songe-t-il à cette 
opération. Cf. Magerstedt, p. 195. [On accélère de beaucoup la maturité des fruits 
lorsqu'on leur verse dans T « œil » une goutte d'huile, dès qu'elles ont pris toute leur 
croissance et qu'elles commencent à se colorer. Ce procédé est tout-k-fait infaillible ; 
les fruits ainsi traités sont mûrs en huit jours, les autres quinze jours plus tard 
(Meyer, Konversations-Lexicon , s. v. ficus).] 

2. Scheb., I. c. 

3. j. Scheb.. v, 85c?, 1. 26 d'en bas : £3371, qui signifie ici « avoir des ovaires » ; 
d'après Fleischer apud Levy, Neuh. Wb., II, 260, « avoir des fruits mûrissants et rou- 
gissants » (Cantique, n, 3). [Il ne saurait être question, à proprement parler, de fleurs, 
mais seulement de l'apparition des embryons des fruits, c'est-à-dire des bourgeons 
latéraux en forme de massue ou de poire, à la paroi intérieure desquels sortent les 
pédicules en fleurs, dernières ramilles du bourgeon (Kerner, Pflanzenleben, 2 e éd., 
II, p. 143). Voir une description du liguier fleurissant dans Bâcher, A.b.A., 134, 
partie allemande.] 

4. Matth., xxiv, 32, et Marc, xm, 28 ; cf. Luc, m, 29-30. De même Maïmonide 
expliquant imiTr!, Scheb., iv, 7. — Cf. Bauer, p. 141. 

5. Scheb., iv, 7 : im-im ; m. iD'nr. Comment. : 'jb'iiDa nbnn inn *IT3"HNr:. 
Simson de Sens : iziETDn ïa rnn ï"W3b» bioab "ibmmiDîQ. 

6. Ibid. ; Cantique, il, 3. Sur le mot n^D, voir l'Appendice de Lôw à la lin du 
chap. iv. 

7. Scheb., iv, 7 [bna désigne le début de la maturation] ; Maas., i, 2 (R. Simson : 
bma *11p nblUîn nbnn). Dans j. Maas., i, 48d, 1. 32, "ibrPH est expliqué par 
m?3"HN73 ÛfPS D^Nrin 531 ÛÎT35 lïïHfiFtpQ. — Dans Nidda, v, 7, le déve- 
loppement de la vierge est comparé à celui de la ligue : la petite enfant correspond à 
rtJD, la jeune lille à bma, la vierge formée à b?û2£ (fruit à terme) ; cf. T. Nidda, vi, 
p. 647, 1. 24 (b^aSC) et b. Nidda, 47a [sur bna, syriaque l^avs, v. Pflanzen- 
namen, 391 ; Bar Balilûl, Lexicon syriacum, 413, Duval ; arabe ^o, v. Geiger, 
Jud Zeitsçhr., IX, 16, n. ; Z.D.M.G., L, 291. Déjà bma dans la Misclina et la 
Tossefta de Nidda (Haï seul a bna) était, dès l'époque talmudique, un mot assez rare 
et qu'il fallait expliquer ; quant au mot b 72 il , il était alors tout à fait tombé en 
désuétude ; c'est sans doute un terme authentique de l'ancien hébreu pour désigner la 
figue mùie (ou le fruit mûr en général), mais on ne le retrouve pas non plus dans 
les autres langues sémitiques.] — Hag., 5a : "\X212 tfb*I b^plZÎ "^Nn ; 711212 est une 
expression pour « mûrir » (v. Levy, s. v., III, 84a, 734a), au propre « arriver au 
terme ». Bâcher, Terminologie II, 110 ; syriaque JL^oo, « mûrir ».] 



224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La maturation des fruits se prolonge jusqu'en septembre 1 . 

La durée de la croissance de la figue est ainsi calculée - : cin- 
quante jours depuis l'apparition des feuilles jusqu'à la formation 
des figues hâtives (rudiments des fruits) 3 ; cinquante autres jours 
depuis ce moment jusqu'à ce que les SXuvôoi, arrêtés dans leur 
développement et ne mûrissant pas, commencent à tomber, jusqu'à 
ce qu'ils deviennent mbaian •prruBïi 4 ; cinquante jours encore depuis 
ce moment jusqu'à ce qu'ils puissent recevoir le nom de tra^n b ; la 
croissance tout entière dure donc cinq mois 6 . 

Ce ne sont pas seulement ces derniers fruits, les figues proprement 
dites, qu'on cueille, on fait aussi auparavant la cueillette des figues 
hâtives, de sorte qu'on peut récolter deux 7 et même de temps en 
temps trois fois 8 en un an. Ce fait a valu à l'arbre le nom de ans"» 1 "! 9 , 



1. T. Soucca, il, p. 193, 1. 20 : à l'époque de la fête des Tabernacles, car on mange 
alors des figues et du raisin. 

2. T. Scheb., ix, p. 67, 1. 16 et s., baratta dans j. Scheb., v, 35a", 1.49, Bechor.,8a. 

3. Ibid. : ■pasr: 12 pb* nN£")n?2. 

4. Ibid., mbaia WTO ly b^Bïl»; ms. devienne: mbaïai F rn ®' et 
baraita du Yerousch. mbàia |VPtDi ce qui donne au moins un sens. Sur les mots 
1*TPÏJ et mbata, v. ch. v. [La seule leçon possible est mbaian "prPTDfl "1? ; 
VrPttî est une corruption inadmissible. Les ôXuv6oi qui tombent sans être mûrs 
s'appellent en syriaque (Bar Bahlùl, 64 Duval) J&s— JLj)L, en arabe £W. ^ <s ^ ^* Jt "«] 

5. Ibid. : D^Knn iy mbai3 TîT'tSîa, lire d'après Lôw (v. la note précédente), 
avec la baraita du Yerouscb, pPïïnW- 

6. Rabbi réduit chacune de ces périodes à quarante jours {ibid.). — Mais comp. 
ce qui va être dit du nombre des récoltes et des ligues à maturation difficile. 

7; R. H., 156. 1. 13 : nauîa mS"»na TU: Wl^tt p-'tf. T. Péa. i, 18, 1. 28 et 
s. : nn&O "jn^p? *pN : Péa, i, 4, par opposition à d'autres arbres, qui n'ont qu'une 
récolte : dattes, caroubes, olives [Yahuda : Pour les dattes les botanistes arabes 
indiquent aussi deux à trois récoltes ; v. Ibn Sida ou Lisdn, s. v. +'J et nv ' ] 

8. Comp. le figuier de Chypre (Magerstedt, p. 181; Pline, XV, 16), les figues de 
Chacis en Cœlésyrie (Pline, XV, 19). 

9. Peut-être aussi est-ce une variété. On trouve en effet chez les Grecs une espèce 
de figues nommée ôîçopoi (Magerstedt, p. 186. — Variantes : N"ID"P*7. &T1DT7, grec 
oîcpopo; (Krauss, II, p. 201, où sont réunies toutes les leçons), N"ïDT (De7naï, i, 1 
[Maïmonide, éd. Zivi] ; Scheb., ix, 4 [M.: NIEnb] ; j- Scheb., ix, 39a, 1.45; 
T. Scheb., vu, p". 71, 1. 32 ; p, 72, 1. 1 ; pluriel "p-lDTH (j. Scheb., ibid. [éditions : 
"pis*!, D^IDT]). — Etymologie populaire dans Eroub., 18a, 1. 32 : TfiBiy *{b">N 
m~PD "PI ; de même dans j. Scheb. Le mot se dit en hébreu d'autres arbres, v. T. 
Scheb. et Eroub., II. ce. [Fraenkel, Z.D.M. G., LX, 369 : jUu> (JlLo). Dozy, s. v., 
indique les deux formes de ce mot dans le manuscrit de Leyde d'Ibn al-Avvwàm 
comme nom de figue. Du passage cité par lui il résulte que c'est une espèce de figues 
qui mûrissent avec une précocité particulière. Or, l'arabe moderne a un mot dé fur 
qui signifie « figue précoce » (Lohr, Der vulgàrarabische Dialekt von Jérusalem). 
C'est certainement le même mot, et le f au commencement de la seconde syllabe est 
ainsi assuré. Naturellement nous avons affaire à un mot emprunté ; il vient du grec 
oîcpopo; (aux^i Sîcpopo; est attesté maintes fois) ; la transition est faite par l'ara méan 
fino'H (Krauss. II, p. 201).] 



LA FIGUE EN PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA MISCHNA 225 

qui primitivement ne désignait sans doute qu'un arbre à deux 
récoltes par an. Il existe certaines espèces dont les fruits ont 
besoin de deux 1 ou trois ans 2 pour|mûrir 3 . 

On considère comme figues de la première cueillette les figues 
non mûres, û^d 4 . Les premières figues de la récolte principale s'ap- 
pellent rvmna 5 ; elles tombent facilement des arbres 6 et mûrissent 
d'avril à juin 7 . Les ryy-naa sont très estimées 8 . Les figues de la 
cueillette principale sont les û^Nn. Ensuite viennent les figues 

1. Scheb., v, 1 : les mtfOHD ne mûrissent qu'au bout de deux ans ; comment. : 
D-^fltn "p». Cf. T. Scheb., iv, 65, 1. 20. 

2. Scheb., v, 1 ; c'est l'espèce nommée mi25 n*l22 (voir ch. v). Cf. Ab. z., i, 5. 
Le fait pour ces arbres de ne faire mûrir leurs fruits que tous les trois ans est consi- 
déré par le Midrascb comme un mal que Dieu guérira un jour (Gen. r., 10). 

3. D'après nos sources, le figuier produit une récolte au moins chaque année, 
tandis que d'autres arbres sont improductifs à certaines années (j. Scheb., i, 33 6, 
1.35: H3123 ba ma? anrNn anm H3U5 ans mia va* N3b"»N 3w). t El1 
dépit des commentateurs, je tiens cette explication pour inexacte, car on ne peut pas 
dire des autres arbres fruitiers qu'ils portent des fruits une année sur deux. Le sens 
est plutôt : d'autres arbres portent des fruits année par année, mais le figuier toute 
l'année, c'est-à-dire constamment. Dans certains cas, les figues sont presque 
toute l'année sur l'arbre ; voir plus loin, p. 226, n. 6. — « Vers la fin de l'hiver appa- 
raissent à la partie supérieure des branches de l'année précédente, les grossi ; toutes 
les autres figues naissent des coins de feuilles des branches qui se sont développées 
dans la même année ; à la partie inférieure sont les forniti, qui mûrissent avant la 
chute de feuilles ... à la partie supérieure les cratiri, qui restent après la chute des 
feuilles à travers l'hiver» (Meyer, Konversations-Lexicon, s. v. Ficus).] 

4. T. Scheb., ni, p. 65, 1. 16; Cantique, n, 13. Cf. chap. v. — D"^D désigne 
toujours des figues que ne sont pas mûres. Dans T. Schabb., xvi, p. 135, 1. 18, rWB 
est mise dans la paille, ce qui ne peut avoir d'autre but que de lui donner le degré 
voulu de maturité; de même j. Pes., n, 29 6, 1. 26 et j. Kil., i, 27 6, 1. 44 (où 53C3 
doit être corrigé en *pn). Cf. aussi Lév. r., 25, où f^D est employé adjectivement : 
« dis à ta mère que les figues sont mûres et non vertes » ("JD^D ttbl "pb^ma "JTIÏTJ). 
[Le texte ne doit pas être correct.] 

5. T. Dem., i, p. 45, 1. 12 (on les appelle ainsi 1731125 WŒ^ID «V) ; j. Dem., i, 
21c, I. 26 d'en bas ; j. Sota, in, 19 a, 1. 16 (rmaa rtPKn) ; pluriel j. R. H., i, 56<Z, 
1. 19. — On trouve aussi miaa (Low, Aram. Pflanzennamen, 391 ; Barth, Nomi- 
nalbildung, §37c; en arabe SjpU, qui a passé en espagnol sous la forme 
albacora). Dans la Bible on trouve HjNna ÏTYD3, Os., ix, 10 ; Is., xxvm, 4 ; 
Mi., vu, 1 ; cf. Jér., xxiv, 2 [Ter., iv, 6). A ce nom se rattache le verbe ira « mûrir 
de bonne heure» (Bicc, m, 1 [où M. a d'ailleurs miD3 H3^fi*ri] ; j. Scheb., ix, 39 a, 
1. 5, qui s'emploie aussi d'autres fruits {Bicc, m, 1 : "p^l b"0125N) ; il est du reste 
vraisemblable que ÏTTD3 désigne primitivement un fruit hàtif en général (Sanh., 916, 
en haut). — Schneller, Kennst du das Land? p. 241 et s., dit que cette ligue est 
déjà mûre en juin et qu'elle est alors très recherchée, tandis que les figues ordinaires 
ne peuvent se manger qu'en août. 

6. Apocalypse, vi, 13; — Nahum, m, 12. 

7. Résulte de l'histoire de la malédiction du figuier, Matth., xxi, 18-20, et Marc, xi, 
11-14 (d'après l'explication de Schneller, op. cit., 271-273). 

8. Gen. /•., 22 in in. ; b. Sanh., 916, 1. 1. Cf. j. Dem., i, 21c, 1. 25 d'en bas: 
-i72nu3 aiusirs «bl25 TP mTD2H irr ib^i. 

T. LXIl, n- 124. 15 



226 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tardives, appelées ms^D ' et ms^iott 2 ; on les trouve encore aux 
arbres en octobre et novembre 3 . Comme elles sont souvent appré- 
ciées avec dédain, il est certain qu'elles ne proviennent pas de la 
seconde cueillette, mais qu'elles mûrissent après la cueillette pro- 
prement dite s . La cueillette principale a donc lieu au milieu de 
l'été 5 - Il se peut ainsi qu'on n'exagère pas en disant des figuiers du 
lac de Génésareth qu'ils fournissent des fruits pendant dix mois 
sans interruption 6 . 

L'époque de la cueillette est déterminée pour chaque arbre et elle 
doit être respectée pour que l'arbre n'éprouve pas de dommage 7 . 



1. T. Scheb., m, p. 65, l. 16 (niD^D) ; dans Ter., iv,6; T. Ter., x, p. 42, 1. 19, 
les mTOn et les niD^D sont opposées comme étant les premières et les dernières 
figues de la récolte principale : y^"p 21£73N- — T. Oukcin, III, p. 684, 1. 8 : "*afî 

rnsfioït. — t. Dem., i, p. 45, i. 12, 13: rns^om mTDnr: (.*.': ms^n^], 

avec cette explication : myirpTûïl "lbap^M ms^OH . . ,\T t "lbiO [Dans Gen. r., 
22, 5, p. 207,1a leçon ms^O est, outre l'Arouch et des manuscrits, celle de Bahya et 
du Lékah Tob, voir Theodor, adloc. ; mais mD^O est également attesté par des 
manuscrits. Avec deux yod dans T. Scheb., T. Ter. et T. Dem., II. ce] 

2. j. Dem., I, 21c, 1. 51 ; opposé à "pÛB ; j. Scheb., IV, 35c, 1. 10. — De la 
même racine dérivent quelques termes isolés. T. Maas., III, p. 85, 1. 15 : riD^ON 
Û^ND, les fruits qui restent encore à l'arbre à la fin (se dit aussi des raisins, ibid.). 
V. Schwarz, Tosefta Seraïm, p. 333. Le texte est difficile. Les mss. de Vienne et 
d'Erfurt, comme les éditions, ont riDTO [c'est la leçon exacte]. La baraïta de j. Dem., 
I, 21c, 1. 21 d'en bas, remplace PD1D par un verbe : Û^tfnn ID^nOS « quand les 
figues tardives ont mûri ». La baratta de b. Pes., 66, 1. 41, a "*D1D (t|10)i ce qui vaut 
mieux; la même forme se trouve dans j. Yeb., xn, 12c?, 1. 43: 1D132 IDT^p 
*PD13 bU5 (l.lDIDn) [?]. Citons enfin EpOD^D, j. Péa, vu, 20 a, 1. 69 ; j. Sota, i, 176, 

i. 24; ix, 24 6, i. 55: nrpmDpn i:b^NUD ^pDnD?: ■WTrnb-'a labsNiB spoDD ns-v 

3. Il en est ainsi aujourd'hui. Comp. le proverbe arabe cité par Bauer, p. 118. 

4. Ces appréciations se trouvent dans les passages de j. Péa, j. Sota cités dans 
l'av.-dern. note, dans j. Yeb. aussi, où les "J^DID sont représentés comme étant sans 
valeur. Voir encore Gen. r., sur xxn, 5 (p. 204 Theodor) : nN b^lN ÏTÏIU) 3H O'HN 
mCO nN ^b7jb "12^731 m-n^sn. Le passage qui montre bien qu'outre les figues 
hâtives et celles de la récolte principale, il y en avait aussi de tardives, est Ter., iv, 6 : 

•ppn y£7D*m m^03i nvro^na tib^b^rt na D"n*;z3J3 D^p-iD ?wDb«a : de 

même T. Ter., x, p. 42, 1. 19 : 3>£73N3 milDN mD^D31 mi1D33 1121H 3p^ '"1 

rrnm» "pp!"!- 

5. Ter., iv, 6 ; T. Ter., x, p. 42, 1. 19 : "ppn Jl^Nn. 

6. Jos., Bell. Jud., III, x, 8. La comparaison faite dans b. Éroub., oia-b (ïr)3 
D^ran m NSI» M3 Ï5U3E73 Û^NÏtlD pî bs 1T rt^tfn) indique la richesse et la 
durée de la récolte. Cf. Bauer, p. 142 et plus haut, p. 225. 11. 3. [Yahuda : Même 
dans la contrée de Hébron les ligues sont très estimées et on les récolte depuis l'été 
jusqu'en plein automne (fin novembre).] 

7. Cant. r., sur vi, 2 (voir plus haut p. 230, n. 5); j. Ber., 11, 5c, 1. 16 : b3'3 

rtapib Nim uipbb rtr^n b© rirai? "tit^n jtp nrwnn [n fallait cueillir 

les fruits mûrs avant le lever du soleil, sans quoi ils devenaient véreux, v. j. lier., 11, 
5c : 2"P b33 nb -^-pb "pHp [Qen. r., i.xii, 2 (DEDISE) = Cant. r., vi, 2: Koh. r., 
v, 11. L'auteur du Matnut Kehouna, sur Lam. r., ni, 3, croit qu'il s'agit des fruits 
tombés) ; j. Maas. schéni, v, 56a, 1. 15 [Lam.r., m, 3 ; Cant.r.. vi, 2) : BMKTlb yip. 






LA FIGUE EN PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA MISCHNA 227 

Cependant les fruits ne mûrissent pas tous simultanément et le 
même arbre porte à la fois des figues mûres et non mûres { . 
L'époque de la cueillette principale, au cœur de l'été, se nomme 
•pp 2 ; elle embrasse l'intervalle qui va du 15 sivan au 15 ab (juin- 
août) 3 . Sur les montagnes de la Galilée la récolte se fait naturel- 
lement plus tard que dans les plaines 4 . Le mot y^p se dit aussi au 
figuré des fruits récoltés 5 . 

Le terme le plus général pour désigner l'action de recueillir les 
figues est le verbe 030 6 . Le verbe apb « cueillir » 7 désigne l'action 

1. Hag.,$a, 1.16 et s. : Tàn frôl ^H b^plûl 1^731 "pîl p^3tt. Gen.r.,\Lvi 
in. (d'abord deux, puis trois, etc.) montre aussi que les Qgues ne mûrissent pas à la 
fois, comme il est d'ailleurs facile de le voir. 

2. Jastrow, s. v., le dérive de yîp ; l'étymologie est douteuse. — Isaie, xxviii, 4: 
— Ter., iv, 6; Ned., vin, 4 ; T. Naz., i, p. 284, 1. 7 ; B. B., m, 1 ; T. Ned., iv, 
p. 279, 1. 12, 25 ; — araméen NU^p : Yomu, 29 a, 1. 2 ; j. Maas. r., i, 49a, 1. 10 : 
j. Tan., ii, 65 6, 1. 9. — j. Scheb., v, 36a, 1. 9 (explication de Scheb., v, 4) n'a rien 
à faire ici : il faut lire ^R3"»£3p, explication de ti^ix^ph Û^bîtn. — yp peut avoir 
signifié primitivement « cueillette des fruits » en général. 

3. D'après B. M., 106 b, 1. 16 et s.; Gen. r., xxxiv ; — T. Taan., i, p. 215, 1. 15 
et s. D'après une autre opinion, du 1 er Tammouz au 1 er Eloul. En Italie on cueillait 
les premières figues au moment de la moisson, les dernières à celui de la vendange 
(Magerstedt, p. 183). 

4. T. Ned., iv, p. 279, 1. 25. 

5. B. B., m, 1 : lifc^p ntf 030 ; T. Naz., i, p. 284, 1. 7 : y^p "^pb^O, à lire, 
d'après j.Naz., i, 51 b, 1. 23 d'en bas, V^p "•tSpbjûO. 

6. Baraita dans Ned., 61 b, 1. 23 ; B. B., m, 1. 

7. j. Sanh., v, 22 d, 1. 18 ; Revit., iv, 3 ; T. Ker., n, p. 564, I. 24 ; T. Ter., 28, 
1.27 : j. Maas., iv, 51 b, 1. 22 et s. ; T. Maas. r., n, p. 82, 1. 29 (Kidd., n, 7) ; m, 
p. 83, 1. 18 ; p. 84, 1. 12, 20 (T. Edouy., ri, p. 457, 1. 30) ; T. B. M., xi, p. 397, 1. 12, 
13 ; Gen. r., xn, 4 (p. 100 Theodor) ; — T. Péa, i, p. 18, 1. 27 : 1n£3*pb "pN D^ND 
nrttO ; — araméen a^pb : j. Ber., n, 5c, 1. 12. 

[Z3pb (biblique) s'emploie avec 

31TN T. Para, xi, p. 640, 1. 7, 8; 
ainnN T. Ter.,n, p. 27, 1. 10 : T. Scheb., iv, p. 67, 1. 19, 22, 25; T. Oukcin, 
i, p. 687, 1. 4 ; Bicc, n, 6 ; 
-im j. Dem., 21 d, 1. 56 ; 
pybn T. Ter., v, p. 32, 1. 78 ; 
îaiip "T" T. Soucca, m, p. 197, I. 19 ; T. Meïla, i, p. 558, 1. 12. 

p^n T. Ter., m, p. 29, 1. 12 ; n, p. 27, 1. 8, 9 ; T. B. IL, p. 209, 1. 17 : 
T. Scheb., vi, p. 70, 1. 10, 11 ; — mp-p : T. Scheb., v, p. 68, 
1. 12, 25 ; vi, p. 70, 1. 9 ; 
mnO T. Dem., iv, p. 51, 1. 7 ; 
(nT^T^ tt)blD) j. Maaser., iv, 51 6, 1. 61 ; 
•J73 Mechilta, 47 b ; 
m*33 T. Maas. Schéni, n, p. 88, 1. 17, 19; T. A. Z., vi, p. 469, l. 26, 27 ; 
1">10b*l? T. Oukcin, ni, p. 688, 1. 29 ; 
m-py T. Scheb., v, p. 68, 1. 25; 

m732S3> j- Nazir, m, 52 d, 1. 13 ; T. Sanh., ix, p. 429, 1. 26; j. Sanh., 23 d. 
1. 54, 58, 60, 66 et s. ; j. Pes, 366, 1. 25 ; T. Meg., iv, p. 22(i, 
1. 15; 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'enlever soigneusement chaque fruit de l'arbre. Le ternie spécial 
qui indique la cueillette des figues est m« ! . On trouve encore ms 
dans le même sens 2 . 



mp? ypi* j. A. Z., ii, 40 d, 1. 21 ; 

mTnsn 1D* T. Schabb.,xxi, p 135, 1. 17 ; 

D^ia* T. Scheb., n, p. 63, 1. 17; T. Yoma, n, p. 189, I. 23 ; j. B. B., 
Î5«, 1.11, 35 ; 

D"niZ33n ÛTJÉ* T. M. K., i, p. 230, 1. 2 ; 

m"T»D T. Schabb., n, p. 113, 1. 10 ; xvi, p. 135, 1. 15 ; 

prv* T. Ber., vi, p. 13, 1. 18 ; 

D^TISNI nvbp j. Ket., n, 26 d, l. 71; j. Kidd., i, 60c, 1. 30 : 

"PNItBp T. Sanh., xi, 431, 1. 25 ; 

mizniB^p T. Scheb., n, p. 63, 1. 18 ; 

13031 nmD Ibid., p. 62, 1. 29; 

Unir: T. Ket., v, p. 267, 1. 9 ; 

D^Nn voir plus haut.] 

1. Scheb., i, 2 et j. Scheb., i, 33 6, 1. 8, 19 : ibûl nmsn ; — T. Schabb., ix, 
p. 123, 1. 3; baraïta dans j. Schabb., vu, 9c, 1. 6, 10a, 1. 35 : l£"Qm IXIpr» 
1£ip DIE)» linb-D nm»m «bim IIUl p017:i ; 6ar. dans Schabb., 12 b, 
1. 29; £. M., 89 6, 1. 12 (variante : ynW] ; T - li - B . iv, p. 403, 1. 26-27 ; j. B. B., 
v, 15a, I. 58-59; B. B., 826, 1. 1. Gen. r., xlvi m., montre qu'il s'agit là aussi de 
cueillir les figues une à une. — Dans Npmbr. r\, xx, 7, le mot niN (Nombres, 
xxn, 7) est interprété florin DM ÏT11N K1ÎTC3 Û1N3. [Yelamdénou, R. É. J., 
XIV, 94 ; Tanhouma, éd. Buber, Balak, 6; Tanhouma, Balaie, 4; Midr. Agada, 
ad loc, p. 113 Buber.] 

2. [Non.] Neg., n, 4, à côté de Ù^rPT pO*173 [signifie ici « piocher », v. Maïmonide 
et R. Simson, ad loc] ; — T. Scheb., vin, p. 72, 1. 15 et s., avec 1223 et pD?3, 
T. Maas. n, p. 83, 1. 22, avec nj et PD53, indiquent clairement une cueillette 
de figues. De même T. Scheb., vin, p. 72, 1. 17, où la récolte et la préparation des 
figues sont décrites brièvement : on loue des travailleurs, on cueille (niy) les figues, 
etc., B. M , 89 b, \. 12 (dans les éditions on a aussi "pilN) ; Sifra, 63 6 ; T. Maas., 
n, p. 83, 1. 19, 22 ; T. fier., iv, p. 12, 1. 18. Ailleurs ce verbe signifie sarcler : B. K.. 
119 6, 1. 3 d'en bas (mpi"*3 W); Scheb., u, 2 (mfcttZJpEa) : de même j. B. B., 
ra, 14 a, 1. 21. [11* ne signifie jamais sarcler, arracher (avec la main) les mauvaises 
herbes (UJD^j), mais piocher avec la pioche (Vogelstein, Landwirtschaft, 37, où l'on 
trouvera les textes; ajouter j. Maas., n, 50a, 1. 12 (in*n), T. Scheb., n, p. 63, 
1. 19 (111*); T. B. M., vu, p. 386, 1. 4, 13; B. M., 896 (111*5) ; Mechilta, 416, 
1. 33; j. Schabb., vu, 9d, d. 1. (11*73).] Mais c'est surtout l'expression 11* 
mpl^a qu'il est difficile d'expliquer ainsi : on ne peut pas soigner les légumes avec 
la pioche. 

[L'exposé présenté dans les deux notes qui précèdent est inexact. Le terme tech- 
nique pour la réculte des ligues est HIN (Bûchler, Am hu-Ares, 217, n.), qui, d'après 
l'ingénieuse conjecture du Gesenius, 14 e éd., se rencontre déjà dans Isaie, xxvm, 4, 
dissimulé dans Ï1N1!1 (Saadia voulait le retrouver dans mTM, Isaie, xxvn, 11, 
voir Geiger, Wissensch. Zeitschr., V, 284). Les tenues techniques pour la récolte des 
différentes espèces de fruits sont : niN pour les ligues, -j-j} (113) pour les dattes, 
1223 pour les raisins, "pD)2 pour les olives. Là où nos textes portent 112 quand il 
s'agit de la récolte des figues, il faut, avec R. Elia Wilna, restituer niN : T. Ber., 
iv, p. 11, 1. 18 (où la remarque de R. Elia manque); T. Maas., n, 83, 1. 22; 
Maaser., 896 (l'Arouch et un ms. apud Rabbinowicz ont conserve "pllt*); T. Schabb. , 



LA FIGUE EN PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA MISCHNA 229 

Le verbe ïrxp* ou y^p 2 , « couper », peut aussi comprendre le fait 
de couper les figues de l'arbre. On ne peut dire si, par snisptt 3 , le 
couteau à figues, il faut entendre aussi un outil servant à couper 
les figues ou à tailler l'arbre. La fin de l'été est, dit-on, marquée 
par le fait de replier le ytJtpE 4 . 

Dans les plantations étendues il était naturel qu'on louât des tra- 
vailleurs pour la cueillette 5 . Celui qui cueille les figues s'appelle y^ . 
Il semble avoir porté pendant son travail une sorte de jambières 7 



ix, p. 123, 1. 3 ("m^m est une mauvaise leçon] ; j. Schabb., vu, 9c, 1. 1, 10a, 
1.36; Schabb., 73 h (R. Hananol, sur 74 «, lit niISH); T. Scheb., vin, p. 72, 1. 17; 
Nahmanide, Behar, 108/;, lire 'j'mtt pour "p~my (la correction de R. Élia indiquée 
dans l'éd. Romm est une faute d'impression : lire 'J'HIN pour "pTrn) : — Nlb?3 
1501 ï-niNTï : Scheb., i, 2 ; j. Scheb., 336, 1. 8, 19 ; T. B. B. y iv, p. 403, 1. 26-27 ; 
j. B. B., x, 15a, 1. 58-59; B. B., 82 6, 1. 1 (Rabbinow. : VVIK, comme Matten. 
Kehounna sur Nombres r., xx. 7, quoique le même auteur, sur Gen. r., xlvi in., 
cite miN) ; nVTltf, nom d'action de mN (Bacber, Tanchum, 140 ; Levy, s. v.) — 
Malgré Levy, III, 238, et Jastrow, 834, 1459, il faut rattacher à notre terme le passage 
de j. Maasser., i, 49a, 1. 11 : rjXp1»aï2 tt«3TD mm» "nVlUE.] 

1. Scheb., vm, 6; Sifra, 106a, 1. 3: rtatplïfla im« "J^Sip *p N fP our ~^P"1^ 
lire yiXpTa : on ne doit pas couper avec le couteau à figues (mais avec I'épée ; 
usage archaïque à cause de l'année sabbatique). Vu le contexte, il est vraisemblable 
qu'ils'agitde couper les figues; mais comp. ce qui est dit de nS£"*lEp ; — j. Scheb., 
vin, 38 6, 1. 25; Para, vu, 12; Maas., ni, 1 : matpb Yiattia DTNn -p327jn 
signifie probablement « pour en faire des ms^Stp (cf. ch. vu) et il faut lire yiitpb ; 
— Maas., ii, 7 : naFXpn DJ'Û, lire ny^-prt; mitpb, lire 3'nspb. Dans ypy 
natt>a ÏTJ^Nn [baratta dans B. K., 70 6, 1. 21 ; Sanh., 41 a en bas) le sens de Vp3> 
est douteux. — T. Teb. Yom., n, p. 686, 1. 3, un texte a blûl", un autre niîlp (ici 
« couper »). 

2. T. Maas. r., n, p. 84, 1. 1 ; Ber., 44 a, 1. 23 ('n ">att£1p) ; B. M., 21 b, 1. 13 
d'en bas, même sens que ïiLÊp- 

3. T. Dem., i, 45, 1. 13 ; j. Dem., i, 21 c, 1. 24 d'en bas ; Scheb., vin, 6 (éd. Lowe : 
H^piTD] ; j. Scheb , vm, 38/;, 1. 25; Men., 54 6 en haut, 55 a, 1. 5; Ned., vm, 4; 
Ned,, 61 /; en bas, 62 a en haut. Cf. ch. vu pour la véritable signification. 

4. Cf. dans la note précédente les passages de j. Demdi (explication de ma^OE), 
Ned. et T. Déniai. — On trouve la variante rî£pl?3 dans Scheb., vin, 6; j. Scheb. 
vm, 38 b, 1. 25. 

5. D^byiD : B. M., vu, 4; B. M., 89/;, 1. 12; Maas., n, 7 ; m, 12 ; T. Maas. r., 
n, p. 83, 1. 19; T. Scheb., vm, p. 72, 1. 17 ; — T. Ber., n, p. 4, 1. 3 et s. 

6. Dénominatif de Y* 1 ]), ce récolte des figues»; T.Ero*ib.,m, p. 142,1. 19; T. Soucc.* 
i, p. 192, 1. 15 ; j. Kidd., iv, 66 a 1 , l. 8 ; Kidd., 82 b, 1. 13 ; j. Ber., iv. 8 c, 1. 36; — 
araméen ia^p : j. Schabb., vi, 8c, 1. 15 d'en bas; — on trouve aussi V£"lp .' Ber., 
44 a, 1. 23 (cf. p. 218, n. 12). [y^p *a£, Midr. Tanna/m, p. 22 Hoffmann; T. Kidd., 
v, p. 343, note sur 1. 13 = j. Kidd., iv, 66 d, 1. 8; Kidd., 826; Z. N. T. W . , 
XL 168.] 

7. KéL, xxiv, 15 : y^p 'pbp^lD (D'après R. Simson, il s'agit de celui qui 
ramasse les épines) ; Frânkel, apud Krauss, II, 496 [ireptxvyifxiov, «jambière •]; 
T. KéL, II, ii, p. 592, L 27 : 1^b:ns; — KéL, xxvi, 3 : biB m*a*«rï n"»a 53 

r^p. 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et un tablier 1 . À l'époque de la récolte il dormait dans le champ 2 . 
Pour le transport des figues du champ à la maison on employait 
parfois des ânes 3 . Le travail relatif aux figues (recueillir, etc.) est 
rendu par l'expression t^rana ma? \ 



IV. — Données géographiques. 

Gomme pour les olives, il peut y avoir eu pour les figues des 
endroits qui se distinguaient par la qualité particulière de leurs 
fruits et, si nos sources en ont moins conservé les noms, c'est sans 
doute parce que les figues n'étaient pas utilisées dans le culte, 
sauf qu'on offrait, comme pour les autres sortes de fruits, les 
prémices. 

On semble avoir cultivé le figuier dans le pays tout entier, aussi 
bien en plaine qu'en montagne. La plaine fertile du lac de Génésa- 
reth produisait des fruits particulièrement beaux 5 ; on loue surtout 
Tibériade 6 et la région de Sepphoris 7 . Dans la première ville on 
trouvait; principalement l'espèce dite mao-e 8 ; de la seconde on 
vante beaucoup les ym© 9 . On devait aussi cultiver les figues en 
grande quantité dans la région des villes de Lydda, Ono et Benê 
Berak 10 . 

Si l'on fait abstraction de certaines localités citées occasionnel- 
lement et dont les figues ne doivent pas nécessairement avoir été 

1. Mikv., ix, 7 : yiypi'p bu: nnct:». 

2. T. Eroub., m, p. 142, 1. 19; T. Soucca, i, p. 192, 1. 15. 

3. B. M., vu, 4. 

4. j. Maas. sckéni, 50a, 1. 27 d'en bas ; B. M., vu, 4. — Ned., 50 b, 1. 29 : Ï"TU:*I3> 
•pDslbaa. Voir en. v. 

5. Josèphe, Bellum, III, x, 8 ; — j. Bicc, i, 64 6, 1, 44 (-îo^a nyp3). 

6. j. Sckeb., v, 35 ci, 1. 24 d'en bas. 

7. j. Sckeb., ibid. Sur la quantité immense de fruits qui s'y trouvaient v. KeL, 
111 b en bas, et Meg., 6 a, 1. 34 et s. (où le mot Û^ND manque, mais doit être resti- 
tué). Cf. IN'eubauer, La Géographie du Talmud, p. 191. — De même j. Bicc, i, 64 6, 
1. 42. — Aujourd'hui on remarque surtout, d'après Bauer, op. cit., p. 142, « la con- 
trée de Bethléem, Bèt Zâhoûr, Béthanie, Béthel, Ain Yabroud jusqu'au commencement 
de la plaine de Nablous ». 

8. T. Scheb., iv, p. 65, 1. 21, si du moins il s'agit bien de figues. Voir plus loin, 
ch. v, la note de Low. 

9. T. Dem., i, p. 45, 1. 9; j. Dem., i, 21 c, 1. 22 d'en bas. 

10. C'est le texte de Ketoub., 111 b, en bas; même les chèvres y en mangeaient, 
dit-on, et on ajoute qu'on y marchait jusqu'aux chevilles dans le miel de figues (non 
de dattes, comme le veut Neubauer, op. cit., 78). Cf. Neubauer, p. 86. 



LÀ FIGUE EN PALESTINE A L ÉPOQUE DR LA MISCHNA 231 

d'une qualité particulière 1 , on trouve encore à relever les figues 
hâtives de Maron 2 et de Bêthyân 3 . 

Les localités de Keïla et de Boçra fournissaient des gâteaux de 
figues (nb^ai) de qualité supérieure 4 ; ceux de Keïla avaient une 
vertu enivrante 5 . 

Les noms de lieux qui ont quelque rapport avec la figue sont peu 



1. Par exemple Barberit, j. M. K., m, 81 d, I. 30 d'en bas ; M. K., 17 a : b"aiD1 
mimas (V^ri) "pain "T^yn mn- Cf. Neubauer, op. cit., p. 300. D'après Rapa- 
port, Erech Millin, p. 29, c'est Barbalismus dans la région d'Alep (!). 

2. Ex. r., v, 2 : "plft ijc, corruption de "pift. V. Jastrow, p. 839. 

3. T. Scheh., vu, p. 71, 1. 30 : iDN" 1 ma "OD (variantes : iyï ma et "^IN) ; dans 
la baraïta de Pes., 53 à, 1. 13, on lit ^3Tî ma "^D (var. ^"nn ma, M. : "Ormaï. 
L'identification traditionnelle avec la Béthanie des Évangiles est contestée par Fenner, 
Z. D. P. V., 1906, p. 154 et s.; il fait remarquer que la leçon ">3^tt est fort incertaine 
et qu'à Béthanie, contrairement à Pes. et parallèles, les Ggues mûrissent plus tôt 
qu'ailleurs. La seconde objection n'est pas péremptoire, car le texte talmudique ne dit 
pas que les ligues mûrissent tard, mais qu'elles restent plus longtemps. L'identifica- 
tion de Bethphagé (voir plus loin) est également fausse, d'après lui. [La véritable leçon, 
qui est ijprnp ^S, résulte de T. Sche/)., vu (">DfcOma, "O^ma, "O^m^a, ainsi 
vocalisé dans les manuscrits et en un seul mot), Pes., 53 « (ras. M. : "^rma ; R. Ha- 
nanel : ">5"ima) et Eroub., 28 6 (13YTP3; R- Han. : "ONT ma; ms. M., mss. et 
Kaftor wa-Férahj p. 291 Luncz). Distinct est pn ma btfî rTPDn dans Sifré II, 
105-106, 95 6 en bas; j. Péa, i, 16c, 1. 56 (où il faut lire, avec Benveniste et Fulda, 
rra et, avec Fulda, fan, non "pn "^a) ; B. M., 88 a, dans un ms. apud Rabbinowicz, 
mais changé en "ian (ms. M. et éd. : I3^n). C'est dans ce dernier mot qu'on a voulu 
voir Béthanie (p. ex. Otho, Lex. rabb., 84) ; mais il n'est pas sûr que ce soit un nom 
de lieu et ce pourrait [être un nom de famille. Quant à *pma (difficilement Butin, 
pour Bèthèl, comme le croit Socin, p. 243), cette localité ne doit pas être située près 
de Jérusalem ; les termes même du texte empêchent de la rapprocher de Béthanie et il 
semble qu'il faille la chercher en Galilée, car c'est à la limite méridionale de cette pro- 
vince qu'est sise la localité nommée à côté : N^mCû, Tuubania (au nord de Beth 
Schean, Kaftor va-Férah, p. 291 Luncz : N^aiES) = Ain Tabaûn (sur la carte de 
Fischer-Guthe), ailleurs Ain Gàloûd, source de Toubania (Sepp, II, 61; Robinson, III, 
400). Fenner a donc raison de mettre en doute l'identification.] 

4. j. Bicc, m, 65 c, 1. 19 : miJna, nb^p. — nb^yp (Josèphe, Antiq., XV» 
44 : xeïXa, xeetXà) est situé dans la plaine de Judée ; aujourd'hui Kîla (cf. Josèphe, 
Antiq., VI, mi, 1 : y.tXXa ; v. Bœttger, Topograph. Lex. zu /os., p. 90). Voir sur ces 
villes Neubauer, op. cit., p. 132 et 254. Boçra est une ville située de l'autre côté du 
Jourdain (j. Dem., n, 226, en bas). De ce gâteau de figue on dit: &OÏ1 ïlplïlUJ, il était 
donc reconnaissable. Voir ch. vin. 

5. Nazir, ici, 1. 12 ; Sanh., 70 6 en bas; Yoma, 76a, (/. L Herzfeld, Handelsge- 
schichte, p. 27, attribue cette vertu à une essence (?). [mbvp tlb^ai n'est pas abso- 
lument une essence ; c'était un gâteau de figues dont la forte teneur en sucre s'était 
transformée en alcool. T. Kerit., i, p. 562, 1. 37 ; Kerit., 13 6 et 6 passages parallèles 
dans le Babli portent bafrî. Aujourd'hui encore, les ligues conservées longtemps déga- 
gent une odeur et un goût fortement acides. Les Juifs du sud de la Tunisie boivent une 
eau-de-vie de figues appelée « bouha » (Grunwald, Mitteilungen, XVIII, 85).] Enfin, 
ces gâteaux de figues, dont Neubauer fait des dattes, n'avaient pas de « vertus 
toxiques ». 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nombreux. On mentionne la ville de rwwi'p*' et le faubourg de 
Jérusalem appelé Bethphagé ("»jikd ma) 2 . La ville de m»ptD paraît 
devoir son nom à des sycomores 3 . 

Félix Goldmann. 



APPENDICE 



BETHPHAGE. 



[/. — Bar Bahlûl, éd. Duval, 1486; Payne Smith, 3028 : JLi^ i^3 

)A*~VoJ A.i^â J^ûo) |J&w?o)> ; Audo : Jl^=)J^?o) A*£v9. 

Lex. AdL, apud Payne Smith et Cardahi : (jh^W a£)Is JLjls. Bar Ali, 
apud P. Sm., 493 : £jjkN J^^i* JJfcwVo) A*^â « J^S *•*»• 
P. Sm., 3164: (£$)oM **)!*■*, Bar Ali, Bar Bahhil, Hunt, Lex. Bibl., 

1. Kofi, r., sur in, 2. D'après Neubauer, p. 221, n. 7, peut-être identique à çj** 

2. Syriaque jL^a^.r», grec p^ayr,, situé sur le Mont des Oliviers (Luc, xix, 29 ; 
Matth., xxi, 1), voir Neubauer, p. 147. La proximité de Jérusalem résulte aussi de 
Sifré, 55a en bas; — Sota, 45 a, 1. 7 : "^D rP3 ; T. Pes., vin, p. 169, l. 5; Men., 
xi, 2 ; — de Pes., 63 6, 1. 8 ; 91 a, I. 14 ; Men., 78 6, 1. 9 ; B. M., 90 a, 1. 26, il résulte 
que cette localité fut comprise plus tard dans la ville (Neubauer, p. 149). — Le figuier 
maudit par Jésus (Marc, xi, 11-14; cf. Matth., xxi, 18-20) est planté dans la même 
région, à Béthanie. Voir la bibliographie indiquée dans YEncycl. bibl., I, 564. [Ono- 
mastica, éd. Lagarde, p. 60, 1. 24 (Bethfage), p. 173, 1, 58 = p. 182, 1. 94 = p. 201, 
1. 50; p. 175, 1. 8; p. 188, 1. 75, songe à fcOJPD ma, |.£a £^», 23D ma et non à 
nSD- — Ce nom de lieu ne me paraît pas être en relation avec n3D. car la leçon la 
mieux attestée n'est pas v»D, mais "UNS ma, p. ex. Sota, 45 a ; Sanh., 14 b, apud 
Consultations des Gueonim, éd. Gassel 42 a, R. Hananel ; ms. Munich, cité dans 
Midr. Tann., éd. Hoffmann, p. 102, mais sans N; sans N encore dans Sifré I, 151, 
55 a = Midr. Tann., p. 92, en bas (fcOD), mais au même endroit aussi rP33 *T*T>" , ~t 
^ND ; avec N dans T. Pes., VIII, p. 169, 1. 5 (T. Meïla, i, p. 557, 1. 8 : ms H£D 
■^ttS ; Meïla, la : "^ND ; une leçon dans la Tossefta, isjr naa, est sans doute indé- 
pendante); Men., xi, 2; Men., 63a, 95 b, 96a; Pes., 63 6, 91a; Men., 18b ; B. M.. 
90 a ; sans N dans T. Men., vin, p. 524, 1. 20. i>S ma, Sifre zutta, 44.] 

3. Dem., i, 1 ; B. B. ,119a, 1. 16. D'après Neubauer, p. 197, identique à Sycaminon 
(Suxàjxtvoç, Josèphe, Antiq., XIII, xn, 3), entre Gésarée et Acco, donc tout près de 
Caifa; contrairement à Neubauer, p. 198, Nôldeke {apud Lôw, p. 387) tient rij"i?3p'^ 
et Caifa pour le même endroit. — D'après Dem., i, 1, les 'pE'H de cette ville étaient 
renommés. 

4. Le sens indiqué par Dozy pour cette dernière expression, « chemin battu, chemin 
fort fréquenté, the beaten way », ne rend pas exactement le syriaque J>N~. îoj A»^3. 
[Noldeke : L'arabe signifie « rue ouverte » et ne vient pas de lli, « heurter », mais 
de 9-S « être vide, chauve ». Ibn Hischam, p. 901, 1. 9, 11 : &.yî*ÏÏ £c^U J-c, expli" 
qui: I." 12 par yïrfjJaJ) ^lâ J.*;] 



LA FIGUE DE LÀ PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA MISCHNA 233 

Index s. »., |J^*Vo) JQwî^S, mais Elie de Nisibe, éd. Lagarde, p. 47, 
1. 66, le donne à JL»*o) •*» = Bar Ali, Bar Bahlûl ; P. Sm., 1547. Elie de 
Nisibe, p. 47, 1. 67, sur |£w»?o) JGsjè^S, a : ^Jajj ^JL*. 
Bar Bahlûl paraît avoir combiné ce A^^ avec JL*»^^, lieu où les 

chemins « se rencontrent ». 

Voici, je crois, comme on doit se représenter la chose. On a compris 
le passage de Matthieu, xxi, 1-2, comme si Bethphagé désignait un carre- 
four. Jésus envoie ses deux disciples « dans le village qui est en face » 
d'eux ; on crut que ce village était distinct de Bethphagé, on y a sans doute 
vu, à cause de Marc, xi, 1 et de Luc, xix, 29, Béthanie ; pour mettre 
d'accord les récits synoptiques, Bethphagé devenait le carrefour qui 
conduisait d'une part à Béthanie et de l'autre à Jérusalem. C'est ainsi que 
de nos jours on a voulu expliquer la contradiction de différentes manières, 
par exemple en traduisant, comme Fritzsche, « dans la direction de 
Bethphagé » {gegen Bethphagé hin). Il n'y aurait donc pas lieu de recon- 
naître à l^p le sens de « carrefour» 1 . 

[Noldeke : Cette explication, à laquelle un Syrien aurait difficilement 
pensé de lui-même, peut provenir d'un glose grecque. Onom., 175, 1. 8, a 
pour Bethphagé: oïxo; oro^a-roç r] çpàpayyoç. Je ne vois pas bien comment 

t y *,' 

on en est venu à <papay;. Il est vrai que i. signifie « chemin creux » — 
assez souvent dans la vieille langue — mais l'araméen ni l'hébreu n'ont 
rien de tel et on ne doit pas faire honneur à ces traducteurs de noms 
propres de profondes connaissances philologiques]. 

La chose s'explique de la manière la plus simple à l'aide d'Onom., 60, 
1. 24 : Bethphagé, domus oris vallium. Nous avons ici 8"^ + ^D + ma ; 
r\ est une faute du traducteur, qui a rendu comme s'il y avait domus 
oris vel domus vallium. VOnom. ne pense pas a "i, mais seulement à 
N"<3 ^S; vallis adonné cpàpay£, qui a conduit au sens de bivium pour K^p 

2. — Bar Bahlûl, 1486 : JL^â (Hunt, Bar Bahlûl, 391 : ^ ; Elie de Nisibe 
apud Payne Smith, cod. S. apud Bar Bahlûl, Card. : 3) àasIOI» llil (de 

même Hunt, Elie de N., Bar Bahlûl, 391, cod. S. ; Bar Bahlûl : âèUJ!). 

p « 9 

Cardahi : (J-svJî ,y ^^ iCxéUîï î sur quoi Bar Bahlûl, 391 : JL^Ô J^o 

iuéUJîj iLsOî £èy>> et 603 : £it *a*U |;.3ar>* JL^>». 
Les gloses et l'emprunt évident JUili * semblent prouver que les 

1. Sur J£*~?oJ A^S voir Wiener Zeitscfir. f. Kunde des Morgenl.,X, 133. 
Ajouter ^*n miZT)B (Midr. Tann., éd. Hoffmann, p. Il, I. 39), en syro-palestinien, 
I^Vo)? ^ot&jktd (Schwally, p. 77 ; Schulthess, p. 164, ajoute JL»ioJ? jL*.ow& 1. 

2. Dozy : toutes les fleurs [Bliiten) odorantes, spécialement le Lawsonia. Sha, 
1444 : fagaia—flos cypri. En Egypte la fleur se dit tamr-el-hinnâ (Ascherson et 
Schweinfurt, Flore d'Egypte, 76). [Noldeke : Ce terme doit avoir été d'un usage 
ordinaire. Ibn Doraid, Istiqâq, 281, 1. 4 : ;> jj| ^ JUy_&ll jujtlLM [yJJ\ <j*tfl) *JL*j- 
Un texte du Hadîth est donné par la Schol. Hamdsa, 713, au v. 3. Le £& toujours 



234 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fleurs de henné se nommaient en syriaque jL^d (Pflanzennamen, 213 : 
ce qui confirme cette opinion, c'est que ce mot, dans cette acception, est 
cité pour expliquer Bethphagé. Les gloses montrent que le sens n'a pas 
été, comme dans le n° 1 (bivium), inventé ad hoc. Bien que le mot ne 
puisse être signalé dans le judéo-araméen, cette explication est plus 
naturelle que l'identification avec paggâ, « figue non mûre », dont 
X6ldeke,Beitràge zur semltischenSprachwissenschaft, 138, dit avec raison : 
« Il est devenu fort douteux pour moi que le «payn de pT|0cpayY, soit le 
pluriel ">52 ... <I>ay7i P eut av °i r été toute autre chose ». 

3. — Payne Smith, 3029 ; Bar Bahlûl, 1486 : [Bar Ali : JL^] JL^ 
ciljJo Jj g<Uj J [j a) p*k> $] ^ôsJî ^Jt ; Elie deNisibe, 51, 69: jL^S 
Afl^f U)ï ^ Ail P.Sm.: aSTjàJî ^ JjpJ^i ubj^ £ JL^â Sur quoi 
la glose de Bar Ali apud P. Sm. (ainsi que Bar Bahlûl et Hunt) : 
£lu J £#!! À^rUJIj -^asJlj gJÛ\ 3 #&*$\ jj^ÏÀii A^. Enfin, Bar 
Bahlûl, éd. Duval, 1486 (P. Sm., I. c.) cite A^S, qui se serait trouvé dans 
le Diatessoron, au lieu du (LcH^^LSjii de la Peschitta sur Luc, xix, 4 
(Pflanzennamen, 391). 

D'après cela JL^^ signifie en syriaque « fruit non mûr » en général. La 
vocalisation 3 sera venue par erreur du JL^S du n° 1. 

Pour JL^S on peut invoquer, outre l'hébreu rDS, l'arabe w ±, « acerbe, 

cru (fruit), cru, dur (discours) ; H^sJ^L, « acerbité, crudité, fruit qui 
n'est pas mûr (Dozy, d'après Abulw, 238). 

En hébreu paggâ est attesté à la plus ancienne époque. Dans l'Ancien 
Testament comme dans l'hébreu de la Mischna, ce mot désigne la figue 
qui n'est pas mûre. Voici les textes de la littérature tannaïtique : 

Dis : T. Scheb., i, p. 61, 1. 28 ; pna rwEUttD 'z -. T. Sabb., xvi, p. 135, 
1.18; j. Sabb., m, 5rf, 1. 74; Sabb., 123 a (R. Hananel) ; j. Pes., n, 29 b, 
1. 25; j. Kil., i. 27 6,1. 44. 

SttX, bJTD, rrts : Nidda, v, 7 ; T. Nidda, vi, p. 647, 1. 23 (Sanh., 107a; 
Gen. r., xlix, 9 ; Tanhouma, Vayéra, 5 ; éd. Buber, 7). 

Pluriel p-tfBfi : Scheb., vu, 4 ; j. Scheb., 35c, 1. 2 ; Sifra, 106c, 1. 14 ; 
T. Scheb., iv, p. 67, 1. 17 ; j. Scheb., v, 35a 1 , 1. 49 ; FWatt an* *it : 
T. Scheb., i, p. 61, 1. 25; m, p. 65, 1. 16 ; 'Vto: Sifrê 1, 137, f°51 b; 
n, 26, f<> 70a-6 ; Midr. Tann., p. 13, 1. 25, 26 ; Yoma, 866 ; Lév. r., xxxi, 
4, et parallèles ; — ms^on *3D : T. Oukcin, ni, p. 689, 1.8; •pwi* : "f 'B : 
ifrio 1 . (Exode r., lu, 3, "p-itt "ttB, lire avec Jastrow, d'après Tanhouma, 
Pekoudê, 7, Buber, "pntt ">3b 53>tt3) ; man 's: j. OWa, i, 616,1.66; 
-lOiam ^aen : Oukcin, m, 6 ; T. Oukcin, m, p. 689, 1. 7 (pour "loin ^D, 

cité en même temps se trouve souvent chez les anciens poètes : Hamâsa, l. c, 

d'après b. Hagar, 33, 1. 5; Geyer, Zwei Gedichte, 66; Chuzânat aladab, II, 35, 

1. 7 ; toujours à côté de yW; , de sorte qu'où voit que c'est une plante odorante 
spéciale]. 



LA FIGUE EN PALESTINE A L'EPOQUE DE LA MISCUNA 235 

lire nwi y*SB) ; '3 in 's : T. B. K., vi, 356, 1. 13, opposé a im»a nrpS ; 
■pas IN nona : j.B.K., vi, 5 6, 1. 67 ; j. Orto, i, 616, 1. 68 ; — n'Oie "IN 's : 
T. Zabin, iv, 679, 1. 10 (R. Simson sur îv, 3). 

Dans Gen. r., n, 1 p. 15, 1. 1 Theodor, ï-wd est sans doute la forme 
araméenne; *p 5£) '• j- Orla,i, 616, av.-d. et d. 1. ; *pD dans l'Arouch, pour 
ïarg. Yer. sur Nombres, vi, 4, au lieu du )^M des éditions (aussi dans 
l'éd. Ginsburger) doit être fautif. 

Nôldeke s'est prononcé avec entière raison contre une combinaison de 
paggei et de ficus (Solms, p. 81) et c'est inexactement, semble-t-il, que 
Hehn (6* éd., p. 99) indique que Solms, grâce à des consultations de 
Lagarde et de Nôldeke, est arrivé à la conviction que le latin ficus est un 
emprunt direct au phénicien phaggîm, «figues à moitié mûres », lequel 
mot phénicien ne s'est pas encore trouvé.] 

(A suivre.) 

I. Lôw. 



UN PASSAGE OBSCUR DANS LA PESIKTA 



Le texte qui a provoqué la controverse de MM. Wellesz et Bâcher * 
est ainsi conçu : 

rrww 'n ûtt)3 onas 'n «naa-itt Nnnp «mn «mp nrafctt m-ip 
-man nriN bai fcpbttn-na m nvo5D ^na traintoi m ara ?a-i« n»« 
, 2 rriiïJTab n»bn rrai anpfcb -iso ma /rittbn rnai nso ma na w 

M. Wellesz 3 ramène la phrase à une origine grecque. 11 divise 
le mot ïiattatt en deux parties : io + natt, c'est-à-dire : hd=véo+H2*] 
ôjxovoia, et, au lieu de t*naa-itt, il lit, d'après le Yalkout, anaantt. 
Nnaa>-itt ixnnp srnn amp désigne donc une «ville nouvelle », une 
« ville unie ». Mais pourquoi l'exégète anonyme appelle-t-il une 
ville de la plus haute antiquité « une ville nouvelle » ? Jérusalem 
avait, à ce qu'on dit, soixante-dix noms-*, mais nous ne sachions 
pas que amn Nmp figure parmi eux. En outre, le mot Knas-ft] n'im- 
plique point du tout l'idée d' « uni». C'est un terme usité dans 
l'élève du bétail et dans l'horticulture. J'ajoute que le terme a'O-a 
indique que les sujets sont de différentes espèces. Il est, du 
reste, singulier que le Midrasch se serve en ce cas de l'araméen, 
alors que l'expression ô^ovota est employée fréquemment par les 
agadistes pour désigner la réunion ' 6 . 

M. Bâcher observe une méthode plus naturelle. Il conserve 
intact le mot ttsttfc», mais l'explique tantôt par le grec, tantôt par 
l'hébreu, pour rendre compte des deux adjectifs «mn et t^naa-itt. 
D'après lui, l'exégète anonyme a vu une fois dans le mot xesw le 
niphal du verbe jen, dont le participe actif et passif peut avoir le 
sens d' « élever ». A ce verbe hébreu répond la racine araméenne 
■■m avec tous ses dérivés, «maa-nn, MWin, «ywM, «m^sn», fcoaa-i», 
et ma-in. na7atfa rmp, « ville élevée », se rend en araméen par 

1. Revue, t. LXI, p. 124. 

2. Fesikta de r. Kahana, éd. Buber, p. 121 b. 

3. M. Sz. Szemle, XXVII, 357. 

4. Bem. >\, 14, 12. 

5. rittaiElN et ïiN3l73lrt ; v. Krauss, Lelinworter, II, 21, 223. 



UN PASSAGE OBSCUR DANS LA PESIKTA 237 

whwn «mp. (amai» est une corruption, et il faut lire arrcrrô). 

Mais quel motif d'appeler Jérusalem une « ville nouvelle»? De 
l'avis de M. Bâcher, c'est justement la question à laquelle répond 
R. Pinhas en racontant qu'il y avait à Jérusalem quatre cent quatre- 
vingts synagogues et dans chaque synagogue une école primaire 
pour enseigner la Bible et une école supérieure pour l'étude de la 
Mischna. 

On peut objecter d'abord que les verbes ïen et m veulent bien 
dire élever, mais ne se rapportent qu'aux fonctions de pédagogue 
myra, qui consistent à nourrir, à soigner, à surveiller les élèves \ 
ce qui s'appelle main éducation, jamais aux fonctions du maître 
d'école, qui consistent à instruire et à communiquer des connais- 
sances. Or, le nso ma et Yttobn ira servaient proprement et exclu- 
sivement à enseigner et à étudier. Mais sans compter que dans tous 
les passages où le dire deR. Pinhas est mentionné, il, ne se trouve 
jamais 2 en connexion avec le verset d'Isaïe ; qu'en outre, l'idée 
d'une ville spirituellement renouvelée par la science et l'esprit, et 
cela grâce à une génération qui allait à l'école, est une pensée trop 
moderne pour un agadiste, nous avons peine à accepter l'opinion 
que les Darschanim aient interprété le texte biblique à l'aide de 
mots grecs, devant un auditoire peu versé dans les langues 
étrangères. 

M. Bâcher cite deux exemples du Midrasch à l'appui de son 
opinion, les termes ock — acpeç et \snm = [/.a>pta. Il y en a bien 
d'autres. M. Zunz en a recueilli une certain nombre 3 , M. Brull 
les a tous expliqués 4 . Cependant on ne devrait pas oublier 
que, lorsque l'agadiste se sert d'une étymologie grecque, il ne 
manque pas généralement de nous en avertir expressément, 
comme d'une hardiesse : «in *w "juab, laoaba ynab. Mais quand 
l'agadiste ne nomme point sa source, nous n'avons pas le droit 
de supposer qu'il fonde son exégèse sur un mot non -hébreu 
par une étymologie maniérée et bizarre. Le but de l'auteur ou du 
maître est d'être entendu de son auditoire. Comment emploie- 
rait-il des termes qui ne lui sont pas accessibles? J'ai peine à 
m'imaginer que la masse, si peu versée dans les langues étran- 
gères, pût deviner d'elle-même l'allusion de l'interprète à un 
homonyme étranger. 



i. v. Ber. ?•., i, i. :nns : pas ibsN mnai . 

2. V. les notes 44 et 45 de Buber. 

3. Gottesdienstl. Vortràge> 327, n. a, 6,c; cf. Krauss, Lehnworter, 

4. Fremdsprachliche Redensarlen. 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous avons vu que l'agadiste n'a pu prendre le mot néemana 
pour du grec, et que amn «mp n'a pas le sens de « nouvelle ville », 
pas plus que aramtt amp ou anaa-itt ou Nrrrns ne signifie « ville 
unie » ou « élevée » . 

Nous rencontrons tout le passage encore une fois mot pour mot 
dans Ekha rabbati. Le 24 e proœmiitm explique le xxn e chapitre 
d'isaïe du premier verset jusqu'au douzième. L'explication agadique 
consiste mi-partie en traductions du texte hébreu en araméen, 
mi-partie en interprétations entièrement indépendantes. Voici 
l'explication du 2 e verset : nrb* rmp, ammft &mp : mfcîti "va 
«min amp. Au premier coup d'œil, il est clair que les expressions 
anm^itt et smiti ne sont autre chose que le Targoum littéral des 
mots ïTEin et nrb*. Et, puisque le sens du mot nrb* est « joyeux 
et gai », le mot Nrvnn, dérivant du verbe **!, doit nécessairement 
signifier la même chose, Nrrnn amp signifie donc une a ville 
joyeuse ». d'est de la même façon que le Targoum traduit t-mp 
•^îiBTa (Jérém., xlix, 24) par nanti îo-d. Il en est de même pour le 
mot Nmmtt, qui est une traduction littérale de n^ttin. Or main, 
■pfcn, n»n ayant le sens de «foule émue, frémissement d'une masse», 
il s'ensuit que NhaaiE, ayant pour racine nm, w, «an, ne peut 
signifier autre chose que U9 wi, à savoir, une ville d'une popula- 
tion nombreuse. Il ne faut donc pas corriger le mot. Cette leçon 
annaitt est aussi confirmée par l'Aroukh'. Cependant l'agadiste 
ne se contente pas d'émettre une opinion, il cite aussi des preuves 
à l'appui. C'est pour nous donner une idée de la grandeur de 
Jérusalem et du chiffre élevé de ses habitants qu'il cite le récit de 
R. Pinhas. Combien devaient être nombreux les habitants de Jéru- 
salem, puisque la ville avait besoin de quatre cent quatre-vingts 
écoles primaires et supérieures 2 pour l'enseignement de leurs fils ! 
J'ajoute encore que c'est le même exemple dont le Midrasch se sert 
ailleurs pour prouver la grandeur de Bettar et l'importance de sa 
population. Voici le texte en question : m fc-vro» tû ma» ,fc i 
3 mpnsn riN73 'i ittbtt babi mpisn "HEba ï-ntvn "i in» bsm nmaa 
« Bettar possédait quatre cents synagogues ; dans chaque syna- 

1. S. v. n^En. — Sans le passage «333-1^73 Û^aŒ* V3 8Wp *0\ B. A., 81 a : 
à la place de N33T73 il faut probablement N32"P73. V. Aroufck, s. v. *^1. 

2. B. Ketoubot ne mentionne plus que 394 écoles. V. Tanhouma, tllp, 12, où 
l'on réduit le nombre à 80. 

3. Guittin, 58a ; j. Taanit, iv, 8 ; Ekha r., II, 2, 3, 51, parle de 500 écoles. Un 
exemple analogue explique la grandeur d'Alexandrie, Soukka 51 b. D'autre exemples 
sont cités pour démontrer la grandeur de Jérusalem, Ekha r., 1,1, et de Rome, 
Pesahim, 113 6. Dans le Sifrê, II, 52, la leçon i^Tia ^DID "2 1331 doit être 
changée en } i 3 1 35 '3. Cf. j. Âboda Z., i, 2. 



UN PASSAGE OBSCUR DANS LA PESIKTA 239 

gogue il y avait quatre cents précepteurs et chaque maître d'école 
avait quatre cents élèves. » 

Il reste à savoir maintenant comment le passage smn r**tmp 
t^naaitt s**tmp est venu se placer près de na^aa tmp et en quel 
rapport il se trouve avec les deux mots. Question difficile à ré- 
soudre. Peut-être la glose n'a-t-elle aucun rapport avec na?aaa ïmp, 
mais bien plutôt avec o* ■»î-ian « ville populeuse », finale de T expli- 
cation précédente. Peut-être lagadiste prend -il le mot na^sa 
dans le sens que R. Hoshaya lui a attribué : = \m» "nE&n r-nao 
■"T-iaoarwa Naca nan p^mn^i V»33N ârâ "naTin atrnn N7aa ,Nna-i 
i «nan, où «rai ne signifie pas l'éducation, mais la grandeur 
énorme d'Alexandrie Meyél-ri 'AXeçavopia. Il est possible aussi que 
le verset dont on s'autorise ait été omis par hasard, et que le 
texte de la Pesikta doive être restitué comme suit : rwttfcw *-mp 
»mp ^n^nn amp : t^ttanrai ,Wrby rrnp ,rH»*iri "W titrnn 
Nnaai» L'ordre des adjectifs aura été interverti pour joindre le 
mot final anaa^tt au dire de R. Pinhas relatif à la multiplicité des 
écoles à Jérusalem. Je n'ose l'affirmer. Quoi qu'il en soit, le sens 
du passage obscur apparaît plus clairement. 

Pécs. 

À. Perls. 

1. Ber. r., 1. 



UN 

TEXTE CABBALISTIQUE SUR JÉSUS 



Les textes cabbalistiques qui se rapportent à la personne de Jésus 
sont extrêmement rares et même les allusions indirectes à Jésus 
ou au christianisme sont fort peu nombreuses dans cette littéra- 
ture. La Bible de la cabbale — le Zohar — ne contient, en dépit 
de son étendue, presque rien qui puisse être interprété comme 
polémique antichrétienne. Il en est de même des ouvrages posté- 
rieurs. Il n'en sera que plus intéressant de trouver un texte cabba- 
listique qui n'a pas seulement trait à la personne de Jésus, mais 
encore qui la montre sous un jour tout nouveau. 

Ce texte manuscrit se lit sur un feuillet isolé appartenant à 
M. Salomon Mussajef, le collectionneur de Jérusalem, qui Ta sans 
doute apporté de Bokhara, sa patrie. Je le vis dans sa maison en 
avril 1905 et reçus l'autorisation de le faire copier'. Je n'ai malheu- 
reusement pas pu le faire collationner, le propriétaire s'elîorçant 
depuis de dérober ses trésors aux yeux des intéressés. 

..^rt^nnD p yïDW 'm rroanaa "min tob*2ïi a m a a Nn*N 
fin» "paiN t^n rvam 'ai vn-na T ■«■rom .fc»ïwi "pina yb^s 
!-TT3 nbfion 'i3i Kn^nifin prip^n Map^ma «m «rri-nNa -na^n 
*»tït« 'n ^a> p*n .r-paar nVi nh^msa obva i-mnn "a .— >aNttn 

i. La copie en fut prise la même année par M. Alexandre Levison de Jérusalem. 

2. Dans le ûbya ©mai Œ*in nïTlï, éd. de Venise, 1663, dans la partie qui se 
rapporte à Rut h, p. 32 6, nous lisons en effet: '*û "1T hy "1T *jn mTTia ÏWad 
passage qui correspond au nôtre quant au sens, sinon mot à mot. Cf. Zohar, ^"îps, 
vers la fin (p. 263a, éd. de Mantoue). 

3. Ce tannaïte n'est pas mentionné dans le Midrasch mystique. 

4. Mot corrompu ; lire 13prP8l. De même 'ïai « etc. » n'a pas de sens; peut- 
être [*mpD] Ïlbtf3, voir le passage du Zohar cité n.2; nous lisons donc nbfitttB '131 

-i72Nan ma ["mps]. 



UN TEXTE GàBBALISTIQUE SUR JÉSUS 241 

a-nu*) rrb iT73-i ?3 noa .tattrn ■pniTa 't srb i&rmnNn rprns p 

irrâna n*na na^wb mb mîn .fca^nE na *iun ï-ptwm 

wn ïrn anta-n D^anb ! ^ ienep: ï-jt b:n 1 V'nn 'iai /pa? «bi 

8 !-t"j> a"ab inrmaa mm Dan *robn m»» *ïTaw»a 3 ia"7aa p"H2 

'Ttie» marna «immNa a^na ni ban ,rpb 6 ibapn^ "»N»« p uni 

■»5 pii ,'iai na\an mnnn ,taaai£-ib 'n ^asb mwn rm* rpn 

îfnnïiaDtt fiana îa^n taaaa-iitnb ; 8 -£«j pin aba toi '»ia •nnwi 

[mirr] nsrn .rpn naa anan ïrn» njnîri .ïttt* aip7a mTi 's-j 130b 

nna a"ab nanaiarj [n]Nai ihwwy ^ifiWD va a nos p-ip na* iairnab 

msîa ib *pa* rw a"a -i7jn ,noD pnp na« biaNbi caitrob rr^i-i œ^Nin 

itta nmaa armai i7a*ra>a ^bm .'ri brtpa m»» Na-> «b 9 'tfaua nbva 

.nos bu: 'a nr«a ima* îanm rriati Va bia ■©« rnm .QibRW inu: 

t*p ûnpi .E^an abia>b pbn îb ^a* 1 [rp]banua"< arma iïïn 'anauaai 

iriaraa t]ioa Saoaia 'aoia imaoa '■aarai ao">a ûbub aa aô "p-nanza 

»bbia mrn 'a aa> " laip p^sai nrn ^a /°rrnn nain taavTai 

«bi mna aô n"am-i rsbia> iiauana /»ûn» p TO 1 » nsatt Htm rfain 

Epoa mantt 'n barai ana ht ban ,Tm "paiana 'pn "paian ^nr 

anima ,^tn au: m-ria 't iioa miab»*7i mvba '1 moa inaraa 

naa< '«au: rranaan mba arma baa mba éw Sf'ba ms .a*s^pn Na*n 

niTiN 'i -noa ^112 mba apn n"bi m» ; 13 Nam n«i N^-n ann 

•pn mba nti fia m» /iai u nn^7ab b^mc'» nasa rtn^nu: n"not< 

mba n^îi Y'-n m» ; 15 in^bi:m *in\nn7a ^aa 'n -iNawi nm n^a ^noa 

•oaa V2V n?aa<au: bN^©^ ûa^ mbaa ~\nzy Nirr rTapfro iioa bn« 

n?2 pv . 17 "jia^na n"na no ann û^ncr inaujna iv i"vy . 16 nnira 

1. Encore une fois la même citation. 

2. yiT ? ou a>Tia ? 

3. -nEfiWJ iTaa. 

4. Horaïoth, in, i. ^ (13 a) : y-)Nïl t33> a"ab Ûlip n"n 1T73». 

5. L'auteur varie librement la sentence. 

6. Cette forme passive au lieu de l'actif est fréquente clans le Zohar, à ce que 
m'assure M. Ph. Bloch. 

7. Lév., xxiii, 11. 

8. ïtfjT a la valeur numérique de 316 comme 'Wi'yy (cependant l'orthographe de 
ce mot est 1723% defecte). 

9. Deut., xxiii, 3. 

10. Dan., xn, 11, où le texte porte TEPÏ! 101^ n?731 (l'auteur cite de mémoire) 

11 . Ib., vin, 14. 

12. "Onp plirai =654 + 4 = 658 ; de même Qi"i7a p TO*. * 

13. Ib., h, 38 (notre texte porte ma&n)- 

14. Difficile à comprendre. Je conjecture Vïfôb. 

15. nïl contient une allusion à !l = 5, et ni£3 signifie la victoire. 

16. Ps., xci, 15. C'est d'ailleurs une aggada connue ; voir Bâcher, Ag. d. pal. 
Amor., III, 269 et 377. 

17. Y'V=20 fait allusion au '0 = 20 dans nrO. 

T. LXn, n» 424. 16 



242 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nb*a b' ; T Itmh wb« *d b* h a a* m û^n 'n *"* 8 ttbana nnoii 
■nmi ,n-rnn [i](n;T "pi by *ôn «inma n^ans *6 , pi*ï*i rrrrr ypn 

«in nn .s^arj Bbis p kiîtd naaittn nrnn h](n)ï "pa^n ur>Nn 

irn^n ^-na mnn 

tmsna in -nra *ppa 

traîna toi iwata e*bi i-uaa «b 

[o]"nna snrn (^)nN£E uni 

.cronpa [i]n£t:3 n-mcns pnffl 

En voici la traduction : 

On trouve dans le Midrasch mystérieux sur Ruth, dans l'histoire de H. 
Josué ben Perahya 3 . . . Telles sont les divisions de l'enfer. Et je vis sept 
divisions, etc. On a dit : ce sont les divisions réservées à ceux qui ont 
transgressé la Tora et qui n'ont pas exécuté les commandements de la 
Tora, etc., ce qu'on lit [dans la péricope] Elefi [Pekdudë] sur ce sujet. 
Car la Tora est éternelle et non temporelle. On comprend que R. Josué 
b. Perahya, à qui les sept divisions de l'enfer ont été montrées, [ait vu 
cela] comme un mystère, qu'on le lui ait révélé, car Jésus fils de Marie 
fut son disciple. Il aurait dû pratiquer la circoncision sur Jésus, mais ne 
la pratiqua point, etc., comme il a été dit plus haut. D'après ces mots les 
rabbins surent que Jésus était un homme pieux, comme il est dit dans la 
Mischna : un bâtard savant est supérieur en rang à un grand-prêtre 
ignorant. Pourquoi donc l'ont-ils tué ? A ce sujet il est dit dans la Tora 
dans la péricope Emor : « Il soulèvera l'orner devant le Seigneur pour 
votre bon vouloir, le lendemain du sabbat », etc. On doit comprendre 
que ntti:> a la même valeur numérique que lU^ sans la lettre V 4 ; « pour 
votre bon vouloir », c'est-à-dire d'après la volonté du Sanhédrin ; « devant 
le Seigneur», c'est-à-dire dans le parvis du Temple. Ils le tuèrent et 
c'était la veille de Pâque. Il voulait, en effet, égorger le sacrifice pascal 
comme tout autre Israélite ; mais lorsqu'il fut rapporté au grand-prêtre 
que cet homme voulait égorger et manger le sacrifice pascal, le grand- 
prêtre dit : Mais il lui manque la circoncision ! Or, il est dit : un bâtard 
n'entrera pas dans la communauté du Seigneur. Il s'en alla donc à part lui 
seul et égorgea dans sa maison comme d'autres Israélites. Le grand-prêtre 
s'en irrita, il donna un ordre et on le tua le second jour de Pâque. Mais 

1. Job, xxxvi, 2 (notre texte a d^bfa)- 

2. rfbarj, opposé à -inos. 

3. Il manque ici quelques mots dans le texte. Les mots qui suivent, citation du 
Zohar, sont en araméen, tandis qu'ailleurs c'est presque toujours le néo-hébreu qui 
domine. 

4. Sur l'orthographe Ttt)^ sans y voir mou livre Das Leben Jesu nacfi jUdischep 
Quellen (Berlin, 1902), p. 230-1. 



UN TEXTE CABBALISTIQUE SUR JESUS 2*3 

grâce à sa mère, qui était Israélite, il a part au monde futur. Et avant 
que Jésus fût venu au monde, Daniel avait prophétisé [sur lui] dans son 
livre ; car il est dit dans Daniel, à la fin de sa prophétie : « Depuis le 
jour où le sacrifice perpétuel est enlevé » ; les mots VTp FHSWï avec 
deux mots totalisateurs ' font 658 et c'est aussi la valeur numérique de 
an?: p vc\ dont le compte fait 658, ni plus ni moins : le compte de l'un 
égale le compte de l'autre. A ce sujet Daniel a écrit quatre visions (à la 
fin de sa prophétie) 2 comme mystère des quatre exils et empires, corres- 
pondant au mystère du nom •'Dix, qui désigne le jugement sévère. La 
lettre M désigne l'exil babylonien, qui a été le premier exil, ainsi qu'il 
est dit 3 : « tu es la tète d'or ». La Lettre 1 indique l'exil mède, figuré 
par les quatres lettres d'Esther ("inOM), qui vivait lorsqu'Israël était exilé 
en Médie, etc. La lettre 3 indique l'exil grec, figuré par la victoire in^:) 
et la splendeur Cnrt), lorsque les cinq fils de Matalhias 4 vinrent et 
vainquirent. La lettre "• figure l'exil édomite (romain', a cause du 
mystère que Dieu lui-même est en exil avec Israël, comme il est dit : 
«je suis avec lui dans la détresse ». Ce Y'*P a en outre la valeur numé- 
rique 20, et c'est le mystère de la Couronne pro) 8 d'après sa valeur 
numérique. On comprend ainsi ce qui est dit dans Job : « attends-moi un 
peu et je le montrerai qu'il y a encore des paroles pour Dieu » : ce 
mystère devient compréhensible d'une manière révélée, R. Ilayyim Vital 
ayant révélé ce mystère sur l'ordre du prophète Elie. Cependant ce qu'il 
voulait dire n'est élucidé que par l'énigme suivante, et heureux l'homme 
qui comprend cette énigme, il est assuré de participer au monde futur. 
Et voici la rime en forme d'énigme : 

Il y a quatre périodes mondiales pour le mot d^Sip (cornes), 

aussi bien dans la corne du bœuf que des sauterelles ; 

ni dans le bœuf, ni dans le mouton, ni dans les sauterelles. 

El si tu as trouvé mon énigme par fractions, 

les périodes mondiales du mot ù'onp (cornes) ont été trouvées 6 . 

Ce texte laisse beaucoup à désirer, aussi bien pour le style que 
pour la clarté et la suite des idées. Après la mention des divisions 
de renier qui ouvre le fragment, on attendrait l'indication de la 
place qu'y occupe Jésus. Mais c'est juste le contraire qui arrive : on 
nous assure que Jésus va au paradis. Ce n'est donc pas renier qui 
a amené l'auteur à parler de Jésus, mais le nom de Josué b. 

1. Formule cabbalistique de guematria. 

2. Les mots entre parenthèses paraissent être une répétition fautive du passage 
précédent, car les visions se trouvent au milieu du livre, au chap. vu. 

3. En parlant à Nabuehodonosor. 

4. Les Maccbabées. 

5. ÏV&, 117! et "irû sont trois des spbères (m"VDD) dont se compose le monde 
cabbalistique. 

6. Voir plus loin l'explication de cette énigme. 



244 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Peraliya, car ce rabbin passe, comme on sait, depuis le Talmud, 
pour avoir été le maître de Jésus. Mais comme l'auteur, en parlant 
de Jésus, trouve l'occasion de parler de la prophétie de Daniel, 
il interprète en même temps la vision de Daniel touchant les 
quatre empires, vision qui, depuis l'antiquité, est appliquée aux 
empires successifs des Babyloniens, des Mèdes, des Grecs et des 
Romains 1 et d'après laquelle on s'est si souvent efforcé de calculer 
la fin du tyrannique exil « romain ». A quoi se rattache une 
singulière énigme dont le noyau est constitué par les cornes 
(cnp), sans doute amenées par les visions de Daniel, notamment 
par Dan., vin, 3 et suiv., où de si mystérieuses spéculations sur 
la fin des temps (yp n*, v. 17) sont rattachées à la « corne ». 

Si l'on met à part le début, la description de l'enfer, qui n'est 
qu'une citation, notre texte se décompose en trois parties bien 
tranchées : 1° assertions sur Jésus ; 2° assertions sur les quatre 
empires ; 3° calcul messianique de la fin des temps, avec une 
« énigme » y relative. 

Aucune de ces parties ne manque d'intérêt. Le crime et la mise 
à mort de Jésus apparaissent sous un jour sans doute unique dans 
toute la littérature juive. L'auteur anonyme affirme que, par la 
faute de son maître Josué b. Perahya, Jésus était resté incirconcis, 
alors que nous savons le contraire par Luc, n, 21, et toute l'ancienne 
tradition chrétienne. Ce qui est bien embarrassant, c'est de voir 
l'auteur assurer que Jésus a été un homme pieux. Nous savions 
bien que le Zohar, et avec lui toute la Cabbale, trahissent une 
certaine connivence avec le christianisme, ce qui a permis aux 
humanistes du xvi e siècle de produire la Cabbale comme un témoin 
de la vérité de la foi chrétienne. C'est ainsi encore que nous savons 
que le cabbaliste Néhémie Hayyon allait jusqu'à professer la 
trinité 2 . Il n'en est pas moins surprenant que le fondateur du 
christianisme soit qualifié d' «homme pieux » (p^iss cj^n) et qu'on 
lui applique les mots de Daniel snp p*75MT Sans doute notre auteur, 
fidèle au Talmud et au Toldot Yéschou, paraît convenir que Jésus 
était de naissance illégitime 3 ; mais il n'en est nullement gêné 
dans sa glorification de Jésus, ce qui s'accorde bien, du reste, avec 
la mentalité des mystiques. Or, comme il n'a rien à blâmer chez 
Jésus, il se demande pourquoi on l'a mis à mort, et, pour répondre 
à cette question, il échafaude un système tout nouveau. D'après 
lui, Jésus, étant incirconcis, n'avait pas le droit d'offrir le sacrifice 

1. Voir Driver, Daniel, 1900 (dans la série Cambridge Bible for Schools and 
Collèges). 

2. Jew. Encycl., VI, 218 et s. ; voir aussi mon article Trinity , ibid., XII, 260 et s. 

3. Cela ressort de la citation ...Q^n Y^bn "1TE73- 



UN TEXTE CABBALISTIQUE SUR JÉSUS 245 

pascal in ecclesia (bttpn) ; aussi r offrit-il en particulier, de quoi le 
grand- prêtre fut si irrité qu'il le fit mettre à mort 1 . A ces faits 
s'appliquerait, on ne voit pas bien comment, le verset du Lévitique, 
xxiii, 11; le sens paraît être : l'orner (ittv), c'est-à-dire Jésus, a 
été chassé, sur l'ordre du Sanhédrin, du domaine du Temple. Ce 
serait un singulier pendant à l'exploit de Jésus expulsant les mar- 
chands du Sanctuaire et prédisant la destruction imminente de 
celui-ci. Comme date de sa mort — on ne dit pas s'il fut pendu, 
crucifié ou décapité — notre auteur indique le deuxième jour de 
Pâque 2 , sans se laisser arrêter par la considération que, d'après 
la halacha des rabbins, aucun supplice judiciaire ne pouvait 
avoir lieu en ce jour (bien que ce ne fût qu'un jour de demi-fête). 
En quoi notre auteur, comme tous les cabbalistes en général, est 
en opposition consciente avec les rabbins, sans compter que sa 
date, le 16 Nissan, contredit toutes les traditions, la juive aussi 
bien que la chrétienne, qui indiquent le 14 Nissan comme date de 
la crucifixion. Une autre donnée mérite notre attention : Jésus a 
droit au salut, grâce, en quelque sorte, au mérite de sa mère Marie, 
qui était une Juive. Nous ne reconnaissons pas seulement ici la 
théorie, chère à tous les mystiques, de l'importance de l'ascendance 
maternelle ; nous y découvrons aussi un hommage rendu à Marie, 
Marie que Mahomet défend dans plusieurs passages du Coran 
contre la fameuse calomnie. Nous avons déjà remarqué ailleurs 3 
que les différentes recensions du Toldot Yéschou, elles aussi, 
ménagent singulièrement Marie et l'innocentent de toute faute. 

Un autre point essentiel de notre texte est celui qui se rapporte 
aux quatre empires. L'auteur ne se contente pas ici d'interpréter 
les quatre visions de Daniel ; il construit de plus une équation 
entre les quatre empires et les quatre lettres du nom divin ^na 4 , 
rapprochement auquel on ne peut refuser une certaine originalité 
ni même de l'esprit. Ainsi la lettre n, la première de l'alphabet, se 
rapporte, d'après lui, au premier exil ou celui de Babylone ; la 
lettre % dont la valeur numérique est 4, lui rappelle Esther, la 
libératrice, dont le nom se compose (en hébreu) de quatre lettres. 
On ne peut certainement pas soupçonner notre auteur de s'être 
laissé suggérer cette interprétation par un passage talmudique, 

1. Peut-être pour avoir offert un sacrifice hors du Temple (Vin nLTfTlû)- 

2. La phrase rp H J10D nnsn WIN Uim n'a que la valeur d'une transition. 

3. Voir mon Leben Jesu, p, 198. 

4. Comme il s'agit de l'exil (m53) f c'est-à-dire d'un châtiment, l'auteur juge 
opportun de remarquer que i3"ïN désigne le jugement rigoureux («cpp WH)» en 
accord avec l'interprétation rabbinique, qui, dans gTï5N, voit -pin m» tandis que 

mm représente o^amn m»- 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mais il est sur qu'il s'accorde étonnamment ici avec les rabbins, 
qui attribuent une des délivrances à Mardochée et Estlier '. Les 
mômes rabbins parlent aussi d'une délivrance à l'époque desGrecs 
et mentionnent à ce propos Asmonée, ses fils et le grand-prêtre 
Matathias 2 . Notre auteur fait mieux en parlant de cinq fils de 
Matathias, ce qui fait honneur à ses connaissances historiques. 
Il n'est que trop naturel de le voir passer au quatrième exil, à l'exil 
« romain », dont il essaie de déterminer la fin à la manière cabba- 
listique. C'est l'objet de la troisième partie. 

Cette partie a une valeur historique particulière en ce qu'elle 
contient, touchant la fin des temps, une révélation du célèbre 
cabbaliste Hayyim Vital, qui prétendait l'avoir reçue du prophète 
Elie. Hayyim Vital Calabrese, ami et disciple d'Isaac Louria, le 
fondateur de la Néo-Cabbaie, s'était, comme aussi du reste son 
collègue et maître, jeté avec toute la fougue de sa fantaisie et de 
son imagination dans les calculs relatifs à l'avènement des 
temps messianiques ; il était convaincu que cette époque était 
proche et se considérait lui-même comme un instrument de la 
délivrance en se donnant pour le Messie fils de Joseph, précurseur 
du vraie Messie 3 . Le Zohar et tous les ouvrages qui en dépendent 
indiquent comme date de la délivrance l'an 5408, de la création du 
monde, soit 1648 de l'ère chrétienne et on sait que c'est en cette 
année que parut le faux-Messie Sabbataï Gebi 4 . Il est contraire à 
l'esprit cabbalistique d'exprimer un fait quelconque d'une manière 
claire, compréhensible pour tout le monde ; l'atmosphère de la 
Cabbale, c'est l'ombre, le mystère et le secret. C'est ainsi que cette 
date bien connue est voilée par notre texte dans l'obscurité mysti- 
que d'une énigme (mn), dont la symbolique chiffrée, savamment 
calculée, est bien faite pour plonger l'auditeur et le lecteur dans 
cet état d'esprit fantasque que les mystiques aiment tant. 

Il n'est pas facile de trouver la clef de l'énigme. La difficulté peut 
provenir en partie de ce que le texte ne paraît pas s'être bien 
conservé. Comme l'énigme est qualifiée de morceau rimé (mn), 
il était avant tout nécessaire de lui donner la forme, d'ailleurs 
conjecturale, d'une pièce de cinq vers. En vue de la rime, il fallait, 
à la quatrième ligne, corriger "nm en O"nro, mot que je prends 

4. Meguilla, Ha. 

2. Ibîd. 

3. Voir sur lui Graetz, Geschichte, 3 e édition, IX, 420; Ph. Bloch, apud VVinter et 
Wi'msche, Die judiscke Litteratur, III. 284. C'est M. Bloch qui, dans une lettre du 
5 mai 1905, a élucidé pour moi quelques points de notre texte cabbalistique et m'a 
notamment signalé le passage du "p^n V^ y ( 4 uon trouvera plus loin. 

4. Voir Gratz, op. cit., X, 189, 



UN TEXTE CABBALISTIQUE SUR JÉSUS 247 

d'après Genèse, xv, 10, dans le sens de « partie », « morceau ». A la 
cinquième ligne, j'ajoute "nn, tombé sans doute par la faute du 
copiste à cause de sa ressemblance avec "nna *. Notre morceau 
n'est ni assez ancien, ni assez important pour mériter qu'on peine 
sur lui ; aussi n'ai-je amendé le texte qu'autant qu'il a paru néces- 
saire pour l'intelligence de l'ensemble. 

La clef de l'énigme est sans doute le mot d">mp, dont la valeur 
numérique est 400. A ce nombre s'ajoutent cinq milliers, que 
l'auteur désigne par n-ms-is nizîttn « cinq degrés préliminaires », en 
quoi il pense probablement à Abot, m, 18, où le calcul du calendrier 
(msipn) et les supputations de nombres (rvmatt'u) sont désignés 
comme les degrés préliminaires de la sagesse (rrosn), c'est-à-dire 
pour lui de la sagesse cabbalistique. A 5400 il manque encore 8 
pour obtenir le millésime 5408 2 . Aussi l'auteur demande-t-il que 
l'on compte aussi d^ip par morceaux (d"nna), c'est-à-dire chaque 
lettre et, semble-t-il, avec le préfixe a dans û">:npa ; on obtient ainsi 
6 et avec la répétition du mot lui-même (bb"D) 3 , 8 unités ; soit au 
total le millésime 5408. Si l'opération paraît subtile, la faute n'en 
est pas à l'interprétation, mais à la mystique cabbalistique. D'ail- 
leurs, je ne garantis pas que mon interprétation soit exacte. 
En outre, les lignes du milieu, qui parlent de « la corne d'un bœuf, 
de la corne du mouton, de la corne des sauterelles'* », me sont 
incompréhensibles. Peut-être les mots -niû et û">aan, qui sont 
composés de 8 lettres, indiquent-ils le nombre 8 que nous cher- 
chions. Dans ce cas l'auteur dirait : 

Cinq degrés préliminaires 5 s'ajoutent à d*onp (=400), 

qui sont dans la corne du bœuf ou des sauterelles, 

mais non dans le bœuf, le mouton ou les sauterelles (seulement), 

mais si tu peux trouver mon énigme par morceaux, 

les degrés préliminaires se sont déjà trouvés dans d^p. 

Vienne. S. KRAUSS. 

1 . Le mot "Hti ajouté par moi est araméen, tandis que le reste du morceau est 
hébreu, mais cette dissonance ne peut pas faire difficulté dans une élucubration si 
récente qui ne se distingue en rien moins que par l'élégance du style. 

2. Cf. ^hizn p723% chapitre nnn DblJ, 55 (éd. Amsterdam, 1648, f°336): pi 
(Calabrese) ^msbp D^M n"-|ï-ï73 ^"p 31H "îarna Û^n yy -ID03 SirO izv&n 

rb^n lanfioatz) nn i"\on la-i» bapœ n"nbî v '-)Nn -p"-p Va bu: YpoVri 
■paiera rpiûwn -ni t»n vbjn /iDTrtuN nm -ps bww "fsapN y;ap -i?2Kj 
npos nmbïïmz; rvn m *iy "n* ^nma» r-^rr 1 ^tifcl Brbab rrn b"*: n"NT 
^.73iai mmiN *d am ns pb n"NT "paian d*np m-in a^ia. 

3. Cf. d^bblD m^n '3 Uy dans l'interprétation des mots imp p*JS:3T. 

4. L'expression d^a^n iD"lp est peut-être un souvenir de Pesahim, m, 5. Avec un 
cabbaliste on peut imaginer aussi que dans d^a^n il a trouvé son propre nom d v, tt. 

5. Les 5 « degrés préliminaires » peuvent être trouvés dans les 5 lettres de B^p, 
ou bien ; à 400 il faut encore ajouter 5000, 



ETUDE 



SUR 



LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 

DU V e AU XIV e SIÈCLE 

(suite 1 ) 

CHAPITRE XII 

LE COMMERCE DE L'ARGENT. 

1. La législation locale appliquée aux Juifs créanciers ou débiteurs. — II. Les 
Juifs et le prêt sur gage mobilier ou immobilier. — III. Le prêt à intérêt; ses 
détracteurs et ses apologistes; son taux; Juifs créanciers surtout des consuls 
du Bourg; taux élevés pt>ur prêts à court terme; lettres de change; renou- 
vellements d'effets. — IV. Monnaies en usage dans les juiveries de Narbonne : 
narbonnais, melgoriens, tournois. 

I. — Bien qu'ils aient en la faculté d'exercer indifféremment les 
professions d'agriculteur, d'artisan ou de marchand, les Juifs nar- 
bonnais n'ont pas échappé à la loi générale qui entraînait irrésisti- 
blement les Juifs vers le commerce de l'argent. Les seigneurs aussi 
bien que les particuliers, les communautés religieuses aussi bien 
que les communautés laïques se voyaient contraints en maintes 
circonstances de recourir aux emprunts ; et, comme le droit canon 
interdisait aux chrétiens la pratique du prêt productif d'intérêt, on 
prit l'habitude à Narbonne, comme partout ailleurs, de faire appel au 
crédit juif. Les opérations de banque devenant fructueuses par 
suite du taux élevé de l'intérêt et surtout par suite de la maîtrise 
que les Juifs s'étaient acquise en cette matière à la faveur d'une 
longue expérience, de plus, les propriétaires d'immeubles ne 

i. Voy. Revue, t. LV, pp. 1 et 221 ; t, LVIII, pp. "73 et 200 ; t, LIX, p. 59 ; t. LXI, 
p, 228 et t. LX1I, p, 1, 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NÀRBONNE 249 

jouissant que d'une sécurité problématique, non pas relativement 
aux brigands de grande route ou aux seigneurs locaux, mais par- 
rapport au pouvoir royal lui-môme, qui s'était avisé pour remplir 
le trésor de recourir à des expulsions et à des confiscations pério- 
diques, les Juifs narbonnais s'empressèrent, vers le milieu du 
xm e siècle, de transformer leur fortune foncière en valeurs mobi- 
lières, dont le recouvrement, à la veille d'un édit d'expulsion, 
pouvait s'effectuer plus aisément qu'une liquidation d'immeubles. 

Quoi qu'il en soit, le rôle financier joué par les Juifs était déjà 
assez notable à Narbonne dans le premier quart du xnr 9 siècle pour 
que la législation locale ait eu à s'occuper de réglementer leurs 
opérations. Des statuts furent dressés, le 3 février 1221, par le 
conseil des prud'hommes et les trois cours seigneuriales delà ville, 
portant que les débiteurs qui feraient faillite ou délaisseraient 
leurs biens pourraient être livrés entre les mains de leurs créanciers 
et détenus par eux ; de ces dispositions furent, toutefois, exceptés 
les Juifs débiteurs de créanciers chrétiens et réciproquement les 
chrétiens débiteurs de créanciers juifs ; mais tout débiteur pouvait 
encourir un emprisonnement de dix jours dans la prison de l'une 
des trois cours narbonnaises. Les règlements ci-dessus devaient 
s'appliquer indistinctement aux femmes juives et aux femmes 
chrétiennes dont les maris viendraient à être l'objet de poursuites 
judiciaires pour avoir manqué à leurs engagements '. 

Sept ans plus tard, en 1228, un statut additionnel fut promulgué 
par les consuls relativement aux débiteurs récalcitrants. Ce règle- 
ment supprimait la contrainte par corps à l'égard du débiteur juif. 
Le créancier devait se borner à la contrainte par saisie immobilière 
et mobilière. Conformément aux prescriptions de cette ordonnance, 
les consuls firent remettre en liberté, dans le courant de l'année 
1238, le juif Abraham Crescas, emprisonné pour dettes à la requête 
de son créancier Jean Barte. à la condition, toutefois, qu'il s'acquit- 
terait de ses obligations dans le délai d'un mois 2 . 



1. Arch. mun. de Narb., 1 er Thalamus, f° 83 v°, 9 e Thalamus, f° 6 (texte latin). 
Cette coutume, tantôt sous sa forme latine, tantôt sous sa forme provençale, se ren- 
contre au moins huit fois dans les registres consulaires. — Cop. : Bibl. nat., collec- 
tion Doat, t. 50, f°' 21-27, d'après 3 e Thalamus. — Publ. : Hist. de Lang., éd. Du 
Mège, t. VU. Preuves des additions et notes, p. 127, d'après le texte provençal du 
3 e Thalamus; Du Mège, confondant le règlement de 1221 avec le statut additionnel de 
1228 dont il sera question plus bas, place à tort le règlement sous l'année 1228 et 
Saige (Juifs du Lang., p. 47) commet la même erreur; Mouynès, Invent, des archives 
de Narb., Annexes de la série A A, p. 11, 1™ col. 

2. Hist. de Lang., éd. Du Mège, t. VU, Preuve* des additions et notes, p. 127, 
8« col, : « Al nom de santa et non despartihla Trinitat, lo Payre, lo Fil et lu Saut- 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

II. — Pour éviter les inconvénients et les frais qu'entraînaient 
les saisies, les créanciers juifs pratiquaient beaucoup à Narbonne 
le prêt sur gage. Quelque temps avant l'année 924, nous voyons les 
« Hébreux » Sabrono et Barala créanciers engagistes de la vicom- 
tesse Arsinde pour la somme de i,000 sous garantie sur l'alleu de 
Magrie et de Guxac '. Le gage n'était pas toujours un immeuble. 
C'était, notamment, la perception d'un droit, surtout quand le 
débiteur se trouvait être un grand seigneur de la ville. En 1180, 
les Juifs Momet et Matofias se firent engager par l'archevêque pour 
une période de douze ans, en garantie d'un prêt de 6,000 sous, la 
perception de la leude de terre et de mer 2 . Le 16 mai 1213, nous 
trouvons encore des Juifs engagistes des petites leudes archié- 
piscopales 3 . 

Qu'arrivait-il de l'objet engagé au cas où le débiteur venait à 
déclarer qu'il se trouvait dans l'impossibilité d'acquitter ses enga- 
gements, c'est ce que nous apprend un acte du 27 octobre 1252. A 
cette date, Bondia de Surgères prête à Bernard de Bubars et à sa 
famille 135 sous melgoriens à 6 deniers pour livre d'intérêt mensuel, 
soit à 30 0/0 par an. La garantie de l'emprunt est un champ situé 
dans le terroir d'Escales, sous le domaine direct de Bérenger de 
Boutenac. La dette doit être remboursée à la Saint-Just de l'année 
1252, sinon le champ sera vendu au bénéfice de Bondia, qui 
prélèvera sur le prix de vente le montant de sa créance, capital et 
intérêts, quitte à remettre le reliquat entre les mains de son débi- 
teur 4 . Il arriva précisément que Bernard de Bubars ne put pas 
faire honneur à ses engagements, et conformément à la clause 
restrictive insérée dans le contrat précédent, Bondia de Surgères 
fit procéder à la vente du champ remis en gage \ 

Les créanciers juifs prêtaient aussi sur gage à leurs coreligion- 
naires. Ainsi Vidal de Florensac, à la date du 1 1 octobre 1267, tenait 

Esperit, los cossols de la vila de Narbona an ordenat que lo Jusieu Abraham Crescas, 
près pel deutes que as del sen Joan en Barte, séria mes en libertat, mas que pagues 
dins lo mes lo digut al dit Joan en Barte. Para qu'es lo establiment aytal que foc fait 
l'an de nostre senhor mccxxviii qu'alcun Jusieu no sia près per causa de deutes, mas 
que pagues et que sos bes sian vendus, sino a autramen poder de pagar lo crescedor. 
Et aytal es estât fait l'an de nostre senhor mccxxxviii. » Du Mège a tiré ce document 
d'un recueil intitulé : Actes pour servir à l'histoire de France. Sa publication nous 
paraît fautive ; mais il nous a été impossible d'en retrouver la source. Cf. Saige Juifs 
du Lang., p. 47. 
i. Voy. plus haut, chap. iv, § u. 

2. Inventaire des archives de l'archevêché de Narbonne, t. I, f d8 313 v°-314,. 

3. Voy. plus haut, chap. v, §v. 

4. Saige, Juifs du Lang., pp. 488-190, 
H. Ibid., pp. 190 192. 



ÉTUDE SUR LÀ CONDITION DES .1U1FS DE NARBONNE 251 

en gage de Vidal, fils de David de Narbonne, un manse situé dans 
la Cité, sous la directe vicomtale ' . Mais il est probable que dans 
ce cas le créancier, conformément aux prescriptions de la loi 
hébraïque, n'exigeait pas d'intérêt de son coreligionnaire. Le 
bénéfice réalisé devait consister uniquement alors dans le produit 
de la récolte. 

Quelquefois — probablement dans les petits emprunts — le gage 
consistait, comme au Mont-de-Piété moderne, en matière d'argent, 
en vêtements et autres objets mobiliers. La charte de franchises 
octroyée par l'archevêque à sa juiverie le 10 janvier 1284 prévoyait 
les engagements de cette sorte. Les Juifs engagistes de vêtements 
ou de pièces d'argenterie jouissaient de la faculté, à l'expiration 
d'un délai de deux ans, et après en avoir préalablement obtenu 
l'autorisation de l'officialité archiépiscopale, de mettre en vente 
tout ou partie des objets engagés jusqu'à concurrence du montant 
du prêt. Défense était faite aux Juifs de recevoir en gage des draps, 
des costumes ou des ornements ecclésiastiques, des vêtements 
sanglants ou perforés par le glaive, soit encore des étoffes dont le 
commerce était interdit sous peine d'amende 2 . 

On ne trouve pas seulement des Juifs créanciers de chrétiens; on 
voit aussi le contraire : des chrétiens créanciers de Juifs. Cette 
réciprocité s'explique encore par la prohibition canonique du prêt 
à intérêt. Il est clair que le prêt consenti par un chrétien à un Juif 
était moins repréhensible que le prêt consenti à un autre chrétien 
De plus, le prêt sur gage, bien que n'étant dans la plupart des cas 
qu'un prêt à intérêt déguisé, n'était pas interdit par les canons de 
l'église. Le 27 octobre 1154, le saunier juif Bonisaac, sa femme 
Mairona et leurs filles Regina et Bonamancipa, en garantie d'un 
emprunt de 200 sous melgoriens, engagent à Pierre Gausic 150 aires 
de salins sises au Pradel, avec tous les accessoires nécessaires à 
l'extraction du sel. La durée de rengagement est fixée à deux ans. 
Si, au terme de ce délai, la dette n'est pas acquittée, le créancier 
continuera à exploiter la saline jusqu'à complet remboursement. 
Pour obvier aux perturbations que peuvent amener les variations 
monétaires, et notamment la baisse de l'aloi au dessous du taux de 
48 sous melgoriens par marc d'argent fin, poids légal de Narbonne, 
les emprunteurs s'engagent à effectuer le remboursement de leur 
prêt en argent fin et en très bonne monnaie. Le créancier sur 
gage pourra, à son tour, sous-engager la saline s'il a besoin dans 

1. Saige, Juifs du Lang., pp. 192-200. 

2. Pièces justificatives, n° VIII, articles 9 et, 10. 



252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'intervalle de l'échéance de rentrer en possession du montant 
de son prêt 1 . 

Les « Rois Juifs », eux-mêmes, étaient obligés de recourir à 
l'emprunt sur gage immobilier. Ainsi, Glarimos et Bondia, bien 
avant lel5 novembre 1199, avaient engagé leur droit de propriétaire 
direct sur une pièce de terre sise dans le terroir de Pré judaïque, 
le premier en faveur de Guillaume de Rieu, le second en faveur de 
Bérenger de Moussan. D'autre part, à la date du 15 novembre 1199, 
on voit Pons de Coursan, tenancier des deux parcelles de Glarimos 
et de Bondia, engager à son tour le domaine utile de ces pièces de 
terre en garantie d'un emprunt de 40 sous melgoriens pour la durée 
de deux ans, à partir de la Saint-André, avec possibilité de prolon- 
gation d'an en an jusqu'à complète extinction de la créance. Les 
revenus de la terre ne servent pas à l'amortissement de cette dette. 
Ils constituent donc le bénéfice du créancier. 

Dans ces contrats, comme dans l'acte précédent, nous voyons que 
le créancier se réserve le droit de sous-engager la pièce de terre 
pour la valeur de sa créance, après en avoir obtenu préalablement 
l'autorisation des propriétaires directs, à qui il devra fournir les 
redevances accoutumées, notamment le quart de la récolte, et, en 
cas de sous-engagement, les droits de mutation (foriscap). Les 
débiteurs s'obligent, s'il advient que, par suite de moins-value, la 
terre engagée constitue une garantie insuffisante, à offrir en gage 
tous leurs autres biens, immeubles et meubles. Ce prêt sur gage 
ressemble donc étrangement à un prêt sur garantie hypothécaire. 
Si la reprise delà terre s'effectue au moment de la récolte, le pro- 
duit devra en être réparti entre le créancier et le débiteur, moitié 
par moitié. Toutefois, si la récolte consiste en blé, le débiteur devra 
indemniser le créancier de la moitié du prix d'achat de la semence 2 . 

III. — Mais le mode que revêt le plus généralement l'obligation 
souscrite par un chrétien au profit d'un créancier juif n'est pas 
autre chose que le simple prêt à intérêt. La détention du gage devait 
entraîner des tracas pour le prêteur, surtout s'il lui fallait s'impro- 
viser agriculteur ou vigneron. Au reste, le bénéfice annuel réalisé 
subissait tout à la fois les fluctuations de la récolte et du marché. 
Il y avait donc avantage à s'assurer un revenu fixe et déterminé, 
— du moins pour une certaine période, — comme, par exemple, le 
prix de la location d'un immeuble ou le cens d'une tenure. Nous 

1. Pièces justificatives, n° IV. 

2. Pièces justificatives, n° V. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 253 

voyons, le 20 novembre 411)1, deux Juifs de Narbonne, Eflïahim et 
Bonastruch, de passage à Girone consentir un prêt en faveur du 
catalan Gaufredo Borrell de Razet *. 

Le débiteur était souvent réduit à liquider une partie de ses biens 
pour s'acquitter à l'égard de son créancier juif. Le 26 février 1220, 
Kaimond-Bérenger d'Ouveillan vendit à l'abbaye de Fontfroide deux 
pièces de terre sises dans le terroir de Mattefer,près de Montlaurés; 
le montant du prix de vente, soit 550 sous, fut intégralement versé 
au Juif Ast-ruc, qui avait prêté pareille somme au père du vendeur, 
Bérenger d'Ouveillan, « sous de grosses usures » 2 . 

Le présent acte ne nous est parvenu que sous forme d'analyse. Il 
est donc probable que l'expression « sous de grosses usures » em- 
ployée par l'auteur de l'inventaire des titres de Fontfroide n'est 
qu'une mauvaise interprétation du mot usura, qui, au moyen âge, 
signifie tout simplement intérêt. Nous verrons plus loin ce qu'il 
faut penser du taux exigé par les Juifs de Narbonne. Assurément ce 
n'est pas sans raison que les canons 2, 3 et 4 du concile provincial 
tenu à Narbonne pendant le carême de l'année 1227, sous la prési- 
dence de l'archevêque Pierre Ameil, défendirent aux Juifs d'impo- 
ser aux chrétiens des intérêts trop élevés 3 . Mais à Narbonne les 
Juifs ne paraissent avoir pratiqué que très rarement l'usure au sens 
moderne du mot. 

Le crédit productif de gain subit une crise sous le règne de 
Louis IX, qui proscrit sévèrement toute pratique de prêt à intérêt. 
Aussi, voyons-nous un Juif narbonnais, Meïr ben Siméon, soutenir 
dans un factum la légitimité et l'utilité du prêt à intérêt, qu'il dis- 
tingue nettement de l'usure 4 . Sa théorie semble avoir prévalu à 
Narbonne sur celle de la royauté capétienne. Nous avons vu que 
les seigneurs de la ville ne se faisaient pas faute d'encourager les 
pratiques financières des prêteurs juifs, au crédit desquels ils ne 
dédaignaient pas de recourir à l'occasion. 

L'industrie narbonnaise faisait appel, elle aussi, au concours 
financier des capitalistes de la grande et de la petite juiverie. Le 
pareur Guillaume Gramos (Gramuscu) dictant son testament le 
1 er octobre 1248, n'oublie pas qu'il est débiteur de certaines sommes 
à l'égard du frère de Mamet,du frère de Léon Anellieretd'un autre 
Juif qu'il ne nomme pas ; il recommande à ses héritiers de restituer 

1. Girbal, Revista de Gerona, t. 16, p. 34 (d'après Archivo del Hospicio de Gerona, 
armario de pergamenos, cajon 17, n° 205). 

2. Bibl. de Narbonne, ms. 259, f» 95. 

3. Voy. plus haut, chap. v, § VI. 

4. Ibid.,. chap. vu, § i. 



254 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

6 livres, 13 sous, 4 deniers melgoriens aux deux premiers, 6Q sous, 
8 deniers au troisième 1 . C'est peut-être aussi une restitution de 
somme prêtée qu'il faut voir dans la clause du testament de Ber- 
nard de Cortone instituant en faveur de Bonmacip, fils du Roi Juif, 
un legs de 2:2 deniers, plus une cape de caparesce 2 . 

Quel était le taux de l'intérêt exigé par les Juifs de Narbonne ? 
Bernard de Bubars et sa famille étaient débiteurs à Bondia de Sur- 
gères de 135 sous melgoriens productifs de 6 deniers pour livre 
d'intérêt par mois, soit 30 0/0 par an. L'intérêt devait être payé en 
même temps que le capital au jour de l'échéance du billet. Des pré- 
cautions sérieuses étaient prises en prévision de variations moné- 
taires. L'intérêt (lucnim) devait être soldé en argent fin a raison de 
48 sous melgoriens au marc, conformément à l'aloi de Nar- 
bonne 3 . 

L'habitude de verser le montant de l'intérêt en bloc au jour de 
l'échéance de l'emprunt, et non à des termes fixés dans l'intervalle: 
fin de mois, fin de trimestre, fin de semestre ou fin d'année, nous 
explique que dans les quittances de dettes il ne soit pas fait de dis- 
tinction entre le capital et l'intérêt. Le 16 juillet 1303, Astruc 
Bonafos du Caviar et Sabron Vivas, Juifs, donnent décharge au 
légiste Pierre Bonet, procureur des consuls du Bourg, de i08 livres 
tournois, à valoir sur les 240 que les consuls leur devaient, ainsi 
qu'à leur coreligionnaire Bondia Mossé, pour livraison de 3 charges 
et demie de poivre 4 . 

Il ne s'agit plus ici, il est vrai, d'un emprunt souscrit en espèces, 
mais d'une forme particulière de crédit : la fourniture de marchan- 
dises payables à terme. La conclusion de ce marché donnait lieu 
à la rédaction d'un billet à ordre qui restait entre les mains du 
fournisseur et qui était remis au débiteur ou à son mandataire 
contre remboursement au terme de l'emprunt. 11 est fort possible 
que le montant de la livraison consentie à terme ou le capital en 
espèces prêté pour un délai déterminé aient été majorés au mo- 
ment de l'emprunt de la somme d'intérêt exigible à l'échéance. 

Il n'est pas toujours facile de démêler les différentes formes de 
prêt a intérêt pratiquées par les Juifs de Narbonne. Par 
exemple, le o novembre 1303, Salomon de Montpellier donne 

1. Arch. miin. de Narb.. pièce orig. pareil, non inventoriée : « ..et tribus Judeis 
fratri Mameti et fratri Leonis Anellarii mando restitui vj libras et xiij solidos et iiij 
denarios melgorensiutn et tercio lxvj solidos et viij denarios melgorensiutn ». 

'2. Voy. plus baut, chap. x, lin du •$ vu. 

3. Saige, Juifs du Lang.. pp. 188-190. 

4. Pièces justificatives, n° XI. 



ETUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NÀRBONNE 255 

quittance à Arnaud de Rosolenchis, peaussier de Narbonne, — 
chargé par les consuls du Bourg de recueillir l'intérêt (pena*) de 
la taille imposée dans le Bourg à raison de 12 sous tournois par 
denier de revenu imposable et affermée à Jean de Palayan, meu- 
nier, — de la somme de 21 livres, 6 sous, 8 deniers tournois pour 
24 livres dues par les consuls du Bourg contre livraison de trois 
charges d'alun. Salomon de Montpellier remet le billet de prêt à 
Arnaud de Rosolenchis 2 . Le même jour, Davin d'en Affagim donne 
quittance de 26 L, 6 s., 8 d. tournois pour 28 1. empruntées par les 
consuls du Bourg à raison de 6 marcs d'argent fin le 14 août 1303 ' s . 
Également le même jour, Astruc Catre, Juif de Narbonne, au nom 
et lieu de Grescas Bonet, Juif de Lunel, donne quittance de pareille 
somme pour 28 1. souscrites aussi par les consuls du Bourg aux 
mêmes conditions et à la même date 4 . 

Il ne semble pas qu'il s'agisse là de versements^ effectués à titre 
d'à compte, mais de remboursements intégraux. Comment expli- 
quer toutefois l'écart assez sensible qui se présente entre le montant 
du capital prêté et le produit de la créance échue ? Cette différence 
peut provenir d'une baisse monétaire survenue dans l'intervalle ou 
bien encore d'une remise d'intérêt, résultant d'un remboursement 
effectué avant terme. 

Les consuls du Bourg recouraient souvent au crédit des Juifs 
narbonnais. Ils avaient emprunté, notamment, le 4 août 1304, à 
Samuel Bonmacip de Lescaleta et à Vidal Mossé la somme de 100 
livres tournois de monnaie faible. Après l'expulsion de 1306 et la 
confiscation des créances juives, les consuls durent s'acquitter de 
leurs dettes entre les mains des collecteurs royaux. Le 24 décembre 
1306, Bernard Bardin, consul du Bourg, versa en son nom et au 
nom de ses collègues, à Bernard Raseire, chargé de recouvrer les 
créances des Juifs narbonnais, 33 livres, 6 sous, 8 deniers de petits 
tournois valant 100 livres de monnaie faible. Par suite des intérêts 
la créance s'élevait en réalité à 125 livres ; mais remise fut faite aux 
consuls des intérêts 5 . 

Le 4 août 1304, les consuls du Bourg avaient également souscrit 
une seconde obligation de 100 francs au profit de Samuel 

1. Pena est ici synonyme d'intérêt. Voici, d'ailleurs, un extrait de document où 
pena, a également cette acception : « ...deinde lèvent de pena super nofc vj denarios 
melgorensium pro libra singulis mensibus » (Saige, Juifs du Lang., p. 188). 

2. Pièces justificatives, n° XII. 

3. Ibid., n° XIII. 

4. Ibid., n° XIV. 

5. A. Blanc, Livre de comptes de Jacme Olivier, t. II, pp. 559-560. 



256 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Bonmacip de Lescaleta et de Vidal Mossé. Mais le montant n'en 
fut acquitté entre les mains du collecteur Bernard Raseire que le 
21 juin 4311; à cette date, étant donné les variations monétaires 
survenues dans l'intervalle, la somme à rembourser ne fut plus 
que de 42 livres, 18 sous, 4 deniers de monnaie faible'. Les 22 et 
24 décembre 1304, les consuls du Bourg avaient souscrit deux 
emprunts de 31 livres, 5 sous tournois au profit des Juifs David 
Vidal de Melgueil et Bondia de Surgères 2 . 

Le second emprunt fut acquitté par les consuls, le 24 décembre 
1306, entre les mains du collecteur, qui n'exigea que 8 L, 6 s., 8. d. 
tournois valant 25 livres de monnaie faible. Remise fut faite de 
l'intérêt, soit 6 livres, 5 sous 3 . Quant à la première créance, elle 
fut soldée au collecteur le 21 juin 1311. La remise de l'intérêt, soit 
5 L, 5 s. fut accordée; mais, la somme à payer s'élève à 10 1., 14 s., 
7 d. tournois de monnaie faible /( . 

Les Juifs ne prêtaient pas seulement aux consuls. Ils ouvraient 
aussi leur bourse aux simples particuliers. Un acte du l or décembre 
1313 nous montre que Bondia de Surgères avait prêté 45 s., 2 d. 
tournois à Guillaume Raynès, donat de l'hôpital des pauvres du 
Bourg, et à Bertrand Calvet, laboureur. Ce dernier dut solder la 
créance entière au fisc royal. Aussi, le 1 er décembre 1313, se fit-il 
verser par frère Guillaume Lafont, procureur de l'hôpital, grâce à 
l'intervention des consuls du Bourg, la somme de 22 s., 7 d. de 
petits tournois représentant la part d'obligation souscrite par 
Guillaume Raynès 5 . 

Dans tous ces actes où les consuls du Bourg interviennent, soit 
comme partie contractante, soit comme partie intéressée, on ne 
distingue pas très bien quel était le taux de l'intérêt exigé par les 
créanciers juifs. Nous ne le savons d'une façon certaine que pour 
Bondia de Surgères, qui prêtait à raison de 6 deniers pour livre par 
mois, soit à 30 0/0 par an G . Or, le 23 mai 1318, Philippe V le Long 
fixait le taux maximum de l'intérêt à deniers pour livre par 
semaine, soit un peu plus de 43 0/0 par an 7 . 

1. A. Blanc, Livre de comptes de Jacme Olivier, t. II, p. 560. 

2. Ibid., pp. 560-561, publication partielle en note de l'acte du 22 décembre. On 
trouvera celui du 24 décembre à nos Pièces justificatives, n° XV; cf. A. Blanc, ut 
supra, p. 560, note 1. 

3. Pièces justificatives, n° XV. 

4. Blanc, ut supra, pp. 560-561, note. 

5. Ibid., t. II, 2 e partie, pp. 719-720. 

6. Saige, Juifs du Lang., p. 188 : « .... lèvent de pena super nos vj denarius 
melgorensium pro libra singulis mensibus ». 

7. Arcb. mun. de Narb., pièce non inventoriée. M. A. Blauc n'a publié qu'une partie 
de ce document (pp. 800-802). 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 257 

Cet intérêt de 43 0/0 { est précisément le taux maximum fixé par 
l'ordonnance de Philippe-Auguste relative au prêt. Le taux nar- 
bonnais était donc bien inférieur au taux royal; mais il était plus 
élevé que la cote légale imposée aux créanciers juifs dans les 
États de la couronne d'Aragon 2 , et que Jaime I er avait fixée à 
200/0. L'élévation relative du taux narbonnais par rapport au taux 
aragonais s'explique par la courte durée du prêt et la proximité 
du terme; à Narbonne, en effet, l'échéance tombait le plus sou- 
vent au bout de la deuxième année. Dans les royaumes d'Aragon, 
pour éviter que le montant des intérêts n'atteignît le chiffre du 
capital, c'est-à-dire à raison de 20 0/0, au bout de cinq ans, les 
créanciers juifs devaient, passé ce délai, réclamer le rembourse- 
ment du prêt et au besoin introduire une action en justice contre les 
débiteurs récalcitrants 3 . Cette coutume ne paraît pas avoir existé 
dans le vicomte de Narbonne. 

Les quelques Juifs revenus à Narbonne après les expulsions de 
1306 et 1322 ne purent s'adonner qu'à la petite banque. On trouve 
un écho de leurs opérations dans le livre de comptes du marchand 
narbonnais Jacme Olivier, A la date de 4383, ce dernier inscrit au 
compte des dettes de dame Lauzagua, 4 livres, 19 sous, 8 deniers 
qu'il a acquittés entre les mains de Crescas de Lunel, créancier 
par contrat de ladite dame \ 

Reine Lauzagua et son fils Bernard Laurac, marchand de Nar- 
bonne, ne se montraient pas très exacts dans leurs paiements à 
l'égard de leur créancier Crescas de Lunel. Ce dernier porta plainte 
contre eux, le 27 novembre 1383, par devant le lieutenant du 
garde-juge du nouveau sceau de la supériorité de Montpellier. Le 
créancier réclamait 2 francs d'or sur les 4 francs 14 sous tournois 
que lui avaient souscrits Bernard Laurac et sa mère par acte passé 
devant M e Guiraud Barrau, notaire à Narbonne, le 18 novembre 
1368. Le lieutenant du garde-juge perçut pour l'enregistrement 
de la plainte le dixième de la créance, soit 3 gros et 3 barce- 
lonais 5 . En 1384, le marchand Jacme Olivier dut encore payer 



i. Exactement 43,33 0/0. 

2. Voy. notre Catalogue des actes de Jaime I er , Pedro III et Alfonso III, rois 
d'Aragon, concernant les Juifs (11213-1291), dans R. E. J., t. LX(1910), p. 166, n° 28. 

3. Ibid., t. LX, p. 194, n» 180, t. LXI (1911), p. 34, n° 411, p. 37, n° 433. 

4. A. Blanc, Livre de comptes de Jacme Olivier, t. II, l re partie, p. 38 : « Item 
pus deu que paguey an Cresquas de Lunel, juzyeu, per la carta en que era hobligada 
iiij fran, e j florin e iij gros per la carta, monta iiij li. xix s. vuj. 

Item pus deu que ly baylet ma moler, a xxj dezembre, j franc •» .... j H. 

5. Ibid., appendice VI, p. 273. 

T. LXII, n° 124. 17 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

6 francs pour Bernard Laurec et dame Lauzagua au juif Grescas 1 . 

Réciproquement, Grescas de Lunel étant un des clients de Jacme 
Olivier, effectuait des paiements à son ordre. Le 10 avril 1386, 
il lui achète une ceinture d'argent au prix de 10 francs, 2 gros. 
Or, Grescas a payé à l'ordre de Jacme Olivier et à la décharge de 
Bernard Lauracla somme de 6 francs. De plus, le second est débi- 
teur au premier de 18 gros pour une livraison de blé. Grescas s'ac- 
quitte de la différence, soit 3 francs 2 . On voit que Jacme Olivier et 
Grescas de Lunel faisaient usage de lettres de change, puisqu'ils 
endossaient mutuellement les billets d'un tiers en relation d'affaires 
avec l'un d'entre eux. 

Sous le règne de Charles V, les consuls de Narbonne s'étaient 
élevés vivement contre les « Juifs dévorateurs de la fortune des 
chrétiens 3 ». Cela n'empêcha pas leurs successeurs en fonction 
durant les années 1389 et 1390 de recourir aux créanciers juifs. Le 
registre de comptes du clavaire pour l'exercice 1389-1390 mentionne 
des payements d'intérêts effectués pour l'échéance du mois de 
septembre entre les mains des Juifs Mayrot, x David de Lunel, 
Joseph Astruc et Abraham Hizac. Ces effets souscrits le 1 er sep- 
tembre par devant notaire étaient renouvelables de mois en mois 
moyennant le payement d'un escompte de 4,10 ou 3,33 0/0. 

Le taux de l'intérêt exigé par les créanciers des consuls varie 
assez fortement. Joseph Astruc a prêté 100 francs à raison de 
10 deniers bons, soit à 50 0/0 par an, Abraham Hizac, 50 francs à 
8 deniers bons, soit à 40 0/0. David de Lunel et Mayrot ont prêté 
l'un 100 francs, l'autre 50 à deux blanques bonnes pour franc '», soit 
— la blanque valant 5 deniers — à 50 0/0. On voit que le taux de 
l'intérêt était très élevé; mais cette élévation était en raison directe 
de la proximité de l'échéance : prêt à court terme, fort intérêt. 

IV. — Il est intéressant de rechercher de quelles monnaies les 
Juifs de Narbonne se servaient de préférence dans leurs opérations 

1. A. Blanc, Livre de comptes de Jacme Olivier, t. Il, l re partie, pp. 71 et 72 : 

« Bu. Laurac deu » «Item pus deu que bayley an Grescas vj fr« vj li. » 

« Doua Lauzagua deu » « Item pus deu que paguey an Crescas vj fr» vj li. » 

2. Ibid., p. 100 : « Grescas de Lunel deu per j» sentura d'argen que ly vendey, que 
peraj marc, v onsas 1/2, a l'or de vj franc lo marc, monte x franc e ij gros. 

Ë nos devem ly que ly dysem a pagar per lin. Lauzac vj franx, valon. 
Item pus ly devem per resta del blat que aguy s\eu : xviij gros, valon j franc j g° 
viij d r . 
Paguet iij fr«. » 

3. Voy. plus haut, chap. vu, §xn. 

4. A. Blanc, Livre de comptes de Jacme Olivier, t. II, 2c partie, p. 1013. 



ËTUDK SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 2 { Ô9 

financières. A. la fin du xi e siècle, en 1092, Àbomar et Abraham 
acquittant le droit d'entrée en possession d'un manse,ont recours à 
la monnaie de Narbonne 1 . C'est encore en sous narbonnais 2 qu'au 
xii e et même au commencement du xm e siècle, les Juifs de Nar- 
bonne paient le cens au vicomte pour la possession des maisons 
de la grande juiverie 3 . Mais déjà le 11 octobre 1155, Bonisaac se 
fait verser le prix d'achat des salines moitié en monnaie de Mel- 
gueil et moitié en monnaie de Narbonne '. 

C'est, en effet, du sou melgorien :; qu'il est le plus souvent ques- 
tion dans les actes relatifs aux transactions judéo-chrétiennes. Le 
27 octobre 1154, le même Bonisaac fait un emprunt de 200 sous 
melgoriens au cours de 4 deniers 6 , à l'aloi de 48 sous par marc 
d'argent fin, poids de Narbonne 7 . Le Roi Juif se fait aussi payer 
en melgoriens le droit d'entrée en possession de deux parcelles de 
terre, au mois d'avril 1195 8 . C'est encore le même cours de 48 
sous par marc d'argent fin qui se trouve établi pour le sou melgo- 
rien à la fin de 1199 9 . La charte vicomtale de franchises du 8 mars 
1217 montre l'emploi simultané de la monnaie melgorienne et de 
la monnaie narbonnaise. Mais, tandis que celle-ci s'applique au 
cens annuel, celle-là s'applique au prix de l'entrée en bail 10 . 

La monnaie de Melgueil était exposée comme les autres à d'assez 
fortes variations. De là dans les actes les expressions de sous mel- 
goriens bons et ayant cours 11 . Le créancier Bondia de Surgères 
fait spécifier dans un prêt du 27 octobre 1251 que, si le cours de la 
monnaie melgorienne subit une forte baisse, la dette sera acquittée 
en argent à 48 sous melgoriens le marc* 2 , c'est-à-dire à la valeur 
d'un marc d'argent fin, bon poids 13 . Nous relevons l'usage de la 

1. Pièces justificatives, n° III. 

2. Le sol narbonnais valait 15 deniers tournois (Moynès, Invent, des arch. deNarb., 
série A A, p. 469, note 3). 

3. Voy. plus haut, chap. iv, § vi. 

4. Inventaire des titres du chapitre de Saint-Just, transcription faite par M. Bories, 
« Des possessions de la Cité, 2 e caisson, n° 20 ». 

5. Le sou melgorien valait 4 sous tournois (Mouynès, ut supra, p. 469, note 2). 

6. Au cours de 4 deniers signifie (pie 1 denier melgorien est l'équivalent de 
4 deniers tournois, ce qui corrobore la note précédente. 

7. Pièces justificatives, n° IV. Le marc d'argent fin au poids de Narbonne valait 
48 sous melgoriens. 

8. Saige, Juifs du Lang., p. 138. 

9. Pièces justificatives, n° V. 

10. Saige, Juifs du Lang., pp. 155-157. 
il. Ibid., pp. 165-167. 

12. lhid., pp. 188-190. 

13. Le payement en marc rappelle l'époque où l'on payait en lingot de métal pur, au 
poids. Le payement au poids est une garantie contre les variations monétaires. 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

monnaie de Melgueil pendant tout le cours du xm e siècle jusqu'à 
l'année 1261 environ 1 . 

Mais dès la fin du xiu e siècle, la monnaie tournois se substitue à 
la monnaie melgorienne. C'est en tournois que les Juifs archiépis- 
copaux paient le droit d'entrée en possession de leurs maisons et 
aussi le cens annuel, tout au moins à partir du 10 janvier 1284 2 . 
C'est également en tournois que les créanciers juifs consentent des 
prêts dans les premières années du xiv e siècle 3 . 

Enfin, dans le dernier quart de ce siècle, concurremment avec 
les tournois, apparaissent les florins et les barcelonais. En même 
temps qu'il est question comme par le passé de livres, de sous, de 
deniers, se rencontrent dès lors les termes de francs, de gros et 
de blancs 4 . 



CONCLUSION 

Après la tentative d'absorption violente dirigée contre les Juifs 
par la monarchie wisigothique, la colonie juive de Narbonne réussit, 
à la faveur de la tolérance carolingienne et de l'hostilité inoffensive 
de Charles le Simple, à s'implanter définitivement dans la vieille 
cité gallo-romaine. 

Cette situation favorable se perpétue sous le régime féodal. La 
population juive de Narbonne se répartit alors en deux commu- 
nautés distinctes et inégales. Le grand seigneur laïque de la ville, 
le vicomte, se rend compte tout de suite des avantages qui doivent 
résulter pour ses finances de l'amélioration du sort de ses Juifs. 
Quant au grand seigneur ecclésiastique, l'archevêque, il se laisse 
un instant dominer par la doctrine de l'Eglise; le souci de ses inté- 
rêts temporels et, en particulier, la crainte de voir sa juiverie se 
dépeupler au profit de celle du vicomte l'obligent, soixante-sept 
ans plus tard, à imiter l'œuvre d'affranchissement réalisée par son 
rival. 

L'époque féodale nous fait assister à l'adaptation progressive de 
l'élément juif aux différents modes de l'existence narbonnaise. 

1. Acte du 12 avril 1261 (ms. Bories, cité plus haut, « Des possessions de la Cité, 
n° 39 »). 

2. Pièces justificatives, n° VIII. 

3. Voy. plus haut. 

4. Le blanc était une monnaie de billon qui commença a être en usage sous 
Philippe VI de Valois. Les grands blancs ou gros deniers blancs valaient 10 deniers 
tournois ; les petits blancs ou demi-blancs la moitié. 



ÉTUDE SUR LÀ CONDITION DES JUIFS DE NÀRBONNE 261 

Bénéficiaires d'une législation tolérante et de coutumes locales sin- 
gulièrement favorables, les Juifs narbonnais parviennent à s'ins- 
taller à presque tous les échelons de la hiérarchie sociale et dans 
toutes les catégories de professions urbaines ou rurales. Si, toute- 
fois, l'exclusivisme inflexible des théories dominantes leur interdit 
l'accès des fonctions publiques donnant pouvoir de juridiction sur 
les chrétiens, les usages locaux ne s'opposent pas à leur nomina- 
tion comme collecteur de taxes seigneuriales. En somme, soit 
comme tenanciers de propriétés chrétiennes, soit même, le plus 
souvent, comme propriétaires de tenures chrétiennes, soit à titre 
de banquiers, les Juifs de Narbonne s'appliquent à collaborer acti- 
vement avec les chrétiens dans toutes les branches de l'agriculture, 
de rinduslrie et du commerce. 

Par leur groupement à l'intérieur de la Cité, les Juifs narbonnais 
ne forment pas, politiquement parlant, des enclaves souveraines 
dans deux seigneuries autonomes. Vicomtes et archevêques n'ont 
jamais pris ombrage des tendances particularistes et de certaines 
pratiques spéciales, la plupart d'ordre religieux, observées par les 
communautés juives. Au surplus, entre les prérogatives particu- 
lières des juiveries et les privilèges municipaux des habitants chré- 
tiens une sorte d'équilibre a fini par s'établir. 

En somme, il n'aurait pas été chimérique d'entrevoir à la veille 
du jour où brusquement le pouvoir royal vint anéantir l'œuvre de 
pacification poursuivie à Narbonne par les deux plus hauts repré- 
sentants de la féodalité locale, l'heure plus ou moins prochaine où, 
à la faveur de franchises seigneuriales aboutissant à l'admission 
complète des Juifs au bénéfice du droit commun, se serait para- 
chevée l'œuvre d'unification entre les deux éléments principaux de 
la population narbonnaise. 

Jean Régné. 



APPENDICE I 



LES JUIFS DE CAPESTANG 



La juiverie de Gapestang est mentionnée pour la première fois dans 
un document du milieu du xm e siècle; mais il est probable que sa fon- 
dation remonte à une époque bien antérieure. On voit les chefs de la 
communauté assister, en 1246, à l'assemblée de Narbonne, où leur 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

coreligionnaire Méïr ben Siméon expose les doléances des Juifs contre la 
politique inaugurée par Louis IX à leur égard *. 

La ehàtellenie de Capestang faisait partie du domaine temporel de 
l'archevêque de Narbonne. La juiverie capestanaise était donc soumise 
;i la juridiction archiépiscopale; il semble même qu'elle ait bénéficié 
d'une charte de franchises un quart de siècle avant la petite juiverie de 
Narbonne. Cette charte lui fut octroyée par l'archevêque Gui Foulquois, 
qui occupa le siège de Narbonne du 10 octobre 1259 au mois de décembre 
1261 et devint pape sous le nom de Clément IV. Elle fut confirmée par 
le successeur de Gui Foulquois, l'archevêque Maurin, qui demeura 
pendant dix ans à la tête delà province narbonnaise (1262-24 juillet 1272). 

La charte en question reconnaissait aux Juifs de Capestang le droit de 
résider librement dans cette localité sous les mêmes conditions que les 
habitants chrétiens, excepté, toutefois, l'obligation de contribuer aux 
«quêtes» municipales et de participer à la garde du château local. De 
plus, la juiverie pourrait jouir des coutumes du lieu au même titre que 
la communauté chrétienne. En terminant, l'archevêque plaçait les Juifs 
de Capestang sous sa protection et sous sa sauvegarde*. 

La situation privilégiée assurée par les archevêques à leurs Juifs de 
Capestang n'empêcha pas ces derniers d'émigrer en partie à Narbonne, 
où ils vinrent grossir le contingent de la juiverie vicomtale 3 . 11 y avait 
aussi des Juifs, — sans doute des commerçants, — qui habitaient alter- 
nativement Béziers, Narbonne et Capestang. Vers 1284, Vidal de Barrcla, 
Juif capestanais, fut inscrit sur le rôle de la taille royale, les commis- 
saires du roi à ce délégué ayant constaté que feu Bonafous, son père, 
avait transféré son domicile de Narbonne à Béziers, sans plus jamais 
retourner établir son foyer a Narbonne \ 

L'exode des Juifs de Capestang vers la juiverie vicomtale de Narbonne 
fut l'origine de conflits nombreux entre l'archevêque et le vicomte. Le 
26 août 12U2, sur l'ordre du viguier royal de Béziers, le baile royal de 
Narbonne requit les officiers du vicomte d'avoir à restitue!' à l'archevêque 
un Juif de Capestang qu'ils retenaient indûment prisonnier. Les officiers 
vicomtaux se déclarèrent prêts « à obéir à la justice et à faire ce qui 
serait raisonnable 5 ». 

Les Juifs de Capestang n'échappèrent pas aux vexations du fisc royal. 
En 1306, ils présentèrent une requête à l'archevêque, leur seigneur 
immédiat, pour le supplier d'intervenir auprès des collecteurs royaux qui 
voulaient les contraindre au paiement des tailles royales 6 . C'est peut- 
être pour bien établir ses droits que l'archevêque fit dresser, en 1306, un 

1. Voy. plus haut, chap. vu, § i er . 

2. Inventaire des archives de l'archevêché de Narbonne, t. IV, f° 86 r° et v°. 

3. Acte du 20 avril 1276 : « ...rationc Judeoruin vcnieiitiiun apud Marbonam de 
Capitestagno . . . » (Saige, Juifs du Lang., p. 200). 

4. Ibid., p. 214. 

5. Invent. des arch. de l'archev. de Narb., t. I, f ' 143 \"-l i4 

6. ibid.. t. i r 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 263 

état des privilèges et libertés dont jouissaient les Juifs de Capestang, en y 
mentionnant plus particulièrement le pouvoir de juridiction qu'il exerçait 
sur leur communauté 1 . L'archevêque, outré des prétentions émises parle 
fisc royal, intenta un procès au roi devant le parlement de Paris 2 . 

Dans le courant de la même année, la communauté juive de Capestang 
allait subir un sort bien plus lamentable. Atteinte par l'édit d'expulsion 
de 1306, elle est expressément mentionnée dans le mandement que 
Philippe le Bel adressa au liquidateur des immeubles juifs, Gérard de 
Gortone, le 15 mai 1307 ; ce dernier recevait l'ordre de se transporter 
dans la sénéchaussée de Carcassonne et plus spécialement dans les cités 
et diocèses de Narbonne et de Pamiers, sans oublier le lieu de Gapestang 3 . 

Un demi-siècle après la grande expulsion des Juifs, un vestige de leur 
établissement subsistait encore à Gapestang : c'était « le four du Juif », 
qu'un document des environs de l'année 1360 place tout près de la porte 
de Narbonne \ 

La communauté de Capestang vit fleurir des rabbins célèbres. Dans la 
querelle entre orthodoxes et philosophes les rabbins de Capestang 
prirent partie pour les premiers 5 . Le poète Abraham Bedersi nous a 
laissé une élégie sur la mort de David de Capestang et de ses deux fils 
Méïr et Bonsenior 6 . Ce David de Capestang doit, sans doute, être identifié 
avec le Davin de Capestang dont il est question dans un acte du 
28 septembre 1297 7 . 

Non loin de Capestang, au nord-ouest, dans le territoire de Creissan, 
confinant à la rivière du Lirou, se trouvait un ténement dénommé Pech 
judaïque 8 . Comme ce ténement était situé entre Creissan et Puisscrguier, 
on peut supposer assez vraisemblablement qu'il avait été possédé par des 
Juifs établis à Creissan, ou mieux encore à Puisserguier. 11 y avait 
certainement des Juifs dans ce dernier lieu. Le Juif Bonet de Puisserguier 9 , 
ou tout au moins sa famille, en était originaire. 



1. Invent, des areb. de l'arcliev. de Narb., t. I, f° 596 v°. 

2. Ibid., t. I, i° 523. 

3. Saige, Juifs du Lang.,p. 273. 

4. Inventaire sommaire des archives départementales de l'Aude, séries G et H, 
Carcassonne, 1900, in-4°, p. 3, 2 e col. 

5. Histoire littéraire de la France, t. XXVII, p. 688-6X9. Sur les rabbins de Capes- 
tang-, voy. ibid., p. 713, et Gross, Gallia judaica, pp. 547-548. 

6. Hist. litt., t. XXVII, p. 713, et Gross, Gallia judaica, p. 547. 

7. Voy. pins haut, chap. xi, § iv. 

8. Inventaire des titres de la mense capitulaire de Saint-Just, copie de M. Bories, 
« Creysse, caisson 33, n° 27 » : acte du 19 octobre 1275. 

9. Saige, Juifs du Lang., p. 196 : Bonelus de Podio Sorigario (Acte du 8 sep- 
tembre 1267). 



204 HlîVUE DES ÉTUDES JUIVES 



APPENDICE II 



A l'ROPOS DE QUELQUES IDENTIFICATIONS DE JUIFS NARBONNAIS 



David du Caviar. — Saige suppose avec raison que le médecin juif 
David du Caviar vivait encore à Narbonne dans les premières années du 
Niv e siècle 2 . Il n'est pas douteux, en effet, que le Maistre Davin, metge 3 , 
dont le nom figure en tête de la liste dressée par les consuls de la Cité à 
la fin de Tannée 1305, ne doive être identifié avec le médecin David du 
Caviar; les rédacteurs de cette liste ont omis à dessein, pour les appella- 
tions de plusieurs Juifs, le nom de famille pouvant révéler la juiverie 
royale qui leur avait d'abord servi de résidence 4 . 

Lévi ben Moïse ben Todros alias Bondia de Surgères. — Lévi ben Moïse 
ben Todros appartenait certainement à la famille des « Rois Juifs ». Il 
était proche parent et contemporain de Kalonymos ben Todros II ; c'est à 
eux deux, à la fois, que sont adressées les lettres de Scheschet ben Isaac 
ben Joseph Benvenist de Saragosse 5 . Lévi ben Moïse est le nom hébreu 
de Bondia de Surgère, copropriétaire alleutier avec Clarimos, alias Kalo- 
nymos ben Todros II 6 . 

Le Bondia de Surgères dont il est question dans les actes de 1308 ' 
était, sans doute, le petit-fils du précédent. Il exerça la profession de 
banquier et en cette qualité se trouva à plusieurs reprises créancier des 
consuls du Bourg 8 . 

Samuel Sulami. — Saige identifie Samuel Sulami avec Samuel Secal 9 , 
et bien que Gross soit d'un avis contraire 10 , c'est à l'opinion du premier, 
que nous nous rangeons, le mot hébreu sulami et le mot provençal escal, 
— le nom de Secal ne fait que reproduire ce dernier mot avec simple 

i. Il nous a paru téméraire autant qu'inutile de présenter ici l'exposé complet du 
mouvement littéraire rabbinique qui s'épanouit au cours du moyen âge dans les deux 
communautés juives de Narbonne; téméraire, parce que notre ignorance de la langue 
hébraïque nous exposait à trop d'erreurs, inutile, parce que ce travail a été déjà fait 
et bien fait. Dans sa Gallia judaica, le savant Gross n'a pas moins consacré d'une 
trentaine de pages aux rabbins de Narbonne (pp. 401-430). Il suffira donc au lecteur 
désireux de connaître les productions littéraires des rabbins narbonuais de se 
reporter à cette étude magistrale. 

2. Saige, Juifs du Languedoc, p. 119. 

3. A. Blanc, Livre de comptes de Jacme Olivier, t. II, l re partie, p. 545. 

4. Voy. plus haut, ebap. vu, § n. 
. r i. Gross, Gcdlia judaica, p. 407. 

6. Voy. plus haut, chap. x, § vu. 

7. Saige, Juifs du Lang., p. 283. 

8. Voy. plus haut, chap. xn, § m. 

0. Saige, Juifs du Lang., pp. 121-12.1. 
10. Gross, Gcdlia judaica, p. 432. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 265 

transposition des deux premières lettres —, signifiant l'un et l'autre : 
échelle. Toutefois, Saige a grand tort de faire de Samuel Secal et de 
Samuel Vidal de Lescaleta un seul et môme personnage. Les textes ne 
permettent pas cette confusion; au surplus, l'examen philologique de ces 
deux noms de famille montre que le second est un diminutif du premier; 
il s'agit donc d'appellations servant à désigner deux branches différentes. 

Nous avons trouvé aux Archives de la Couronne d'Aragon, dans le 
registre 196, f° 151, à la date du 1 er mars 1297/8, un sauf-conduit délivré 
par le roi d'Aragon Jacques II en faveur d'Astrug, fils de Cresques Vidal, 
Juif de Barcelone, et de la fiancée dudit Astrug, Douce, fille de Samuel 
Secal, Juif de Narbonne, pour leur permettre le transport à Barcelone de 
la dot de la fiancée l . 

Pronfat de Capestang. — Le Profag dont il est question dans le rôle 
de la taille royale de 1292 2 n'est autre, sans doute, que Pronfat de Capes- 
tang nommé dans la liste de 1305 3 . 

Abraham ben Abba Mari. — Saige identifie Abraham ben Abba Mari 
avec Bonseigneur de Béziers 4 . Peut-être vaudrait-il mieux l'identifier 
avec Abraham d'en Abomari 3 . 

Asfruc d'Alet. — Saige fait à tort un seul et même personnage d'Astruc 
d'Alet et d'Astruc de Béziers 6 . Astruc d'Alet, qui possédait une maison 
à Narbonne, à la veille de l'expulsion de 1306, habitait vraiment cette 
ville en 1305 7 . 

1. « Noverint universi quod, cum Samuel Saccall, Judeus Narbone, ratione dotis 
Dulcie, filie sue, promiserit seu convenerit dare Astrugo, filio Gresches Vitalis, Judei 
Barchinone, usque ad quantitatem sex milium solidorum malgorensium et pro parte 
amicorum utriusque Judeorum ipsorum fuerit suplicatum humiliter nobis Jacobo, Dei 
gratia régi Aragonum, etc., quod dictam dotem que aportari seu duci débet in terram 
nostram guidare et assecurare ac salvam facere de benignitate regia dignaremur. Sup- 
plicacioue ipsa bénigne admissa, de gratia speciali guidamus de presenti et assecu- 
ramus per totam terram nostram, tam tempore pacis quam guerre, vobis Astrugo et 
Dulcie predictis dictam dotem usque ad quantitatem predictam sex milia solidorum 
malgorensium, necnon et totum lucrum quod cum ipsa quantitate fieri contingat, sic 
quod in terra nostra per nos vel officiales aut subditos nostros non emparentur, pigno- 
rentur, marcharentur vel alias impediatur vobis vel aliquibus personis ipsam vel 
partem ipsius afferentibus ad partes dominii nostri vel eam in totum vel in partem 
abstrahentibus de terra nostra vobis Astrugo et Dulcia residentibus in terra nostra vel 
alibi. Hoc itaque guidaticum et assecuramentum vobis concedimus, prout melius et 
sanius dici et intelligi potest, ad vestrum salvamentum et bonum intellectum. Man- 
dantes per presentem cartam nostram universis officialibus et subditis nostris quod 
prcsens nostrum guidaticum firmum habeant et observent et non contraveniant nec 
aliquem contravenire permutant aliqua ratione. In quorum testimonium presentem 
cartam nostram fieri et sigillo nostro apendicio jussimus sigillari. Datum Valencie, 
kalendis mardi, anno predicto [M° CG° XC° septimo]. » 

2. Saige, Juifs du Lang. p. 225. 

3. A. Blanc, Livre de comptes de Jacme Olivier, t. II, l re partie, p. 545. 

4. Juifs du Lang., pp. 127 et 217. 

5. A. Blanc, ut supra, p. 545. 

6. Juifs du Lang., p. 283. 

7. A. Blanc, ut supra, p. 545. 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Durand de Lunel alias Simon ben Joseph. — Durand de Lunel, qui, 
d'après Saige, auraif habile tour à tour Lunel, Montpellier et Perpignan, 
a probablement résidé à Narbonne 1 . Il possédait, en tout cas, une maison 
dans lajuiverie vieomtale. Cette maison acquise par Roger d'Anduze fut 
l'objet d'un bail à « nouvel acapt » en faveur de Bernard Page, peaussier 2 . 
Le Joseph de Lunel dont il est question dans la liste de 1305 est appa- 
remment le fils ou, tout au moins, un descendant de Simon ben Joseph. 
Dans un acte du 22 octobre 1293, publié par M. Kahn 3 , il est fait mention 
de Joseph (Jusse), fils de Durand de Lunel, Juif de Montpellier. 

Abraham Caslari. — Abraham Caslari doit être identifié, à notre avis, 
avec Abraham du Gaylar (en provençal d'Escallar) mentionné dans la 
liste de 1305. D'après Gross\ maistre Abraham Caslari, dont Moïse Nar- 
boni fut l'élève, serait le célèbre Abraham, médecin de Besalu, qui écrivit, 
vers 1325, un ouvrage médical. L'hypothèse du même auteur suivant 
laquelle Abraham Caslari serait le fils de maître David du Caylar est très 
plausible. 

Après l'expulsion de 1306, le père et le fils prenant, à l'instar de beau- 
coup de leurs coreligionnaires, le chemin des Etats du roi d'Aragon, se 
seront établis à Besalu et là, le fils aura succédé au père dans la pratique 
de la médecine. 

Le titre de maître se plaçant d'ordinaire devant le prénom d'un méde- 
cin et équivalent, en somme, au titre actuel de docteur, il est très 
probable que le M e Abraham qui fut locataire, avant 1306, de la maison 
de Samuel Vidal de Lescaleta, située prés de la Cortada du « Roi Juif » 5 , 
n'était autre que M e Abraham Caslari ou du Caylar 8 . 

Nous n'estimons pas devoir pousser plus loin ces tentatives d'identifica- 
tion ; ce sont là entreprises difficiles et ingrates, étant donné surtout le 
peu de variété de l'onomastique juive et la facilité avec laquelle les Juifs 
méridionaux changeaient de résidence, soit pour entreprendre des voyages 
d'affaires, soit encore pour se dérober aux recherches des collecteurs de 
la taille royale. 

(A suivre. 



1. A. Blanc, ut -supra., p. 546. 

2. Archives de l'Aude, H 211 (Inventaire des titres de l'abbaye de Fontfroide), « Fief 
de Narbonne, coté 8 F ». 

3. R. É. J., t. XXII (1891), pp. 206 et 2TA. 

4. Gallia judaica, pp. 619-620. 

5. Saiije, Juifs du Lang., p. 278. 

6. Gomme tant d'autres de ses coreligionnaires narbonnais (voy. plus haut, chap. vu, 
§ n), M e Abraham aura laissé tomber volontairement son nom de famille du Caylar, 
qui rappellait que lui-même ou ses ascendants avaient été sujets du roi de France. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE 

DE PARIS 
PROVENANT DE LA GUENIZA DU CAIRE 

(suite f ) 



26. Midr. sur Isaac et Jacob. Peu lisible. Écrit, rabbin. 1 f. in-4°. 

Larges trous. 

27. Sur Gen., xxx. Écrit, carrée, 4 f. in-8°, abîmé. 

28. Sur Gen., xxxvn, 21 et suiv. Écrit, africaine. 8 pages in-4°. 

29. Sur la section nbui"n, discute Raschi. Môme écrit. 4 ft". in-4°. 

30. Midr. arabe sur la même section et sur 3lD"n. Écriture orientale. Au 

2° f. on lit, en grandes lettres carrées: ^33 «yibj aîn fittY^O &T 
to. ..■* bN e&tn ^d «ab ^ni «ai Kabstn nb*. 2 ff. in-4°. Le 2* est 
troué. 

31. Sur Gen., xxxiv. Ecrit, rabbin, orientale. Cite R. Simson à la marge 

droite ; de l'autre côté, long emprunt au Zohar. 1 f. in-4°. 

32. Comment, sur Gen., xxvm ; chaque rubrique ÏT73 en lettres carrées ; 

le reste en écrit, africaine. 1 f. gr. in-8°, écorné. 

33. Id., même chap. en arabe. Écrit, carrée égypt. 1 f. in-4°, troué et 

déchiré. 

34. Histoire de Joseph, en arabe. Écrit, afric. 1 f. in-4°, déchiré du bas. 

35. Explication simple de Gen., xxxvn. Écrit, rabbin. 1 f. troué à 2 col. 

in-f°; parchemin. 

36. Hist. de Jacob et de Joseph, en arabe. Écrit, orientale. 2 ff. in-8°, 

mutilés. 

37. Sur Gen., xxxvu, vente de Joseph. Écrit, afric. 4 ff. longues col. 

38. Gomment, arabe sur Gen., xlii, 9. Même écriture. Cit^ fcSÏTHN ,m \ 

TOI"!!!, qui rappelle Maïmonide. 1 f. in-4°. 

39. De Joseph et Benjamin, en arabe. Écrit, rabbinique égypt. 1 f. in-4°, 

délabré. 

]. Voyez Revue des Études juives, t. LXIl, p. 107. 



268 ' REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

40. Sur Gen., xliv, il, avec référence à !iD3n. Même écriture. 1 f. in-f° 

troué. 

41. Arrivée du patriarche Jacob en Egypte. Même écrit. 1 f. in-4°, écorné 

et noirci. 

42. Sur Gen., xlviii, 8, Écrit, africaine. Fragment in-16. 

43. De la bénédiction de Jacob : Gen., xlix. Écrit, orient. 1 f. in-4°. Trous. 

44. Élégie en vers, rattachée par allusions à Gen., xlix. Écrit, africaine. 

1 f . in-4°, à 2 col. 

45. Sur Gen., xlix, 39. Notes inachevées. 1 f. in-4°. 

46 (50). Sur Gen., fin, et sur l'Exode, commencement. Écrit, afric. 2 ff . 

in-4° d'un cahier, dont le milieu manque. 

47 (51). Comment, arabe sur la section tfttîn "O. Écrit, orientale. 1 f. in-4°. 

48 (52). Raschi sur Exode, i, 1-8. Écrit, rabbin, égypt. 1 f. in-4°, délabré, 

mouillé, troué. 

49 (53). Midr., en arabe sur Exode, i. 1 f. in-4°. 

50(54). Ici., ici., section fnOT. Ecrit, rabbin., demi-africaine (paginé 
f. 20) 1 f. in-4°. 

51 (55). Id., ici. sur Exode, m. Même écrit. Fragm. de 1 f. in 4°. 

52 (56). Explication (arcs) de la section mfcTO fin, et -commencement de 

la suite. Belle écriture rabbin. 2 ff. gr. in-8°. 

53 (57). Remarques de chronologie et de grammaire sur Exode, xu, 29, 

42. Écrit, rabbin. En marge, versets des Ps. en lettres carrées. 

2 ff. in-f>. 

54(58). Midr. sur Exode i à vi. Écrit, analogue. 6 ff. in-4°, abîmés en 
haut. 

55 (59). Comment, arabe sur Ex., m. Ecrit, africaine. 4 ff in-12. 

56 (60). Comment, sur Ex. x. Écrit, rabbin. 1 f. in-4° endommagé. 

57 (61). Id. sur Ex., xu. Cite ^32 "J pn3T> '"1, auteur du Tlb "iNa. Écrit. 

afric. 1 f. in-16. 

58 (62). Sur Ex., xin (tzsm b'D 1E3B). Écrit, orientale 2 ff. in-24. 

59 (63). (?) Sur Ex., xu, 7. Encre pâlie ; même écrit. 1 f. in-4°, écorné. 

60 (64). Sur Ex., xm, 17. Écrit, rabbin. 1 f. in-f°, délabré du bas. 

61 (65). Sur Ex., xm. Même écrit. 3 ff. in-4°. 

62-3 (66-7). Midr. sur Ex., xiv. Écrit, africaine, notes marginales. 2 ff. 
in-4°. 

64 (68). Du Décalogue, en arabe ; écrit, orientale. 1 f. in-4°. 

65 (69). Paraphrase du Décalogue, en arabe. Inachevé, s'arrête au 3 e com- 

mandement. 1 f. in-4°. 

66 (70). Midr. sur le Décalogue. Écrit, carrée égypt. 2 ff. petit in-4°. 

67 (71). Midr. sur le Décalogue, premier command. jusqu'au sixième. Le 

2 e f. troué. 2 ff. petit in-4°. 

68 (72). Midr. sur le septième command. Même écrit. 1 f. petit in-4°. 

69 (73). Commentaire sur le cinquième command. Ecrit africaine. 2 11. 

in-4°, déchirés en haut a droite et fendus. 

70 (74). Explication en arabe sur Ex., xx, 16, et Lévit., xxvi, 2. Écrit. 

orient. 1 f. in-4° troué. 



les manuscrits du consistoire Israélite de paris 260 

71 (75). Raschi, plus complet que les éditions, sur Ex., xxxiii. Écrit. 

égypt. 2 ff. in-f° troué. 

72 (75 à). Gomment, sur Nombres, xvu, 17. Même écrit. 1 f. in-f° troué. 

73 (76). Sur NUJn "O, Exode, xxx, 11 et suiv., en arabe. Même écrit. 1 f. 

in-4°. 

74 (77). Fragment de Midr. sur Ex., xxx, 34, ou xxxvn, 1-9. Écrit, rabbin. 

1 f. coupé du bas. 

75 (78). Sur Ex., xxxx. Écrit, africaine. Au r° on lit : b"T ViNp "»"nnt3, 

et au v°: pD*lH '^D. 1 f. in-4°. 

76 (79). Midr. sur la sect. bïip"n. Écrit, égypt. 1 f. in-4° troué. 

77 (80). Gomment, en arabe sur Lévit., ix, 2 et suiv. Même écrit. 1 f. 

in f° troué. 

78 (81). Fragment en arabe sur les termes mfct et "Oiyp, Lévit., xix ; 

cite Ibn Ezra. Écrit, carrée égypt. 1 f. in-4°, écorné. 

79 (82). Comment, en arabe sur TtDmn Nb etc., Lévit., xix, 26. Même 

écrit. 2 ff. in-4°. 

80 (83). Raschi sur Lévit., xxi. Écrit, rabbin. 1 f. in-4°, abîmé. 

81 (83a). Sur Lévit., xxiv, fin, et xxv, en arabe. Même écrit. 1 f. in-4°. 

82 (84). Sur Lévit., xxv. Même écrit. 2 ff. fol. déchirés à gauche. 

83 (85). Comment, en arabe sur Lévit., xxvi, fin. Écrit, carrée égypt. 

1 f. in-4°. 

84 (86). Midr. sur Tipira, xi etxn. Écrit, orientale. 2 ff. in-4°. 

85 (87). Raschi sur Lévit., xxvn, fin. Écrit, rabbin. Au v° une nsnn en 

vers par Abr. Halévi, incomplète. 1 f. gr. in-4°, coupé au bas. 

86 (88). Homélie sur la section N1Z53. Titre général (?) : -inian 122. 

Écrit, africaine, i If. in-4° dont 2 blancs. 

87 (89). Comment, arabe sur Nombr., xvi. Écrit, égypt. 2 ff. petit in-4% 

le 1 er endommagé. 

88 (90). Sur ^mb^tta. Écrit, orientale. 2 ff. in-4° ; le 2 e abîmé. 

89 (91). Comment, sur fn?a ^nriN. Notes marginales. 2 ff. in-4°, 

abîmés. 

90 (92). Id. sur la section tn*i^73. Écrit, africaine. 2 ff. in-4°. 

91 (93). Id.,id. Même écrit. 2 ff. in-8°. 

92 (94). Id. sur Deutéron., i. Même écrit. 1 f. long. 

93 (95). Id. Écrit, rabbin. 1 f. fol., déchiré à gauche, v° blanc. 

94 (96). Id. sur la sect. "pnn&O (fol. 169 d'un grand texte). Même écrit. 

1 f. in- 4°, troué. 

95 (97). Id., même écrit. 2 ff. in-4° d'un cahier; 2 passages barrés; 

lacunes au milieu. 

96 (98). Id. sur Deutéron., ix, 28. Cite Witt sur 2"3. 2 ff. in-4°, dont 

1 blanc. 

97 (99). Id. sur Lévit., yxvi, 8-13. Écrit, rabbin. 1 f. fol., trous. 

98 (100). Id. surDeutér., vin, 5. Écrit, égypt. 1 f., troué. 

99 (101). Id. sur Deutér., lu, 12. Cite Raschi. Écrit, africaine. 1 f. in-4°. 
100(102). Homélie sur la sect. NiSn td (f. 372 d'un gr. texte). Même 

écrit. 1 f. in-4° . mouillures, trous. 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

101 (103;. Gomment, arabe sur Deutér., xxv, 5-10. Belle écrit, cariée, 

verset par verset (? Saadia). 1 f. in-4°, fendillé. 

102 (104). Homélie sur Deutér., xxx, 11. Écrit, africaine. 1 f. in -4°. 

103 (105). Sur Deutér., xxx. Même écrit. 2 ff. in-4°, 1 er f. déchiré du haut. 

104 (106). Sur Deutér., xxxu. Écrit, rabbin, égypt. 1 f. in-4°. Mouillure. 

105 (107). Même passage. Écrit, africaine (f. 40 et 41 d'un texte). 1 f. in-4°. 

106 (108). Homélie sur riD-nn nNT, en arabe. Écrit, carrée égypt. 

1 f. in-4°. 

107 (109). Cahier (incomplet) du ï~mn cpr ou explication midrasch. du 

Pentat., dernière lettre n, f. 170 et 173. Écrit, orientale. 2 ft'. in-4°. 

108 (110). Sur la mort de Moïse, en arabe. Écrit, rabbin. 1 f. in-12. 

109 (111). Sur Josué, en arabe. Belle écrit, carrée. 1 f. in-4°, délabré. 
110(112). Homélie pour la fête de ÏTYin nrraïa. Écrit, rabbin. 1 f. in-4°. 
111 (113). Paraphrase des Juges, xn, en arabe. Cite Moïse b. Ezra. Écrit. 

carrée égypt. 2 f. in-4°, déchirés du bas et à gauche. 
112(114). Naissance de Samuel, en arabe: I Sam., i. Écrit, africaine. 

1 f. in-4° déchiré du haut» 
1 13 (.115). Sur I Sam., xxv, 29. Môme écrit. 1 f. in-4°, déchiré du haut. 
114(116). Sur I Sam., xvn. Notes marginales. Même écrit. If. in-4°. 

Y blanc. 

115 (117). Sur II Sam., 24. Écrit africaine. 1 f. in-8°. 

116 (118). Fragment de comment, lexicographique sur II Sam., n, 7 et 

m, 33-35. Écrit, rabbin, égypt. et lettres carrées. If. in-4°. 

117 (119). Explication relative à Absalon : Il Sam., xm, 1. Écrit, afri- 

caine 1 f. in-4°. 

118 (120). Comment, arabe sur II Rois, m. Belle écrit, carrée. 2 ff'. in-4°. 

119 (121). Paraphrase arabe d'Isaïe, xxx, 26. Écrit, carrée égypt. 2 ff. 

in-4°, tachés. 

120 (122). Comment, arabe sur Jérémie, vm", 19. Écrit, africaine. 1 f. in-8°. 

121 (123). Id., id. sur Jérémie, ix, 16. Écrit, rabbinique orientale. 1 f. 

in-4°, écorné. 

122 (124). Id., id. sur Jérémie, ix, 17 et suiv. Écrit, africaine. 2 ff . in-4°, 

dont 1 blanc. 

123 (125). Sur Isaïe, vi, 6. Écrit, orientale. 1 f. in-4°. 

124 (126). Comment, arabe sur Jérém., vm. Même écrit. 2 ff . in-8° (dont 

1 blanc). ' 

125 (127). Id. sur Jérém., îx, 7, 8. Même écrit. 2 ff. in-8°. 

126 (128). Id., id. Jérém., xliii. Belle écrit, carrée. 2 ff. in-4°, délabrés. 

127 (129). Id.,id. Jérém., xxviu. Même écrit. 2 ff. in-4° déchiquetés. 

128 (130). Id., id. Ezéchiel, xxxu. Écrit, carrée égypt. 1 f. in-4° fendillé. 

129 (131). Id., id. Ezéch., xxxm, 25-27. Indication du sabbat juif, du 

dimanche chrétien, du vendredi musulman. Belle écrit, carrée. 
1 f. in-4°. 

130 (132). Id., id. Ezéchiel, xxxvn, 12. Écrit, carrée égypt. 1 f. in-4°, abîmé. 

131 (133). Fin de Joël, comment. d'Amos ; version arabe avec explica- 

tion. Même écrit. 1 f. in-4°. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 271 

132 (134). Comment, sur Sefania, n, 1-14 (? de David Kimhi). 1 f. d'incu- 
nable. 

133(135). Id., n, 1. Ecrit, africaine. Renvois et notes marginales, l f. 
in-4\ 

134 (136). Comment, arabe surPs., n. Écrit, carrée égypt. 1 f. in-10. 

135 (137). Id., id. Ps., x. Même écrit. 2 ff. in-8°, troués. 

136 (138). Comment, midr. sur Ps., si. Écrit, rabbin, orientale. 1 f. in-4°. 

137 (139). Comment, arabe sur Ps.. xvi, 5. Notes marginales. Écrit. 

carrée égypt. Cite Aboul Walid. 1 1". in-4°, abîmé. 

138 (140). Id., id. Ps., xvi, 11. Même écrit. 2 ff. fol. troués. 

139 (141). Id., id. Ps., xn et xix. Notes marginales. Même écrit. 2 IV. 

in-12 d'un cahier incomplet. 
140(142). Comment, sur Ps., xxx. Écrit, rabbin, orientale. 1 f. in-4°, 
troué. 

141 (143). Ip., Ps., lv. Même écrit. Nombreux Loazim. En marge, indi- 

cation des versets cités en explication. 1 f. fol., coupé du bas. 

142 (144). Paraphrase du Ps. lix. Môme écrit. Parait complet en 2 f. 

in-4°. 

143 (145'. Comment, arabe de Ps., eu, 28-29. Ecrit, carrée égypt. 

1 f. in-4°. 

144 (146). Id., id., Ps., civ. Écrit, rabbin, orientale. 1 f. in-8°. 

145 (147). Id., id , Ps., exix, 60. Écrit, carrée égypt. 1 f. petit in-4°. 

146 (148). Id., id., Ps., cxxxix. Même écrit. 1 f. in-4°. 

147(149). Midr. sur Ps., cxlv, 17. Ecrit, africaine. Notes marginales. 
A la fin est cité R. Samuet Pozol 'via. 2 ff. petit fol., abîmés. 

148 (150). Comment, arabe sur I Chron., xxvm, 9 et xxix, 18. Ecrit. 

rabbin, égypt. 1 f. in-4° oblong ; parchemin. 

149 (151). Explication (EU5D) de Proverbes, v. Écrit, rabbin, orientale. 

1 f. in-4°. 
150(152). Comment, sur Prov., xxix, 17. A la marge supérieure, une 
note par Mardoehée Antebi ""ans** 1 f. in-8° à 2 col. V° blanc. 

151 (153). Fragment de comment, arabe sur Proverb., xxxi. Écrit, carrée 

égypt. 1 f. in-4°, troué. 

152 (154). Comment, sur Job, i, 7. Écrit, orientale. 1 f. in-8°, déchiré. 

153 (155). Midr. sur Job, v, 10. Au \° id. sur Ps., xxx, 3. Petite écrit. 

africaine. 

154 (156). Id. en arabe sur Job. xv, 5. Écrit, égypt. 1 longue col. 1 f. 

in-4°, déchiré en haut. 

155 (157). Id., id. sur Job, xxn et xxiv. Écrit, carrée égypt. 1 f in-4°, 

troué. 

156 (158). Midr. sur Cantique, i, 3, en épigraphe, un passage du "W N3n 

imbtf tiré du Yalkout. Notes marginales d'une *main plus 
rapide mais semblable. Écrit, orientale. 2 ff. in-4°, abîmés. Cf. 
n° 147 (149). 

157 (159). Comment, arabe sur Cantique, vr, fin, et vu, verset par verset. 

Même écrit. 5 ff. in- 8°, écornés. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

158 (160). Id., id. Chi\, i, commencé, non continué. Écrit, africaine. 

1 p. in-8°. 

159 (160a). Id., id. Chr., i et n. 2 ff. in-8°, dont 1 blanc. 

160 (160 6). Td. t id. Chr., u. Même écrit. 2 ff. in-8°. 

161. Sur Elimélek, Noémi, Kuth, i. Écrit, orientale 1 f. in-4°, coupé. 

162. Midr. en arabe sur les Lamentations. Écrit, rabbin, ancienne. 4 ff . 

in-12. 

163. Id., id. sur Isaïe, liv. 1 f. in-8°, écorné en haut à gauche. 

164. Texte judéo-espagnol. Voir ci-après, Division IX, linguistique. 

165. Comment, sur Ecclésiaste, ii-vi. Petite écrit, rabbin. Rubriques en 

lettres carrées. 7 ff. in-8°. 

166. Midr. sur Esther. Écrit, rabbin, égypt. 1 f. in-8°. 

167. Midr. sur Ecclésiaste, i, 4-7. Écrit, africaine, encadrant le texte 

biblique vocalisé, en écrit, rabbin. 1 f. in-4°. 

168. Comment, arabe sur Esther. Écrit, carrée égypt. Généalogie 

complète de Mardochée remontant jusqu'à Benjamin. 1 f. in-4°, 
troué. 

169. Fragment de comment, arabe sur Esther. 1 f. in-8°, fendu. 

170. Allocution à la comm. de !"Pp"nn pour le Sabbat Haggadol an 5546 

(= 1786). Écrit, africaine. 2 ff. in-8°, endommagés. 

171. Autre homélie pour le même Sabbat. Écrit, rabbin. 2 ff in-8° troués. 

172. Id. Écrit, africaine avec ligatures. 1 f. in- 4° endommagé du haut. 

173. De la génération humaine. Écrit, rabbin. 2 ff. in-4°. 

174. Homélie pour la circoncision. Écrit, orientale. Notes marginales. 

1 f. in-4° entamé. 

175. Id. 1 f. fol. troué. 

176. Midrasch relatif au Léviathan. Écrit, rabbin. 1 f. in-4° abimé et 

mouillures. 

177. Midrasch relatif au Décalogue. Écrit, rabbin, égypt. 2 ff. 

178. Sur Isaïe, vt, 3. Écrit, africaine. 1 f. fol. endommagé. 

179. Midr. sur le Pentat.; en tête : rmn. Notes marginales. Écrit. 

orient. 
179a. Aphorismes. Écrit, égypt. 2 ff. in-8° 

180. Midr. sur le Messie. Écrit, orient. 1 f. in-8° déchiré. 

181 . Midr. en arabe pour les jours de jeune; hist. de Nicodème. 1 f. in-4° 

fendillé, 

182. Id. sur les signes du Messie. Écrit, carrée égypt. 2 ff. in-4° troués. 

183. Midr. sur le jugement dernier. Ecrit, rabbin. 1 f. in-4° troué. 

184. De la vie future des gens pieux, en arabe. Écriture carrée égypt. 

1 f. in-4°. 

185. Allocution en arabe. En tête : nttna {sic). Même écrit. 1 f. in-4°. 

186. Midr. sur les campements d'Israël au désert. Écrit, rabbin, soignée. 

1 f. gr.-8°. 

187. Midr. sur les honneurs à rendre aux ancêtres. Écrit, africaine. 2 ff. 

in-8°. 
J88. Fragment sur l'importance dun chef. 2 ff. in-4 a déchirés. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 273 

189. Du sanctuaire mp?3. Cite un... "pfiM, au sujet de la résurrection. 

2 ff. in-4° parchemin déchiquetés 

190 Poème et Midr. arabes. Écrit, rabbin, orient. 2 ff. in-4° déchiquetés. 

191. Premier f. du "irai nUJTJ n*l"pb '0, en arabe. Écrit, afric. 1 f. in-8°. 

192. Instructions pour l'huile d'éclairage du culte. Écrit, égypt. 1 f. in-8° 

troué. 

193. Paraphrase de la confession ("n-rn) alphabétique, inachevée. Écrit. 

carrée. Au v° fragm. de morale, en arabe, 1 f. in-4° troué. 

194. Remontrances en arabe. Écrit orient. Sont cités "npa p lis 3» ia« 

(bis) et ■nsibM 'a 3"vcb« iaa. Ecrit, rabbin, égypt. 1 f. in-4°. 

195. Midr. en arabe, peut-être pour Roseh Haschana. Même écrit. 4 ff. 

in-4° entamés 

196. Midr. illisible. P. 1 on lit (?) T"*ba. P. 2 ttDKbaïn nsp UVH. 2 ff. 

in-16°. 

197. Fragment d'oraison funèbre en arabe. Écrit, rabbin, égypt. serrée. 

1 f. in-4° déchiré 

198. Extraits du Midr. Yelamdénou et de la Mekhilta. Écrit, rabbinique 

orient. 2 ff in-4° écornés. 

199. Notes midrasch. sur Isaïe, xxx, Ps., v, et Sota, 49. Écrit, africaine 

1 petite col . 

200. 2 fragm. de Midrasch. Même écrit. 2 morceaux in-12°. 

201 . Explications littérales de l'Exode en arabe, avec exemples. Écriture 

orient. 1 f. in-4°. 

202. A propos de Ps., cxxvn, 2, un passage talmudique tiré de Ketoubot, 

62a, avec explication de Raschi et des Tossaphot. Même écriture. 
1 col. sur f. in-4°. 

203. Sur Deutér., xxix, 14. Cite le noi?3 031». Écrit, rabbin. 1 f. in-4° 

coupé en long. 

204. Pour oraison funèbre. Écriture africaine, ff. 209 et 210 en longues 

col. 

205. Midr. relatif à Abraham. Écrit, rabbin. 1 f. in-4° déchiré. 

206. Midr. sur les sections man et "^072. Écriture carrée égypt. 3 fragm. 

in-4°. 

207. Courtes explications sur Deutéron., xxx, 10-20, en 2 morceaux. 

208. Des droits on revenus d'une fille de Cohen mariée. Fragment. 
209 Morceau final de Midrasch, déchiqueté. 

210-261 . Comment, bibliques. Fragments divers. 
262-301. Id. en arabe, la plupart sur parchemin. 

302. Midr. sur la section npn, en arabe. Écrit, carrée égypt. Morceau in-4° 

déchiré. 

303. Fragm. du noiïïr; "OTT. Belle écrit, carrée. Parchemin troué, petit 

in-4°. 
304-305. Explications sur Lévitique, xxv, 12 à 34, et sur xxvn. Écriture 

rabbin, égypt. Chaque pièce de 2 ff. in 4 , en mauvais état. 
306-308. Id. sur l'Exode, xn ; sur Deutér., xiv, 1, et Deutér., xv, 10, en 

3 pièces in-4« déchirées. 

T. LXH, n° 124. 18 



274 REVUE DES ETUDES JUIVES 

309 Sur Josné, i, 3. Longue note marginale. Morceau de pièce in-t'ol. 

310. Extrait de comment, sur II Sam , i, 2G et Ps., cxxviu, 2. Ecrit, orient. 

2 il', fragmentaires in-t'ol. 

311. Midr. sur l'union conjugale. Écrit, rabbin, égypt. 2 ff. petit fol., 

écornés en haut à droite. 



III. Rabbinisme. 

A. 1. Talmud de Babylone. Berakhot, 9 6. Écrit, carrée égypt. 1 f. in-4° 
écorné. 

2. Id. t 106 (copie fautive). Même écrit. Au v° mots arabes. 1 f. in-4°. 

3. Tel., 136. 1 f. in-4°. 

4. Ici., ch. ii, § 2, ff. 15 et 16 abrégés. 1 f. in-4°. 

5. Ici., 22 et 23. Écrit, carrée égypt. 4 ff. in-4° et 2 fragments. 

6 (93) Ici. 22a, b et 23 6. Même écrit. 2 ff. in-4° troués. 

7 (6). Alfasi, 5yn, sur le même tr., ch. iv, §§ 3-5, en 2 ff. fol. délabrés. 

8 (7). Tal. B., 286 et 29a. 2 ff. fol., abîmés. 

9 (8). Mischna, même tr.,ch. iv,v,vi. Petite écrit, carrée égypt. 2 ffin-4°, 

dont plus de la moitié supérieure manque. 

10 (9). Tal. B., même tr., 50a abrégé. 2 ff. in-4° troués. 

11 (10). Ici., dern. page, provenant de ledit. Venise (1520), f. 64. 1 f. fol. 

12 (11). Mischna, même tr., fin, et Sabbat, xviu-xix. Écrit, égypt., 1 f. 

in-4°. 

13 (12). Ici , ch. ix, §§ 5, 6, 7, etPéa, ch. i entier, ch. n, §§ 1-6. En marge, 

ïiDbn ou indication des avis prépondérants. Écrit, rabbin. 3 fï. 

in-12°. 
14(99). Ici., Berachot, i, 1, et Abot, i, 9. Au v°, deux passages delà 

Genèse. Écrit, carrée égypt. 1 f. in-4° troué. 
15-17. Gr. fol. (96-98). Commentaires sur Bernai, i-ii ; Teroumot, i, 1; 

Soucca, n, 3. Belle écrit, rabbin, a: lf. à 2 col.; 6: 2 ff . ; 

c : 2 ff. troués et fendillés. 
18(13). Mischna, Schebiit, ch. v, §§ 5-9, et ch. vi, §§1-6. Écrit, égypt. 

1 f. in-4° troué. 
19 (14). Ici., Orla, ch. m, § 9 (fin), et Biccourim, i-ii, avec commentaire 

arabe de Maïmonide. Même écrit. 7 fragments petit fol., coupés 

en long. 
20(15). Talmud B., Sabbat, 33a, et autres courts passages talmudiques, 

extraits de Eroubin et Sota. Dans les interlignes, des explications 

en arabe. Belle écrit, carrée. 2 ff gr.-8°, troués. 

21 (16). Alfasi sur Sabbat, ch. n. 1 f. fol. déchiré. 

22 (17). Tal. B., Sabbat, 216. Écrit, rabbin, égypt. Au v° un texte arabe. 

1 f. fol. coupé du haut. 

23 (18). Mischna, même tr., ch n, §§3-5. Même écrit. 1 f. in-4° écorné 

et troué. 

24 (19). Ici., ch. iv, §§ 5-8. Belle écrit, carrée égypt. 1 f. in-4o. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 275 

25(20). Tal. B., même tr., 736-74. 2 ff. petit fol., tachés et déchirés. 

26 (21). Mischna, même tr., ch. xi-xii. Écrit, rabbin, égypt. 1 f. fol. 

27 (22). Ascheri sur le même tr., ch. xix. 1 f. fol. coupé du bas. 

28 (23). Alfasi sur le même tr., ch. xxm. Relie écrit, carrée. 1 f. in-4°. 

29 (81). Extrait de Sabbat, 1196, suivi d'un fragment du Zohar. Écrit. 

rabbin. Prem. et dern. f d'un cahier in 16°. 

30 (24). Eroubin, 15 6; fragment. Écrit, rabbin, égypt. 1 f. in-8°. 

31 (25). Mischna, même tr , ch. i, §§ 1-2. En tête et au bas, des lignes en 

arabe. 1 f. in -8°. 

32 (26). Tal. B., Pesahim. 115a. Écrit, rabbin. 1 f. in-4°, entamé. 

33 (27). Yoma, 39 6. Moitié de feuillet d'une édition princeps, avec le 

seul comment de Kaschi (sans Tossafot). 1 f. fol. 

34 (2&). Abrégé talmudique et comment, de Beça, ch. i, fin, et ch. n, § 1 . 

Petite écrit, rabbinique ; rubrique en carré oriental. If in-4°. 

35 (29). Talm. de Jérusalem, même tr., cb. u, § 2, et ch. îv, § 1. Frag- 

ments. Écrit, carrée égypt. 2 ff. in-8° 
36(30). Ici., ch. u, §§4-5, et ch. m, §§2-3. Noms propres et loazim 
ponctués. 2 ff. in-4°, coupés du haut. 

37 (100). Id., ch. m, §§ 6-8. Même écrit. 1 f. in-8° coupé en biais. 

38 (31). Tal. B., même tr., 336 et 34a. Même écriture. 1 f in-4° entamé. 

39 (32). Id. 40 (ch. v, fin). Même écrit. 1 f. in- 4° troué. 

40 (33). Mischna, mêmetr., ch.ivfin, et ch. m, avec extraits talmudiques. 

Écrit carrée. 1 f in-4" troué. 

41 (34). Id., ch. v, §§6-8, et Taanit, ch. i, §§ 1-2. Même écrit. 1 f. in-4° 

troué. 

42 (35). Ascheri sur Rosch ha-Schana, ch. i, §§ 3 et 5 (106 et 16a). Même 

écrit. 1 f. in-4° troué. 

43 (36). Tal. B,, mêmetr., 3a et 106. Belle écrit, carrée. 2 ff. fol. mutilés. 

44 (37). Alfasi sur Megiiilla, ch. ni et iv. 8 ff. in-4°. 

45 (38). Tal. B., même tr., 2a, 166, 17a (lacunes). Écrit, rabbin, égypt. 

2ff. fol. 

46 (39). Id., 146-15 a. Même écrit. 1 f. petit fol. Mouillures. 

47(40). Mischna, même tr., ch. iv, §§4-7. Texte en lettres carrées, 
avec comment, arabe de Maimonide, en lettres rabbiniques. 
1 f. in-4°. 

48 (41). Tal. B., Moëd Katon, 16. Écrit, rabbin, égypt. 2 ff. in-4° délabrés. 

49 (42) Id., Yebamot, 78a. Même écrit. 2 ff. in-4° tachés et troués 

50 (43). Mischna, même tr., ch. vi, § 6, suivi d'un texte de i?a6a Batra, 

110a. 2 ff. in 12°, dont un blanc. 

51 (44). Id., Keloubot, ch. m, § 8 ; ch. îv, §§ 1-3 ; ch. vi, §§ 5-7 ; ch. vu, 

§§13. Écrit, rabbin. 2 ff. in-12°. 
52(45). Tal. B., même tr., 1036. Même écrit. 1 f. gr. in-8° vélin, écorné 
de baut. 

53 (46). Mischna, Guitlin, ch. v-vi. 1 f gr. fol. déchiré du haut. 

54 (47). Tal. B., même tr , 87 a et 6. Écrit, rabbin, orientale 1 f. in-4°. 

55 (48). Mischna, id., ch. v, §§ 6-7 ; ch. vi, §§ 4, 5, 6. 2 ff. in -4° délabrés. 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

56 (94). Id., Neclarim, ch. vin, §§ 1-7, avec comment, arabe de Maïmonide. 

Écrit, carrée égypt. 2 ff. in-4° ; larges trous. 

57 (95). ïalm. B., Kiddouschin, 34-36. Ane. écrit rabbin. 4 if. petit fol., 

abimés. 

58 (49). Mischna, Nazir, ch. iv, §§3-4, avec version arabe. 1 f. in-4° délabré. 

59 (90). Id., §1 ^seul), avec comment, arabe de Maïmonide. 1 f. in-4° déchiré. 
60(50). Tal. B., Baba Kamma, 14. Vieille écrit, rabbin. 1 f. fol. en 

mauvais état. 
6i (83). Id., 28 6 et 29a. Vélin. 1 f. fol. déchiré. 

62 (51). Id., 31 a-34 6 ; lacunes. 6 ff. gr. in-8° entamés. 

63 (52) Id., illa-b. Écrit, rabbin, serrée. 1 f. in-4°. Mouillures. 

64 (53). Id., Baba Mecia, 29 6-31 a, avecRaschi en marge. Écrit, orientale. 

2 ff. in-4°. 

65 (54). Id., Baba Batra, 8a. Écrit, rabbin, égypt. 2 ff. in-4°. 

66 (55). Id., 8 6. Même écrit. 1 f. in-4° déchiré. 

67 (56). Mischna, Sanhédrin, ch. iv, §§ 1-7. Écrit, carrée pâlie. 2 ff . in-4°, 

en très mauvais état. 
68(57j. Id., Abot, ch. i, §§4-16; ch. m, §§10-23; ch. iv, § i ; ch. v, 
§§ 14-20. Écrit, carrée calligraphiée. 4 ff. in-4^. 

69 ^58\ Id., ch. i, §§ 4-18, et ch. n, §§ 1-4. Textes vocalises. 2 ff. in-4° 

troués. Cf. n° 77 (64). 

70 (59). Id., ch. ii, §§ 9-16, et ch. ni, §§ 1-2. Écrit, orient. 2 ff. in-12°. 

71 (60). Id., ch. m, § 6, à ch. v, § 3. Écrit, rabbin, égypt. 4 ff. in-4°, un 

peu déchirés. 
72(91). Id., ch. m, §§ 6-11. Version arabe seule. Écrit, afric. 1 f. in-4° 
déchiré. 

73 (61). Id., ch. m, §§ 9-17. Écrit, rabbin, égypt. 1 f. petit fol. troué. 

74 ^62). Id., §§ 17 20. Même écrit. 1 f. in-4°. 

75 (92). Id., ch. îv, §§ 26-24, avec comment, arabe de Maïmonide. Écrit. 

carrée calligraphiée. 1 f. in-4°. 

76 (63). Id., ch. v, §§3-4. Belle écrit, carrée. 2 ff. in-16°. 

77 (64). 7d.,ch. v, §§11-19, vocalises. Même écrit. 2ff. in 8°. Cf. n° 69(58). 

78 (65). Id., ch. vi, §§3-6. Écrit, rabbin, égypt 1 f. in-8°. 

79 (66). Id., ch. vi, §§ 3-9. Écrit, carrée. 2 ff. in -12*. écornés du bas. 

80 (67). Talmud B., Houllin, 20a et 226. Même écrit. 2 ff. fol. 

81 (68). Alfasi, Même tr., ch. m, §§ 5-6. 2 ff. in-4° déchires du bas. 

82 (69). Tal. B., même tr., 54a-6. 1 f. in-4° troué et lacéré. 

83 (70). Mischna, même tr., ch. v, §§ 1 et 3, avec version arabe. 2ff. in-4°. 

84 (71). Tal. B., même tr., 67a, 6. Écrit, rabbin, égypt. 1 f. fol. et un 

morceau. 

85 (72). Notes sur ce tr., 97 6 et 98a. Écrit orient. 2 ff. in-8°. 

86(73). Tal. B., même tr., f. 1026 et 104. Vieille écriture ressemblant fort 
au n° 4 — 2 ff . d'un cahier in-4°. 

87 (74). Ascheri, même tr., 110 6 fin. 1 f. in-4° déchiré du haut. 

88 (75). Tal. B., même tr., 110 6 et 111 a. Écrit, rabbin, égypt. 2 ff. in-4o 

écornés. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 277 

89 (76). Mischna, même tr., ch. xn, §§ 2-3, avec version arabe. 1 f. in-4° 

troué . 

90 (77). Ascheri, même tr., 138a-&. 1 f. in-4<> abîmé. 

91-2 (78-79). Mischna Bekhorot, ch. ni, §§ 1-4 ; Arakhin, ch. ii-ni. Écrit, 
rabbin. 3ffin-t6o. 

93 (80). Tal. B., Nidda, 24a, b. Belle écrit, carrée. Fragment. 1 f. in-4° 

délabré. 

94 (82). Derekh ereç, fin 2 ff. in-8° déchirés. 

95(84). Abrégé du Talmnd par Maïmonide, npTnn T, 1. I, Teroumol, 
ch. iv et xn- xni ; Maasserot, ch. i. Écrit, carrée égypt. 7 ff. petit 
fol., dont quelques-uns défectueux. 

96-97 (85-86). Ici., 1. VI, Schebouol et Nedarim. 2 ff . fol. pour chaque pièce. 

98 (87). Gr. fol. Commentaire sur la distinction entre Nm'mN*! et "Jjrrn, 

par un disciple d'un certain R. Abraham (omaN '") nnn mai). 
Écrit, rabbin, ancienne. Vieux vélin. 1 f. fol. délabré. 

99 (88). Gr. fol. Commentaire analogue sur un cas de lévirat. Écriture 

orientale. 1 f. fol. en mauvais état. 

{A suivre.) 

Moïse Schwab. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

ANNÉES 1909 ET 1910 

(SUITE ') 

2. Ouvrages en langues modernes. 

Abernethy (A. T.). The Jew a negro. Moravian Falls (N. G.), Dixie Publi- 
shingCo, 1910; D. 0,50. 

Ackekmann (A.). Mùnzmeister Lippold. Ein Beitragzur Kultur- und Sitten- 
geschichte des Mittelalters, nach urkundlichen Quellen bearbeitet. 
Francfort-s.-M., Kauffmann, 1910 ; in-8° de 112 p. M. 3 (Tirage à part du 
Jahrbuch der Jùd.-Liter. Gesellschaft). 

Acosta's (Uriel) Selbstbiographie. Temesvâr, Polatsek, 1909; in-8° de 
42 p. M. i. 

Adams (J.). Sermons in syntax, or Studies in the Hebrew text. New-York, 
Scribner, 1908 ; in-8° de xi + 228 p. 

Adams (J.). Israël» idéal, or Studies in Old Testament tbeology. Edim- 
bourg, Clark, 1910 ; in-8° de xi -f 232 p. 4 s. 6 d. 

Adler (E. N.). Von Ghetto zn Ghetto. Heisen und Beobachtungen. 
Autorisierte Uebertragung aus dem Englischen. Stuttgart, Strecker 
et Schrôdcr, 1909 ; in-8° de xm -f 213 p. M. 3,50. 

On peut dire de ce livre que M. A. nous le devait. Voici plus de vingt ans 
qu'il parcourt l'Ancien inonde et le Nouveau, et, à l'inverse de tant de 
voyageurs juifs, c'est le judaïsme qui l'intéresse dans ses voyages. « A un 
intérêt plus ou moins altruiste qu'il porte à ses coreligionnaires s'ajoute chez 
lui le désir égoïste de réunir de vieux documents du passé juif» p. ix\ 

i. Voir plus haut, p. 128. 



BIBLIOGRAPHIE 279 

Egoïste, altruiste? non. Les manuscrits et les imprimés qu'il pourchasse, les 
queniza qu'il déterre et les inscriptions qu'il déchiffre sont des témoins de 
l'histoire qui le passionne comme juif autant que comme savant, et, s'il se plaît 
à visiter les vieilles communautés, c'est qu'on les connaît mieux en les étudiant 
sur place. « Le voyageur a cet avantage sur l'érudit qu'il prend contact per- 
sonnellement avec les hommes eux-mêmes. Il peut apprendre de leur propre 
houche leurs légendes et. leurs croyances, il peut feuilleter leurs archives, 
acheter ou emprunter leurs livres, visiter leurs demeures, leurs écoles et leurs 
temples» (p. 186). Notez les temples. M. A. peint ces « centres juifs » sur le 
vif, comme il les ahorde de plain-pied. Tl y passe les fêtes, alors que la vie 
religieuse est plus active ; il se rend dans les synagogues en curieux, mais 
aussi en fidèle. Ce ne sont pas des étrangers qu'il dévisage, ce sont des frères 
qu'il reconnaît. Et ne converse-t-il pas avec eux dans la langue commune, 
l'hébreu ? Autant qu'avec les juifs de Palestine, qu'il visite d'ailleurs dans un 
but philanthropique et qu'il défend même contre le reproche d'exploiter la 
«haloukka», il sympathise avec ses coreligionnaires de l'Egypte et de la 
Turquie, de la Russie et de la Perse, de l'Amérique et des Indes. Bien loin 
d'éprouver aucune défiance, aucune répugnance, il est également juste pour 
les Aschkenazim et pour les Sefardim. Il est indulgent pour les colons de 
l'Argentine, dont la situation le déçoit pourtant, et il n'a de mépris que pour 
les richards de Bakou, qui achètent la fortune par l'apostasie. Ce voyageur 
tient du touriste et du pèlerin. 

M. A., qui avait publié successivement ses impressions de route dans diffé- 
rents périodiques, les a réunies il y a quelques années en un volume, Jews 
in many lands (hondres. 1905\ dont nous présentons aujourd'hui la traduc- 
tion allemande. Les deux premiers voyages racontés ont pour but la Palestine 
et remontent l'un a 1888, l'autre à 1895. Au cours du premier, l'auteur décrit 
la communauté du Caire fp. 1-16), le parcours de Jaffa à Jérusalem fp. 17-22), 
la Ville sainte, ses groupements juifs, ses institutions et ses monuments (p. 23- 
58), les environs de Jérusalem (p. 59-69), Hébron. la Mer Morte et le Jourdain 
(p. 71-87). Le second permet de mesurer les progrès réalisés en sept ans par 
les juifs de Jérusalem (p. 89-96). Les autres voyages, qui ne sont pas datés, 
ont pour objectifs Salonique (p. 97-102), Smyrne, Bounar-Bachi, Rhodes et 
Mersine (p. 103-109), Alep (p. 111-117), la colonie de Moïseville en Argentine 
'p. 167-173). Du voyage à Kowno (1889), nous n'avons qu'une visite à B. Isaac 
Elhanan Spector, et ce qui intéresse particulièrement notre bibliographe, c'est 
que le vénérable rabbin a permis, dans une consultation, de détruire les épreuves 
d'imprimerie en hébreu (p. 175-180). Mais les chapitres les plus importants 
sont ceux qui sont consacrés aux groupements juifs qu'on pourrait qualifier 
d'exotiques: les juifs du Caucase et de la Persefp. 119-137). ceux duTurkestan, 
c'est-à-dire surtout de Boukhara fp. 139-165), et ceux de l'Inde (p. 181-213), 
les derniers surtout, qui sont les plus intéressants et les plus accessibles pour 
un Anglais. Les impressions personnelles de M. A. et les documents utilisés 
par lui renouvellent en partie ce qu'on savait de l'histoire et de la condition 
de ces communautés, qui nous intriguent tant. C'est ainsi qu'il publie à nou- 
veau la « charte » en malayalam de Bhâskara Bavi Varma (vm e siècle), 
conservée par les juifs «blancs» de Cochin. d'après une photographie de 
l'original; d'après un fragment de la Gueniza en sa possession, il publie une 
lettre commerciale d'un juif de l'Inde à son correspondant du Caire, écrite 
en judéo-arabe au xiii 9 siècle au plus tard fcomp. une lettre analogue Bévue, 
LVI, 237). Dans ce chapitre un peu décousu sur les juifs de l'Inde (nouveau 
dans l'édition allemande), il essaie de fixer l'origine dos deux groupes rivaux, 
les « noirs » et les « blancs ». Les « noirs » avaient des établissements impor- 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tants à Cranganor et David Rubéni (Rabani) serait le frère d'un rajah juif qui, 
menacé par les Arabes, l'aurait envoyé en Europe pour provoquer une croisade 
(cf. Revue, LX, 133). Après la prise de Cranganor, ces juifs se dispersèrent 
dans les villes voisines. C'est alors seulement que les « blancs », émigrés de 
Hollande, seraient venus s'établir dans le pays et les relations entre les deux 
groupes, d'abord cordiales, s'altérèrent peu à peu. 

M. A. est un bibliophile et la chasse aux livres et aux parchemins est le 
principal but de ses courses à travers le monde. A Alep, il trouve par hasard 
le Divan d'Eléazar ha-Babli (p. 117); à Boukhara, des imprimés précieux 
(p. 159) ; dans la queniza du Caire, un traité talmudique censément imprimé 
à Salonique (p. 100). Il décrit au moins les manuscrits qu'il ne peut acquérir : 
un Y ad ha-IIazaka (p. 6). alors à Francfort (v. Revue, XIII, 150 : XXXVI, 
65-74) ; le prétendu Séfer Tora d'Ezra au Vieux-Caire, qui a trois siècles au 
plus (p. 13); un Pentateuque écrit à Barcelone en 1289 et conservé dans une 
synagogue de Magnésie (p. 106); le fameux Pentateuque de Ben Ascher, qui 
n'en est qu'une copie, et d'autres Pentateuques à Alep (p. 113-114). Il signale 
des inscriptions dans les synaeosrues de Fostàt fp. W. de Salonique fp. 99) et 
d'Alep (p. 112). Les épitanhes du père et de l'oncle de Sabbataï Cevi (p. 103> 
ont été publiées depuis [Revi/e. LVIIÏ, 271). Le bibliographe qu'est M A. 
énumère les ouvrages hébreux imprimés à Aden (p. 184; cf. Z.f.H.R., XII. 
177 et s.) et décrit un opuscule de Mosseh Perevra de Paiva. Noticias dos 
Judeos de Cochin, Amsterdam. 1687 fp. 210-212 ; cf. tiéMte. XXTI, 120). 

Une illustration « documentaire » orne le volume et l'enrichit : photogra- 
phies prises par Fauteur et fac-similés de manuscrits de son cabinet ; le juif 
russe de la p. 27 nous paraît plutôt tiré d'un tableau connu. — Chez M. A. 
les à-peu-près de l'amateur veulent coudoyer les précisions de l'érudit : il 
croit que les monuments des Pharaons reflètent l'Exode biblique (p. 1 : Pifhom 
et Ramsès ont été identifiés !) et qu'on est en droit d'admettre deux tombeaux 
de Rachel (p. 59). P. 8 : les raraïtes ne suivent pas le calendrier arabe. Ils 
ont le leur ; les rnbhanites les ont d'ailleurs accusas d'avoir fait cette conces- 
sion aux musulmans ; p. 10 : l'Alliance israélite universelle n'a pas été fondée 
par Crémieux. Quelques méprises : p. 105, il s'agit sans doute de « La 
Grammaire » de Labiche et, p. 141. Moscou est placé sur la route de Varsovie 
à Rostow, D'autres inexactitudes sont dues à la traduction : p. 53. JAlud pour 
Dschalnt ; p. 113, Oran pour Aron. Les fautes d'impression ne sont pas rares, 
surtout dans les mots étrangers : p. 114, 1. Hakanah ; p. 201, 1. ^rn. 

Adler (H.). Anglo-Jewish memories and other sermons. Londres, Ront- 
ledge, 1909; in-8° de xiv-f 288 p. 5 s. 

Adler IM.-N.). The Adler Family. Londres, Office of the « Jewish Chro- 
nicle », 1909; in-8° de 19 p., 1 fig. fReprinted from the Jewish Chro- 
nicle). 

Adler (N.). Ans den Tagen von Mordechai nnd Esther. Die Pnrim- 
geschichte nach Midraschquellen erzahlt. Francfort, Kauffmann, 1909; 
in-8° de 72 p. M. 0,80. 

Aeschimann (André). L'activité du prophète Jérémie, étude de psychologie 
biblique. Genève, impr. de Romot, 1907 ; in-8° de 121 p. 

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Beziehungen znm Parsismus. Dissertation. Kônigsberg, 1910; in-8° de 
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1910; in-8"de 338 p. 5 s. 

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la société « Sion », 1910; in-16° de 41 p. D. 0,30. 

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Kochba in Wien. Vienne (Cologne, Jiïdischer Verlag), 1910 ; in-8° de 
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Alt (A.). Israël and Aegypten. Die politischen Beziehungen der Kônige 
von Israël und Juda zu den Pharaonen, nach den Quellen untersucht. 
Leipzig, Hinrichs, 1909; in-8° de 104 p. M. 2,40 (Beitrage zur Wissen : 
schaft vomAlten Testament, herausgegeben von R. Kittel, Heft 6). 

Altschùler v M.). Die aramaischen Bibel-Versionen (Targumim). Targum 
Jonatan ben Uziel und Targum Jerusalemij. Text, Umschrift und Ueber- 
setzung. Vol. I : Genesis. Vienne, Verlag « Lumen •>, 1909; gr. in 8 de 
lG4p. M. 25 (Orbis Antiquitatum. Religions- und Kulturgeschichtliche 
Quellenschriften in Urtext, Umschrift und Uebersetzung, unter Mitwir- 
kung hervorragender Fachgelehrten herausgegeben von M. Altschùler 
und J. Lanz-Liebenfels. Pars I, Tom. I, Vol. I). 

ANDORN.Die wirtschaftliche Lage derjiïdischen Lehrerschaft im deutschen 
Reiche. Vortrag. Magdebourg, impr. L. Sperling et Co., 1908 ; in-8° de 
38 p. M. i. 

Aptowitzer (V.). Die syrischen Rechtsbucher und das mosaïsch-talmu- 
dische Recht. Vienne, A. Hôlder, 1909; in-8° de 108 p. M. 2,50 (Sitzungs- 
berichte der Kais. Akademie der Wissenschaften in Wien, Philoso- 
phisch-Historische Klasse, 163. Band, 5. AbhandlungV 

Aptowitzer (V.). Die Rechtsbucher der nestorianischen Patriarchen und 
ihre Quellen. Extrait de VAnzeiger der philosophisch-hislorischen 
Klasse der kais. Akademie der Wissenschaften, 2 mars (1910, n° VII); 
in-8° de 8 p. 

Aptowitzer (V.). The influence of Jewish law on the development of 
jurisprudence in the Christian Orient. Philadelphie, The Dropsie Col- 
lège, 1910; in-8" de p. 209-229 (Reprinted from the Jewish Quarterly 
Review, New Séries, I, 2*. 

L'influence du droit biblique et talmudique, que M. A. a constatée dans les 
codes arméniens (Revue, LVI, 262), ne serait pas moins grande dans les codes 
syro-chrétiens. Dans le premier des trois travaux ici annoncés. M. A., après 
avoir montré que juifs et chrétiens étaient en contact dans la Babylonie, 
examine trois codes syriens récemment édités par Sachau. Ses conclusions 
sont des plus intéressantes. Les consultations et les arrêts du patriarche 
Hénanicho (686-701) concordent en majeure partie avec le droit talmudique 
et seulement avec ce droit; les divergences sont parallèles à des traditions 
sadducéo-caraïtes et à des opinions talmudiques non érigées en lois, au 
point qu'on est oblipré d'admettre que ce patriarche a eu des docteurs juifs 
pour maîtres. C'est mieux encore avec le code du patriarche Timothée (début 
du ix e siècle) : les concordances sont si frappantes qu'elles ne s'expliquent 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que par des emprunts directs. Enfin, même le patriarche Jésubarnoun (même 
époque), pourtant hostile aux Juifs, n'a pu se soustraire à l'influence de leur 
droit. — Ces résultats ne font pas l'affaire de J. Partsch (Zeitschrift der 
Savigny-SHftung, XXX), qui soutient la dépendance du droit syrien vis-à-vis 
du droit gréco-romain. M. A. discute quelques-uns de ses arguments dans 
l'article de VAnzeiger; il l'a réfuté en détail dans la W. Z. K. M., octobre 
1910, 1-45. On peut être en désaccord avec M. A., mais on doit reconnaître 
qu'il produit des arguments, et rien ne justifie le ton d'un critique de la 
« Zunft » dans la 0. L. Z. — Dans l'article en anglais, M. A. résume 
ses recherches sur les sources juives du droit arménien et du droit syrien. 
A noter que sa thèse implique la persistance de lois sadducéennes en Baby- 
lonie et leur infiltration chez des sectes juives avant même les Caraïtes. 
Chemin faisant, M. A. éclaire, avec son érudition et sa perspicacité habi- 
tuelles, maint point du droit successoral et matrimonial dans le Talmud. 

Arigita y Losa (M.). Los judios en el pais vasce, su influencia social, reli- 
giosa y politica. Pampelune, J. Garcia, 1908 ; in-8° de 48 p. 1 pes., 25. 

Bachenhiimer (S.). Unser Gebetbuch. Vortrag. Francfort-s.-M. (Rôdelheim, 
M. Lehrberger), 1910; in-8° de 24 p. M. 0,60. 

Bâcher (W.). Die hebraische und arabische Poésie der .luden Jemens. 
Strasbourg, Trùbner, 4910; in-8° de 100 4- 56 p. M. N 4 (Tirage à part du 
33. Jahresbericht der Landes- Babbinersckule in Budapest). 

Après avoir moissonné le champ de la poésie judéo-persane, M. Bâcher 
cueille une autre plante exotique, la poésie des Juifs du Yémen. Depuis long- 
temps isolés du judaïsme, les Juifs de ce pays ont conservé, sans les enri- 
chir, les monuments littéraires du passé : un seul genre a été développé par 
eux, le genre poétique. M. B. décrit une quinzaine de leurs recueils poétiques 
manuscrits et quelques imprimés, les uns et les autres analogues à ceux qu'il 
a décrits dans cette Bévue au cours de son étude sur Nadjara ; certains manu- 
scrits sont ponctués d'après l'un ou l'autre système de vocalisation. Les 
poèmes y sont divisés en groupes, dont quelques-uns ont des noms arabes. 
Les plus anciens recueils contiennent le plus de poèmes de Juda Halévi, 
d'Ibn Gabirol et d'A. Ibn Ezra. d'Alharizi aussi et de Nadjara ; dans les plus 
récents, ce sont les poètes indigènes et modernes qui dominent. De ceux-ci le 
maître du chœur est Sàlim b. Joseph Schibzi, mort à Taïzz dans la seconde 
moitié du xvn 6 siècle et dont le tombeau est encore l'objet d'un véritable 
culte. Des 200 poèmes qui portent l'acrostiche de son nom, quelques-uns sont 
d'un caractère profane et il y célèbre même des chefs arabes ; mais la plu- 
part attestent l'inspiration religieuse et nationale du juif : son cénie est un 
écho céleste (bat kol) et sa Muse, la communauté d'Israël (Kenesset Israël). 
Un certain nombre de poètes yéménites sont du xv e et du xvi* siècles; mais 
le plus grand nombre se compose de contemporains et de successeurs de 
Schibzi. L'œuvre poétique de celui-ci permet de caractériser à elle seule la 
poésie judéo-yéménite, dont le caractère le plus remarquable, au point de 
vue linguistique, est l'emploi de l'hébreu et de l'arabe à volonté et même le 
mélange des deux langues dans un même poème, voire dans une même 
strophe : Schibzi a signé 56 morceaux en hébreu, 52 en arabe et 91 bilingues. 
Sa langue présente des arabismes, son style des licences poétiques. M. B. 
donne (p. 70-73) une liste de ses néologismes. Son arabe est également inté- 
ressant. Au point de vue prosodique, il a gardé la métrique et la strophique 
des classiques espagnols, notamment de Juda Halévi ; il affectionne le genre 
des « poèmes de ceinture » [mouwassah^. Sa pensée, souvent subtile, aime à 



BIBLIOGRAPHIE 283 

se voiler dans l'ai légo rie et le symbole. Il débat en vers dos questions philo- 
sophiques et cabbalistiques; car il est un fervent adepte de la Cabbale 
(M. B. penche à en attribuer la pénétration dans le Yémen au mouvement de 
Sabbataï Gevi, p. 41). La plus grande partie de ses compositions sont reli- 
gieuses, mais non proprement synagogales : ce sont généralement des poèmes 
destinés à. être chantés aux noces et aux sabbats pré -édents. Elles n'ont pas 
d'intérêt historique, abstraction faite des élégies sur l'expulsion des juifs de 
Sanaa en 1679 (p. 34 et s.l. 

Dans la partie hébraïque de son travail, M. B. donne : 1° une liste de 
poèmes — hébreux, hébréo-arabes, arabes — de Schibzi ; 2° une liste des 
autres poètes yéménites avec l'indication de leurs compositions; 3° une liste 
des poèmes anonymes (plus de 200); 4° une liste des poètes non yéménites 
(dans le nombre Maïmonide, voir Monatsschrift, 1909, 581 et s.), avec l'indi- 
cation des poèmes conservés par nos recueils; enfin, la préface de l'un de ces 
recueils, sorte d'art poétique, et quatre poèmes — seulement — à titre 
d'échantillon. 

L'ouvrage est tant soit peu aride, ce qui est la faute du sujet; mais l'auteur 
aurait pu en rehausser l'intérêt par des citations plus nombreuses et plus 
développées. Il est à craindre que beaucoup de lecteurs s'en tiennent à la 
préface, qui est une excellente orientation. Et pourtant, à suivre M. Bâcher 
dans son étude claire et bien ordonnée, ils verraient luire le reflet des grands 
poètes du judaïsme espagnol et entendraient vibrer l'écho de la vie religieuse 
et sochle de ces communautés qui. perdues au fond de l'Arabie, se sont 
imprégnées de l'influence d'un milieu hostile sans perdre l'empreinte originale 
du passé. — P. 3, n. 1, et p 49, sur le faux-messie moderne du Yémen, voir 
/. Q. R., XIX, 162 ; p. 4, sur la vie des Juifs yéménites on peut lire main- 
tenant l'intéressant rapport de M. Sémach dans le Bulletin de V Alliance 
Israélite de 1910; p. 7, n. 5, voir Nathan, Ein anonymes Wôrferbuch..., 
p. 17, n. 3. — Cf. le compte rendu de M. Poznanski, dans 0. L. Z., avril 1911. 
Le nôtre a été fait sur l'édition du Jahresberickt. 

B.edekers Paliistina und Syrien. Die Hauptrouten Mesopotamiens und 
Babyloniens und die Tnsel Gypern. Leipzig, K. Bœdeker, 1910; in-8° de 
xcvin + 432 p. M. 10. 

Bainvel (Abbé J. V.). De scriptura sacra. Paris, Beauchesne, 1910; in-8° 
de vin + 214 p. 3 fr. 

Passe en revue les décisions des papes, conciles, etc. sur la Bible et établit 
l'inspiration et l'infaillibilité de l'Écriture (Vulgate). Catholique ortbodoxe. 

Balaban (M.). Zydzi w Austrji za panowania ces. Franciszka Jôzefa I ze 
szczegôlnym uwzglednieniem Galicji 1848-1908. Stanislau, Staudacher, 
1909; in-8" de 32 p. K. 0,50. 

Les Juifs en Autriche sous le règne de l'empereur François-Joseph I, notam- 
ment en Galicie. 

Balaban (M.). Dzielnica zydowska, jej dzieje i zabytki. Lemberg, Nakl. 

Tow. milosnikôw przeszlosci Lwowa, 1909; in-8° de 99 p., il!. (Biblio- 

teka Lwowska, V i VI.) w 

Le quartier juif de Lemberg, son histoire et ses monuments. 
Balaban (M.). Spis zydôw i karaitôw ziemi Halickicj i povviatôw Trembo- 

welskiego i Kolomyskiego w r 1703. Cracovie, Nakl. Akademji Umic- 

jetnosci, 1909 ; in-8° de 21 p. 



284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Liste des Juifs et des Caraïtes de la région de Halic et des districts de Trem- 
boA\la et de Koloméa eu 1703. 

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Londres, Longmans, 1910; in-8° de xn + 264 p. 

Bauer ^H.). Die Tempora im Semitischen. Ihre Entstehung und ihre 
Ausgestaltung in den Einzelsprachen. Leipzig. Hinrichs, 1910; in-8° de 
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Bauer (L). Qu'est-ce que le judaïsme? Le sabbat. La femme dans le 
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imprimerie Gandini [1910 1 ; in-8° de 48 p. 

Becker (E.). Das Quellenwunder des Moses in der altchristlichen Kunst, 
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Beermann (M.). Sonne und Schild ist der Ewige! Festpredigten, nebst 
einem Anhang: Sabbat- und Gelegenheitsreden. Francfort, Kauffmann, 
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Prétend prouver que ces papyrus ne sont pas authentiques. Au beau milieu 
(p. 137-174), il reprend divers savants pour des bévues prétendues ou réelles 
(p^M "^8 dans les fables de Berechya, la Haggada de Séraïewo, le Temple 
d'Onias d'après Flinders Pétrie, etc., etc.). 

Belle*lt (L.). Interprétations erronées et faux monuments. Remarques sur 
quelques inscriptions récemment éditées, suivies d'un sommaire analy- 
tique de l'ouvrage An independent examination... Casai Montferrat, 
impr. Rossi et Lavaçno, 1909; in-8° de 18 p. 

Dans une critique qui n'a rien de français, ni dans le ton, ni dans le style, 
M. B. prend à partie M. Schwab, qui n'aurait pas dit à haute voix, au Congrès 
des Orientalistes, de qui il tenait l'explication du mot y^na fdans l'inscrip- 
tion publiée Revue, LVÏTÏ, 107) : il lui reproche d'avoir fait des fautes n*e 
traduction dans l'interprétation d'une autre inscription (îbrd., p. 110) et il 
soutient qu'une troisième (ibid.. 109) est une forgerie, ce qui pourrait bien 
être exact, fie qui est insoutenable, c'est d'arcruer de faux l'inscription grecque 
de Sidé de Pamphylie (ibid . p. 60V Pour M. B., tout est faux, les monu- 
ments et les hommes. Cette attitude amère et impolie parait due à ce que le 
monde scientifique n'a pas fait un bon accueil à son pamphlet contre les 
papyrus araméens. 

Bennet (W.-H.). Old Testament history. Londres, Jack, 1909 ; in-16° de 
186 p. 1 s. 

Bensow f O.). Die Bibel — das Wort Gottes. Eine Darstellung und Vertei- 
dignng der bleibenden Wahrheit der Lutherschen Lehre von der Inspi- 
ration der Heilieren Schrift. Giïterslob, Bertelsmann, 1909; in-8° de 
64 p. M. 0,60 (Fur Gottes Wort und Luthers Lehr! 11. Reihe, 7. Heft). 

Benzinger (L). Geschichte Israels bis auf die griechische Zeit. Zweite 



BIBLIOGRAPHIE 285 

verbesserte Auflage. Leipzig, Gôschen, 1909;in-I2° de 156 p. Sammlung 
Gôschen, 231.) 

Bericht (27.) der Lehranslalt fur die VVissenschaft des Judentums in 
Berlin. Berlin, Mayer urid Millier, 1909; in-8° de 86 p. — Bericht (28.), 
1910 ; in-8° de 74 p. 

Le 28 e Rapport contient deux, des conférences faites à l'institution : Hermann 
Cohen, Innere Beziehungen der Kanlischen Philosophie zum Judentum, et 
G. -F. Moore (de la Harvard-University), Die Eigenart der hebràischen 
Geschichtsschreibung im altlestamentlichen Zeitaiter. 

Bericht (43.) i'iber den Beligions-Unterricht der Synagogengemeinde 
zu Kônigsberg i. Pr. fur das Schuljahr 1909/1910, erstattet von dem 
Dirigenten Dr. Vogelstein. Kônigsberg, imprimerie Hartung [1910]; 
in-8°de 38 (+ 8 p.). 

Contient une bonne conférence de M. F. Perles sur Abraham Geiger. 

Berliner (A.). Randbemerkungen zum tâglichen Gebetbuche (Siddur). 
Berlin, M. Poppelauer, 1909; in 8° de vu -j- 87 p. et 1 p. non paginée. 
M. 3. 

Les études liturgiques, trop négligées chez nous, manquent à peu près 
totalement pour l'époque moderne. M. B., qui porte à ces études un double 
intérêt, scientilique et pratique, a eu l'heureuse idée d'étudier « quelles 
formes la rédaction du rituel, spécialement dans le rite germano-polonais, 
a reçues avec les premières impressions et quelles modifications elle a essuyées 
depuis ce temps jusqu'à la publication du Siddour de Heidenheim ». Par 
endroits il touche au Malizor et remonte plus haut, aux anciens rites 
français et allemand (p. 65, 70). Dans cet intervalle, il distingue trois périodes : 
1° depuis 1512 ou 1513, date du premier Siddour de Prague ; 2° depuis 1560, 
date du Siddour de Thingen, où se fait sentir l'influence de la Cabbale ; 
3° depuis 1800, date du premier Siddour de Rodelheim, où Heidenheim, « le 
Mendelssohn de la liturgie », affranchit partiellement le siddour de la main- 
mise cabbalistique. — Au lieu de décrire les principales éditions en ce qu'elles 
ont de caractéristique et de distinctif, M. B. énumère les morceaux ajoutés 
ou modifiés par les éditeurs. Ce sont surtout les prières introductives et finales 
qui encadrent l'office. Tel est, tout au début, le groupe de versets Ma Tobou. 
Les derniers manuscrits commencent déjà par Adon O/am. Yigdal n'apparaît 
à sa place actuelle qu'en 1578. Les « bénédictions du matin » ont subi des 
additions ; celle du non juif était formulée primitivement "H a ^"Qy NblD, 
mais M. B. recommande de la corriger, d'accord avec certaines éditions et 
maintes autorités, en rN"HZ3^ "'jŒ^UJ, et de supprimer les deux concomittantes. 
Le baraïta IHttoum ha-Keloret a été introduite en 1589 à l'occasion de la 
peste (où? quelle source?). Les psaumes de l'office n'ont pas été respectés 
davantage. Le ps. xxx apparaît au xvir 3 s. seulement ; le ps. xxxm devrait sa 
place actuelle à un accident typographique. Le ps. vi pour le Tahnoun n'est 
fixe que depuis 150 ans ; le verset introductif de II Sam., xxiv, 14, est dû à 
un éditeur de 1662. Les ps. xxiv et xxix pour la rentrée du séfer sont un 
emprunt modifié de l'usage espagnol. Les deux recensions du êl érekk 
appaïm ne sont accouplées que depuis 1647 Le formule des 13 articles de foi 
Ani maamim apparaît, semble t il, pour la première fois dans la haggada 
de Venise, 1566. Le Yehi raçon de la bénédiction du mois paraît remonter à 
la première moitié du xvm e siècle et les ha-Rahman pour les fêtes, dans les 
grâces, se lisent seulement dans les éditions du même siècle. 



286 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

De nombreuses modifications du rituel sont dues à l'influence de la Cabbale, 
qui s'y fait sentir depuis le commencement du xvn e siècle, sous la poussée de 
l'école d'Isaac Loria. Elle s'insinue d'abord dans des ouvrages distincts et finit 
par envahir le siddour, à quoi contribua grandement le Schaarê Cion de 
Natan Hanovre (Prague 1662, souveut réimprimé). En vrai rationaliste, 
M. B. s'élève contre cette invasion de la Cabbale et, démentant sa devise 
« juste et véridique », il est injuste pour elle. Il lui reproche d'avoir « effroya- 
blement désolé » les prières (le mot revient deux fois, p. 30 et 34) ; elle a au 
contraire émaillé le rituel de ses fleurs mystiques. 11 est vrai que M. B. en a 
surtout à deux procédés cabbalistiques : le calcul des lettres, qui est en usage 
dès le xm e siècle chez les mystiques allemands et auquel on sacrifie une 
phrase entière dans le kiddousck, et les formules introductives qui concen- 
trent l'attention des fidèles sur le sens réel ou mystique de la prière. Mais il 
n'est pas vrai que ces « altérations », grotesques et burlesques à notre sens, 
empêchent le fidèle de se recueillir : ce sont les hassidim qui prient avec le 
plus de recueillement. Et M. B., qui est rationaliste sans doute, mais qui 
n'est pas moins orthodoxe (il ne proteste que contre le mot, p. 7, et les 
a réformes » qu'il propose p. 15, 39, 57, 66, sont anodines), n'a rien à redira 
à tant d'autres innovations cabbalistiques : les psaumes cxxvi et cxxxvn avant 
les grâces, introduits dans l'édition de cette prière imprimée à Venise en 1603 
(p. 27) ; l'extrait du Zohar Berich schemê, qui apparaît pour la première fois 
en 1540 et prend place dans le rituel à partir de 1595, réservé, il est vrai, à 
« l'élite » (p. 29), et la prière des 13 middot, qui se lit pour la première fois 
dans le Schaarê Cion (p. 46-47 ; la triple répétition des 13 middot est 
encore plus récente, p. 60). C'est aux cabbalistes que la synagogue doit le 
beau cadre de l'office du vendredi soir : les psaumes préliminaires et le poème 
Lécha dodi, longtemps combattus en Allemagne ; le salut aux anges 
(Schalom aléchem) et l'éloge de la « femme forte », image de la schechina, 
qui apparaissent dans un rituel de Prague de 1641 (p. 43-45). 

D'autres changements ont été causés par la censure chrétienne ou la crainte 
de la censure, non seulement dans le Siddour, mais aussi dans le Mahzor 
(p. 47 et s.). M. B. cite à ce propos les anciens textes de la birkat ha-Minim 
dans la Tefilla. 11 montre quelles suppressions on s'est permises dans les 
pioutim de Kippour en analysant l'édition du Mahzor allemand de Crémone- 
Sabbioneta (non Sabioneta) 1557. 

On voit que le rituel, même quand il eut été fixé par l'imprimerie, a été 
traité avec une certaine liberté. On n'a pas craint de modifier des versets 
bibliques (p. 11) et de s'écarter du Talmud (p. 16-19). Les rabbins qui, à 
l'exemple de Maimonide (p. 13), ont combattu les petites « réformes », Elia 
de Wilna (p. 24) et surtout Salomon Louria (p. 11, 14, 24, 62, 72), ont été 
impuissants, notamment quand ils repoussaient les extravagances de la Cabbale 
(p. 36); d'anciens rabbins se plaignaient déjà de l'accumulation des psaumes 
en vue du kaddisch de deuil (p. 26). — Il est intéressant de suivre les 
destinées de certaines prières. Des morceaux poétiques destinés d'abord à une 
occasion spéciale out vu leur usage généralisé : tels sont les poèmes Adon 
Olam et Yigdal (p. 12, 13), le piout Hamavdil (p. 56) et les litanies du 
Schir ha-Yiàoud (p. 72). Inversement tTnbôO f-'tf, d'abord quotidien, 
est réservé aux sabbats et fêtes ; nJHD nN"in r:ntf est spécialisé pour 
Simhat Tora et remplacé par JD23 TP"I, qu'on trouve pour la première fois 
dans le Siddour de Prague 1541 (p. 28-29) ; un exemple plus connu est 
l'hymne Alénou (p. 49). - Des fautes d'entraînement font ajouter le verset 
du schéma à la fin du cantique de la Mer Bouge (p. 61 ; à la 1. 7 lire vor) et 
d' Alénou, les mots p2N "n?JJO à la fin de la Tefilla et des grâces (p. 63). 



BIBLIOGRAPHIE 287 

Ce qui fait le grand prix de cette partie du travail de M. B., c'est qu'elle 
repose sur l'étude des éditions les plus anciennes et les plus rares du Siddour, 
étude fortifiée par l'expérience de l'auteur et sou érudition dans la littérature 
rabbinique. Beaucoup de ses remarques se trouvent d'ailleurs dans le com- 
mentaire de Baer, qu'il cite trop rarement. La littérature contemporaine est 
trop peu utilisée aussi. Sur les trois bénédictions du non juif, de l'esclave et 
de la femme (p. 14-16\ voir D. Kaufmann, Monatsschrift, XXXVII, p. 14 et s.; 
sur la Kappara et le Scboullian Arouch (p. 29 , v. L. Low, Ges. Scàr., IV, 292 ; 
sur l'écriture déguisée chez les Juifs de France au moyen âge (p. 35), 
v. Aptowitzer, Revue, LX, 39 et s. ; sur les additions cabbalistiques dans la 
bénédiction sacerdotale (p. 42). v. Heller et Krauss, Revue, LV, 60 ; LVI, 251 ; 
LXI, 318; LXII, 160; sur la « réception » du sabbat chez les cabbalistes de 
Safed (p. 43), v. Schecbter, Studies in Judaism, II (v. l'Index) ; sur la 
censure chrétienne du Mahzor (p. 47), voir Revue, 11, 249; sur la réunion des 
14 e et 15 e bénédictions de la Tefilla (p. 53), voir les textes cités Revue, LVII, 
180, n. 6 ; sur la tendance anti-chrétienne de la prière 7173^2 "Tt-N, voir 
Low, Lebensaller, 66. Dans le détail nous remarquons encore : p. 13, que 
signifie la leçon -] £ "I ^ b^l ubiy "plfi* TjH ? p. 34, le changement de 
D15TD3 'r&n^ 173* nt* h ]n373H en DlbffiH HUDl^ n'a pas été provoqué, 
mais tout au plus favorisé par un calcul cabbalistique ; c'est un retour à une 
ancienne formule ; p. 49-50, il n'est pas sûr que Rab soit l'auteur d'Alénou, 
mais il est sûr qu'il y avait des chrétiens de son temps en Babylonie. 

P. 57 et suiv. M. B. réunit des notes sur différentes prières, leur origine et 
leur ponctuation. Tout n'y est pas évident. On peut soutenir la lecture 
Û^TW Dbs /PHI©» n^frO (p. 61) et même sb*3 N")- V"" 12 (p. 62); 
SïïlbN doit se lire éloak en faisant entendre le 7! (p. 68), et la promesse de 
faire des offrandes dans la prière pour les morts Yizkor n'est pas tellement 
un entraînement étourdi {ibid.}, car on fait vraiment des aumônes à cette 
occasion ; sur les abrégés des grâces (p. 68), voir Ginzberg, Geonica, I, 
p. 129, n. 2. P. 65, l'auteur attribue une origine française à la prière Ab 
ha-Rahamim (avant la lecture de la Tora) à cause de l'expression rnymrt 
my"in, qui serait le français « malheur ». Il n'y a qu'un malheur : c'est 
que « malheur » (monosyllabe) vient de malum augurium et que la confu- 
sion avec « maie heure » (dissyllabe) doit être postérieure au xiv e siècle. 
Chez les juifs espagnols de quelques villes d'Orient on appelle certains 
démons mala Itora [communications personnelles';; cf. Revue des écoles de 
l'Alliance israélite, n° 2, p. 158 : buenas horas. — P. 70 et suiv. M. B. 
consacre des notices plus longues à quelques morceaux particuliers : l°la 
prière Vehou ra/toum, sur l'origine de laquelle on peut voir D. Kaufmann, 
Die Chronik von Achimaaz, 13, et 1. Lévi, Revue, LU, 161, et que l'auteur 
propose de distribuer entre le lundi et le jeudi; 2° le ScAêr ha-Yi/wud 
qu'il appelle ailleurs (p. 12) une plante exotique sur le sol allemand et sur 
lequel il a publié depuis un travail spécial, qui nous donnera l'occasion d'y 
revenir ; 3° le Kiddousch au temple ; 4° la lecture "^Dj ou "1U3D3 dans 
Psaumes, xxiv, 4. De cette discussion massorétique, assez mal conduite, il 
semble résulter que *nDD3 n'est pas un qeri, mais a un petit vav injnUp Y'")). 
M. B. propose de traduire le passage: « qui ne jure pas faussement par Son 
Ame > , c'est-à-dire par Dieu. 11 excuse cette singulière exégèse par une pieuse 
conclusion, qui rejoint le début de l'ouvrage. 

C'est dommage que ce livre, qui contient de nombreux et précieux maté- 
riaux, soit déparé par des fautes de style, auxquelles l'imprimeur a ajouté 
les siennes. Cette forme négligée risque de nuire à un ouvrage qui a le mérite 
de rappeler les Ritus de Zunz. 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Bertholet (A.). Dus religionsgeschichtliche Problem des Spàtjudentums. 

Tubingue, Mohr, 1909; in-8" de m -|- 30 p. M. 0,80 (Sammlung gemein- 

verstàndlicher Vortrâge und Schriften ans dem Gebiet der Théologie 

und Religionsgeschichte, 55). 

Bertholet (A.). Das Ende des jiïdischcn Staatswesens. Sechs populâre 

Vortrâge. Tubingue, Mohr, 1910 ; in-8° de vi 4- 165 p. M. 2. 
Berto (P.). Le Temple de Jérusalem, étude critique. Chez l'auteur, Eremo, 
Lanzo Torinese (Italie), 1910; in -8° de 76 p. 2 f r. [Extrait de la Revue 
des Études juives, 1910.) 
Besson (E.). Introduction au prophète Sophonie. Paris, Fischbacher, 1910 ; 
in-8° de 86 p. 

Introduction et commentaire soignés. Le livre de Sophonie est authen- 
tique en gros (rejeter n, 8-10 ; m, 9-10, 14-20). L'auteur a vécu avant la 
réforme de Josias, vers 625, sous l'impression d'une invasion scytlie. 11 se 
fait une idée peu claire du « jour de Yahveh » et ne peut être le créateur 
du concept du jugement universel par Yahveh. Le reste de l'étude sur la 
valeur littéraire, historique et théologique de Sophonie manque de hase. — 
Travail consciencieux. 

Besson (H.). Das Ende der Zeiten. Versuch einer Zuzammenstellung der 
biblischen Weissagungen liber die Zukunft der Welt und des Reiches 
Gottes. Uebersetzt von A. de Quervain. Mit einem Vorwort zur deutschen 
Uebersetzung v. Hadorn. Bàle, Kober, 1910; in-8 u de 180 p. M. 1,60. 

Biach (A.). Proben zur jiidischen Literatur, ausgewàhlt und herausge- 
geben in Verbindung mit M. Doctor. Leipzig, Engel, 1909; in-8° de îv 
-\- 98 p. M. 0,85 (Beiheft zu Kayserling-Biach-Doctor, Lehrbuch der 
jïidischen Geschichte und Literatur). 

Bibelen, den garnie ogden nye progts hellige Skrifter samt de apokrifiske 
boger (Kirke-og familiebibel). Copenhague, Lehmann et Stage, 1909 ; 
in-4° de 1484 p. Kr. 10. 

[Bible] The Old Testament in Greek according to the text of Codex 
Vaticanus, supplemented from other uncial manuscripts, with a critical 
apparatus [containing the variants of the chief ancien!, authorities for 
the text of the Septuagint, edited by A. E. Brooke and N. Me Lean. 
Volume I : The Octateuch. Part II : Exodus and Leviticus. Cambridge, 
University Press, 1909; in-4 9 devin + p. 155-404. 12 s. 6d. 

[Bible] Die erste deutsche Bibel. 5 ter Band : Die vier Bûcher der Kônige. 
Herausgegeben von W. Kurklmkyer. Tubingue, gedruckt fur den Littera- 
rischen Verein in Stuttgart, 1908; in-8° (Bibliothek des Litterarischen 
Vereins in Stuttgart, CCXL1X). 

[Bible] Die heiligen Schriften des Alten und Neuen Blindes, deutsch von 
M. Luther. Munich, Millier, 1910 ; 4 vol. de v + 574, v -f 579, vi -f 698 
et v -f 487 p. M. 20. 

[Bible] Die Biicher der Bibel in der Uebersetzung von M. Luther. Das 
Buch Judith. Mit Orig.-Lith. von L. Corinth. Berlin, P. Cassirer, 1910; 
in-fo de 32 ff. M. 1,80. 



BIBLIOGRAPHIE 280 

[Bible] Dr. Martin Luthers Deutsche Bibel. II. Band. Weimar, H. Bôhlaus 
Nachf., 1009 ; gp. in-8° de xxvm -f- 727 p. M. 20. 

l Bible] The Authorised Version of the English Bible, 1611. Edited by 
William Aldis Wright. Cambridge, lîniversity Press, 1000; 5 vol. in-8° 
(Cambridge English Classics). 

[Bible] La Bible illustrée de Klàuber. Scènes bibliques de l'Ancien et du 
Nouveau Testament en 100 tableaux artistiques, chefs-d'œuvre du 
xiii siècle, dessins de A. Stockmann, gravés par Klauber frères 

Saint-Pé-d'Ardet (Haute-Garonne), S. Mondon, 1010; 100 planches in-folio. 

Les frères Klauber sont des artistes allemands du xvnr siècle (xm 8 est 
sans doute une faute d'impression). 

[Bible] Die Bûcher der Bibel. Herausgegeben von F. Rahlwes. Zeichnungen 
von E. M. Lilien. Band 6: Die Liedcrdichtung. Die Psalmen. Die Klage- 
lieder. Das Hohelied, nach der Uebersetzung von Reuss. Brunswick, 
Westermann, 1000 ; in-4° de 328 p. 

[Bible] The symbolism of the Bible and of ancien! literature generally, 
being a study in comparative mythology, by 34 expectants. Bombay, 
Times of India, 1010 ; 2 vol. in-8°. 30 s. 

Bikler (Ch.). Histoire du peuple de Dieu, récits bibliques extraits de 
l'Ancien Testament. Paris, Société des écoles du dimanche, 1000; in-12" 
de 200 p., ill. 

Billauer (A.). Grundzi'ige des babylonisch-talmudischen Eherecbts. 
Berlin, C. Heymann, 1010 ; in-8° de m + 78 p. M. 2. 
Le droit matrimonial d'après le Talmud de Babylone. 

Birnraum (N.). Ausgewâhlte Schriften zur judischen Frage. Czernowitz, 
Birnbaum et Kohut, 1010 ; 2 vol. in-8 1 . 

Blau (L.). Bibliographie der Schriften Wilhelm Bachers, nebst einem 
hebraïschen Sach- und Ortsnamen-Register zu seinem sechsbandigcn 
Agadawerke, zu Ehren seines 60. Geburtstages herausgegeben. Frane- 
fort-s.-M., Kauffmann, 1010 ; in-8° de iv -j- (54 p. 

Blau (L.). Bâcher Vilmos élete es mukodésc,f>0-ik sruletésnapja tiszteletére, 
1010, januârlO. Budapest, Athenaeum, 1010; in-8° de xi-j- 170 p.,portr. 
Voir le compte rendu de M. Wellesz. dans la Revue, LX, 316-318, et celui 
de M. Perles, dans la O. L.Z., 1910, col. 211-2. 

Blau (L.). La letteratura moderna sul libro considerata dal punto di 
vista del libro ebraico. Florence, impr. Galletti et Cassuto, 1010 ; in-8° 
de 70 p. (Tirage à part de la Rivista israëlitiôa, V-VII). 

Blaufuss (H.). Rômische Feste und Feiertage oach den Traktaten i'iber 
fremden Dienst (Aboda zara) in Mischna, Tosefta, Jernsalemcr und 
Babylonischem Talmud. Nuremberg, impr. J. L. Stich, 1000 ; in-8° de 
40 p. M. 1 (Beilage zum Jahresbcrichtc des Kônigl. Neuen (iymnasiums 
in Ni'irnberg fur das Schuljahr 1908-1909). 

T. LXII, n» 124. U> 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La Mischna iVAb. z. (i, 3) et la Tbssefta (i, i) énurnèrent les fêtes païennes 
qui amènent une interruption des affaires entre juifs et païens ; les deux 
Taltnuds expliquent et complètent cette liste. A l'evemple de Lewy iPkilolo- 
gische Slreifziige in den Talmud, dans le Vhilologus, LU), M. B. examine 
ces textes à la lumière des « antiquités romaines ». Il remarque d'abord que 
la Mischna parait distinguer les fêtes publiques et les fêtes privées, les fêtes 
fixes et les fêtes mobiles. Par calendes elle entend la fête du 1 er janvier. Les 
saturnales sont mises à l'index à cause du sacrifice à Saturne et des repas 
publics où l'on consommait la chair des sacrifices. Le mot Û^D^DHp (xpà-oict;! 
désignerait les (lies imperii, qui se célébraient le 16 avril pour l'empire en 
général et un autre jour pour chaque empereur en particulier; mais il reste à 
prouver que ces fêtes étaient appelées xpaTY]<jiç. Par N"D135 DT\ il faudrait 
entendre à la fois l'anniversaire de la naissance de l'empereur et la fête de 
sa mort (l'apothéose, sur laquelle il faut voir maintenant F. Gumont, dans 
R. II. H., 1910, 119 et s.). Mais comment M. B. rendrait-il compte de la baraïla 
(Babli, 10a; elle est mutilée dans la traduction d'Ewald, qu'il reproduit p. 16) 
qui distingue « la fcrO"Û3 de l'empereur régnant et celle de son fils, le jour 
anniversaire de sa naissance et celui de la naissance de son fils » ? — Pour 
comprendre les deux fêtes dans la STOI^, la Mischna ajouterait, dans 
l'opinion de R. Méir : ÏTmttn DT1 HT^b!! Û"P1. Cette exégèse, qui est celle 
de Lewy, est spécieuse ; mais outre (pie le premier -\ fait difficulté, comment 
expliquer que le contradicteur de R. Méir distingue, pour la fête mortuaire, 
les cas où elle est accompagnée d'une « combustion » et ceux où elle ne 
l'est pas? pour un empereur c'était toujours le cas, surtout si, avec Lewy et 
M. B., on entend par « combustion » l'apothéose impériale. Les Talmuds ont 
donc raison de voir dans les mots de la Mischna des fêtes privées et de n'y 
pas voir d'apothéose. — La Mischna énumère ensuite d'autres fêtes privées, 
moins importantes, et M. B. montre par quelques textes que ces fêtes étaient 
observées chez les Romains. 

M. B. prétend discerner d'autres fêtes romaines dans une baraita (T. Ab. s., 
n, 6; Ver., i, 7; Babli, 18 6 ; cf. Yalkout, Psaumes* 613) ; mais nous crai- 
gnons qu'il n'ait été induit en erreur par Perles, qui avait cru y retrouver les 
ludl saeculares. Lui-même voit dans le même mot la fête des sigillaires, 
tout en reconnaissant, et avec raison, les jeux séculaires dans une curieuse 
description du Babli (H b); [mis, identifiant d'une part Melaria et Belaria 
(que ne donne aucun texte), d'autre part Melarin et Belarin, il découvre dans 
le premier groupe les palilies ou parilies (fête purement locale de Rome !), 
dans le secénd les jeux apolliuaires. Trop d'esprit. Le contexte montre qu'il 
est question non de fêtes publiques, mais de spectacles populaires et la 
comparaison des passages parallèles aboutit au texte suivant: "jvpift ■p" , "")3 

rmbao t*"^&3 (mb72) rmba Cp-ibE) fnbn f-pb-ib ^topi». () " vult 

le procédé. L' « archéologie » a pour condition préalable la « philologie », 
dans le Talmud aussi. 

Mais M. B. ignore la critique des textes. Il cite le Babli dans la traduction 
d'Ewald, qui fourmille d'inexactitudes. Parce qu'Ewald a traduit feOSPn l ,;u 
« in der Misekno keissi es ja « (p. 16), M. B. reproche à la Gucmara de 
n'avoir pas compris la Mischna (p. 17). Ailleurs encore il est injuste pour le 
Babli, ne sachant pas distinguer entre sa dialectique et les matériaux (pi'il 
met en œuvre. Ses connaissances historiques sont insuffisantes ; il erafond 
l'amoraR. Joseph avec le tanna R. Yosé b. Halafta ip. H, n. 6) et il connaît 
un grand-prêtre Ismaël qui fut mis à mort par les Romains pour avoir pris 
part à la révolte des Juifs de la Cyrénaique (p. 29, n. 5). Du côté « romain y, 
il aurait dû demander à l'épi graphie et h l'archéologie une documentation 



BIBLIOGRAPHIE 201 

plus complète et plus précise sur la religion païenne en Orient ; peut-être 
aurait-il été amené ainsi à déterminer l'âge approximatif de notre mischna; 
c'est le point capital et il ne s'en soucie môme pas. Son étude n'éclaire pas 
beaucoup les textes talmudiques et il ne nous semble pas qu'elle enrichisse 
les antiquités romaines. 

Blaltuss (H.). Gotter, Bilder und Symbole naeh den Traktaten iiber 
fremden Dienst (Aboda Zara) in Mischna, Tosefta, Jerusalemer und 
Babylonischem Talmud. Programm. Nuremberg, J. L. Schrag, 1910 ; 
in-8°de51 p. M. 1. 

Blôken (E.). Adam und Qain in Lichte der vergleichenden Mythenfor- 
schung. Leipzig, Hinrichs, 1907; in-8° de iv -\- 148 p. (Mythologische 
Bibliothek, herausg. von der Gcsellschaft fur vergleichende Mythenfor- 
schung, I, 2-3.) 

Blum (J.). The Jews of Baltimore. An historical summary of Iheir 
progress and status as citizens of Baltimore. Baltimore, Historical Heview 
Publishing Co., 1910 ; in-8° de 42 + 470 p. D. 3. 

Blumenau (S.). Israelitisches Gesangbuch fiir Synagoge und Religions- 
schule. 3. Auflage. Francfort-s.-M. , Kaoffmann, 1909 ; in-8° de 
iv + 111 p. M. 1. 

Bohmer (J.). Der religionsgeschichtliche Hahmen des Pieiches Gottes. 
Leipzig, Dieteriçh, 1909 ; in-8° de vu + 215 p. M. 4. 

L'auteur étudie la conception du royaume dans la Septante, dans les 

apocryphes et les pseudépii. r raphes, dans la littérature rahhinique (ici il est 

mal informé et malveillant), {mis en dehors du judaïsme (influence du 
parsisme, etc.). 

Bohmer (J.). Heiligc Statten im Lande der Bibel als Gottes Zeugen in 
Geschichte und Gegenwart gewiirdigt. Gutersloh, Bertelsmann, 1909 ; 
in-8° de 150 p. M. 1, 20 (Fiir Gottcs Wort und Luthers Lehr! Biblische 
Volksbiicher, herausgegeben von J. Rump, II, 9). 

Bohmer (J.). Palastina im Lichte der gegenwartigen Orientkrise. Stuttgart, 
Greiner und Pfeiffer, 1909 ; in-8° de 43 p. M. 0,50. 

Bohr (H.). Erlauterung zu den biblischen Geschichten des Alten und 
Neuen Testaments. Leipzig, Teubner, 1908 ; in-8° de vi -f- 124 p. 

Boissier (A.). Les éléments babyloniens de la légende de Gain et Abel. 
Genève, 1909 ; in-8° de 9 p. 

Bolland (G. J. P. J.). Het boek der Spreuken. Leyde, A. H. Adriani, 1909 ; 
in -8» de 98 p. I fr. 

Bolland (G. J. P. J.). De theosophie in christendom en jodendom. Een 
nieuwe bijdrage tôt verduidelijking van den (fôrsprong des christendoms. 
Leyde, A. H. Adriani, 1910 ; in-8°de 4 + 91 p. IV., 90. 

Bourgeois (IL). Le jargon judéo-allemand. Courte étude philologique, 
suivie d'une chrestomathie. Bruxelles et Leipzig, Misch et Thron, 1909; 
in-8°de 46 p?, i fr. 50. 



292 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Etudie principale mont le jargon parlé actuellement dans l'est de l'Europe. 
Cf. Z. f. H. 7»'., \IV. 39. 

Box G. II. . A short introduction to the literature of the Old Testament. 
Londres, Rivingtons, 1909; in-12° de 150 p. 

Boyd (J. . The Octateuch in Ethiopie, aecording to the text of the 
Paris Codex, wilh the vàrieties of five oiher raanuscripts. Part 1 : 
Genesis. Leyde, Brill, 1909 ; in-8° de xxn -f 158 p. (Bihliotheca 
Ahcssinica. Studies concerning the languages, literature and histôry of 
Àbyssinia, éd. E. Littmann, III.) 

Brandt (W.). Die jiïdischen Baptismen oder das religiôse Waschen und 
Baden im Judentum mit Einschluss des Jndenchristentums. Giessen, 
Tôpelmann, 1910 ; in-8° de vi + 148 p. M. 6 (Beihefte ztir Zeitsehrift 
fin* die alttestamentliche Wissenschaft, XVIII). 

Brandt (W.). Jùdische Reinheitslehre und ihre Beschreibung in don 
Evangelien. Giessen, Tôpelmann, 1910 ; in-8° de vu + 64 p. M. 2,70 
Beihefte zur Z A. W., XIX). 

M. B., <jui est connu par ses travaux sur la religion mandéeiine et sur 
les origines du christianisme, étudie, dans le premier des deux ouvrages ici 
annoncés, les baptismes dans le judaïsme et dans les sectes issues du 
judaïsme. Par baptisme il entend (p. 2) « la pratique régulière du bain ou 
de l'ablution pour accomplir un devoir religieux et atteindre un but religieux 
qu'on s'est proposé ». Les idées de pureté et d'impureté sont extrêmement 
anciennes ; la notion (pie le contact du pur rend impur est une trace de la 
croyance au tabou (et ne faut-il pas faire aussi une place à la conception de 
la pureté spécifique de l'eau ?). La législation du Pentateuque, qui est 
postexilique, est sortie d'une tradition conservée par les prêtres : mais elle a 
été modifiée par ces théologiens, qui ont écarté ce qui leur paraissait 
entaché d'idolâtrie ou de superstition, par ces casuistes, qui ont méthodi- 
quement développé la matière. M. B. l'ait un expose très clair de cette 
Législation du « Code sacerdotal », sans peut-être insister suffisamment sur 
son caractère semi-théorique. Il est à remarquer que le Tàlrnud restreint ces 
règles de purification à ceux qui se trouvent en rapport avec le Temple et 
que, par contre, il ne se contente pas de simples ablutions, mais exige un 
véritable bain et un bain « d'eau courante ». Les objections de l'auteur, qui 
y tient, beaucoup (p . 28-29, 32-35, 52, 124-125), ne sont pas péremptoires. 
Il croit que l'état hydrographique de la Palestine ne permet pas des bains a 
volonté : mais c'est que justement le législateur a pensé au Temple et aux 
environs. Et quand il objecte que L'enclos du Temple ne contenait pas de 
« bassin creuse dans le sol », il oublie qu'il suffisait que L'eau arrivât tout 
droit d'une source (p. 34) et que la « salle de bains » du Temple recevait 
l'eau de la source Etam (p. 31-32). L'auteur de la Lettre d'Aristée connaît 
une source qui alimentait le Temple. — C'est seulement dans la Diaspora que 
l'abondance des eaux et l'exemple des païens ont amené les rabbins — tous 
ou plus ou moins influencés par L'hellénisme (p. 45 ! — à prescrire des bains 
d'eau vive pour le corps. Quant a l'ablution des mains dans 40 saa d'eau, 
c'est théorie pure. 

Sur un autre point le judaïsme postérieur a été plus loin que le législateur 
sacerdotal : il connaît des ablutions avant chaque repas et des lavages des 
vases ayant contenu ries aliments, comme l'attestent les Evangiles (mais voh 






BIBLIOGRAPHIE 293 

plus loin sur' le s v ec'oijpd livre de SI, B. . Notre auteur croit que ces pratiques 
sont un développement des règle! du Lé vi tique. Ne faudrait-il pas y voir 
une laïcisation des observances sacerdotales, non par opposition aux prêtres, 
ce qu'a soutenu Ghvvolson et ce que M. B. conteste avec raison (p. 39), mais 
au contraire par désir de faire aussi bien qu'eux, en consommant les aliments 
profanes. avec la même pureté que s'ils étaient consacrés (rnHŒ by "p-in 
u5*1prî)? Restreinte d'abord à eertaio9 cercles piétistes. cette pratique suréro- 
gatoire se serait étendue, et, comme' le motif primitif avait perdu sa valeur, 
on justifia plus tard les- ablutions, non plus par la sainteté attribuée aux ali- 
m'ents, mais par les bénédictions du repas. Nous n'admettrions pas non plus 
(fifon se lavait les mains avant de prier parce que primitivement on levait les 
mains dans la prière (p. 431 : les mains étaient présumées impures a cause de 
leur fonction (nV3p03> ^"TV). La renie fameuse que « les livres canoniques 
rendent les mains impures» est ainsi expliquée par M. B. (p. 43; cf. p. 138) : 
les mains qui les touchent sont impure» si elles n'ont pas été lavées. 

Les n" , "jrKJ "•bsm, qui voulaient sans doute se purifier par un bain 
matinal des pollutions nocturnes, ne sont pas approuvés par les rabbins : il 
n'est pas sûr qu'on doive les identifier avec les baptistes ou hémérobaptistes, 
qui ont vraiment existé comme secte,- contrairement a l'opinion de Schurer. 
Les rabbins, par contre, prescrivent un bain aux prosélytes. M. B., qui sou- 
ligne le caractère positif et non mystique de Ce bain, est tenté d'admettre 
qu'il est aussi ancien que le baptême chrétien. Il faut dire plus: si le bain 
de conversion n'avait pas existé dans le judaïsme avant le baptême ebrétien, 
ou se serait probablement gardé de l'y introduire. 

En dehors de l'orthodoxie on trouve « le baptisme extra-légal », qui a 
ceci de particulier qu'il exige pour le bain un fleuve ou une source, chez les 
Esséniens, chez l'ermite Bannous (le maître de Josèphe) et chez Jean-Baptiste, 
) our qui le baptême paraît avoir été un acte de pénitence. Ce qui caractérise 
b le baptisme hérétique », c'est qu'il est considère comme nécessaire au pardon 
des fautes. Tel il apparaît chez la Sibylle juive de IV, 161-169 (n'est-ce pas 
une simple image ?), chez les Ebionites ou Judéo-chrétiens (surtout d'après 
les Homélies Clémentines), chez les sectateurs d'Elhazaï, dont l'auteur admet 
l'ancienneté (E. a vécu vers 100), chez les Masboutéens et Sebouéens et chez 
les Sampséens (sans doute « serviteurs » de Dieu). M. 15. exclut les Mandéens, 
qui ne sont pas une secte juive, mais qui ont subi des influences juives et 
parsies (p. 146-148). Eidin, le christianisme non paulinien, en Orient, vers 
l'an 100, doit lui-même avoir ressemblé à une secte baptiste juive. 

Tel est le résumé des cinq premières parties de l'intéressant ouvrage de 
M. B. La sixième contient des notes complémentaires, où il discute principale 
ment des textes talmudiques. On ne saurait assez le louer d'avoir étudié ces 
textes de première main et sans idée préconçue, au risque de trahir de-ci de-là 
une certaine inexpérience. P. 10, Pesahim, n, 7, parle de l'emploi combiné 
du son et de l'eau et non du frottement du corps avec du son sec; p. 31 et 
32, lire Tamid pour Tammid : p. 35, il arrive encore aujourd'hui qu'une 
femme prenne le bain de purification dans l'eau froide d'une source ou d'une 
rivière ; p. 39, il n'est pas sur que les mots D-H* mrït32 "pDpD"^ dans 
Edouyot, v, 6, signifient « il négligeait les ablutions des mains » ; p. 54, la 
« pureté» qui a disparu a la mort de Gamaliel l'Ancien (donc Gamaliel I, non II), 
d'après Sota, ix, 5, n'a rien à faire ici ; # p. oo, « l'ablution des mains après 
le repas n'est pas obligatoire depuis longtemps, si elle l'a jamais été » : le 
passade cité de. Houllin porte au contraire que cette ablution est obligatoire 
\cf. Berac/wt, 53 b) et elle s'est en effet conservée, au moins pour la forme; 
p, :'û, d'où M* B. sait-il que le« femmes sont dispensées de l'ablution des 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mains parce que c'est un « commandement à époque fixe » ? p. 99, l'étymo- 
logié « vraisemblable » tlu nom d'Elhazaï « force cachée » ("<cO b"Tl) est 
invraisemblable : p. loi, les mots de Miihlot, v, ï, sont inexactement cités et 
inexactement traduits, d'on des conclusions mal fondées: p. 137, les préten- 
dues contradictions n'existent pas. Nous tenons à ajouter que nous n'avons pas 
Néritié toutes les traductions et que certaines méprises ont éveillé notre 
méfiance (p. ex. p. 135 en fias, nb ^"TON oe signifie pas « cuulere uber 
sagten zu ihm », mais « d'autres rapportent différemment cette communica- 
tion » ; il fallait citer aussi l'opinion de R. Juda b. Bathyra, sans quoi le 
passage est presque incompréhensible). Les fautes d'impression dans les mots 
hébreux sont assez rares. 

Dans son second ouvrage. M. B. reprend plus à fond son exposé de ce 
qu'on pourrait appeler les « baptismes alimentaires », tels qu'ils sont énumérés 
dans la glose de Marc, vu, 3-4 (dans son premier livre, p. 44, il place cette 
glose à Rome, sans dire pourquoi). Cette nouvelle discussion atteste un pro- 
pres sensible, imputable sans doute au profit que l'auteur a tiré de l'ouvrage 
de M e Bûchler, Der galilaische Am-hu'Ares. 1" Marc, vu, 3. sait que « les 
Pharisiens et les Juifs (en général) ne mangent pas sans s'être souvent lavé les 
mains ». Après un long exposé qui ne mené à rien (p. 5-23), l'auteur tire de 
Btichlér que la théorie de l'impureté des mains même pour les mets profanes 
ne s'est imposée qn'au n~° siècle : mais il admet, sur la foi d'une baraïta qui 
met en scène Schammaï (HouWn. 107 b : Yoma, 77 b), que bien plus ancien- 
nement on se lavait les mains avant le repas. Cet usage serait une imitation 
des mœurs grecques et même l'expression U^l^ bî32 viennent du grec dtvOXoç 
« seau » ; bien mieux, l'usage aurait influé sur la théorie de l'impureté des 
mains. Il est à peine besoin de dire que l'explication est insoutenable, ne fût- 
ce qu'au point de vue philologique : D"H^b bû33 (c'est la bonne construction, 
fréquente dans la Mischna) est de l'excellent hébreu et signifie « prendre de 
l'eau pour se laver les mains ». — 2° D'après Marc. vu. 4 <i. les Juifs reve- 
nant du marché prennent un bain avant le repas. C'est qu'ils craignaient 
d'avoir touché au marché un homme impur (mais pourquoi l'ablution des 
inains après le bain ?). 11 résulte eu effet d'une anecdote racontée dans j. 
lier., m, 4, qu'un homme impur se baignait avaut de manger. 3° Enfin, à 
en croire Marc, vu, 4 b, les Juifs lavent même les ustensiles. S'agit-il de 
vases de métal ou de verre, les textes rabbiniques confirment l'assertion ; mais 
ils ne nous fournissent aucune lumière si. comme c'est plus probable, il s'agit 
de vases de bois. Seulement on peut admettre que l'auteur a en vue non une 
purification proprement dite, mais un lavage avant chaque utilisation par 
précaution ; ayant observé cette pratique quelque part, il l'aurait généralisée. 
Nous penserions plutôt au lavage de rO"13 b'û D1D (Ber., 51 a). 

Les paroles de Jésus sur la pureté Marc, vu, 15 et s. = Matth., xv, 11 et s.; 
Mattli., \xiii. 25 20 = Luc, xi, 39-41) ne sont pas même authentiques; elles 
lui ont été attribuées par des apôtres qui, opérant dans les pays païens, 
voulaient libérer les néophytes des lois alimentaires, et l'auteur évangélique a 
cru que ces paroles avaient dû être provoquées pat un débat sur l'ablution 
des mains avant le repas. Considérées en elles-mêmes, elles constituent un 
paradoxe original, mais déplacé dans une instruction. La conclusion est à 
citer (p. 621 : « On a déjà remarqué depuis longtemps que cette invective 
contre les Pharisiens et les scribes ne convient pas au caractère des Juifs pieux 
et de leurs docteurs, tel que nous le fait connaître l'histoire. Il n'y a eu de 
Pharisiens avides, rapaces et hypocrites qu'autant qu'il y a de tels chrétiens 
en règle avec l'Eglise... L'auteur ne connaissait que de loin les usages des Juifs ; 
de la doctrine rabbinique et des Juifs eux-mêmes, il ne savait plus rien. » 



BIBLIOGRAPHIE 295 

Ici aussi, on pourra reprendre maint détail. P. 3, itapccSoaiç Ttov 7rpe<i6v- 
xépwv ne peut guère signifier que la loi des anciens, non la loi des vieillards 
(docteurs) contemporains; ib., n. 2, Hillel et Schammaï ne sont pas qualifiés 
d'anciens parce qu'on veut les distinguer d'homonymes postérieurs, mais 
parce qu'on les considère comme d'antiques autorités; p. 10, u. 3, Qv^ ^73 
ne peut pas se dire, car ^72 est de l'araméen; p. 12, n. 1, U3 ftbtf doit se 
traduire «mais (la différence est) que»; p. 13 en haut, sftjfa ÈÔ 3 est traduit 
« ahne dass er seine Blinde hochgehoben halte » ! p. 15, l'amora Samuel 
n'est jamais appelé « Schemuel Rab » ; p. 17, n. 4, l'opinion que l'ablution 
des mains n'est pas d'origine biblique, dans Berachol, 52 b, n'émane' pas 
des Hillélites, mais de la Guemara ; p. 32, n. 1, confusion entre l'amora 
palestinien NSIH "»an et l'amora babylonien NDIH S*!; p. 43, si la leçon est 
suffisamment attestée, la mention des fours serait bien à sa place (se rappeler 
la discussion sur ^l^y b'tU l'un) ; p. 59, le détail des « dix-huit choses 
défendues » n'est pas sûr et il est dangereux de s'en servir pour la chro- 
nologie. 

Le travail entrepris par M. B. était ardu ; il l'a mené avec méthode et ses 
conclusions doivent être justes en gros. 

Brann (M.). Geschichte der Juden und ihrer Literatur. 1. ïl. Vom Auszug 
ans Aegypten bis zum Abschluss des ïalmuds. 3. verm. u. verb. Aufl. 
Breslau, Marcus, 1910; in-8° de ix -f 245 p. M. 2. 

Breest (e.). Die Bibelversorgung Deutschlands seit der Reformation. 
Gûtersloh, Bertelsmann, 1909; in-8° de 109 p. M. 0,80 (Fur Gottes Wort 
und Luthers Lehr ! 11. Reihe, 8. Heft). 

Brkttholz (U.). Discorsi sacri. Trieste (Francfort-s.-M., Kauffmann), 1909; 
in-8° de vu + 101 p. M. 2,50. 

Brettholz (U.). Discorsi funebri. Trieste, 1909 ; in-8° de 68 p. K. 2. 

Breuer (B.). Diefunf Megilloth iibersetzt und erliiutert. 3. Theil : Klagelie- 
der. 5. Theil: Esther. Francfort-s.-M., Hofmann, 1909; in-8° de 
\ ni -f 90 p. et de vin -{- 102 p. M. 1,85 chaque. 

Bruston (Gh.). Les inscriptions en hébreu archaïque et celle d'Eshmoun- 
azar transcrites et expliquées. Paris, Fischbacher, 1909; in-8° de 39 p. 

Bruston (Gh.). Etudes bibliques. Paris, Fischbacher, 1909; in-8° de 
7 + 40 + 19 + 32 -f 48 + 5 p. 

Buchler (A.). The political and social leaders of the Jewish community of 
Sepphoris in the second and third centuries. [Londres, Jews' Gollege, 
1909 ;] in-8> de 92 p. (Jewish Collège, Publication No. 1 .) 

M. B., qui a consacré à YAm ka-Areç de la Galilée une thèse des plus 
intéressantes (Vienne, 1906; voir le compte rendu de M. Aptowitzer dans la 
Monatsscknft, 1908, p. 739-748), étudie cette fois les chefs politiques et 
sociaux de la communauté galiléenne la plus importante (celle de Sepphoris) 
sous cet angle particulier : le conflit entre cette puissance laïque et les rabbins 
pauvres qui se fixèrent en Galilée après la catastrophe de Bétar. Lui-même 
résume ainsi ses recherches : Les Juifs de Sepphoris, au 11 e et au 111 e siècles, 
étaient dirigés par un certain nombre de riches notables, que les sources 
hébraïques appellent, en raison de leur pouvoir, les grands ou les chefs, 
tandis que leur position officielle de représentants des Juifs vis-à-vis du 



296 REVUE DES ETUDES JUIVES 

gouvernement romain leur \;uil le titre de parnassim. Ils faisaient partie 
• l'un conseil composé de Juifs et de non Juifs et, en cette qualité, ils étaient 
responsables du recouvremenl des impôts, qui pesaient sur les faillies, mais 
dont ils souffraient eux-mêmes. Ils étaient aussi les juges des Juifs, sans (indu 
voie par qui ils étaient nommés, et, comme leurs décisions étaient basées sui- 
des lois non rabbiniques ou inspirées par leurs intérêts, ils se rendaient 
souvent coupables d'injustice et de corruption. Les rabbins accusaient cette 
ploutocratie, ainsi que la classe foncière moyenne, d'être violente, malhonnête 
et immorale, de promettre des dons charitables sans les payer. Les nombreux 
docteurs et leurs disciples, venus s'établir en Galilée après la guerre île Bar 
Kochba, y furent accueillis avec peu de sympathie, et bientôt avec haine et 
mépris, ce qu'on doit attribuer à leur critique justifiée de la conduite des 
ricbes. Ceux-ci non seulement ne les secouraient pas, mais encore les diffa- 
maient de toutes les manières. Il y avait du reste a Sepphoris des rabbins 
qui prêtaient le flancàces généralisations et dont la pratique religieuse n'était 
pas en harmonie avec leur connaissance de la Tora. — Ce chapitre d'histoire 
intérieure, pour laquelle on ne dispose d'aucune source proprement historique, 
est reconstitué à l'aide de textes halachiques et aggadiques du second et du 
troisième siècles. Et le mérite de l'étude est moins dans l'originalité du 
tableau (pie dans la perspicacité des explications et dans l'ingéniosité des 
rapprochements. L'historien critique se méfiera plus «l'une fois et se deman- 
dera si l'interprétation de tel texte est justifiée et si son application à Sepphoris 
s'impose : pour ne citer- qu'un exemple et le premier, on v n"accoidera pas sans 
peine que le nom de « grands » (D^Tm), qui est une qualité et non un titre. 
désigne forcément des administrateurs de la communauté. Mais les construc- 
tions de M. B. sont comme des édifices de dominos : on enlevé une pièce et 
le reste tient. 

Budde (K.). Geschichte der althebrâischen Literatur. 2. Ausgabe. Leipzig, 
C. F. Amelang, 4909; in-8° de xvi -f 433 p. M. 8,50 (Die Literaturen des 
Ostens in Einzeldarstellungen). 

BuRNEY(C.F.).Israershope of immortality. Four lectures. Londres, Frowde, 
1909 ; in-8° de 105 p. 2 s. 6 d. 

L'auteur expose d'une manière à la fois populaire et critique l'évolution des 
idées et des espérances sur l'immortalité dans Job, les Psaumes, l'Ecclésiaste, 
Sira, la Sapience. Eu dépit de quelques passages qui sentent le théologien, 
l'ouvraue est d'une bonne tenue scientifique et se lit avec intérêt. 

Burton (E. D.), Smith (.1. M. P.) and Smith (G. B.). Biblieal ideas of atone- 
ment, their history and significance. Chicago, University Press, 1909 ; 
in-8" de vin -f 335 p. D. 1. 

L'idée d'expiation dans l'Ancien Testament, dans les livres extra-canoniques, 
dans le Nouveau Testament, valeur de cette doctrine (cette dernière partie 
dogmatique). 

Bïïxton (E. M. \Y.). Stories Iront the Old Testament. Londres, Methuen, 
1909 ; in-8o de 144 p. 1 s. G d. 

Calisch (Ed. N.). The Jevv in English literatnre, as author and as subject. 
Hichmond (Va.), Bell Book and Stationery Go., 1909. 2 doll. 

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4909 J tfl-8« ,]p 38 p, L, 0,40, 



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Geschichte der Mathematik bei den Juden. Berlin, L. Lamm, 1910; in-8 u 
de 238 p., 3 tables. 

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1909; in-8» de 36 p. 
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Psalms. With introduction and marginal notes. Cambridge, University 

Press, 1909; in-8» de 310 p. 4 s 

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Gi'itersloh, Bertelsmann, 1910; in-8° de 108 p. M. 3 (Beitrâge zur For- 
derung christlicher Théologie, XIV, 4). 

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David. Ursachen, Teilnehmer und Verlauf des Absalonischen Aufstan- 
des. Berlin, Trovvitzsh et Sohn, 1909; in-8' de vu + 138 p. M. 4,60. 

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Gross-Lichterfelde, Bunge, 1909; in-8 de 52 p. (Biblische Zeit- und 
Streitfragen, herausg. von F. Kropatscheck, V, 7.) 

Cassel (D.). Hebraisch-deutsches Worterbuch. 8. Auflage. Breslau, Handel, 

1909 ; in-8° de vi -f 360 p. M. 3,60. 

Cassuto (U.). La famiglia Da Pisa. Florence, impr. Galletti et Cassuto, 

1910 ; in-8° de 82 p. (Estratto dalla Rlvista Israelilica, xVnni V-VII). 

Les Da Pisa sont une famille de banquiers toscans, dont plusieurs mem- 
bres se sont fait un nom dans les lettres juives. David Kaufmann a 
retracé l'activité littéraire de ces derniers dans plusieurs articles de la Revue 
des Etudes juives (le texte original de deux de ces articles est imprimé dans 
le t. Il de ses Gesammelte Schriften, 1910); le rôle commercial de la 
maison est exposé dans les travaux de P. M. Leonardo (G/i ebreï a Pisa sino 
alla fiue <lel secole XV, dans ses Studi Storici, VIII) et de M. Giardini 
(/ Banchier i ebrei a Firenze ne/ secolo XV, 1907). Reprenant les études de 
ses devanciers et les complétant par ses recherches personnelles, M. B. décrit 
sous ces deux aspects la vie et l'activité de la famille, qu'il croit, avec assez de 
raison, originaire de Rome et, avec moins de raison sans doute, issue de 
la famille de Synagoga (no:zn *Jtt). Par une fortune rare en dehors de 
l'Italie et qui est caractéristique de l'histoire des Juifs de ce pays, on suit les 
Da Pisa depuis 13y3 (voir l'arbre généalogique à l'Appendice) ; le sénateur 
Ugo Pisa, mort récemment, descendait d'eux. Notre biographe ne s'élève pas 
au-dessus du ton de l'érudit, mais son érudition est étendue et sûre ; il a 
fouillé les recoins du sujet et compilé diligemment les sources tant hébraïques 
qu'italiennes. Sa propre contribution documantaire n'est pas négligeable : des 
actes italiens relatifs au commerce d'argent des da Pisa (il a certainement 
raison de voir une extorsion déguisée dans la condamnation à une énorme 
amende infligée sous prétexte d'homicide à lsaac di Manuele, p.. 18-19 et 
document iv), quelques lettres en hébreu sans valeur intrinsèque, mais intéree* 



298 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sautes comme spécimens de lettres familiales et commerciales ; l'auteur du 
u° xn (où voit-on que c'est un Da Pisa ?) demande une copie de l'épitre 
d'Obadda de Bertinoro. La plus curieuse est la dernière, où Daniel da Pisa 
raconte l'entrevue de David Reoubéni avec Clément VII. Cette bonne monogra- 
phie nous fait bien augurer d'une Histoire des Juifs à Florence, qui doit 
paraître prochainement (p. 19, n. 2). 

Catalog of the Hebrevv Union Collège, Cincinnati, 1909-1910. Séries A. 
No. 2. Cincinnati, 1909 ; in-8° de 99 p. 

Causse (A.). Les apocalypses et l'histoire des religions. Montauban, 1909; 
in- 8° de 22 p. (Extrait de la Revue de Théologie.) 

Chalom (V.). Conférences sur le droit du couteau. Oran, 1910; in-8" de 24 
(+ 4) p. 

Le droit du couteau est un impôt sur la viande cascher perçu par les 
communautés algériennes. On en réclame la suppression depuis la séparation 
des Eglises et de l'Etat. La taxe est beaucoup plus ancienne que ne le croit le 
conférencier; la gabelle de la viande (c'est la même chose) existait en Castille 
au xv« siècle {Revue, XIX, 203) et en Turquie au xvi e (XXXI, 54). 

Charles (Abbé). Solution de la question juive. Paris, La Renaissance 
française, s. d. (1910 ?) ; in-J2° de 218 p. 3 fr., 50. 

Cheyne (T. K.). Problemi biblici e loro soluzione ; il metodo storico- 
critico applicato alla Biblia. Piacenza, Società éditrice pontremolese, 
1909; in-8° de xi + 279 p. L. 4. 

Chwolson (D.)« Beitrâge zur Enhvicklungsgeschichte des Judentums von 
ca. 400 v. Chr. bis ca. 1000 n. Chr. Leipzig, H. Haessel, 1910 ; in-8° de 
03 p. 

De ces études, que l'auteur offre, dans une dédicace touchante, aux 
« mânes » d'A. Geiger, la plus longue et la plus importante est consacrée au 
« am ha-areç dans l'ancienne littérature rabbinique ». Le a. a. est si odieux 
aux rabbins que cette haine ne s'explique que par des divergences religieuses; 
ce n'est pas un ignorant, mais un adversaire du haber. Or, le haher est un 
pharisien ; donc le a. a. est un sadducéen. En effet, les Sadducéens ont si 
bien survécu à la destruction du Temple qu'ils ont revécu dans le caraïsme — 
La thèse sur le caractère du a. a. ne peut se soutenir qu'en faisant violence 
aux textes. Une baraïta (Berachot, 43 b) recommaude au docteur de ne pas 
se mêler aux a. a., car, dit le rédacteur babylonien (mais non R. Hasda), « il 
pourrait se laisser entraîner par eux » (*irp v ")n3 "^D'TOnNb TN N73r>"H) ; 
M. Ch. traduit : « car il pourrait être converti à leurs opinions religieuses » 
(p. 6). R. Simon b. Gamaliel dit que certaines lois ont été «remises h"l07-j) 
aux a. a. » (Sabbat, 32 b en haut), c. à. d. qu'on s'en rapporte à eux pour 
ces lois ; M. Ch. traduit « leur ont été transmises, c'est-à-dire qu'ils les con- 
naissent » (p. 7). Ailleurs, il est vrai, le a. a. n'apparaît pas comme un simple 
ignare, mais comme opposé au talmid hacham (bien plutôt qu'au haber). 
Suffit- il d'être l'ennemi des rabbins (et de cette haine fameuse il faudrait en 
rabattre beaucoup sur le compte de l'aggada) pour être sadducéen et, si les 
a. a. étaient des Sadducéens, pourquoi les rabbins ne les avaient-ils pas 
stigmatisés en les appelant ainsi ? Quant à la survivance du sadducéisme et 
à sa réincarnation dans le caraïsme, c'est une hypothèse séduisante, qui s'au- 
torise de maint indice, mais qui attend d'être corroborée par des preuves. 
Tout ce qu'on peut accorder jusqu'à présent, c'est une certaine tradition litté- 



BIBLIOGRAPHIE 299 

raire, telle qu'elle est probable pour les fragments récemment publiés par 
Schecliter ; «le là à admettre que les Sadducéens ont vécu en chair et en os 
jusqu'à l'apparition d'Anan, il y a loin. 

Dans une esquisse de l'histoire religieuse du judaïsme depuis l'époque du 
second temple jusqu'à la fin du gaonat, M. Ch. montre que les Pharisiens, 
constamment en minorité (et le témoignage de Josèphe ?), ne se sont impo- 
sés que peu à peu, grâce à leur meilleure organisation; ce n'est que dans les 
dernières années de la destruction du Temple qu'ils ont supplanté les Saddu- 
céens, qui n'étaient pas moins zélés qu'eux dans l'observation de la loi. Le 
Talmud, œuvre des Pharisiens, a été longtemps ignoré hors de Babylonie ; 
aujourd'hui encore il y a des sectes qui ne le connaissent pas (quelques ren- 
seignements intéressants sur des sectes judéo-russes, p. 39 et s.). On n'est 
donc pas en droit de soutenir que c'est le « rabbinisme » qui a sauvé le 
judaïsme. — Il faut reconnaître que le développement du judaïsme a été plus 
complexe qu'on ne le croit parfois ; mais que gagne l'historien à réunir quel- 
ques traces disparates de mouvements hétérodoxes ? Les Pharisiens ont dis- 
paru comme partis avec le Temple ; le « rabbinisme » n'est pas une secte 
juive; c'est le judaïsme, qui a éliminé les éléments contraires. En dehors du 
« rabbinisme », il a pu y avoir des sectes juives, il n'y a pas eu de judaïsme. 

Dans trois courtes notes se rapportant à son grand ouvrage Das Passah- 
mal Chrisli, M. Ch. s'efforce d'établir : 1° que les mots « tu l'as dit » dans la 
bouche de Jésus (Matth., xxvi, 64) ne sont pas une affirmation, de même que 
dans la tossefta de Kélim, I, i, 6 (mais l'évangéliste ne l'entend pas ainsi, 
puisqu'à ces mots le grand-prêtre crie au blasphème); 2° que, dans Matthieu, 
xxiii, 3, il y avait primitivement un passage restreignant la diatribe qui suit 
aux faux Pharisiens ; 3° que les fêtes juives, en l'espèce l'offrande de la 
Pàque, pouvaient être avancées d'un jour. 

Les inadvertances de détail et les fautes d'impression s'expliquent par l'âge 
et la cécité de l'auteur. On ne peut que l'admirer d'avoir suivi encore, à 91 ans, 
les études historiques et que lui souhaiter de trouver, comme il le désirait, 
des successeurs pour reprendre ses travaux et les soumettre à une critique 
scientitique. 

Girot (G.). Recherches sur les Juifs espagnols et portugais à Bordeaux. 
Première partie. Bordeaux, Féret et fils, 1908 (la couverture porte 
1909) ; in-8o de 198 p., 2 planches. 

L'intérêt qui s'attache à l'odyssée dramatique des marranes rejaillit sur 
l'histoire des juifs de Bordeaux. Ils avaient déjà eu trois historiens : Francia 
Beaufleury, un des leurs (1800), Detcheverry, un archiviste (1860), et Malvezin, 
un littérateur (1875; d'après Malvezin, Graetz, dans sa Monatssc]irift,XXl\); 
ils en ont trouvé un quatrième, plus complet, plus précis et qui sera définitif, 
car il indique ses sources. M. Girot, professeur d'études hispaniques à la 
Faculté des Lettres de Bordeaux, a été évidemment attiré par le sujet en sa 
qualité de linguiste et il a commencé par examiner « les vestiges de l'espagnol 
et du portugais dans le parler actuel des juifs bordelais » (p. 3-20). Il a été 
amené ainsi à prendre connaissance de « quelques sources à consulter sur les 
Juifs « portugais » de Bordeaux aux xvn e et xvm e siècles » (p. 21-29); ce sont 
des sources d'archives, dont les plus intéressantes sont les registres des 
paroisses chrétiennes, trois registres tenus par la communauté juive (naissan- 
ces de 1737 à 1792, décès depuis 1739, mariages depuis 1775) et surtout des 
registres de circoncisions tenus par les opérateurs et le « registre des délibé- 
rations de la Nation », commence en 1753, mais complété par des extraits 
remontant jusqu'à 171 û. M. G. paraît avoir ignoré que ces deux documents 



30Ô REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ont été utilisés par M: Cardozo de Béthëncoùrt, dont l'étude généalogique, Le 
Trésor elles Juifs Sephardim (H. E. ./.; XX, XXV, XXVI), fedïncide en qoè'lqn'è'g 
points avec la sienne. (Test donc sur nouveaux trais, niais aussi sur une pliiS 
grande échelle qii'il décrit, dans le chapitré central de sou livré, « la 1 Sedaca i 
et la « Nation portugaise» (xvm e siècle)», soit l'organisation de la ('ommii- 
tiauté et de ses services (p. 80-99] ; s'aidànt encore des procès-veriiaui de? 
délibérations, il passe en revue « les cimetières », dont il décrit les tom- 
beaux les plus intéressants (p. 100-153), et fournit des « précisions siir là 
situation religieuse ailx xvn fe et xVm fe siècles », mariages, baptêmes, abjura- 
tions et circoncisions (p. 154-180) ; enfin, un chapitré de « statistique ■» in- 
dique le mouvement de la population juive au xvm e siècle, d'après les regis- 
tres de la « nation », ainsi que différents dénombrements officiels effectués a 
la même époque (cf. Revue, XXV, 109), et décrit le quartier habité alors par 
les Juifs. Toutes ces recherches ont paru en articles successifs dans le Bulletin 
hispanique (signalés Revue, LV11, 307) et il y paraît un peu dans une certaine 
incohérence ; résumons-les méthodiquement. 

Il est naturel que les origines de l'établissement des Juifs de la péninsule 
il Bordeaux soient obscures^ car ils avaient intérêt à faire le mystère autour 
d'eux. D'où venaient-ils ? « Dans les lettres patentes accordées en 1850, en 
1656, en 1723... il n'est question que de Portugais : il semblerait donc que 
les Juifs venus de la Péninsule, fussent, en majorité du moins. Portugais 
d'origine » (p. 125). Mais déjà en 1574 une requête qst présentée au Conseil 
du Roi par le? Espagnols et Portugais et l'ordonnance conforme esl enregis- 
trée au Parlement de Bordeaux en 1580 à la requête et d'un espagnol 
et d'un portugais (Malvezin, 110, 111). Les Portugais, plus récemment 
persécutés et qui s'échappaient plus facilement, étaient venus les premiers; 
les Espagnols les rejoignirent bientôt et en plus grand nombre. Il en fut 
de même à Amsterdam, à Londres. Il se peut aussi [que la nationalité portu- 
gaise fût moins dangereuse pour les Juifs. Dès le déhut du xvn e siècle, les 
Juifs de Bordeaux étaient publiquement accusés de judaiser ; grâce aux minu- 
tieuses recherches de M. Cirot, nous savons avec plus de précision quand ils 
cessèrent de « christianiser ». Ils se mariaient d'abord comme les catholiques 
et ils obtenaient même des dispenses à Rome pour les degrés de parenté pro- 
hibés par l'Eglise, mais autorisés par la loi juive ( p. 155, 158) ! Dès 1707. le 
curé reçoit le consentement de mariage sans donner la bénédiction nuptiale : 
il n'est [dus qu'une sorte d'officier d'état civil (à gages et, plus tard, il pousse 
le libéralisme jusqu'à indiquer que le mariage a eu lieu « selon les formes 
usitées dans la nation portugaise» (p. 163). Les derniers mariages de ce genre 
sont enregistrés en 1750 et 1753. A partir de la tin de 1775, la Nation tient son 
propre registre de mariages. Les Juifs cessent de faire baptiser leurs enfants 
entre 1690 et 17UD ; mais dès 1683 on abjure le judaïsme (on était donc con- 
sidère comme juif). Nous possédons les registres des circoncisions depuis 
1705 ; beaucoup d'adultes y figurent : ce sont de nouveaux réfugiés d'Espa- 
gne, qui se font circoncire et, s'il y a lieu, se remarient. La qualification de juif se 
rencontre [tour la première fois en 1722 (p. 101). M. C. attribue cette « renais- 
sance du judaïsme » en premier lieu aux schelihim ou quêteurs palesti- 
niens. Mais ces envoyés, qui n'étaient pas tous des rabbins, ne se seraient 
pas aventurés en France (ils risquaient la mort) s'ils n'avaient su qu'ils se 
trouveraient au milieu de coreligionnaires. La vérité est que, quand les Juifs 
furent plus nomhreux et assurés qu'on fermerait les yeux, ils jetèrent le mas- 
que et tendirent la main à leurs frères de Hollande : la solidarité soutint et 
réveilla la foi. 

""« lors )a communauté s'organise et l'on suit ses progrès dans les procès- 



BIBLIOGRAPHIE 301 

verbaux des séances du conseil, qui mériteraient d'être publiés, comme vien- 
nent de l'être ceux de la communauté portugaise de Hambourg (dans le 
Jakrbuch der Jildisch-Litérarischen Gesellschaft, VI et VII). L'organisation 
est d'abord purement philanthropique (ou bien cachait-on les sujets reli- 
gieux ?) ; c'est la « Sedaca », qui secourt les familles nécessiteuses, au moins 
aussi nombreuses, en 1735 encore, que les familles aisées. En 1716, on crée un 
fonds spécial pour la Palestine, car. remarque le secrétaire, « ce Cal (Kahal, 
communauté) s'est toujours attiré la bénédiction du Ciel par le zèle avec 
lequel il s'est comporté pour secourir ses frères de la terre sainte ». Pourtant 
on marchande avec les quêteurs, dont quelques-uns sont des personnages 
d'importance ; celui de 1777 (p. 33) n'est autre, comme nous le montrerons 
a une autre occasion, qu/Azoulaï, qui signe aussi un certificat en espagnol en 
1755 (p. 83, n. 3). Pour éviter leur visite et les frais qu'elle entraîne, on finit 
par envoyer la souscription par lettre de change à Amsterdam. Nous appre- 
nons ainsi indirectement que la communauté de Jérusalem fut désolée par un 
tremblement de terre vers 1760 (p. 32) et celle de Smyrne. par un incendie 
vers L775 (p. 35). M. C. présume que les Juifs de Bordeaux n'exerçaient ce «devoir 
de charité prescrit par la loi » (quelle loi, si ce n'est pour les captifs?) qu'à 
l'égard «les coreligionnaires « hispano-portugais » de Palestine. C'est évi- 
dent : aujourd'hui encore les Sefardim ne secourent que les Sefardim : en 
1745, Jonathan Eibeschiitz les appela en vain au secours des Juifs expulsés de 
Bohème (Monqtsschrift, 1867, p. 429). Bientôt la « Sedaca » prend en main 
les charges qui n'intéressent pas les seuls pauvres et cela en imposant 
davantage ses contribuables; elle devient le conseil qui veille sur les intérêts 
matériels et moraux de la h Nation » et répartit les impôts auxquels celle-ci est 
assujettie (p. 40-44): elle réglemente les différentes confréries ou yesibot; elle 
entretient un Talmud Tora, assure le débit de la viande et du vin cascher 
à la fin de l'ancien régime, elle « ne gardait plus de sou rôle de société 
de bienfaisance que le charge dé recueillir les taxes » (p. 96). Ce conseil 
d'anciens ou maamad (mot qui n'a jamais signifié « vénérable », comme il 
est dit p. 77, n 3 c) est, comme toujours, une oligarchie de familles riches 
(comparer l'organisation avignonnaise, Annuaire de la Société des Éludes 
juives, I, 165 et s.; cf. Revue, XIII, 187 et s. ; il a à sa tète un gabbaï ou 
syndic, reconnu par l'autorité depuis 1730 et obligé d'accepter ces fonctions 
sous peine d'amende. Les membres récalcitrants sont excommuniés (p. 49) et 
dénoncés aux magistrats. Une forte minorité s'insurgea en 1764 ; le Conseil 
duRoi lui donna tort (p. 54-58). Le maamad faisait la police de la commu- 
nauté; il était féroce pour les non « portugais » et l'on ne connaît que trop 
sa conduite envers les « avignonnais », pour ne rien dire des « tudesques » 
(p. 36, 62 et s.)i cf. Revue, XXXIV, 286 et LX, 82. d'où l'on peut conclure que 
les « avignonnais » compromettaient la liberté commerciale des « portugais » : 
c'est par cette considération, autant que par le souci de voir son honorabilité 
sauve (p. 64), qu'on devra justifier la conduite de la Nation, si on ne préfère 
l'excuser sur ce qu'elle expulsait ses propres pauvres (p. 64 ; on impose les 
riches pour pouvoir se débarrasser des pauvres !). Peu à peu un rapproche- 
ment se fait, sinon la fusion : à partir de 1777, on trouve des « allemands » 
dans le registre des décès (p. 153) et dans celui des mariages à partir de 
1789 (p. 169) ; à la même époque on note un mariage d'un « allemand » et 
d'une « portugaise » (p. 181, n. 2). Remarquons qu'en 1753 on comptait à 
Bordeaux 326 familles de « portugais » formant 1447 (1557) âmes, contre 81 
familles (331 âmes) d' « allemands » et d' « avignonnais » (p. 186-7); les uns 
et les autres habitaient les mêmes rues (p. 188-191 ; cf. le plan à la planche 
II). — La « Sedaca » ou la « Nation » réglementait les mariages et prélevait 



302 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

une taxe sur les dots ; elle annulait, même sans consulter le Bel -Dm (san 
cloute en vertu (lune taccana analogue à celle usitée en Espagne ou de celle 
ci môme) les kiddouschin clandestins (p. 77) et le remariage d'un bigame 
(p. 79 ; 1rs tribunaux civils reconnaissaient sa compétence pour la haliça et 
le guett (affaire Telles Dacosta et affaire Peixotto, sur laquelle nous revien- 
drons). Aussi les anciens pouvaient-ils tenir en tutelle le rabbin et le mettre 
à l'amende. Ils engagèrent d'abord un jérusalémite. Joseph Falcon, qui mourut 
en 1738 ; son épitaphe, en hébreu et en espagnol, est reproduite p. 132 
et planche I (la transcription, p. 132, n. 3. est fautive; lire : maréh de-atra 
oumoré-cédek ve-rêsch metibta..., c. à. d. rabbin, juge et maître). Son 
successeur Jacob Haïm Athias (p. 74, 80-81, 134) mourut en 1760 (le texte 
espagnol de son épitaphe en transcription p. 133 et en fac-similé pi. I) et 
fut remplacé par son fils David (dont la tombe est signalée p. 152) . — 
Ceci nous amène à parler des cimetières. Les Juifs étaient d'abord enterrés 
avec les chrétiens dans les cimetières paroissiaux et conventuels. En 1710 
la « Sedaca >• acquit un cimetière particulier chez les Cordeliers, en 1722 
un autre chez les Minimes. Ce n'est qu'en 1724 que les Juifs eurent un 
cimetière à eux; ils achetèrent un autre terrain en 1764. M. C. décrit les 
inscriptions tombales les plus intéressantes de ces deux cimetières ; pour la 
publication intégrale qu'il projette, nous lui signalons le bel ouvrage de Cas- 
tro, Keur von Grafsleenen... (Leyde, 1882; cf. Revue, Vlll, 292-3), et 
M.Grunwald, Portugiesengràber au/ ' deutsçher Erde (Hambourg, 1902), qui 
fournissent de précieux termes de comparaison tant pour les formules que 
pour les emblèmes héraldiques (M. C. en reproduit quelques-uns]). 124, 127, 
136 : nécessaire d'un mohel). Les inscriptions sont généralement en espagnol, 
quelques-unes en espagnol et en français, mais depuis 1760 seulement. L'exa- 
men de la langue montre que « vers le milieu du xvin e siècle on commen- 
çait assurément à ne plus bien savoir l'espagnol » (p. 127) ; la dernière in- 
scription espagnole est de 1834 (p. 152). Quant au portugais, M. C. n'a relevé. 
sur trois cents inscriptions, que deux rédigées en cette langue, l'une de 17li2. 
l'autre de 1768 (p. 125). — Aujourd'hui on ne trouve plus que des traces du 
parler espagnol |ou portugais dans la bouche des Bordelais juifs ; depuis 
1748 les procès-verbaux des délibérations étaient rédigés en fiançais (mais 
quel français ! ). M. C. passe en revue ces vestiges linguistiques ; de phrases 
entières, il n'en reste, comme il est naturel, que dans la liturgie ; ce sont des 
formules qui peuvent remonter au séjour en Espagne. On y notera donc des 
termes archaïques, mais aussi des formes francisées ; l'o final atone devient 
e muet. Les mots espagnols de la langue courante sont encore assez nombreux 
et .M. C. remarque que beaucoup « ont un sens dépréciatif » (p. 18). Ce n'est 
pas assez dire : presque tous sont des quolibets ou des injures, de ces mots 
drus et crus qu'on ne trouve pas dans la langue polie et qu'on cherche dans 
l'idiome paternel, comme Montaigne dans le gascon et Napoléon dans le corse. 
Les termes portugais sont plus rares et encore peut-on se demander si un 
terme comme esnoga (p. 17) est spécial à cette langue. 

Les recherches de M. C. sont menées avec soin et sûreté ; les remarques de 
détail (pie nous avons à présenter se rapportent généralement aux choses 
juives, où des erreurs sont excusables de sa part.P, 3, n. 1, du livre de Pulido 
on peut rapprocher celui, de même inspiration, de Bensasson. Espana y sus 
hijos de Oriente (Alicante, 1906) ; p. 4, de melda (cf. Kayserling, Biblio- 
feca, p. xvni) on ne peut séparer miauder, qui s'emploie dans le même sen- 
chez les Juifs français au moyen âge (Revue, I, 261 ; II, 206, 251 : XL 278 : 
XIII, 197) ; p. 5, quelle lecture de la loi est faite le premier soir de l'ente- 
côte ? p. 8, lire schammasch ; p. 17, la lecture (de la Haggada) ne se fait pas 



ÈIBLI0GRAPI1IE 303 

à la synagogue, mais à la maison; p. 32, pourquoi pas Tibériade ? p. 33, des 
dettes « nationales » sont des dettes de la Nation, c. à. d. de la communauté ; 
1». 44, il aurait fallu dire ce que c'est, ce certificat de civisme (qui a été im- 
primé, voir Revue, XXV, 110, n. 1) : une commission de police (cf. L. 
Kalin, Histoire de la communauté de Paris, 59, et Revue. XXIII, 94) ; sur 
Kodrigues Pereyre en question (p. 46, n. ;>), voir aussi F. Hé meut, ./. R. Pe- 
rdre, Paris 1875; p. 73, n. 2, sur le contlit entre le rabbin de Hambourg et 
celui de Bordeaux toucbant le vin eascher, voir Graetz, Monafsschrifl, XXI V, 
il>0-562, qui incrimine naturellement Eibescbi'ilz; celui-ci pouvait être fondé, 
à son point de vue, à suspecter les Bordelais d'insu'.fisance de rigorisme ; 
I». 77, les kiddouschin ne sont pas des fiançailles et engagent partout; p. 80., 
le rabbin n'a jamais eu un rôle plus actif qu'aujourd'bui à la synagogue ; 
p. 149, le mémoire pour les Juifs est imprimé aussi à part ; p. 165,166, sous 
est une plaisante traduction pour T1T ; le contrat devant notaire n'est pas la 
ke-touba et les 200 « sous » ne sont pas remis le jour du mariage, mais consti- 
tuent le douaire promis ; p. 169, David Atbias signe « sy devant Rabin » 
parce, que la Terreur est à peine passée et qu'il craint d'être accusé d'usurpa- 
tion de fonctions, mais il continuait à exercer ses fonctions pastorales ; p. 195, 
aschalem signifie « parfait, intègre », non « sage »; ib., lire p. 178 pour 283. 
Ce volume s'annonce comme une « première partie ». L'auteur a commencé 
depuis une nouvelle série d'articles, Les Juifs de Bordeaux, leur situation 
morale el sociale de 1550 à la Re'volution, dans la Revue historique de 
Bordeaux, 11 (1909), 368 et s. Nous lui recommandons de ne pas négliger le 
côté économique et de généraliser les recberebes consacrées par J. de Mau- 
passant, dans la même revue, à l'armateur Abraham Gradis. 

Clans (Ch. U.). Some Itala fragments in Verona. Reprinted from the 

Transactions of the Connecticut Academy of Arts and Sciences, vol. XV, 

Jnly, 1909 ; in-8° de 14 p., 1 planche. 

Public quatre fragments de l'Itala sur l'A. T. 
Clay (Albert T.). Amarra the home of the northern Sémites. A slndy 

showing that the religion and culture of Israël are not of Rabylonian 

origîn. Philadelphie, Sunday Seoool Times Comp., 1909; in-8°de 217 p. 

I). 1,25. 
Coblen/, (F.). Lehrbuch der jiidisehen Religion. 2. neubearb, Auflage. 

Leipzig, Quelle und Meyer, 1909 ; in-8° de 123 p. M. 1,25. 
Cohen (H.). Die Bedentnng des Judentums fur den religiosen Fortschritt 

der Menschheit. Vortrag. Berlin-Sehôneberg, Protestantischer Schriften- 

vertrîeb, 1910 ; in-8° de 17 p. M. 0,00. 

Conférence faite au cinquième Congrès international du christianisme libre 
et du progrès religieux. 

Cohen i'JL). Israël in Italien. Eindriïeke und Erlebnisse. 12 Skizzen. Ans dem 
Englischen von N. Banktii. Berlin, Lamm, 1909 ; in-8°de m -f- 111 p. M. 2. 

Collmann (S. M.). .lews in art. Cincinnati, S. Bacharach, 1910. I). 1,50. 

Colombo (S.). Il Cantico dei Cantici. Scnso proprio o figurato ? Livourne, 
imprimerie Belforte, 1909 ; in-10° de 35 p. 

Conder (C R.). The city of Jérusalem. Londres, Murray, 1909; in-8° de 
142 p. 12 s. 

Cornaert (V.). Concordantiae librorum Veteris etNovi Testamenti Domini 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dostri Jesu Christi juxta vulgatam editionem. Amsterdam, C. L. van 
Langenhuysen, 1909 ; in-8° de 4 -f- 628 p. 3 fr. 75. 

Gornkly (Le I*. IL). Historicae et crîticae introductionis in ujtriusque] 
T [estamenti] libros sacros compendium, s. theologiae auditoribus 
accomodatum. 6 e édition, revue par M. Hagen. Paris, Lethielleux, 1909 ; 
in-8° de xv + 712 p. 

Cornély (R.).Gommentarius in Librnm Sapientiae. Opus posthumum edidit 
F. Zorell. Paris. Lethielleux, 1910 ; in-8° de iv-f 614 p. 12 fr. (Cursus 
Scripturae Sacrae auctoribus R. Cornély, I. Knabenbauer, Fr. de Hum- 
melauer aliisque Soc. Jesu presbyte ri s. Commentariorum in Yet. Test. 
Pars II : in Libros Didacticos. V : Liber Sapientiae). 
Coubk (S.). Ames juives. Paris. Lethielleux [1909] ; in-8° dexvu-j-389 p. 

Extraits de la préface : « Dans ces pages, j'ai voulu exposer les origines 
de la haine juive contre le Christ et les chrétiens, et spécialement la forme 
antieucharistique que cette haine a souvent revêtue » (p. xliv). Jésus « se 
survit ici-bas de deux manières: sacramentellement, dans l'Euchaîistie, et 
moralement, dans l'âme des justes » (p. xxxiv). Donc, 1° « la race juive s'est 
fait une spécialité de profaner les hosties... On pourrait citer des centaines de 
sacrilèges de ce genre. L'un d'eux est bien connu, c'est celui des Billettes, qui eut 
lieu à Paris sous Philippe-le-Bel en 1290... Ce miracle se célèbre (?) encore 
chaque année en l'église Saint-Jean-Saint-François, à Paris » (p. xxxv-xxxvi). 
2° Le « Juif talmudique » « cherche h tuer Jésus en tuant dans ses disciples 
la foi, la pureté, toute vertu, en les amenant à l'apostasie . . 11 vilipende le 
clergé. 11 crache sur la Papauté dans les journaux qu'il dirige ou qu'd com- 
mandite.. . Parfois la scélératesse va plus loin. Elle tue le chrétien et particu- 
lièrement l'enfant chrétien. . . Il faut l'incroyable aplomb du talmudiste et du 
franc-maçon, ou l'incorrigible ignorance de certains chrétiens pour oser niel- 
le meurtre rituel..* Les meurtres rituels continuent. Ceux de Damas en 1840, 
de Tisza-Eszlar (Hongrie) en 18S2, de Polna (Bohème) en 1899, juridiquement 
prouvés dans des procès retentissants, montrent que le Moloch du Talmud, qui 
n'est autre que Satan, est toujours avide de sang chrétien » (p. xxxix-xlivi. 
Pour illustrer cela, l'auteur, dans cette espèce de roman historique, décrit une 
profanation d'hostie (chap. i.xxvii) et un meurtre rituel (chap. lxxix) : les 
scènes se passent peu après la mort de Jésus et les coupables sont unepytho- 
nisseet un marchand de blé qui, à cause de Jésus, ne peut plus « régner par- 
le pain ». Cet ouvrage, tel que le venin clérical en distille chaque année, tire 
sa gravité de la personnalité de l'auteur, qui est un prêtre. 

(A suivre.) M. Liber. 



Strack (Ilermann-L.). Jésus, die Hâretiker u. die Christen nach den 
âltesten jùdischen Ang-aben. Texte, Lebersetzung u. Erlâuterungen. 

Leipzig, J. C. Hinrichs, 1910; in-8° de 88 + 40 p. (Schriften des Institutum 
Judaieum in Berlin X° 37). 

Habent sua fala libèlli, le Talmud aussi. Les théologiens chrétiens du 
moyeu âge l'ont condamné aux flammes pour ses blasphèmes conlre 
Jésus ; les théologiens chrétiens d'aujourd'hui l'appellent à la rescousse 
pour attester la réalité de l'existence de Jésus. Dans la controverse sou- 



BIBLIOGRAPHIE 305 

levée par Drews, le livre satanique des rabbins est un des appuis les plus 
solides de l'opinion traditionnelle. Ceux qui lui attachent ce prix ne 
s'abusent-ils pas? J'ai déjà dit mon sentiment sur ce point 1 . En tout cas, on 
comprend que ceux qui tiennent à l'historicité des Évangiles s'ingénient à 
exploiter les dires des Juifs des premiers siècles sur la personne de Jésus, 
ses disciples, son enseignement et l'origine de la nouvelle religion. Nom- 
breuses sont déjà les monographies consacrées à ce sujet. Lapins récente, 
et certainement la meilleure, est celle que vient de publier M. H.-L. Strack. 

La signature de l'auteur est déjà le garant des qualités qu'on y prisera : 
avant tout, un classement méthodique des matériaux, une érudition solide 
qui ne prétend pas en imposer, une richesse d'informations condensées 
sous le plus petit format, une science philologique attestée par de nom- 
breuses productions justement appréciées, une impartialité peu commune 
que l'horreur du préjugé pousse parfois à l'apologétique. En un temps 
où les savants qui étudient les origines du christianisme perdent vite le 
sang-froid et se croient tenus envers une œuvre juive à une sévérité 
implacable, il faut admirer le courage dont fait montre M. S. pour rester 
fidèle à sa conception de la science, au risque et avec l'assurance de 
s'attirer la méfiance et la haine. M. S. nous a habitués à cette fermeté et 
à cette haute tenue : le présent opuscule renchérit encore sur ses devan- 
ciers. Aussi ne s'étonnera-t-on pas que nous l'examinions avec soin, en 
le critiquant à l'occasion ; nos menues remarques témoigneront à l'au- 
teur et au lecteur du cas que nous faisons de ce petit ouvrage. 

Il débute par une bibliographie qui n'a pas la prétention d'être complète, 
mais qui réunit l'essentiel, ce qui n'est déjà pas banal. Ces longues listes 
de livres et d'articles par lesquelles commencent aujourd'hui les études 
qui veulent se donner un air scientifique et où voisinent les élucubra- 
tions les plus niaises et les études les plus sérieuses, attestent le plus 
souvent moins le scrupule du savant que le bluff de l'amateur, qui copie 
simplement des titres, incapable de discerner le bon grain de l'ivraie. 
Parmi les auteurs juifs qui auraient mérité d'être cités, il faut mentionner 
Joseph Derenbourg, Essai sur l'histoire et la géoyraphie de la Palestine, 
p. 468 et suiv., et Schorr, qui a beaucoup — et même trop — écrit sur la 
matière dans son Halouç (X, 32 et suiv.). 

Le chapitre qui suit est une innovation très heureuse ; il rassemble 
toutes les assertions relatives à Jésus mises par les premiers écrivains 
chrétiens dans la bouche des Juifs ; ces auteurs sont Justin Martyr, le 
martyr Pionius (250), Origène, Eusèbe, Epiphane, Andréas, archevêque de 
Crète (fin du vue siècle), Jean Damascène, le moine Epiphane — pour les 
Grecs —, Tertullien, Agobard et Amolon — pour les Latins. A l'étudiant, 
auquel est destiné le petit Manuel de M. S., de faire la critique de ces 
témoignages et de déterminer la part de réalité qu'ils reflètent. 

Après ces préliminaires vient la partie esser/tielle de l'ouvrage, qui veut 
être la réunion de tous les textes du Talmud et du Midrasch ayant trait à 

1. Revue de l'histoire des Religions, t. LI (1905), p. 407. 

T. IAll, n» 124. 20 



306 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Jésus et au christianisme, textes accompagnés d'une traduction et d'un 
commentaire. 

Les textes sont présentés avec un appareil scientifique réservé jusqu'ici 
aux monuments de la littérature classique. La leçon est établie d'après 
les meilleurs manuscrits et éditions, et les variantes sont enregistrées 
avec un soin méticuleux. Même scrupule dans la réunion des passages, 
dont plusieurs, à notre avis, n'avaient pas droit à figurer dans la collection. 
La traduction, comme on devait s'y attendre, est excellente et ne prête 
qu'à de rares critiques. Les notes, réduites à leur plus simple expression, 
disent l'essentiel et parfois proposent, sans en avoir l'air, des solutions 
nouvelles et ingénieuses. 

Voici quelques remarques faites au courant de la lecture de cet excellent 
Manuel. 

P. 18. "lO" 1 , nom de Jésus dans leTalmud, serait une altération analogue 
à celle de liù "nr, pour 133 nny ; on aurait supprimé Yayln final, qui 
donne à ce mot le sens de sauveur. Je croirais plutôt que cette forme est 
la reproduction phonétique du nom tel que les Juifs l'entendaient 
prononcer. 

Ibid. Si Oulla, rabbin babylonien du iv 9 siècle, discutant à propos de 
Jésus, dit de celui-ci qu'il était JTûbttb mnp « proche parent du César» 
littéralement « empire », ou de ses familiers, c'est peut-être parce qu'on 
a interprété de cette façon le refus de Pilate d'exécuter Jésus (Jean, 18, 38 
et suiv.). Ce serait dans le même esprit que Masséchet Soferim, 13, 6, 
ferait du procurateur un ancêtre du fondateur du christianisme. L'expli- 
cation est assurément plus ingénieuse que celle de M. Herford, qui voit 
dans ces paroles étranges le souvenir de l'insistance avec laquelle Jésus 
parle du « royaume », et que celle de M. S. Krauss, qui complète 
« royaume » par « David », Oulla admettant que Jésus appartenait à la race 
davidique. Mais cette interprétation me parait provenir d'un contre-sens 
historique : on prend ces propos en l'air pour des réminiscences de lectures 
ou de traditions. L'ensemble des textes qui nous ont conservé les opinions 
de cette époque révèle sans contredit que les Juifs se sont bornés à défi- 
gurer volontairement ou à leur insu les bribes des Evangiles qui parve- 
naient à leurs oreilles. Il n'y a donc pas de raison de croire qu'ils aient lu 
l'Évangile de Jean. Si en la circonstance, pour expliquer que Jésus a été 
traité avec une faveur particulière, Oulla imagine que cet hérétique 
approchait des Césars, c'est qu'il projette dans le passé la situation des 
chrétiens de son temps, bien vus par les autorités romaines. 

Le point de vue auquel nous nous plaçons aurait-il besoin d'être 
confirmé, qu'il le serait par la baraïta qui provoque la réponse d'Oulla 
D'après ce texte, ce seraient les Juifs qui auraient exécuté Jésus, après 
l'avoir jugé selon les règles et même en faisant fléchir la rigueur de la 
loi. Il est visible que cette baraïta est l'écho du dire que les Juifs de 
Palestine avaient accepté des chrétiens, avec le défaut d'esprit critique 
qui caractérise ces temps. S'ils avaient connu directement les Évangiles, 
ils auraient laissé aux Romains la responsabilité de l'exécution. Evidem- 



BIBLIOGRAPHIE 307 

ment ils parlent comme des gens qui ont entendu raconter que Jésus a 
été pendu du t'ait des Juifs. On n'ira pas, je pense, jusqu'à supposer que la 
baraïta a gardé un souvenir exact des événements, déjà déformés dans 
les Évangiles: il eût été trop utile aux rédacteurs du Nouveau Testament 
de décharger les Romains, qu'on voulait gagner, du poids de cette exé- 
cution pour la laisser tout entière aux Juifs, qu'il fallait noircir à tout prix. 

P. 20. M. S. admet l'historicité de la scène entre Imma Schalom et un 
chrétien dont nous nous sommes déjà occupé ici ', Nous avons dit notre 
sentiment sur ce pseudo-dialogue, qui doit tout simplement prouver la 
malice des Juifs. 

P. 21. Pour M. S., le nom de Pantéra était un surnom de Joseph. Il se 
trouve d'ailleurs dans des inscriptions. Il est à remarquer, en effet, qu'il 
apparaît de bonne heure, comme en témoigne Celse, et qu'il n'était pas 
une injure dans la bouche des Juifs, ainsi que le montre Eusèbe. 

P. 27. C'est très justement que M. S. se refuse à croire que le rouleau 
généalogique censément retrouvé à Jérusalem par Simon b. Azzaï et qui 
attesterait l'origine irrégulière de « cet homme » vise nécessairement 
Jésus. Mais pourquoi estime-t-il nécessaire de reproduire à la suite le 
texte de Kalla (composition post-talmudique) qui, s'il se rapporte à 
Jésus, appartient à la littérature des Toldot Yéschou, tenus avec raison 
en dehors du débat? 

P. 28. A propos de Ben Sotada, M. S. reprend à son insu l'hypothèse de 
Joseph Derenbourg, à savoir que ce n'est aucunement le Jésus des Evan- 
giles. Que si l'on fait mourir à Pàque cet agitateur, c'est tardivement, à 
une époque où l'on identifiait déjà Ben Sotada avec Jésus. 

P. 43. A propos de Balaam, R. Yohanan, pour expliquer que l'Écriture 
lappelle tantôt un prophète, tantôt un sorcier, résoud la difficulté en 
disant qu'il fut d'abord prophète, mais qu'il devint ensuite sorcier. Là- 
dessus Hab Papa dit : « C'est bien là ce que dit le proverbe : « Elle des- 
cendait de princes et de seigneurs et elle forniqua avec des charpentiers. » 
M. S. croit, comme ses devanciers, que Balaam est ici Jésus et que Rab 
Papa pense à Marie. La première supposition est sujette à caution, car 
Yohanan peut n'avoir fait ici qu'un de ces exercices exégétiques comme il 
s'en rencontre des centaines dans le Midrasch. Quant à la seconde, elle 
me parait fondée sur l'ignorance du caractère de Rab Papa. Tous les 
talmudistes savent que ce rabbin babylonien a la manie de citer des 
proverbes à tort et à travers. Or, entendant le propos tenu par Yohanan, 
il ne manque pas de se rappeler qu'un proverbe dit quelque chose 
d'approchant, à savoir que les grands font parfois des chutes imprévues, 
que des princesses issues de bonne famille roulent parfois jusqu'aux 
pires bas-fonds de la société. L'analogie porte uniquement sur la triste 
aventure du prophète et celle de la princesse. Où voit-on qu'il soit 
question en tout cela de la mère de Jésus ? Qu'on ne dise pas que Papa, 
identifiant Balaam avec Jésus, s'est rappelé et a voulu rappeler l'accusation 

1. Revue, t. LXl, p. 147. 



308 REVUE DES ETUDES JUIVES 

portée contre Marie, car le mots "W& nsNi I3""!"ï, « c'est là ce que dit 
le proverbe populaire», ont toujours uniquement pour objet de corro- 
borer ce qui vient d'être dit. Ce n'est donc pas un trait nouveau que ce 
rabbin veut rapporter. En outre, ces proverbes populaires sont, à 
quelques exceptions près, des proverbes païens. On croira difficilement 
que les païens de la Babylonie s'occupaient de la mère de Jésus. 

P. 45. M. S. a jugé utile de relever une curieuse généalogie d'Aman, 
donnée tout à la fois par Masséchet Soferim et les deux Targoum d'Esther, 
et dans laquelle figurerait Jésus sous la forme Josos ou Josim. C'est un 
scrupule excessif, d'autant plus que ces textes sont d'une époque tardive. 

P. 57. Dans le chapitre consacré aux Minim, M. S. ne manque pas de 
citer la fameuse Tossefta de Sanhédrin, xiu, 4-5, qui débute par ces mots : 
ta^TTai oamab pmi idi^d to'nyn man» '•jhdtoi isnan *-2înm voie 
D3:tw tpiisa iDiyi tm imoB3 enn -\vy dtod nrwVi win nia* d^ïî fla 
. . ."incaViD. Il traduit ainsi cette phrase : « Les pécheurs israélites et païens 
descendent avec leur corps dans la Géhenne, où ils sont punis pendant 
douze mois. Mais ensuite leur âme est détruite, leur corps brûlé et la 
Géhenne les rejette. . . » Il est étonnant qu'un grammairien comme M. S. 
ait réédité l'erreur courante en rapportant isiaa à yTVT. C'est abso- 
lument contraire aux règles de la syntaxe. Il n'y a pas le moindre doute 
que ce mot ne soit un complément déterminatif de D^JiaiD et que cela ne 
signifie : «ceux qui pèchent par leur corps », par opposition à ceux qui 
pèchent par leur argent QDÏ72732. Que voulait-on dire par là, d'ailleurs? 
Le Talmud déjà ne le savait plus. Expliquant la suite du passage, M. S. 
met en relation avec Jésus ces mots bï3T3 D!T»T "izraD'ûl « et ceux qui 
ont porté la main sur le Zeboul» (= Temple). On aurait en vue les paroles 
de Jésus : « Je puis détruire le Temple en trois jours. » Ici encore, comme 
M. Herford, l'auteur me parait s'être laissé entraîner par la préoccupation 
de trouver à toute force dans le Talmud des allusions à Jésus ou au 
christianisme. En réalité, ceux qui sont coupables de ce crime, ce sont les 
Romains, qui ont détruit le Temple. Et ce qui le prouve, ce sont les mots 
qui précèdent : D^nn ynfco Dmnn i^rwi « et ceux qui ont fait régner la 
terreur dans la terre des vivants » ; ces mots sont empruntés à Ezéchiel, 32, 
24, où ils désignent différents peuples étrangers, dont Edom (= Rome). On 
remarquera la forme insolite de ces deux propositions : on n'a pas 
coutume dans la Tossefta ni dans la Mischna d'employer des images 
bibliques. Vraisemblablement, on a voulu ainsi n'être pas compris des 
intéressés. On objectera peut-être qu'il est singulier que le paragraphe, 
s'occupant uniquement des ennemis intérieurs d'Israël, se termine par 
la mention des Romains. Ce serait ne pas reconnaître la portée du 
deuxième membre de la phrase qui figure au début de la baraïta : « et les 
païens qui pèchent en leur corps ». Il y a un parallélisme complet entre 
les deux parties du paragraphe : Aux pires pécheurs juifs s'opposent les 
sectaires, délateurs et corrupteurs juifs, qui seront traités avec plus de 
rigueur encore. Pareillement en regard des pires pécheurs païens, qui 
seront punis seulement pendant douze mois, sont les Romains, qui, eux, 



BIBLIOGRAPHIE 309 

seront éternellement damnés pour avoir attenté à la sainteté du Temple. 

Ces légères critiques ne doivent pas donner le change sur l'estime dans 

laquelle nous tenons la monographie de M. S. A notre avis, il était 

impossible d'être plus complet, plus exact et mieux informé. Il faut louer 

sans réserve la maîtrise que déploie l'auteur dans ces sortes de Manuels à 

l'usage, non pas seulement des étudiants, mais encore, et même plus, des 

savants. 

Israël Lévi. 



Religionswissenschaftliche Bibliothek. Herausgegeben von Wilhelm 
Streitberg und Richard Wûnsch. Heidelberg, Winter. — I. Ignaz Goldzihek, 
Vorlesungen tiber den Islam. 1910. II. Heinrich GBnter, Die christ- 
liche Légende des Abendlandes, 1910. 

La fondation d'une bibliothèque consacrée aux sciences religieuses ne 
peut manquer d'intéresser notre Revue. Nous rendrons compte plus en 
détail du deuxième volume. Mais déjà le premier attire notre attention 
par plus d'un motif. Il est dû à M. Goldziher, et il y est question fréquem- 
ment du judaïsme. 

Négligeons ce qui a trait aux relations, tant de fois discutées, de Maho- 
met avec les Juifs (V. l'Index, s. v. Juden, Jûdischer Einfluss). Mais pour 
l'histoire postérieure des Juifs, M. Goldziher nous fournit quelques 
données significatives qui rendent toutes témoignage de l'esprit de tolé- 
rance de l'Islam. Déjà Mahomet prescrit à Muad i. Djebel qu'aucun Juif 
ne doit être troublé dans son judaïsme (P. 38). Fort caractéristique cette 
légende sur Omar : à Damas, on montre les ruines d'une mosquée que le 
khalife fit détruire parce qu'elle était construite sur l'emplacement d'une 
maison que le gouverneur avait arrachée à un Juif (39). 

Les Mahométans s'associaient aux Juifs pour des affaires : par là 
s'expliquent les consultations rabbiniques sur ces traités de compagnons 
(M. Goldziher, p. 73, renvoie à Louis Ginzberg, Geonka, New-York, 1909, 
II, 186). 

La tolérance mahométane s'est manifestée particulièrement dans 
l'affaire de Maïmonide, dénoncé par le fanatique Abd-ul-Arab comme 
apostat (revenu au judaïsme) passible de mort. Abdalrahim b. Ali, « al- 
Kadi al-fadil », le juge éminent, prononça que Maïmonide ne pouvait 
être puni, car la profession de foi d'un converti à l'islamisme par con- 
trainte est sans valeur. (P. 70 renvoie à Kifti, éd. Lippert, 319, 16.) 

Voyons le rôle de la Bible dans le développement de l'islamisme, en 
laissant de côté l'emploi que Mahomet en fait. On sait que la littérature 
mahométane a trouvé dans la Bible bien des choses qui lui sont absolu- 
ment étrangères. La Tora aurait proclamé Mahomet prophète de lutte 
et de guerre (P. 22). Les apologètes sounnites lisaient dans la Bible 
l'annonce de la mission de Mahomet, les schiites les preuves pour les 



310 REVUE DES ETUDES JUIVES 

imams, même la liste de ceux-ci ; un descendant juif d'Aron la connaît 
par le livre de Haroun (P. 260). Celui-ci, Haroun, est aussi revêtu d'un 
rôle particulier ; c'était à lui que Dieu avait confié la grande mission, mais 
Moïse la lui avait perfidement dérobée, de même que Mahomet a Ali, 
prétend Al-Schalmagani (P. 262). 

Ce sont surtout les nouvelles sectes qui tâchent de s'autoriser de la 
Bible. M. Goldzihcr a, dans cette Revue môme (1904, XLIX, 250), montré 
que « les apologètes et les polémistes de l'Islam consacraient, dans leurs 
ouvrages, un chapitre spécial à l'indication des passages bibliques par 
lesquels ils démontrent que la mission de leur prophète a été prédite. » 
L'œuvre récente nous en offre mainte preuve. La secte antinomiste de 
l'Ismailiyva regarde Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus, Mahomet et les 
imams comme des émanations de l'intelligence cosmique 1 (P. 249). Le 
Babisme développe cette idée en reconnaissant dans Mirza Mohammed 
Ali le Bab, la porte de la vérité, la parousie de Moïse et de Jésus (P. 296). 

Beha Allah, le successeur du Bab, a mis la Bible plus richement à con- 
tribution (P. 302). Lui et son fils Abbas Effendi, qui s'était établi à Accon 
au pied du Carmcl, avaient attiré beaucoup de Juifs aussi. Partout où ils 
rencontrent dans la Bible « la lumière de Jahvé », ils y voient proclamé 
que Beha Allah paraîtra pour sauver le monde. Ils mettent à profit ce que 
l'Écriture dit du Mont Carmel. Les deux mille trois cents jours (années) de 
Daniel (vm, 14) Unissent, selon leurs calculs, en 1844, année où Mirza 
Mohammed Ali se manifesta comme Bab (réalisant la prophétie : p"i£jT 
unp). Lors de l'avènement du fils de Beha Allah, cette exégèse fait un 
pas en avant, c'est l'enfant qui nous est né, le fils a nous accordé, aux 
épaules de qui la dignité de prince est imposée (Isaïe, îx, 5) ". 

Relevons enfin le parallélisme de l'Islam avec le judaïsme que M.Gold- 
ziher montre à chaque étape de son développement. Coran et hadith 
sont entre eux comme la loi écrite et la loi orale (P. 41). Le hadith se 
compose de halacha et de aggada (P. 44). Dans la halacha mahométane il 
voit aussi érigé en principe : tpn? finrprn mi (P. 77). 

Sur la tradition, mêmes conceptions légendaires dans l'islam que dans 
le judaïsme. Un hadith fait dire à Mahomet : tout ce qu'on dira de bien, 
c'est moi qui l'aurai dit. M. Goldzihcr (p. 42) en rapproche la sentence de 

1. Déjà Joinville connaît cette conception mahométane; les schiites croyaient, nous 
rapporte-t-il, que Tàme d'Abel passa en Noë, de celui-ci en Abraham, de celui-ci en 
Jésus ; c'est ainsi qu'il faut comprendre le passage cité par Emil Dreisbach, Der Orient 
in der altfranzôsischen Kreuzzugslitteratuv, Breslau, 1901 (Diss.), p. 42. 

2. M. Goldziher [Revue, 1904, XLIX, 221) cite une lettre adressée aux Juifs à 
convertir, en 1887/8. J'en ai une entre les mains plus récente, adressée à M. le grand- 
rabbin Gudemann et à tous les rabbins, signée par Eliahu Cohen, nommé Abdullah 
Khesr, médecin de Téhéran, datée de Vienne, nov. 1906, ou Kislew 5666, imprimée à 
Papa en Hongrie . La lettre se réfère surtout aux livres d'Isaïe et de Daniel, mais elle 
est parsemée d'autres citations bibliques. L'auteur a déjà exhorté une fois les Juifs, 
mais sans succès ; s'il échoue cette seconde fois aussi, il les confondra comme Joseph 
les interprètes de songes, comme Moïse les magiciens de Pharaon, comme Élie au 
Carmel les idolâtres, comme Daniel les thaumaturges babyloniens. 



BIBLIOGRAPHIE 311 

R. Josué b. Lévi (Yei\ Haguiga, i, 8, p. 76 d.) pnrrn rabntt n?: nVrà 
■*3«03 ïrajsb n?2î« -DD m-nnb vw. « Tout ce qu'un disciple subtil pourra 
enseigner a été dit à Moïse sur le Sinaï». La croyance juive que dans les 
discussions des sages l'un et l'autre parti exprime les paroles du Dieu 
vivant se retrouve dans l'islam (P. 75, n. 4). Les discussions halachiques 
que l'aggada fait remonter jusqu'au ciel et à Dieu même trouvent aussi 
leur analogue dans la pensée mahométane. Un recueil célèbre de tradi- 
tions, le Musnad Ahmed, fait disputer la société céleste sur des questions 
théologiques (P. 124, n. 1, 25). 

Comme les mystiques juifs ont calculé le terme où le Messie doit arri- 
ver, de même confis et scbiites s'efforcent de fixer la date où l'imâm 
caché apparaîtra. Ces efforts furent sévèrement jugés, de même que les 
Cirp H nu;n73 ont subi l'anathème (P. 229). 

Quelquefois M. Goldziher repousse des prétendues analogies de l'islam 
avec le judaïsme. On aime à comparer les schiites auxCaraïtes; c'est une 
grave erreur, les schiites ne nient pas la tradition, ils lui reconnaissent 
une valeur supérieure au « consensus ecclesiae », mais ils la renouent à 
l'imâm. P. Lortet voulait reconnaître dans les minuties intolérantes des 
schiites « les pratiques de l'ancien judaïsme ». M. Goldziher déclare ce 
jugement absurde (P. 276, n. 15). 



#*# 



En présentant la légende chrétienne de l'Occident dans son ensemble et 
dans son évolution, M. Gunter éclaircit le genre même et particulièrement 
aussi l'aggada. Remontant aux sources de la légende de l'Eglise, il y fait 
une part si importante à la tradition juive, qu'on en peut rendre compte 
comme d'un triomphe scientifique de l'aggada. 

Des cinq chapitres du livre le premier esquisse le rôle de la légende 
dans l'Eglise ancienne, dans le protestantisme, dans la littérature et la 
science modernes. Le deuxième n'entreprend rien de moins que d'analyser 
tous les éléments dont la légende s'est constituée. 11 met à profit les 
études de Toldo (publiées dans les volumes des Studienzur vergleichenden 
Litteralurgeschichte de Max Koch), mais, tandis que Toldo offre un recueil, 
d'ailleurs extrêmement utile, de parallèles, M. Gunter s'efforce de retracer 
un développement historique. C'est dans la légende de saint Nicole de 
Trani, de saint Keivin de Glandalough en Irlande et de Marie qu'il 
fait passer devant nous tous les motifs légendaires. Le troisième est con- 
sacré aux sources de la légende, à la question de savoir comment le sujet 
en est parvenu à l'Eglise, — tandis que le quatrième suit son développe- 
ment dans l'Eglise même. Enfin, le cinquième traite des éléments sub- 
jectifs de la légende, de la créance qu'elle a rencontrée soit chez ses 
auteurs, soit chez ses lecteurs. * 

Abordons le centre du livre, le troisième chapitre. M. Gunter y prouve 
que la légende de l'Eglise n'appartient exclusivement ni au moyen âge, 



312 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ni au christianisme. L'Egypte, la Perse, Babylone, L'hellénisme, le 

judaïsme étaient tous aptes à créer des légendes (Legendenstimmung) ; 
quant à l'Inde, elle a reçu autant que donné l'essor légendaire. 

Au vi e siècle, le système antique légendaire se trouve christianisé dans 
sa totalité (P. 3). M. Gunter a étudié avec un soin minutieux les sources 
helléniques. Il a essayé d'épuiser toute la matière légendaire amassée dans 
les dix livres de Y Itinéraire en Grèce, de Pausanias le Périégète. Conon, 
Palaephatos, Valère Maxime et Pline sont pareillement analysés. Gomment 
les traditions antiques ont-elles pénétré dans l'Eglise? Parle néo-plato- 
nisme et le pythagorisme. Mais la voie intermédiaire principale, c'est le 
judaïsme. « Il n'est pas toujours facile de distinguer ce que l'hellénisme et 
Rome doivent à l'invention babylonienne et palestinienne [scil. à Faggada) 
de ce que Faggada a emprunté à l'hellénisme. Le fait de cet emprunt 
est hors de discussion. L'organisation des Juifs, leurs institutions mili- 
taires et judiciaires, leurs jeux, leurs bains, leur art, leur commerce, 
leurs aliments, leurs vêtements, leur langue et leurs croyances populaires 
révèlent l'influence étrangère. Il serait singulier que leur légende en 
fût exempte. L'emprunt, il est vrai, ne saute pas partout aux yeux, 
comme, par exemple, dans Sanhédrin, 109 b, où le lit de Procuste est 
placé à Sodome comme un des traitements que les Sodomites infligeaient 
à leurs hôtes, ou dans Xedarim, 25 a, qui reproduit l'histoire de l'argent 
dans le bâton telle qu'elle est chez Conon, ne changeant que le lieu de la 
scène 1 » (P. 71). 

M. Gunter estimant que c'est le judaïsme qui a transmis les légendes 
antiques à l'Eglise, il se trouve que ses études sur cette légende de 
l'hellénisme profitent mieux encore à Faggada qu'à la légende chré- 
tienne. 

Pour Faggada, M. Gunter recourt aux traductions de M. Wùnsche ; on 
a rarement utilisé aussi heureusement ces recueils. Nous lui devons ici 
une série d'études comparées des plus attrayantes sur Faggada. Signalons 
en quelques-uneç. 

Un riche chrétien de Gonstantinople est réduit par sa générosité à em- 
prunter à un Juif. Pour caution il n'a que le Christ. Le Juif l'accepte, car 

1 II s'agit du NT"H 6T3p Ned., 25a, Schebouot, 29 a, 39 6, Levit. Rabba, vi, 
éd. Vilna 10 a, rattaché à Bar Talmion, Pesikta rabbati, éd. Friedmann, p. 113 a, 
sujet auquel M. Wùnsche a consacré une étude minutieuse: Zwei Dichtungen von 
Hans Sachs nack ihren Quellen, dans la Zeitschrift fur vergleichende Litteratur- 
geschichte, Weimar, 1897, XI (première partie, p. 34-38 la volaille partagée de 
Echa rabba, i, 4, éd. Vilna, lia; deuxième partie, 48-59. K3TT N"Op ; cf. Gunter, 
p. 61, 71, 72, 73). Déjà M. Giidemann, Geschichte des Erziehungswesens und der 
Cultur der Juden in Deutschtand wàhrend des XIV. und XV. Jahrhunderts, 
p. 199-20, avait montré deux parallèles dans la légende allemande du moyen âge ; 
mais ce qui est extrêmement remarquable, c'est que déjà Yair Hayyim Bacliarach a 
connu ce rapport : N3T1 fiT3? DrP"lD03 n"tf "«HDn TpnynŒ n?3 « Les savants 
non juifs ont emprunté dans leur littérature le bâton de Raba » (cité par Giidemann, 
p. 201, n. 5). — Le conte a aussi passé chez les Arabes, entrant dans le cadre des 
jugements de Salomon ; Steinschneider dans Z.D.M. G., 1873, XXVII, 564. 



BIBLIOGRAPHIE 313 

« Jésus était homme juste et prophète ». L'affaire se conclut dans l'église. 
Par cet argent le Constantinopolitain regagne ses biens, mais il ne se 
souvient du payement que la veille du terme. Il met la somme dans une 
cassette et la confie à la mer, qui l'amène au Juif. Celui-ci redemande 
son argent. Le chrétien se rend avec lui à l'Eglise, où la sainte image 
se met à parler comme témoin. Le Juif se baptise. M. Gunter renvoie à 
Nedarim, 50 a, où il est fait allusion à ceci, que R. Akiba devait ses 
richesses, en partie, à une matrone. R. Nissim, Raschi et R. Ascher expli- 
quent ainsi l'allusion : L'école ayant besoin d'argent, R. Akiba s'adresse 
à une matrone ; celle-ci accepte pour garants Dieu et la mer (au bord de 
laquelle elle demeurait) ; R. Akiba tombe malade et ne peut payer ; mais 
Dieu fait entrer l'esprit de folie dans la fille de l'empereur, elle jette 
des objets précieux à la mer, qui les porte chez la matrone. Quand plus 
tard R. Akiba voulut payer, la matrone lui rendit l'excédent du paiement 
(P. 46, 71). 

Allusion est faite à un miracle analogue dans la Mischna, Yoma, 37 a, 
YWrïnb-lb D"»OD TCJJ3 -\MVî ; la tradition talmudique (38 a) l'explique 
ainsi : Nicanor avait apporté des portes d'airain d'Alexandrie; menacé par 
la tempête, il jeta l'une dans la mer, mais dans le port d'Acco, elle 
remonta de dessous le navire. — Dans la légende chrétienne, des portes de 
cyprès sont à dessein jetées dans le Tibre et envoyées en France ; la mer 
est chargée d'expédier des habits, des biens, des plaques d'autel, des cer- 
cueils, etc. (P. 73). 

David inscrit le nom divin sur un tesson et le jette dans les tlots, pour 
que le monde n'en soit pas inondé *. L'évêque Sabine fait dresser à son 
notaire un pacte où il engage le Pô débordant à garder son lit. Dans nom- 
bre de légendes, l'eau obéit de même aux saints (P. 75). 

Le pouvoir de faire tomber la pluie est un critérium juif du mérite. 
M Gunter nous montre comment cette preuve de sainteté est devenue 
commune au christianisme* (P. 78). 

Comme type de ceux qui comprennent le langage des oiseaux, M. Gunter 
allègue l'anonyme de Guitiin, 45 a, l'interprète du corbeau et de la 
colombe qui engagent Illisch à se sauver. Cette légende, surtout connue 
parles traditions Scandinaves surSigurd, est rapportée aussi à Salomon 3 . 

Les saints chrétiens exercent un pouvoir miraculeux sur les animaux. 
L'exemple le plus hardi de ce pouvoir est fourni par les chèvres de R. 
Hanina b. Dosa, qui amènent à leur maître des ours sur leurs cornes *'. 

L'autel de Jérusalem était exempt de mouches 5 . Pausanias raconte le 

1. M. Gunter cite Maccot, lia ; te récit est mieux détaillé Yer. Sanhédrin, 29 a. 

2. Des matériaux plus riches encore sont réunis par Toldo, dans Studien zur ver- 
gleichenden Lilteraturgeschiehte, VI, 310. — V. aussi cette Revue 1908, LVI, 211. 
Sur cette conception dans l'islam v. encore Goldziheç, Muhammedaniscke Studien 
II, 313. 

3. M. Grunbaum, Neue Beitràge zur semitischen Sagenkunde, Leyde, 1893, p. 211. 

4. M. Gunter cite Baba Mecia, 1066, mais le passage principal est Taanit, 25a. 

5. Yoma, 21 a ; Abot, v, 8 ; à l'index s. v. Fliegen, ajoutons pp. 82, 83. 



314 revue DES ETUDES juives 

mémo miracle de l'autel d'Olympie, Aelianus du temple d'Apollon à Leu- 
kas Kl voilà ce miracle, qui n'en est un que sur un autel où on immole 
des victimes, emprunté aussi par le christianisme, qui ne connaissait 
plus d'animaux sacrifiés. 

Le thème de la perle de Joseph qui vénérait le sabbat (Sabbat, 119 a), 
qui rappelle l'anneau de Polycrate, s'enrichit aussi par la légende chré- 
tienne (P. 83). 

Le miracle du lait accordé au sein d'un homme ou d'une vierge est rap- 
porté par M. Gunter au veuf qui n'avait pas de quoi payer une nourrice 
et qui allaita son nourrisson de son propre lait. (Sabb., 53 b). Signalons 
encore que l'aggada fait ainsi nourrir Esther par Mardochée l . 

Le fiancé qui manque à sa promesse est puni par la légende. Vénus 
et Marie lui rappellent la foi jurée. A la tête de ce type de légendes, 
M. Gunter met l'allusion à la belette et au puits (Taanit, 28 a) d'après 
Raschi et les Tossafot (P. 85). 

Des traditions grecques, indiennes et chrétiennes connaissent des 
enfants qui parlent, à peine nés. M. Gunter (P. 89) leur compare les nour- 
rissons qui chantent près de la Mer Rouge (Sola, 30 b) ; le texte va plus 
loin, faisant chanter les embryons même. M. Toldo a réuni là-dessus une 
foule de matériaux (Studien zut vergleichenden Litteraturgeschichte, 
I, 328-340) qu'il serait facile d'augmenter, surtout par des légendes 
mahométanes (de Mahomet, d'Abraham, de Djoureidj). Des analogies 
juives (Moïse, Sira) se trouvent chez M. S. Krauss, Bas Leben Jesu nach 
jùdischen Quellen, p. 167. 

Les saints sont souvent distingués par un don (manteau, bâton, voile) 
descendu du ciel, d'où aussi viennent des images. M. Gunter rappelle les 
ressemblances aggadiques. Tels l'arche de feu, la table de feu, le chan- 
delier de feu qui apparurent à Moïse (Menahot, 29 a), tel l'autel des- 
cendu du ciel auquel Michel sacrifie (Zebahim, 62 a), tel le pied de table 
d'or offert à Hanina b. Dosa : [Taanit, 25 a). M. Gunter (P. 91) y joint 
encore les clés que les prêtres du temple détruit offrirent au ciel 2 . 

L'Eglise s'autorisait souvent d'écrits tombés du ciel. M. Gunter (p. 91) 
en rapproche les écrits qui annoncèrent que Rabba bar Nahmani fut 
réclamé pour l'académie céleste et comment on devait honorer son sou- 
venir 8 (Baba Mecia, 86 a). 

1. Gen. Rabba eh. 30, 8, éd. Vilna, p. 63a ; v. la note substantielle de M. Bâcher, 
Agada der palestinensischen Amorcier, II, 64, n. 3. — V. sur le thème de la nour- 
riture miraculeuse, Israël Lévi, Le lait de ta mère et le coffre flottant, R.E.J., 1910, 
LIX, surtout p. 5-8, où il y a aussi des données sur la splendeur anuonçant une 
naissance extraordinaire (Gunter, p. 89). — M. Gunter fait sucer à Abraham le doigt 
de Gabriel (85) : Abraham se nourrit de ses propres doigts. 

2. V. Revue, 1904, XLIX, 205, n. 1, les parallèles dans les Apocryphes. — L'habit 
descendu du ciel se trouve dans l'aggada postérieure de Josepb le Jardinier (Revur, 
1908, LVI, 207). 

3. Relevons que l'aggada fait descendre du ciel le sceau divin lui-même (Y r oma. 
69 h, Sanhédrin, 64a). 



BIBLIOGRAPHIE 315 

A côté du don et de l'écrit descendus du Ciel il y a encore la voix du 
ciel (v. Index, s. v. Stimme vom Himmel) qui se fait souvent entendre 
dans la légende chrétienne. Ce n'est autre chose que la fameuse bip m. 
M. Gunter (P. 52) nous apprend que d'après Pausanias les Athéniens 
avaient sur l'agora un autel de cette w*i. 

La légende de l'Eglise connaît des chandelles, des lampes qui s'allu- 
ment d'elles-mêmes ; d'ailleurs, ce miracle se répète chaque samedi saint 
à Jérusalem. M. Gunter (95, 96) rappelle que la flamme sur l'autel de 
Jérusalem ne s'éteignait pas [Yoma, 21 a, 39 a). Souvent les saints 
répandent des flammes, des lumières; Faggada aussi fait sortir la lumière 
de la bouche, du front, du bras des hommes pieux. 

Les légendes les plus populaires sont celles qui font produire ou multi- 
plier les aliments. Saint Sanctulus(P.96) trouve du pain dans un fourneau 
laissé vide, de même que la femme de Hanina b. Dosa (l'aanit, 246). Mais 
voici une coïncidence plus frappante. La fille de ce même Hanina a rem- 
pli de vinaigre la lampe du sabbat et celle-ci brûle tout de même (Taanit, 
25 a). Un sacristain avait rempli la lampe d'eau : l'eau brûlait comme de 
l'huile (P. 97). 

La légende fait éclore des fleurs, mûrir des fruits hors de saison. Le 
fils de R. José b. Youcrit nourrit les laboureurs de figues mûries avant 
le temps {Taanit, 25 a ; p. 98). 

Une poutre se trouve trop courte, le saint l'allonge. Les apocryphes 
font accomplir ce miracle à l'enfant Jésus (P. 99). R. Hanina en fait 
autant pour une voisine [Taanit, 25 a). 

La légende de H. Méïr et sa belle-sœur, la fille de R. Hanina b. Tera- 
dyon [Aboda Zara, 18 a-b), présente deux éléments familiers à la légende 
chrétienne : d'abord la vierge restée pure au lupanar, puis le condamné 
qui ne peut être exécuté (P. 100). 

La légende de l'Eglise fait marcher ou voler même des^objetsjnanimés : 
des images, des sanctuaires. M. Gunter en rapproche le miracle^de n^^Dp 
y-i^n dans la légende de David et Abisai (Sanh., 95 b). Mieux connu 
encore est l'exemple de Jacob sur la route vers Haran (Houllin, 91 b). 
M. Goldziher a montré ce motif dans la légende mahométane aussi 
[Muhammedanische Studien, III, 393, n. 1). 

Pour la conception du long sommeil (Dauerschlaf), M. Gunter ne 
manque pas de citer Honi [Taanit, 23 a). 

La littérature chrétienne est très riche en visions de l'autre monde, en 
voyages au Paradis et dans l'Enfer. M. Gunter (P. 108) rappelle que Rabba 
bar Hana entrevoit les supplices de Coré '. Nous croyons qu'il y a des 
parallèles plus instructifs. R. Yosé b. Hanina parait en vision nocturne à 
R. Zéra et lui raconte qu'il est établi près deR. Yohanan, celui-ci près de 
R. Yannai, celui-ci près de R. Houna, celui-ci près de R. Hiyya. Elie aussi 

1. V. Bâcher, Agada der Palastinensischen Amoraer, I, 187, n. 5 ; II, 105, n. 1. 
Sur le voyage de Josue b. Lévi au Paradis, v. Israël Lévi, Revue, 1907, LUI, 160, et 
surtout l'exposé lumineux de M. Bâcher, op. cit., I, 192, 194. 



316 REVUR DES ETUDES JUIVES 

montre à un docteur la compagnie céleste des rabbins, le siège éblouis- 
sant de R. Hiyya (Baba Mecia, 85 b). Le fils du célèbre Josué b. Lévi est 
entraîné par une vision ; revenant, il raconte qu'il a vu un monde ren- 
versé, les puissants dessous, les humbles dessus, — mais les savants 
gardent leur rang et les martyrs emportent le premier (Pesahim, 50 a, 
Baba Batra, 10 b). 

Les rapports entre morts et vivants tourmentaient toujours l'imagina- 
tion et inspiraient au xu e siècle des légendes à la mode (P. 107). Les exem- 
ples aggadiques de M. Gunter sont bien choisis et plus concluants que 
ceux de Marcus Landauer dans son œuvre plus spéciale (Hôlle und Fege- 
feuer in Volksglaube, Dichtung und Kirchenlehre , Heidelberg, 1909, 
p. 226). 

Il n'est pas difficile de démontrer que l'aggada croyait aux présages 
[ominà] et aux démons : M. Gunter retrouve ces croyances talmudiques 
dans la démonologie du moyen âge chrétien (P. 113). C'est surtout 
la légende ou plutôt le conte de Ben Temalion (Méila, 17 b) traité à 
plusieurs reprises dans notre Revue 1 qui est éclairci par des variantes 
orientales, égyptiennes et surtout chrétiennes. 

Le chapitre inépuisable des rapports entre les saints chrétiens et les 
Césars romains s'explique de lui-même ; s'il lui fallait un modèle, 
M. Gunter (P. 114) recourrait au Talmud. 

Même dans leurs procédés la légende de l'aggada et celle de l'Eglise 
se ressemblent : elles s'autorisent de témoins oculaires. Les aventures 
bizarres de Rabba bar Hana et de R. Juda l'Indien (Baba Batra, 74 b) sont 
fondées sur l'autopsie (P. 115). 

De ces rapprochements l'aggada reçoit autant de clarté qu'elle en 
fournit elle-même; des analogies grecques sont nombreuses; mais il y 
a aussi les analogies indiennes et égyptiennes. Le dragon de R. Juda 
l'Indien (Baba Batra, 74 6) remonte à l'Inde (P. 110), l'île-poisson de 
Rabba bar Hana (t'6.,73 6) à l'Egypte (P. 84). C'est en Egypte aussi que 
M. Gunter trouve l'analogue de ce raisonnement aggadique : si déjà celui 
qui s'oint du sang de la salamandre, née du feu, ne peut être atteint de 
la flamme, d'autant moins les docteurs, qui sont tout feu, comme dit le 
prophète (Jérémie, xxiu, 29) : « Ma parole est comme le feu ». Le Physio- 
logus égyptien christianisé raisonne pareillement : si déjà la salamandre 
éteint le fourneau, à plus forte raison l'homme pieux, a qui il est promis 
(Isaïe, xliii, 25) : Quand tu passeras à travers le feu, tu ne seras pas brûlé 
et la flamme n'aura point prise sur toi -. 

1 . V. Y Index alphabétique des cinquante premiers volumes, p. 33, s. v. Bartbo- 
lome'e, où il faut ajouter Israël Lévi, VIII, 200. 

2. M. Gunter cite Moëd Katan; en réalité le passage se trouve à la fin de Haguiga, 
lia. Signalons quelques menues inexactitudes : p. 96, pour Yoma, 39 6, 1. 39 nr ; p. w". 
Taanit, 24 a, 1. 24 b ; p. 102, Baba Batra, 73 6, 1. lia; p. 113, Méila, il a, l. 17 6; 
p. 126, Baba Batra, 16a, 1. 16a6. — P. 79 M. Gunter dit, d'après Sota, 126, que la 
terre, pour sauver les enfants persécutés par les Egyptiens, les avala ; le texte n'en 
parle pas. 



BIBLIOGRAPHIE 317 

Çà et là on peut encore rapprocher la légende de l'aggada, là on 
M. Gunter ne Ta pas fait. Par exemple, saint Macaire désenchante, moyen- 
nant l'eau bénite, une femme changée en cavale. Il semble que l'eau 
bénite s'est substituée à l'eau, moyen général de désenchantement. C'est 
ainsi qu'une femme changée en ànésse redevient femme (Sanhédrin, 
67 b) ». 

Autre exemple. Plus d'un saint se distingue par la vertu de délivrer les 
captifs. M. Gunter croit que les atrocités du moyen âge chrétien ren- 
daient souvent nécessaire cette délivrance (P. 101). Nous avons ailleurs 
relevé que c'est un trait essentiel du type de légendes représenté, d'une 
part, par le Bon Gérard de Rudolf von Ems et la légende de Paphnuce, 
de l'autre par les deux D"HTP, le conducteur d'ànes et Pentakakos (Yer. 
Taanit, 646) s . 

Après avoir trouvé les sources historiques de la légende chrétienne, 
M. Gunter cherche ses motifs psychologiques. Ses résultats peuvent et 
doivent s'appliquera Vaggada aussi. Il reconnaît comme motifs créateurs 
des légendes : l'étiologie 3 , les images (un tiers des légendes pieuses de 
A. Maury remontent à des tableaux), Tétymologie populaire (D^ittîD niM 
a fait naître la tradition sur Abraham dans la fournaise, Fétymologie de 
Christophore a produit de même sa légende), la déformation phonétique 
(un saint Gétorix a pour origine Vercingétorix, un Abraham le mont 
Abirin, près de Heidelberg), la déformation graphique (ainsi la ville Eumé- 
nia se change en une sainte Cuménia, Tripolis en un saint Tribulus). 
— Souvent, pour mettre en relief une sentence, on y joint une légende 
et quelquefois on peut douter laquelle est la plus ancienne de la sentence 
ou de la légende. Pour le Talmud, prétend M. Gunter (P. 125), nous 
savons d'une certitude absolue que c'est la sentence biblique qui a pré- 
cédé. — La plupart des exemples paraissent probants : les légendes ten- 
dant à prouver que la Terre sainte ruisselait de lait et de miel, Psaume, 
148,9, pouvait éveiller l'idée des arbres chantants (Haguiga, 146). Mais 
pourtant la thèse de M. Gunter appelle des réserves. Ainsi, la légende du 
sommeil séculaire s'est développée indépendamment de Ps. 126, 1, où elle 
s'est rattachée après coup, de môme que les jugements salomoniens qui 
rectifiaient les erreurs de David ne sont appuyés que postérieurement sur 
le verset (Ps., 72, 1) ainsi interprété: A Salomon ; donne au roi David le 
pouvoir de juger, mais à son fils la justice [Revue, 1897, XXXV, p. 65, 
n° 9). 

Tout en empruntant nombre d'éléments aux Juifs, la légende n'en est 
pas moins hostile à ces prêteurs. Elle représente les Juifs comme pleins 
d'une haine impuissante contre Marie et Jésus (P. 37). 

1. V. Blau, Das altjùdische Zauberwesen, Budapest, 1898, p. 158 ; Goldziher. 
Wasser uls Dàmonenabwehrendes Miltel. Archiv fur Religions wissensc/ia/'t, 1910. 
XIII, 20. 

2. Revue, 1908, LVI, 211, 212. 

3. L'œuvre de M. Dâhnhardt offre en abondance des exemples aggadiques aussi, v. 
Revue, 1910, L1X, 311 ; 1911, LXI, 139. 



318 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

Les apôtres avaient acheté aux Juifs une synagogue à Lydda, et ils y 
érigèrent une Madone de pierre. Les Juifs réclament leur synagogue; 
Julien l'Apostat la leur rendrait, mais le regard vivant de Marie les 
effraye 1 (P. 41). . 

Dans la Basilica Lucerna, à Gonstantinople, il y a une Madone voilée; 
la veille du sabbat le voile se lève et l'image reste dévoilée jusqu'à 
vêpres, c'est pourquoi le samedi saint est à Marie. Un Juif la jeta dans le 
cloaque, la Madone s'en vengea et resta elle-même pure. — A Tolède les 
Juifs ont mutilé une image du Christ; pendant la messe un cri de douleur 
les dénonce (P. 41). 

C'est un magicien juif qui entraîne Théophile à se rendre au diable 
(P. 42). 

Parmi les légendes antijuives, la plus répandue semble celle du « Juitel », 
enfant juif, qui, pour avoir pris part à la communion, est jeté dans un 
fourneau, mais est miraculeusement sauvé 2 (P. 45, 132). 

Sur la légende fameuse de l'hostie percée, nous apprenons que d'abord 
on la racontait d'une image du Christ crucifiée par les Juifs, et puis d'une 
hostie percée par eux. La Vita S. Basilii (iv e siècle) parle d'un Juif intrus 
assis à la table du Seigneur; quand le pain est brisé, il voit qu'il mange 
de la chair d'un enfant et que le calice dans lequel il boit est plein de 
sang; il se baptise (P. 159-160). 

A la fin du livre sont annexées des notes où les faits et les idées sont 
appuyés de références consciencieuses. Un index excellent renvoie aux 
personnages et aux motifs traités. (Les personnages de l'aggada n'y sont 
pas entrés.) 

M. Gunter a prudemment restreint le domaine particulier de ses recher- 
ches aux rapports de la légende chrétienne avec l'hellénisme et le 
judaïsme. Peut-être s'étonnera-t-on qu'il ait absolument négligé les tra- 
ditions mahométanes. Mais, en lisant ses discussions, on se persuadera 
que la légende chrétienne n'est liée à aucune autre d'une parenté aussi 
étroite qu'à l'aggada. Il a bien réussi à mettre en lumière la légende 
chrétienne. Celui qui dorénavant fera des études comparatives sur 
l'aggada ne pourra guère se passer de l'œuvre de M. Gunter. 

Budapest, juin 1911. 

Bernard Heller. 



1. Ce n'est que l'écho de la tentative avortée, attribuée à Julien par Ammien et par 
les Pères de l'Eglise, de rebâtir le Temple. V. Th. Ueiuach, Textes d'auteurs qrecs et 
romains relatifs au judaïsme, p. 209, n. 1, 354, n. 2. 

2. V. Eugen Wolter, Der Judenknabe, vol. II, de la Bibliotheca Normannica de 
H. Suchier. Hall.-, 1879. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIÈRES 



REVUE 

ARTICLES DE FOND. 

Hacher (W.). Un nouveau recueil poétique de Bagdad 75 

Buchler (A.). La pureté lévitique de Jérusalem et les tombeaux des 

Prophètes 201 

Davidson (Israël). Notes sur l'article de M. Bâcher : « Les poésies 

inédites d'Israël Nadjara » 85 

Goldmann (Félix). La figue en Palestine à l'époque de la Mischna.. . . 216 

Krauss (S.). I. Fragments araméens du Toldot Yéschou 28 

II. In texte cabbalistique sur Jésus 240 

Leszynsky (R.). Observations sur les « Fragments of a Zadokite Work » 

édités par Schechter 100 

Lévi (Israël). Notes sur les observations de M. Leszynsky 197 

Lévy (Raphaël-Georges). Le rôle des Juifs dans la vie économique.. . 161 

Perls (A.). Un passage obscur dans la Pesikta 236 

Régné (Jean). I. Catalogue des actes de Jaime I er , Pedro III et Alfonso III, 

rois d'Aragon, concernant les Juifs (1213-1291) [suite et fin). 38 
IL Étude sur la condition des Juifs de Narbonne du v e au 

xive siècle (suite) 1 et 248 

Schwab (Moïse). Les manuscrits du Consistoire israélite de Paris 

provenant de la Gueniza du Caire 107 et 267 

Wolfson (David). Le Bureau du commerce et les réclamations contre 

les commerçants juifs (1726-1746) [fw) 93 

NOTES ET MÉLANGES. 

Bâcher (W.). Pizmonim pour les jours de la semaine : un petit 

recueil poétique de Bagdad 125 

Poznanski (Samuel). I. Israël Gaon 120 

IL Le commentaire du Pentateuque d'Ephraïm b. Simson 123 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



BIBLIOGRAPHIE. 

Bâcher (W.). D^bOIVI \mt nanN "IDO. Varianten und Ergànzungen 
des Textes des Jerusalemischen Talmuds nach alten Quellen 
und handschriftlichen Fragmenten ediert, mit kritischen 
Noten und Erlàuterungen versehen.Traktate Rosch-Haschana 
und Sukka, par R. Ratner 157 

Heller (Bernard). Religionswissensehat'tliche Bibliothek. I. Vorle- 
sungen iiber den Islam, par Ignaz Goldziher. II. Die christ- 
liche Légende des Abendlandes, par Heinrieh Gunter 309 

Lévi (Israël). Jésus, die Haretiker n. die Ghristen nach den iiltesten 

jiïdischen Angaben, par Hermann L. Strack 304 

Liber (M.). Revue bibliographique 128 et 278 

Additions et rectifications , . . . 160 

Table des matières 319 



ACTES ET CONFERENCES 

Assemblée générale du 15 février 1911 

Allocution de M. Eugène Sée, président i 

Rapport de M. Edouard de Goldschmidt, trésorier iv 

Dauriac (Lionel). La dramaturgie de Meyerbeer (conférence) m 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERI<\ 59, RUE DUPLESSIS 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SEANCE DU 15 FEVRIER 1911. 
Présidence de M. Eugène Sée, président. 
M. le Président prononce l'allocution suivante : 

Mesdames, Messieurs, 

En ouvrant aujourd'hui notre trentième Assemblée générale, je 
me demande bien sincèrement ce qui a pu me mériter l'insigne 
honneur que vous m'avez fait, en m'appelant à présider, pendant 
l'année écoulée, aux destinées de la Société des Études juives. 

Quand je parcours la liste de ceux qui, avant moi, ont occupé ce 
fauteuil, je constate que tous s'imposaient à votre choix par leur 
talent, par leur science ou par l'éclat des services rendus ; or je ne 
puis m'illusionner au point de croire que ce soit mon cas. J'en 
conclus donc que vous avez voulu récompenser la fidélité d'un 
des adhérents de la première heure, dont le nombre doit être bien 
réduit. S'il en est parmi eux que tourmente le démon de l'ambition, 
mon exemple leur sera un encouragement. 

En occupant cette présidence, j'ai cédé aux affectueuses et 
pressantes instances de celui qui est l'âme de notre Société, et qui, 
entouré d'une phalange de collaborateurs distingués et érudits, 
consacre depuis trente ans tous ses efforts à maintenir à la Revue 
des Etudes juives le haut renom scientifique qui lui est reconnu, 
non seulement par nos coreligionnaires, mais par tous ceux qui, 
dans le monde entier, s'occupent de science juive. Vous avez déjà 
nommé, avant que je vous le désigne, M. Israël Lévi. 

De cette amitié je suis fier, comme des suffrages que vous m'avez 
donnés et dont je vous exprime, au dernier jour de ma magistrature 
éphémère, ma plus profonde gratitude. 

ACT. ET CONF. A 



ACTES ET CONFERENCES 



Je ne vous présenterai pas, comme ont pu le faire, avec leur 
compétence notoire, certains de mes prédécesseurs, le résumé de 
nos travaux et publications en 1910. Il me suffira de constater, 
avec vous, que la Revue présente toujours, pour le monde savant, 
le même intérêt, qu'elle continue à réunir, à publier, à commenter, 
à vulgariser les textes destinés à mieux faire connaître l'histoire 
juive, la littérature hébraïque, les lois, les mœurs de nos ancêtres ; 
qu'elle poursuit son but en montrant par le document, et rien que 
par lui, ce qu'a été Israël à travers les siècles, soit comme nation, 
soit parmi les nations au milieu desquelles sa dispersion l'a appelé 
à vivre, en montrant la large part qu'il a prise, aux bons comme 
aux mauvais jours de son histoire, à toutes les œuvres de civilisation 
et de progrès, dont il a été souvent le promoteur. 

Elle s'efforce de nous faire connaître, tels que nous sommes, à 
ceux qui nous ignorent ou nous méconnaissent ; elle réussit à nous 
faire mieux connaître nous-mêmes, en nous rappelant ou en nous 
révélant les gloires d'un passé dont nous avons le droit de tirer 
quelque fierté. 

Cette œuvre noble et généreuse mérite d'être encouragée par 
nos coreligionnaires et aussi par tous ceux qui s'intéressent aux 
progrès de l'humanité. 

Pour mesurer la tâche accomplie par la Société des Etudes 
Juives depuis sa fondation, il suffira de parcourir Y Index des 
cinquante premiers volumes de la Revue, dont l'année 1910 aura 
vu enfin la publication. C'est là un travail considérable, qui rendra 
à ceux qui auront des recherches à faire les plus grands services. 
Ceux qui ont courageusement entrepris ce travail et Font poursuivi 
pendant plusieurs années pour le mener à bonne fin ont droit â 
nos plus chaleureux remerciements. — Notre trésorier seul pourra 
faire quelques réserves; cette publication, en effet, a fait dans la 
caisse confiée à sa vigilance une brèche notable — Mais nous 
connaissons de longue date son zèle et son habileté : la tâche de 
remettre à flots nos finances, quelque lourde qu'elle puisse être, 
n'est pas au-dessus de son dévouement, dont tous nous lui sommes 
reconnaissants. 



ASSEMBLÉE GENERALE DU 15 FÉVRIER 11)11 111 



Mesdames, Messieurs, 

Chaque année votre président a le devoir douloureux de rappeler 
la mémoire de ceux de nos collègues que la mort nous a ravis. 

Il y a quelques mois, M. Charles Mannheim s'éteignait, après 
une vie bien remplie. Tout Paris le connaissait et nul n'ignorait 
quelle était l'étendue de son savoir en matière d'art et d'archéologie. 
Sa droiture professionnelle était universellement appréciée ; il savait 
s'intéresser aux œuvres philanthropiques ; il faisait partie, depuis 
de longues années, de notre Société. Elle lui conservera un précieux 
souvenir. 

Il y a quelques semaines à peine, nous parvenait de Saint-Péters- 
bourg la nouvelle, aussi triste qu'imprévue, de la mort du baron 
David de Gunzbourg, à peine âgé de cinquante-quatre ans. 

Il appartenait à une famille dont la renommée de dévouement à 
la cause juive est notoire. Il était le fils du baron Horace de 
Gunzbourg, dont, l'an dernier, on rappelait éloquemment ici même 
les incessants efforts pour adoucir le sort de nos frères malheureux 
de Russie. 

Digne fils d'un tel père, notre très regretté collègue, David de 
Gunzbourg, dont les lecteurs de la Revue ont pu apprécier l'érudition 
puisée aux meilleures sources, continua avec une tendre piété 
filiale les œuvres créées en faveur de nos coreligionnaires 
persécutés ; il s'associa, quand il ne les avait pas provoquées, à 
toutes les institutions destinées à améliorer leur sort. Il a créé à 
Saint-Pétersbourg un Institut théologique, où lui-même professait. 

Il se considérait comme le véritable défenseur de ses frères 
russes, victimes des préjugés, de l'ignorance et du fanatisme. 11 se 
consacra à cette tâche avec un dévouement sans bornes que lui 
inspiraient son profond amour du Judaïsme et son inébranlable 
attachement à son culte. 

Ceux qui l'ont connu étaient conquis par le charme de son 
caractère et son exquise simplicité. Il laissera parmi nous un impé- 
rissable souvenir. 

Nous formons des vœux ardents pour qife les exemples qu'il laisse 
trouvent en Russie de vaillants imitateurs. 



IV ACTES ET CONFERENCES 

Je ne veux pas rn'asseoir sans avoir souhaité une cordiale 
bienvenue à mon éminent successeur, M. Salomon Reinach. Vous 
serez tous heureux de le revoir à la tète de notre Société, qu'il 
aime et dont il est aimé ; aussi, en votre nom à tous, je le remercie 
d'avoir accepté cette nouvelle investiture. 

M. Edouard de Goldschmiot, trésorier, rend compte ainsi qu'il 
suit de la situation financière : 

Voici comment s'établit la situation au 31 décembre 1910 : 

Actif. 

En caisse au 1 er janvier 1910 485 fr 95 c. 

Cotisations . . . . . 6 . 453 45 

Don de MM. de Rothschild frères 2 . 000 » 

Vente par les libraires 2 . 677 » 

Coupons et intérêts 2.628 60 

Solde du à notre banquier 3.003 30 

Total 17. 248 fr. 30 c. 



Passif. 

Frais d'encaissement 271 fr. 10 c. 

Secrétaires de la rédaction 2 . 400 » 

Conférences et assemblée générale V10 » 

Frais d'envoi, mandats, timbres, etc 120 90 

Frais d'impression de Y Index alphabétique des cin- 
quante premiers tomes de la Revue 5.326 30 

Frais d'impression de la Revue 4.499 40 

Honoraires des auteurs 4.414 60 



Total 17.248 fr. 30c. 

Balance. 
Doit : 

Frais généraux 2.930 fr. 90 c. 

Publications 11.589 60 

Chez MM. de Rothschild frères 50 80 



Total 14.571 fr. 30c. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 15 FÉVRIER 1911 



Avoir : 

En caisse 485 fr. 95 c. 

Cotisations et ventes 8 . 453 45 

Encaissement de coupons et intérêts 2.6*28 60 

Solde dû à notre banquier 3.003 30 

Total 14.571 fr. 30 c. 



Comme vous le voyez, le déficit cette année est considérable ; il 
est dû à l'impression de Y Index des cinquante premiers tomes de la 
Revue des Etudes juives. Mais nous avons tout lieu de croire qu'il 
sera comblé prochainement; voilà pourquoi nous ne vous deman- 
dons pas l'autorisation de vendre une partie de nos valeurs, 
ressource qui nous resterait si nos prévisions n'étaient pas justifiées. 

Je ne voudrais pas terminer ce rapide exposé financier de notre 
Société sans mentionner l'honneur que notre président sortant, 
M. Eugène Sée, a bien voulu nous faire, au moment d'abandonner 
les fonctions qu'il vient de remplir pendant l'année 1910. Il a tenu 
à se faire inscrire comme membre perpétuel de notre Société. Je 
suis l'interprète de vos sentiments unanimes en lui exprimant 
publiquement notre vive gratitude pour l'honneur qu'il nous fait et 
pour son don généreux. 

Le Président met aux voix les conclusions du rapport financier, 
qui sont adoptées. 

Il est procédé ensuite à l'élection pour le renouvellement du 
tiers des membres du Conseil. Sont élus : MM. Henri Becker, 
Edmond Bickart-Sée, Edouard de Goldschmidt, Lucien Lazard, 
Joseph Lehman n, Isidore Lévy, Léon Lévy et Moïse Schwar, 
membres sortants. 

M. Salomon Reinach est élu président de la Société pour 
l'année 1911. 

M. Lionel Dauriac clôt la séance par une conférence sur 
La dramaturgie de Meyerbeer (voir plus loin, p. vi). 



LA 

DRAMATURGIE DE MEYERREER 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 15 FEVRIER 1911 

Par M. Lionel DAURIAC 

Professeur de philosophie à l'Ecole rabbinique, 
Professeur honoraire à l'Université de Montpellier. 



Un moraliste a dit que chaque mort humaine devrait être une 
diminution de l'humanité. Le sentiment de cette diminution de 
l'humanité par la mort d'un seul homme ne sera jamais exprimé 
avec plus de force qu'il ne le fut par le rabbin Joël de Breslau 
devant la dépouille mortelle de celui que ses contemporains, au 
lendemain de Robert le Diable, saluaient du nom de « Dante de la 
musique 1 ». Voilà certes un éloge qui passe la mesure. Mais 
l'éloge qui se contient dans les justes bornes et qui, sous prétexte 
d'éviter la prodigalité, recule devant la dépense, l'éloge qui compte 
avant de donner, même lui arrivât-il de compter juste, atteste 
d'ordinaire une clairvoyance ennemie de l'admiration véritable; 
et plus d'un s'inquiéterait de l'avenir d'une œuvre d'art, si elle 

i. Eloge hyperbolique, mais significatif, de l'impression ressentie, impression 
analogue à celle que Ton éprouve en face d'un « colosse ». On a reproché à 
Meyerbeer de viser au colossal. Il y visa peut-être. Ce qui est sûr, c'est que dans 
l'opinion des contemporains il eut la bonne fortune d'y atteindre, et non, par le 
simple effet d'un accident heureux. Avant de se récrier contre cette opinion, bien 
faite aujourd'hui pour surprendre, il vaut mieux tâcher de la comprendre, et 
c est l'effort que uous allons tenter. 



LA DRAMATURGIE DE MEYERBEER VII 



n'était pas plus tôt apparue, qu'elle n'inspirât aux contemporains le 
souci de lui assigner son rang. C'est là une tâche que la posté- 
rité se réserve et qu'il est sage de lui réserver. 

Pour avoir oublié ce conseil de sagesse, la jeune génération 
présente nous paraît travailler inutilement contre la renommée de 
Meyerbeer. Que cette renommée ait perdu de son éclat, c'était dans 
l'ordre naturel, et peut-être dans l'ordre de la justice. Mais à quoi 
bon surenchérir, et s'en prendre à ceux qui, tout en assignant à 
Meyerbeer un rang sensiblement moins haut que celui jusqu'où 
l'avait porté l'enthousiasme de nos pères, n'iraient pas encore 
assez vite en besogne? Quel crime d'art a donc commis Meyerbeer 
pour qu'on lui reproche ni plus, ni moins, ainsi que l'on fait aujour- 
d'hui, d'être de trop dans l'histoire ? 

Il y a donc, Messieurs, une « question Meyerbeer », que, pour 
espérer résoudre, nous souhaiterions être sensiblement moins avancés 
dans la vie : nous aurons vraisemblablement disparu avant que 
l'heure de la réparation ne vienne. Essayons pourtant, sinon de 
juger le procès, tout au moins de commencer à l'instruire. 



1 



Demandons-nous, d'abord, quel était l'état de la France artis- 
tique, littéraire, et surtout dramatique au moment où Meyerbeer 
vint s'installer en notre pays. 

Il y vient et il s'y installe. C'est donc qu'il y juge le sol et le 
milieu propices à l'art dont l'idée fermente en son esprit. Il nous 
arrive d'Italie déjà célèbre. Mais s'il s'est fait connaître, il ne s'est 
pas encore « situé ». Tel est, on le dirait du moins, son propre 
jugement. 

La France d'alors commence une crise : je parle de la France 
intellectuelle. Nous sommes à l'aube du romantisme, et déjà le pro- 
gramme du romantisme est presque rédigé. Imaginons Yeyerbeer 
méditant sur ce programme. La chose n'est guère facile, puisque 
l'homme dont nous parlons est le moins romanesque des hommes et 
vraisemblablement l'une des âmes d'artistes les moins inclinées aux 



VIII ACTES ET CONFÉRENCES 

nouveaux « états d'âme ». Meyerbeer n'en va pas moins regarder, 
interroger et s'interroger, consulter le milieu et consulter ses forces. 
De cette double enquête, dont il va laisser les résultats mûrir, 
dirons-nous que sortira l'idée d'une dramaturgie musicale person- 
nelle et cohérente ? Oui, si l'on regarde aux œuvres : pas autre- 
ment. Que Meyerbeer ait longtemps « porté » ses œuvres avant 
de les produire, c'est l'évidence même. Qu'il ait réfléchi ses desseins 
dramatiques avant de les réaliser, qu'il ait médité sur son art futur 
en philosophe ou en critique, il est possible. Rien ne l'atteste. 
Tout ce que nous savons par sa correspondance (et ce qui a été 
publié de cette correspondance se réduit à un petit nombre de let- 
tres) permet d'affirmer qu'il tenait, par- dessus toute chose, à être 
l'homme de son temps et de son milieu. Autrement dit, son ambi- 
tion n'est point précisément d'innover, mais de consolider, de suivre 
ses contemporains, mais en vue de promouvoir, par^après et jus- 
qu'au plus haut degré de perfection possible, le genre de théâtre 
inauguré par eux. Aussi ne dira-t-on pas peut-être de Meyerbeer 
qu'il est le créateur de notre grand opéra national : et l'on n'aura 
point tort On dirait plus exactement qu'il en a « fixé » le genre. 

Il n'est point le créateur du genre : il accepte les offres de ses 
librettistes et travaille sur les sujets à la mode. Scribe, son grand 
collaborateur, a déjà fait ses preuves en compagnie de Boïeldieu, 
qui lui doit sa Dame Blanche, et d'Auber, qui lui doit sa Muette. 

La Muette a précédé Robert le Diable, et aussi Guillaume Tell, deux 
œuvres acclamées. Richard Wagner bientôt célébrera les qualités 
dramatiques d'Auber. . . d'Auber ou de Scribe? On ne saurait 
dire. — Ainsi le chemin est frayé et la marche bientôt y sera 
facile, d'autant plus facile que la voie est libre. Auber, d'abord, est 
« contraint » dans le grand opéra. Quant à Rossini, s'il vient de 
faire a son » chef-d'œuvre, il s'aperçoit vite peut-être des inégalités 
qui le déparent. Il sait n'être jamais monté aussi haut, il sait aussi 
l'œuvre inférieure à ce qu'elle aurait dû être, en raison même des 
hauteurs atteintes. Au lieu d'écrire en vingt jours, comme à son 
habitude, il s'est donné six mois de travail. C'est beaucoup pour 
lui, l'effort est insuffisant quand même. 

Ainsi un grand mouvement commence. Vienne l'artiste capable 



LA DRAMATURGIE DE MEYERBEER IX 

de produire sur la scène de notre Grand Opéra des drames tels que 
ceux d'Alexandre Dumas, tel, entre autres, qu' Henri III et sa Cour; 
s'il sait écrire pour ces drames une musique appropriée, le succès 
est certain et même la gloire. Or cet artiste est déjà venu ; il tra- 
vaille, et c'est toute une dramaturgie que, par la préparation de 
ses opéras, il est en train de construire. De cette dramaturgie, 
essayons une esquisse. 

Nous n'apprendrons rien à personne si, négligeant d'ajouter notre 
définition du romantisme aux définitions que l'on sait, et qui se trou- 
blent les unes les autres, jusqu'à se presque contredire, nous consta- 
tons que la crise romantique eut le caractère de toutes les grandes 
crises de l'art — en général — et de celui du théâtre en particulier. 
D'une part, si l'homme a créé les beaux arts, c'est pour y chercher 
un refuge contre les épreuves de la vie. Or qui veut se distraire de 
la vie, ne saurait se réfugier ailleurs que dans la vie, entendons dans 
une vie imitée de la vie réelle, dont il devient le spectateur, et dans 
le spectacle de laquelle il se repose, ou de l'action, ou de la souf- 
france. Ce passage de la condition d'acteur à celle de spectateur 
impose à l'artiste, imitateur de la vie, certaines précautions dans le 
choix des sujets et dans la manière de les rendre : pour distraire, il 
faut plaire. Les moyens d'y parvenir, trouvant dans le succès une 
occasion et même une raison de se renouveler, ne tardent pas à être 
promus à la dignité de règles. Or, une excessive fidélité à ces règles 
aboutit tôt ou tard à d'autres infidélités. Je parle des infidélités de 
l'artiste à la vie, son modèle; car, tandis que l'art demeure captif des 
règles, la vie évolue, autrement dit elle change et, plus elle change, 
plus entre elle et l'art — l'art du théâtre — un divorce s'accentue. 
Une crise est donc prochaine : une crise, qui, avant de remettre les 
choses en bon ordre, commencera par semer le désordre, quitte à 
bâtir, par après, sur des plans nouveaux, et, s'il se peut, sur une 
matière nouvelle. 

Ainsi le théâtre romantique voulut rapprocher l'art de la vie. 
Meyerbeer de bonne heure s en rendit compte, et son ambition fut 
d'en rapprocher la musique. 

Ce qu il va tenter et même réaliser seoa, dès lors, conforme à 
l'idéal roroantique. Ce n'est même pas assez dire, car, sans effacer 



ACTES ET CONFERENCES 



toute trace de l'influence italienne, loin de là, le nouveau théâtre 
musical n'y sera plus asservi. On va s'écarter des compositeurs 
italiens du xvm e siècle, des « piccinisants », dont il semblait 
à la France que le Rossini d'avant Guillaume Tell était le repré- 
sentant illustre. Et donc Meyerbeer va s'affranchir de ce joug pour 
ramener l'art théâtral plus près de ses origines. Or, je vous le 
demande, si l'opéra un beau jour s'était avisé de naître, par l'effet 
d'une sorte de hasard, il n'aurait pas duré. Mais, puisqu'il a duré 
c'est qu'il est possible d'unir étroitement la musique, je ne dis pas 
seulement à la parole, mais aux mouvements d'une action drama- 
tique. La réforme qui s'annonce est, dès lors, et en même temps, 
une renaissance, une « réaction » si Ion y tient, nullement uu 
« recul ». 

Meyerbeer est d'ailleurs si peu disposé à réagir contre le goût musi- 
cal de son temps, qu'il ne relèvera rien de ce que le romantisme vient 
d'abattre. Il ne songera nullement à écrire des tragédies musicales. 
11 se sentira plus à l'aise dans un genre moins tendu, moins austère, 
très libre en ses allures, jusqu'à se permettre de temps à autre les 
brusques changements et de ton et d'humeur. Le drame roman- 
tique — et le redire, c'est répéter un lieu commun — est né au 
confluent de la tragédie et de la comédie. Résolu à ne traiter que 
des sujets de drame, toujours afin de concilier les droits de l'art 
avec ceux de la vie, Meyerbeer ne craindra pas de côtoyer 
l'opéra-comique et d'imiter, à sa manière, le plus scénique de nos 
musiciens de théâtre, c'est d'Auber que je parle. De cette imi- 
tation très lointaine, très indépendante d'ailleurs, très intelligente 
aussi, sortiront bientôt les deux premiers actes de Robert et les deux 
premiers actes des Huguenots. Ici l'élément du type comique, à une 
scène près (scène nécessaire, puisqu'après tout, c'est au grand opéra 
que nous sommes), domine sensiblement. 

L'opéra comporte cinq actes, telle est du moins la règle nouvelle. 
La juxtaposition des genres, entendons de l'élément comique et de 
l'élément tragique, permettra dès lors de varier les sources d'émotion. 
Il y a pourtant mieux à essayer : la « fusion » de ces genres. Elle 
est, d'ailleurs, plus facile peut-être au musicien qu'à l'écrivain. La 
symphonie se Test permise. Elle se l'est permise surtout avec 



LA DRAMATURGIE DE MEYERBEER XI 

Beethoven, chez qui l'on sait que les effets de contraste ont souvent 
donné lieu à des moments mémorables. Meyerbeer s'en souvient : 
il se montrera souvent habile au maniement des contrastes. 

Et c'est l'orchestre qu'il en chargera. Ici, Messieurs, nous tou- 
chons à l'essence de la dramarturgie nouvelle. Des œuvres telles 
que la Muette et Guillaume Tell ont pu en faire naître le « pres- 
sentiment ». L'idée en est de source germanique. 

On se méprendrait sur cette idée, si on la définissait, comme il a 
pu jadis ra'arriver de la définir : faire de l'orchestre le moteur 
de l'action. Définition certes admissible, insuffisante pourtant. 
Admissible : c'est la définition même du genre opéra. Insuffisante : 
Meyerbeer pourrait être impunément retranché à l'histoire, s'il 
n'avait essayé rien d'autre. Certes il a situé le moteur de l'action 
dans l'orchestre. Mais il a, de plus, chargé l'orchestre de la 
conduite même de cette action. De simplement chantante qu'était 
cette action chez ses prédécesseurs, il l'a rendue symphonique. 
De simple moteur qu'était avant lui l'orchestre, il en a fait un 
conducteur. On bâillerait au théâtre de Meyerbeer, on y eût bâillé 
dès son origine, si l'on n'avait écouté de ce théâtre que ce qui 
se chante sur le « plateau ». Ainsi le centre de l'intérêt musical 
sera désormais dans l'orchestre ; disons plus et disons mieux : dans 
la symphonie sur laquelle les phrases chantées se détacheront. 

L'intérêt musical est déplacé. La réforme est donc indiscutable et 
aussi l'originalité du réformateur. Car nous allons éprouver deux 
plaisirs à la fois : celui que l'on va chercher au théâtre ; celui que l'on 
va demander au concert vocal ou instrumental, surtout instrumental. 
L'avantage est précieux... à moins qu'il ne se paye d un inconvénient 
du plus grave, le sacrifice du drame au concert. Alors, bien que par 
des moyens nouveaux, nous serions rejetés sur le « rossinisme » ou 
sur le « piccinisme ». Comment vaincre la difficulté? 

En essayant de rendre la symphonie dramatique» Aussi, puisque 
le nouveau théâtre se promet d'être à la fois scénique et dramatique, 
on s'interdira autant que possible, ce qui est l'essence même de la 
symphonie, à savoir le « développement » des thèmes. Pourquoi ? 

Parce que, s'il en était ainsi, l'intérêt musical resterait indépen- 
dant de l'intérêt dramatique, et le drame y serait de trop. Que l'on 



XII ACTES ET CONFÉRENCES 



compare une symphonie, surtout une symphonie du type Beetho- 
ven (surtout, mais non exclusivement), à une action musicale, j'y 
souscrirai tout le premier. Mais une action musicale peut s'accommo- 
der d'un développement proprement dit et, pareillement, la tragédie 
lyrique. La raison en est que la tragédie est oratoire et intérieure. 
Le drame est, au contraire, extérieur, et l'on y « parle », au lieu 
d'y « discourir ». Il en résulte que l'action y est perpétuelle, ou tout 
au moins cet extérieur de l'action qui est le mouvement et le geste. 
Et c'est en quoi le romantisme ne pouvait manquer d'aboutir au 
naturalisme. 

Si je viens de prononcer ce mot, c'est parce que, dans le drame de 
Meyerbeer, la musique côtoiera le naturalisme et soulignera, selon 
son pouvoir, et autant que le permettront ses ressources, les mouve- 
ments et les gestes ; les entrées, les sorties ; les allées et venues sur 
la scène; et cela, sans oublier les incidents du dialogue et jusqu'aux 
changements du rythme intérieur qui accompagnent ordinairement 
les crises passionnelles. 

Or la musique ne saurait se rapprocher du genre naturaliste sans 
dépouiller une partie des caractères communs au développement 
musical, au développement oratoire. Reste à savoir, et une fois ces 
caractères éliminés, comment on les remplacera. 

Ne sait-on pas, d'expérience! (et l'on en trouverait les preuves 
dans l'œuvre de Beethoven, dans ses sonates et dans ses sympho- 
nies), que la rupture de la trame mélodique atteste chez le composi- 
teur l'intention d'exprimer un « mouvement de l'âme » ? Et il n'en 
saurait être autrement, si le propre du mouvement passionnel est ou 
d'interrompre ou de désorienter le cours habituel de nos états de 
conscience. Généralisons la remarque. Aussitôt un type de sym- 
phonie nouvelle s'ébauche dans notre esprit, où le développement 
d un petit nombre de phrases fait place à un défilé de thèmes 
aussi courts que possible, dont le va et vient correspond, soit au 
mouvement des personnages, soit aux variations de leur humeur, 
soit aux alternances de leurs rythmes passionnels provoqués tantôt 
par un coup de théâtre, tantôt par le libre jeu des passions. Je ne 
suis pas sûr que cette façon de briser le développement pour lui subs- 
tituer un jaillissement incessant de membres de phrases soit appelé 



LA DRAMATURGIE DE MEYERBEER XIII 

à réussir partout. Je ne le conseillerais point au symphoniste... 
Encore s'il en profitait pour donner plus de vie à son œuvre sans lui 
rien laisser perdre de son unité, je n'y trouverais guère à redire. 

En m'exprimant ainsi, ce n'est point notre symphoniste imagi- 
naire que je vise. C'est Meyerbeer à qui je pense, et qui, préoc- 
cupé de modeler les incidents de sa svmphonie dramatique sur les 
incidents du drame, en va, de son mieux, sauvegarder l'unité. 

D'abord, il ne multipliera pas les thèmes indéfiniment, au gré des 
accidents de l'action. La chose n'a rien d'indispensable. Et chacun 
sera de notre avis, s'il y a moyen de faire droit aux exigences de 
variation issues des péripéties du mouvement scénique ou drama- 
tique, sans se donner l'air d'imiter, en musique, la capricieuse 
« mouvance » des dessins et des teintes dans le kaléidoscope. Ce 
moyen peut-il se remontrer ? Oui, et il n'est guère sensiblement 
moins vieux que la mélodie. Et il est la « modulation » . 

On sait ce que c'est que moduler. On sait aussi ce que les « gram- 
mairiens de la musique » entendent par les « tons relatifs ». La 
théorie des tons relatifs limite le pouvoir de moduler. Or on peut 
^'affranchir de cette théorie En effet, de chacun des tons, ne peut-on 
passer dans chacun des autres? Et, pour me servir d'un exemple 
n'ira-t-on pas immédiatement d'ut naturel à ut dièse, c'est-à-dire àt 
la tonique du ton d'ut à la tonique du demi-ton .supérieur ? Mais ui 
naturel n'est-il pas la sixte du ton demi bémol, et de l'un de ces tons 
à l'autre n'est-il pas pas possible de passer immédiatement? 

Et voilà les vieilles barrières renversées! La modulation omnito- 
nique est reconnue légale. Meyerbeer n'est point l'auteur de cette 
légalisation. Il est de ceux qui l'ont fait passer dans les mœurs musi- 
cales, et l'art ne peut que lui en être reconnaissant. La modulatior 
n'est-elle pas, en effet, le moyen de faire vivre un thème tout en lu: 
conservant son dessin, d'y introduire la variété sans rien lui ôter 
de son identité formelle. . . ou plutôt « morphique » ? 

Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir, chez Meyerbeer, la modula- 
tion tenir la place que, chez Victor Hugo, tient déjà l'antithèse. A 
l'art de la modulation Meyerbeer ne se sera point plus tôt essayé, 
qu'il y sera passé maître. Même il lui arrivera de moduler sans 
raison suffisante, par habitude, peut-être par coquetterie, par je ne 



XIV ACTES ET CONFÉRENCES 

sais quelle complaisance pour un genre de sport où Ton est toujours 
sûr d'avoir partie gag-née. 

La modulation servira donc à limiter la génération des thèmes, 
tout en maintenant à l'action musicale ce « devenir » qui la rap- 
proche de la vie. Mais il est dans les exigences de l'esprit musical ou, 
tout au moins, dans celles dont l'esprit musical n'a pas encore abso- 
lument consenti à se départir, de limiter le devenir thématique, 
pour empêcher le plaisir dû à la variation de dégénérer en déplaisir : 
en un déplaisir qui aurait pour cause le passage incessamment 
ininterrompu ou d'un ton à un autre, ou d'un thème à un autre thème . 
La librettiste, lui, a divisé l'action, puisqu'il a multiplié les actes et 
que, tout en multipliant les actes, il les a partagés chacun en une 
pluralité définie de scènes. Le même librettiste a sauvegardé l'unité 
de chacun des actes et, dans chacun des actes, de chacune des scènes. 
Autant d'obligations dont le compositeur ne s'affranchirait pas sans 
péril . 

Pour réaliser l'unité scénique, en partie déjà sauvegardée par les 
modulations d'un même motif, Meyerbeer va s'aviser d'un moyen 
directement tiré de la symphonie où le retour des thèmes jalonnent 
le développement. Il va écrire un thème, de huit, de douze ou de seize 
mesures, destiné à reparaître comme un refrain dans les moments 
où l'action du drame s'arrête ou se ralentit, afin de reprendre haleine. 
La précaution est sage, car elle permet : à l'auditeur de se retrouver 
et comme de se reconnaître, puisque le voilà en présence d'une 
phrase — et d'une vraie phrase — déjà rencontrée; au compositeur 
de ne pas se donner un trop libre caprice dans le choix des « thèmes 
de marche » ; je les appelle ainsi pour les opposer aux autres et qui 
sont des « thèmes de halte ». Une phrase dont la destination est d'en- 
cadrer ne peut servir de cadre à une matière musicale quelconque, 
indéfinie en qualité. Les jalons qui, de distance en distance, bordent 
la route, ne sont pas des jalons inertes plantés après coup. Ils pour- 
raient bien avoir été choisis avant que la route n'eût été tracée. 
Autrement dit, les thèmes de halte ont inévitablement déterminé 
les thèmes de marche. Ils ont limité l'invention de ces motifs 
accessoires où il faut savoir éviter la profusion, ne serait-ce que pour 
s'épargner le reproche d'indigence. En musique comme partout 



LA DRAMATURGIE DE MËYERBËER XV 

ailleurs, l'excès dans le jaillissement des idées témoigne d'une inca- 
pacité de les retenir et, par là-même, d'en tirer parti. 

Ce serait le moment d'appuyer ses affirmations d'exemples. Je 
vous prierai donc, Messieurs, de relire en détail la vaste Introduc- 
tion de Robert le Diable, ou le thème de halte, dit : le Chœur des 
Buveurs : 

Le vin (ter), le jeu, les belles. . . 

remplit la fonction d'encadrement. Dans l'intervalle des baguettes 
de ce cadre mobile, une phrase va se mouvoir, monter, descendre, 
s'égayer, s'assombrir, puis s'égayer encore ; une vraie phrase 
d'opéra-comique « légère et court vêtue » . Elle tient deux mesures à 
peine. Et donc elle est, on ne saurait plus, apte au rôle dont je 
parlais tout à l'heure, et qui est un vrai rôle d'éperon. Non seule- 
ment la phrase sert d'éperon au mouvement scénique, mais encore 
elle donne à l'action proprement dite son impulsion première, car 
elle jaillit de l'orchestre au moment même où Alice, sœur de lait de 
Robert, et son fiancé Raimbaut, arrivent « comme par hasard », en 
réalité, pour sauver Robert des pièges de Bertram. Et comme 
cette arrivée, surtout celle d'Alice — que Robert se gardera bien 
de reconnaître tout d'abord — met nos chevaliers de bonne humeur 
en excitant leur jovialité et leur convoitise ! 

Au même acte de Robert le Diable, dans le final —un final plein de 
verve, encore qu'assez médiocrement infernal — la phrase de pivot 
sera extraite de la Sicilienne et le thème écrit sur les fameuses 
paroles : 

L'or est une chimère ! 

servira de jalon : de jalon mobile, cur ici les moments de reprise 
d'haleine seront courts, ainsi que, selon la « poétique » du temps, 
les règles du final l'exigeaient. M ais ce ne sont point ici les différences 
qu'il faut signaler à votre attention, puisque c'en est plutôt le 
contraire; la constance de la méthode, sa clarté sa sûreté, pour ne 
rien dire d'une richesse thématique, qui, en ce temps là, surprenait 
les contemporains. 

Cette richesse s'atteste par l'aisance avec laquelle les thèmes sor- 
tent les uns des autres, qualité que Meyerbeer partage avec Auber, 



XVI ACTES ET CONFÉRENCES 

cette qualité est très française, si elle ne Test pas exclusivement. 
Mais l'avantage est du côté de Meyerbeer, si Ton a égard à la 
multiplicité des moyens : ici, la modulation ; ailleurs, le changement 
de rythme; parfois des contrastes, nulle part de disparates. L'écueil 
était là, et toujours le compositeur passe, non point au large, mais 
à distance. Il n'est guère de musique ni plus mouvante, ni plus 
vivante ; et elle reste « musique ». Je n'en veux d'autre preuve que 
l'aisance avec laquelle ces « morceaux de morceau » une fois perçus 
par l'oreille, entrent dans la mémoire, et presque, s'y établissent à 
demeure. Ces thèmes, dont les plus courts ne sont guère que des 
« figures rythmiques », sont destinés à la « récitation ». Ils sont 
faits pour être chantés au-dessus de l'orchestre. Mais c'est l'orchestre 
qui les met en valeur. 

Voilà donc une dramaturgie assurément nouvelle et dont chacun 
des exemplaires marquera une date dans l'histoire de notre théâtre. 
Je ne crains pas d'ajouter que le premier acte de Robert le Diable en 
serait l'exemplaire le plus parfait et le plus significatif, si la psycho- 
logie musicale y était moins intermittente. Vienne le quatrième 
acte des Huguenots : nous aurons, cette fois, et de la vraie psychologie 
et de la vraie musique. Et nous nous apercevrons que la drama- 
turgie est restée constante. C'est toujours le système des « volets » 
qui aura prévalu. Ici je me sers, à dessein, d'un mot emprunté au 
vocabulaire de la peinture, puisque la scène de la Conjuration et de la 
Bénédiction des Poignards peut se comparer à une suite de tableaux 
inspirés par un sujet unique. La même comparaison s'appliquerait à 
la grande scène du prêche anabaptiste (premier acte du Prophète) . 
Je n'en dirai point autant du fameux acte de l'Eglise, un chef-d'œuvre 
de Scribe, où le musicien suit les indications du librettiste, ce qui 
lui vaut des instants admirables..., rien que des instants. Ici les 
« jalons » ont manqué. 

Nous connaissons la dramaturgie de Meyerbeer dans ses principes. 
Pour l'étudier dans ses conséquences, un livre ne serait pas trop. 
Ce soir je m'en tiendrai à quelques brèves remarques : 1° sur le 
récitatif ; 2° sur le personnage musical. 



LA DRAMATURGIE DE MEYERBEER XVII 



II 



Le récitatif, chacun le sait, c'est l'une des maîtresses pièces du 
drame lyrique. Réciter n'est ni parler, ni chanter. Ce n'est point par- 
ler, puisque l'on y parle en musique; ce n'est point chanter, puisque 
l'on n'y fait point de phrases musicales. Le récitatif n'est donc pas 
« mélodique », et s'il se libère du mouvement régulier nécessaire à 
la mélodie, il n'en devient que plus expressif. Le récitatif est là pour 
sauvegarder « les droits delà vie ». On sait avec quel art, et sou- 
vent avec quel bonheur, il est arrivé à Gluck d'enchaîner étroitement 
le récitatif à la mélodie chantante de manière à presque effacer 
la transition. Meyerbeer ne tentera pas autre chose. Je n'irai point 
jusqu'à prétendre qu'il imitera Gluck : il ne l'imitera même pas « a 
sa manière » . On ne peut dire d'un artiste qu'il s'inspire de tel 
ou tel maître, lorsqu'il ne fait que se conformer à l'une des lois les 
plus générales de son art. Et nul ne me contredira quand j'aurai 
rappelé que Topera serait resté le plus faux des genres, si le réci- 
tatif et le chant,proprement dit, n'avaient, dès l'origine, cherché a se 
rejoindre. L'union fut prompte. Plus tard ce fut la désunion. Et l'on 
peut dire que ce divorce sévissait dans l'opéra italien dès les pre- 
mières années du xix* siècle jusque dans l'opéra de Possini. 

La réforme du récitatif, telle que Meyerbeer va l'entreprendre, et 
conformément à sa dramaturgie, est déjà impliquée dans les principes 
de cette dramaturgie même : dans ses principes ou, tout au moins 
dans ses « habitudes générales ». Il s'agit de resserrer ce que le 
mauvais goût des auteurs et l'indolence des compositeurs ont laissé 
se détendre : il s'agit de rendre le récitatif plus musical, sans 
rien ôter à ses vertus expressives. Mais c'est déjà chose presque 
faite. Car ces morceaux de thèmes qui circulent d'un ton à l'autre 
dans les scènes d'ensemble peuvent être considérés, à volonté, ou 
comme des membres de mélodie en état de vagabondage, ou comme 
les fragments d'un récitatif, entendons d'un récitatif en veine de 
conversion Ne nous demandons pas à ce propos' comment Gluck en 
aurait jugé, Gluck ou quelqu'un de son école. Gluck, c'est la tra- 

ACT. ET CONP. B 



XVUI ACTES ET CONFÉRENCES 

gédie, Meyerbeer, c'est le drame. Gluck, c'est la passion intérieure, 
et que l'on sent couver ; Meyerbeer, c'est la passion qui fermente, 
mais pour éclater ensuite et se traduire, aux regards de tous, en 
gestes et en paroles. Ne savons-nous point que le théâtre roman- 
tique, s'il s'adresse à l'âme, chose qu'assurément il serait en grand 
embarras de s'interdire, s'adresse principalement aux oreilles et aux 
jeux? 

Et c'est pourquoi l'action de la symphonie se fera sentir jusque 
dans le récitatif, où l'orchestre ne s'en tiendra plus au rôle de 
soutien ou de régulateur. L'orchestre, chez Meyerbeer, — et 
c'est ce qu'il ne faut pas craindre de redire, — n'abdique jamais. Se 
permet-il de rares minutes de silence, c'est pour n'en rendre que plus 
certain l'effet d'une rentrée prochaine. Aussi des phrases d'orchestre 
souligneront presque partout les récitatifs, j'en atteste le premier 
acte de Robert, le cinquième des Huguenots, sans oublier les deux 
exemplaires d'assez belle venue que sont Y Evocation de Bertram et 
le Songe de Jean de Leyde, où se seraient trouvés les signes annoncia- 
teurs du rêve d'Eisa l , si Lohengrin ne s'était avisé de précéder de 
deux ans le Prophète. 

Ajoutons que des moments de « récité » jalonneront parfois les 
trios et les duos. Et il ne faudra pas s'en plaindre, si ces moments ser- 
vent à relever, par la vérité de l'accent dramatique, les lourdeurs et 
les banalités du style 2 . J'indique là des remarques à faire, pressé 
quejesuisde vous entretenir, aussi brièvement que possible, des 
« créatures » de Meyerbeer autrement dit de ses personnages. 



1. La comparaison est instructive. On a dit souvent de la dramaturgie wagné- 
rienne que ses applications lui auraient enlevé toute efficacité, si elle n'avait 
trouvé, pour la mettre en œuvre, un musicien de génie. Meyerbeer n'est pas un 
musicien de génie, son œuvre n'en reste pas moins intéressante et V originalité de 
sa conception d'art n'en sauva pas moins, en son temps, les défaillances de 
« l'application ». 

2. Dans le grand duo de Raoul et de Valentine, il faut bien avouer que le 
« oui! tu l'as dit. . » mis à part, le style manque de noblesse. Verdi n'écrira 
pas avec plus de négligence et il aura plus de jet, plus d'élan véritable. 



LA DRAMATURGIE DE MEYERBEER XIX 



III 



La théorie du personnage musical, ou plutôt l'éveil de l'attention 
publique sur la nécessité qu'il y ait, dans l'opéra, de tels personnages 
remonte à YAlcesfe de Gluck. Cette fois encore, il faut répéter ce que 
l'on disait tout à l'heure : de même que le récitatif est « essentiel » à 
l'opéra, le personnage musical n'en est pas moins impliqué dans 
l'essence du genre. 

On sait à quel degré s'est élevé Fart de « personnifier » dans le 
drame de Richard Wagner. On surpassera difficilement, à ce point 
de vue, l'auteur de la Tétralogie. Meyerbeer a certes moins exigé de 
lui-même. Là encore, à mon sens, il s'est montré curieusementintel- 
ligent et habile. Lui et son collaborateur, car ici le collaborateur a sa 
part démérite, ont adopté une méthode dont la moindre qualité est 
d'ê're simple et naturelle. Cette méthode consiste à « diviser » le 
personnage. Par exemple, Bertram, qui est Robert le Diable, 
cumule deux fonctions dramatiques, trois même au besoin. 
Il est damné, donc ennemi de Dieu et des créatures de Dieu, à moins 
qu'il ne les ait déjà séduites. Il est roi des Fnfers, ou du moins il le 
dit ■ , ce qu'il doit savoir mieux que personne. 11 est donc, en un sens, 
un personnage auguste, puisqu'il est au sommet de la hiérarchie des 
diables. Enfin, et ceci nous vaut plus d'un des moments drama- 
tiques de la partition, il a séduit la mère de Robert : le fils de la 
reine de Normandie est le fils de Satan. Cela, nous ne l'apprendrons 
qu'au dernier acte, mais à l'acte troisième, pendant la valse infer- 
nale, la musique fera tout son possible pour nous le faire pressentir. 
Ainsi pendant l'acte troisième de Robert, que l'on pourrait nommer 
« l'acte de Bertram », le sombre personnage se montre à nous sous 
plusieurs aspects : tentateur des hommes 2 , épouvante des femmes 3 , 

1. Car il lui arriva de se démentir. Au début du troisième acte il se considère 
comme un simple « ange déchu ». Au moment de V Evocation il se donne le titre 
de Roi. , 

2. Troisième acte : duo bouffe du début. 

3. Troisième acte : duo entre Bertram et Alice. 



XX ACTES ET CONFERENCES 

père du héros, et pendant la mémorable scène de Y Evocation , roi 
du « sombre empire » ainsi qu'il est dit dans le livret. 

I a méthode de division dont il est ici parlé se retrouvera dans la 
Juive, de F. Halévy, où le personnage d'Eléazar sera pareillement 
« découpé ». Elle se retrouverait facilement ailleurs, antérieure- 
ment à Robert, jusque dans l'opéra-comique et, en particulier, dans 
le Zampa d'Hérold. Meyerbeer l'a donc adoptée : il ne Ta pas inau- 
gurée. Ces réserves faites, reconnaissons qu'il a surpassé ses rivaux, 
et que son talent l'y aida. Car, tandis que les émules ont recours 
à ce que, faute d'un terme meilleur, j'appellerai la « psychologie 
vocale », c'est à l'orchestre que Meyerbeer demande ses moyens 
d'expression, non point à la rencontre, mais parce qu'en lui s'in- 
tersectent les dons de l'homme de théâtre et ceux du symphoniste. 

On doit pourtant convenir que sur trois de ses personnages musi- 
caux (en a-t-il été davantage, et quand on aura nommé Bertram, 
Marcel (Huguenots) et Fidès [Prophète), n'en aura-t-on pas épuisé la 
liste ?), le personnage de Varcel et celui de Fidès, conservent, d'un 
bout à l'autre du drame, leur identité musicale. La méthode de divi- 
sion n'était donc, chez Meyerbeer, qu'une méthode d'essai, qu'un 
point de départ ? 

II y paraît bien, à mesure que l'on examine les deux rôles de Fidès 
et de Marcel. L'aîné des deux rôles, et de beaucoup, est le rôle 
de Marcel. Et le meilleur des deux est encore celui de Marcel. Fidès 
ne garde sa dignité (musicale) de mère que pendant quatre actes sur 
cinq. Le cinquième acte, dont on dirait qu'il est sa propriété, 
puisqu'elle ne quitte pas la scène, est l'un des plus médiocres 
qu'ait écrit le compositeur l . Fidès y dégénère, non parce qu'elle y 
vocalise, mais parce que ses vocalises la font « bavarder » Je n'ou- 
blie point, au cinquième acte, la noble phrase : 

toi, qui m'abandonnes, etc. . . 

On en peut extraire cinq mesures admirables, pas une de plus. 
Le reste y est de trop. 

1. Où l'on pourrait dire que l'apothéose de Fidès a été — combien déplorable- 
ment ! — sacrifiée à celle de Pauline Viardot. La grande artiste méritait certes 
mieu*. 



LA DRAMATURGIE DE MEYERREER XXI 

La Fidès de l'acte quatrième a plus de vraie grandeur. Son 
« imprécation », alors qu'elle maudit le prétendu meurtrier de son 
fils et qui n'est autre que ce fils, se recommande, parla profondeur et 
la sincérité de l'accent... jusqu'au passage du mineur au majeur où, 
de nouveau, elle déclame *. J'en dirais volontiers autant de la com- 
plainte ; et à peine excepterai-je de ce genre de mésaventure YArioso 
du deuxième acte : 

O mon fils ! Sois béni ! 

Là aussi il y a de la grandeur; de la grandeur et de la tendresse, 
de la grandeur dans la tendresse. C'est le ciel qui bénit par le geste 
delà mère, d'où la grandeur. C'est la mère qui transmet la béné- 
diction du ciel, d'où la tendresse. 

Pourquoi faut-il encore qu'en modulant de fa dièse mineur en fa 
dièse majeur 2 , la phrase, tout à l'heure discrète et sobre, tourne à la 
périphrase et, par suite à la prolixité ? 

Encore est-il que le progrès réalisé dans le personnage de Marcel 
continue de porter ses fruit* : à l'ancien procédé par l'analyse et 
la division en succède un autre, et qui en est indiscutablement 
l'opposé. 

Car c'est un procédé de synthèse, où l'auteur vise à exprimer 
simultanément : d'une part, le caractère général du personnage, 
signe de son identité psychologique ; de l'autre, le sentiment 
« momentané » qui l'anime. A ce point de vue, le personnage de 
Marcel est l'un des mieux réussis qui soient au théâtre : George 
Sand eut naguère le bon esprit de s'en apercevoir: 

« Dites-nous comment avec une trentaine de versiculets insigni- 
fiants, vous savez dessiner de telles individualités et créer des 

1 Encore faut-il passer sous silence à l'acte IV du Prophète les « sanglots • 
de Fidès, qui simulent de véritables « hoquets » — C'est la situation qui sauva 
la musique, c'est Scribe qui, cette fois, » sauvé Meyerheer. 

2. Ce n'est point le passage, du mineur au majeur qu'il faut regretter ici. 
Fidès plaint son fils, rrui a du livrer Bertlie, sa fiancée, pour sauver sa mère : 
d'où le mineur. Puis elle bénit celui qu'elle vient de plaindre: d'où l'ascension de 
la phrase et, par suite, celle du mode. Que la phraSe s'élève, soit. Mais elle 
devrait « planer » et non « voltiger ». Le compositeur faillit en même temns aux 
règles du bon goût et à celles de la psychologie. 



XXII ACTES ET CONFÉRENCES 

personnages de premier ordre, là où l'auteur dulibretto n'a mis que 
des accessoires? Ce vieux serviteur, rude, intolérant, fidèle à l'ami- 
tié comme à Dieu, cruel à la guerre, méfiant, fanatique de sang- 
froid, puis sublime de calme et de joie à l'heure du martyre, 
n'est-ce point le type du luthérien (?) dans toute l'étendue du sens 
poétique. . ., etc. » 

Ces lignes, déjà citées 1 , méritaient un rappel. Que George Sand 
les ait écrites pour exprimer ce qu'elle a senti ou ce que l'on 
sentait dans son entourage, je ne sais. L'essentiel est qu'il y soit 
dit ce qu'il fallait dire, et que le rôle de Marcel est une forte créa- 
tion. Car la rudesse propre au vieux huguenot, qui s'exprime et 
presque s'étale au moment du pif! paf! pouf ! (Premier acte des 
Huguenots) se retrouvera au moment du Te Deurn, pendant la 
fausse réconciliation de l'acte deuxième, et ce Te Deurn, clamé par 
Marcel seul, le sera sur un ton presque lugubre. Marcel prendra le 
même ton, à l'acte suivant, pour implorer Dieu en faveur de Raoul, 
et cette presque impossibilité de sortir de son caractère sera d'une 
excellente psychologie. Même il ne nous déplaît pas qu'il soit assez 
gauche dans sa façon de monter la garde autour des ennemis de 
Raoul pour en effrayer inutilement Valentine ; assez gauche pour 
imiter les accents du cor de chasse — ce diminutif de la trompette 
guerrière — quand il voudra témoigner à l'amante de son maître sa 
sympathie profondément compatissante. Si l'on venait prétendre 
que Meyerbeer, ici, n'a point fait exprès, peut-être on aurait beau 
jeu. Exprès ou non, Meyerbeer a eu l'inspiration heureuse. Volon- 
taire ou non, cette inexpérience psychologique de Marcel est un 
exemple de psvchologie musicale heureusement appropriée. Et quand 
on a dit cela de Marcel, on est encore loin d'en avoir tout dit. 

En effet, si, plus tard, le moment qui aurait dû être pour le per- 
sonnage de Fidès celui de l'apothéose, devient celui de la déchéance 
et presque de la dégénérescence, l'acte cinquième des Huguenots est 
l'acte où le personnage de Marcel se « transfigure ». Et l'expression 

1. (Lettres d'un voyageur, p. 325, Paris, Michel Lévy, 1857.) Dans une leçon 
faite à la Faculté des Lettres de Toulouse par M. Antoine Beooist, alors profes- 
seur de littérature française. Cette leçon a été publiée par la Revue des Cours et 
conférences, en 1894. 



LA DRAMATURGIE DE MEYERBEER XXUl 

n'est pas exagérée. Souvenons -nous delà scène d'extase, où, comme 
Sainte-Beuve aurait pu dire, Marcel marche au Calvaire du pas dont 
il monterait au Capitole. On m'objectera que ce qu'il chante n'est 
rien de plus qu'un excellent thème de marche militaire. Je répondrai 
que pour faire marcher leur Polyeucte « à la gloire », ni Donizetti 
— ce qui n'étonnera personne l — ni Gounod ne trouveront de tels 
accents. Mais que dirons -nous du « trio des noces funèbres », sinon 
que Meyerbeer y atteint le sublime, et par la sombre gravité de la 
pensée musicale, et par la profondeur de la psychologie : d'une psy- 
chologie intérieure, réfractaire à toute expression physique 2 ? 
Rappelons-nous cette page, unique dans tout Meyerbeer, où Marcel 
interroge et reçoit un serment d'amour en échange d'un pacte de 
mort. Exceptionnelle par la beauté du style, cette page ne 
s'écarte en rien des habitudes que l'on sait et qui caractérisent, nous 
l'avons dit, beaucoup plus qu'une manière, à savoir « une méthode et 
un art ». Ici comme partout, l'orchestre tient son rôle, un rôle de 
régu ] ateuret de commentateur. Souvenons nous des « répons » de 
la clarinette basse et des sons de la cloche d'agonie scandant les 
silences. 

On ne monte pas deux fois sur de tels sommets. On en peut 
tenter d'autres. Et ce sera l'un des mérites du Prophète. Les 
admirateurs des Huguenots ont vanté jadis l'effort de Meyerbeer 
pour caractériser musicalement les deux religions en conflit. 
L'effort est réel, témoins le « rataplan ! », vraie chanson militaire, 
moins bien venue que celle du « pif! paf 1 pouf ! », et le cantique des 
femmes catholiques sur le passage du cortège nuptial, fort mal venu, 
celui-là. Quant à la dispute qui termine l'acte troisième, on l'abrège 
ordinairement, au théâtre, et peut-être ferait -on mieux de la 
retrancher. L'effort malheureux des Huguenots sera repris dans le 
Prophète avec succès cette fois. Le personnage collectif du peuple 

1 . Dans son Poliuto ; Gounod dans son Polyettcte. 

2. Ce que la psychologie du musicien ajoutée celle du librettiste, c'est, outre 
l'impression de grandeur et de solennité, je ne sais quelle impression de « menace » 
conforme à la situation, sinon exigée par elle. On dirait d'une menace planant sur 
ces fiancés épris l'un pour l'autre d'un amour défendu», menace dont la mort seule 
écartera les effets. Dans le chant de Marcel on sent passer des reflets de colère 
divine. 



XXIV ACTES ET CONFERENCES 

anabaptiste nous vaudra des pages vigoureuses, d'un style large, 
noble, élevé nombreuses d'ailleurs, et qui ont permis au troisième 
opéra de Meyerbeer de balancer les qualités, sinon la fortune du 
second '. 



IV 



Nous voici, Messieurs, au terme de notre entretien, et l'instruction 
de notre procès n'est qu'à demi close. Peut-être, cependant, en avons- 
nous assez dit pour nous permettre d'espérer l'heure sinon pro- 
chaine, du moins inévitable de la réparation. Car, si l'on ne saurait 
ôter aux mérites par nous soigneusement relevés et discernés, il 
faut délibérément et résolument les inscr're au crédit du défendeur. 

Mais le demandeur doit avoir son tour de parole, ne serait-ce que 
pour le résumé des griefs. 

Premier grief. — Le régime musical présent est un régime où les 
compositeurs ne laissent rien sortir de leur plume qu'après l'avoir 
tournée plus de sept fois dans l'encre: ils écrivent de très près, soi- 
gneusement, diligemment, tantôt avec légèreté, tantôt avec vigueur, 
mais cette plume est toujours attentive et si, volontairement, elle 
appuie, jamais elle n'enfonce. Meverheer, lui, paraît bien réfléchir 
avant de prendre la plume. Il ne l'a pas plus tAt en main, qu'il a 
tout Vair de se laisser conduire par elle. Il n'a de force qu'aux dépens 
de l'aisance, de légèreté qu'aux dépens de la grâce. Rarement 
sourde à l'appel, aussitôt descendue, l'inspiration s'essouffle, et 
trop souvent, laisse s'achever à la diab'e des thèmes qui s'étaient 
annoncés ou gracieux ou grandioses En un temps où fleurit 
l'amateur « de sensations d'art », où l'attachement à la « nuance » 
est ou passe pour être l'un des meilleurs critères de l'aptitude à la 
sensation d'art, on se défie de tout ce qui est visible soit à l'œil nu, 

1. L'œuvre est moin<= homogène et surtout moins « gradué* ». On y est d'em- 
blée dans le grand opéra, c'est-à-d're dans le drame à grand spectac'e. Ft 1*s 
deux actions s'intercalent, l'action particulière et l'action collective. Il n'en reste 
T)** moins que l'inspiration y est généralement haute et que les pages ne man- 
quent point où le stvle se recommande par autant d'élévation que de vigueur. 



LA DKAMATURG1E DE MEYERBEER XXV 

soit même à distance. Or, il faut bien convenir que l'œuvre de 
Meyerbeer résisterait mal à l'usage de la loupe et, à plus forte raison, 
du microscope. Gardons-nous, ici, d'omettre une remarque dont la 
négligence, en d'autres temps que le nôtre, surprendrait à bon droit. 
Meyerbeer, en manquant de goût, peut manquer de grâce et parfois 
de noblesse; il ne surveille pas ses alliances de sons, semblable à ces 
écrivains chez qui les alliances de mots, souvent assez fortuites, sont 
trop souvent malheureuses Mais le souffle qui l'anime est générale- 
ment robuste et sain : l'atmosphère que l'on y respire n'est jamais 
déprimante, et à la respirer, si l'on n'y prend jamais le goût du 
rêve, on n'y perd jamais le goût de l'action. 

Deuxième grief. — Veyerbeer n'est pas original. Relisez plutôt, 
nous dit-on, le Judaïsme dans la Musique. Nous le relirons quand il 
s'agira de nous expliquer sur les idées de Richard Wagner. Ces idées, 
en ce moment, ne nous regardent pas. Et puis on peut se passer de 
les connaître pour savoir que Meyerbeer, une fois en France, s'est 
imprégné de notre esprit musical : pareillement en Italie, les 
souffles rafraîchissants de la mélodie italienne avaient exercé sur 
son imagination, du moins il l'a cru et il l'a dit, une influence salu- 
taire. Que les Huguenots soient une œuvre d'influence française, nul 
n'y contredira Qu'il y ait dans Robert le Diable deux actes à peu 
près italiens, le second et le quatrième, c'est ce que chacun sait ou est 
censé savoir. Ce que l'on sait moins, c'est que .Veyerbeer ne rendit 
pas à l'Italie ce qu'il en avait leçu. Ses formes mélodiques de 
source italienne garderont toujours je ne sais quoi d'emprunté, 
nuisible à leur démarche. Ce que l'on oublie encore, c'est que dans la 
musique des Huguenots les « formes » seules sont dessinées à la 
française. Mais la force qui les met en mouvement, mais l'ensemble 
des énergies sonores qui mettent ces formes en valeur et les con- 
vertissent en forces véritables, mais la source de laquelle l'action 
de la symphonie dérive, et jusqu'à cette symphonie même, autre- 
ment dit, tout le principal, tout l'essentiel, rien de cela ne vient ni 
d'Italie, ni de France, par où Meyerbeer dem ure bien l'homme de 

son pays et de son temps, de son pays dans son temps. 

> 
Troisième grief, corollaire du deuxième. — Meyerbeer, n'étant 

pas original, doit être rayé de l'histoire de la musique. La musique 



XXVI ACTES ET CONFERENCES 

ne lui doit rien. Voilà qui est péremptoire et n'est point, d'ailleurs, 
si mal raisonné. Car il se pourrait que l'histoire du théâtre musical 
formât un chapitre distinct de l'histoire de l'art, et que les grands 
maîtres de l'art voulussent être cherchés en dehors des maîtres du 
théâtre. Admettons qu'il en soit ainsi, et que l'opéra ne soit point un 
« genre musical » proprement dit. Alors le style n'y sera point 
nécessairement de première main ; et sans être un écrivain de 
premier ordre, on pourrait compter parmi les hommes de théâtre du 
premier mérite. J'ai défendu cette opinion ailleurs; j'y reste fidèle. 
Et pourtant je ne me laisse pas convaincre, et je ne me range pas 
d'emblée parmi ceux qui « d'un sourcil plus que stoïque » retran- 
cheraient Meyerbeer à l'histoire musicale. 

Je ne m'attarderai pas, Messieurs, à donner, de ma résistance, 
des raisons nouvelles. Vous en savez les principales, celles-là 
seules que je vous invite à retenir et qui résultent des faits sur 
lesquels j'ai appelé votre attention. Car ce sont des faits que 
je vous ai mis sous les yeux, des faits entourés de leurs circon- 
stances, appuyés d'exemples sonores. Leur résumé sera notre 
conclusion. 

Souvenons-nous premièrement que Beethoven, s'il a trouvé le 
genre symphonique en possession de ses traits essentiels, de telle 
sorte qu'il lui aura suffi de marcher d'abord dans les pas de 
Haydn et de Mozart, n'en est pas moins le rénovateur et le second 
créateur du genre, en développant ses vertus expressives et, de 
musicales qu'il les avait reçues de ses devanciers, les rendant 
dramatiques. 

Une rénovation de ce genre se peut-elle concevoir sans une 
répercussion immense sur le drame musical? Fin travaillant pour la 
musique pure et dans la direction où le poussait son génie, Beetho- 
ven taillait donc de la besogne au premier musicien de théâtre assez 
avisé et réfléchi pour pénétrer le sens général de son œuvre, et 
en multiplier les échos avec ce parti pris de constance et même 
d'insistance que le drame autorise. 

Meyerbeer fut cet homme et c'est de quoi 1 histoire « de la mu- 
sique », et non seulement celle du théâtre, lui gardera reconnaissance. 
Au moment où il parut, n'était-on pas à l'aube d'une ère nouvelle, 



LA DRAMATURGIE DE MEYERBEER XXVII 

l'ère du grand orchestre l . Régénérée par les énergies neuves de cet 
orchestre, la vie du drame n'allait-elle pas bientôt retentir à son tour 
sur la symphonie et donner naissance au « poème symphonique » ? 
Et c'est ainsi que la symphonie musicale et la symphonie théâtrale, 
depuis trois quarts de siècle, marchent du même pas, ayant mis en 
commun leurs ressources et leurs destinées 

Meyerbeer fut un des promoteurs de l'alliance. Le jour où la pos- 
térité voudra bien s'en ressouvenir, elle lui décernera les honneurs 
du « linceul de pourpre », ce symbole double et de l'oubli qui tout 
enveloppe, et de notre obstination à noter d'un signe durable ce qui 
mérite d'être disputé à l'oubli. 

1 . On trouvera dans les 50 premières pages de La Religion de la Musique 
(Paris, Fischbacher, iu-12), par Camille Mauclair, 'le curieuses et suggestives 
remarques sur cette « ère de l'orchestre « par où le dix-neuvième siècle musical 
se distinguo des siècles précédents. L'auteur, qui est poète, s'il n'est pas un 
poète, déploie pour illustrer sa pensée, un luxe d'images parfois éblouissant. Il 
écrit d'enthousiasme. Mais cet enthousiasme est l'effet d'un type de musicalité, 
émergé si l'on peut dire du « grand flot orchestral ». Je relève cette expression 
curieuse. L'auteur qui a osé l'écrire est bien près de comparer la puissance de 
l'orchestre à celle d'un « élément » nouveau. 

Et puisqu'il est ici question « d'orchestre » et d'orchestration, je prie que l'on 
réfléchisse à nouveau sur la fameuse leçon faite eu Sorbonne x cf. L'évolution de 
la Poésie lyrique en France, t. I, p. 196-206 , où Brunetière loue Victor Hugo 
d'avoir « orchestré » les thèmes lyriques trouvés par Lamartine, comme s'il les 
avait fait passer d'un régime simplement « vocal » à un régime « instrumentai ». 
Ce n'est là qu'une manière de dire, mais qui correspond à une façon de sentir 
ou plutôt d'être ébranlé. Ici peu nous importe le genre d'émotion excité par le 
poète des Orientales ou des Feuilles d' Automne. Ce qui nous intéresse, c'est la 
distinction nettement aperçue par Brunetière entre les effets d'une voix et ceux 
d'un orchestre et qui équivaut à une différence de milieux. On « sympathise » 
avec la voix humaine. Les voix de l'orchestre produisent des effets dont l'énergie 
transporte, soulève, dompte. Les admirateurs couvaiucus de V. Hugo n'ont-ils 
pas usé et abusé de ces trois verbes et d'autres verbes analogues, de ceux qui 
servent à caractériser non point tant l'énergie humaine que l'énergie cosmique? 



Le gérant : Israël Lévi. 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



DS 
101 

U5 

t. 62 



Revue des études juives; 
historia judaica 



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